Skip to main content

Full text of "Le littoral gascon"




=o 






1 


B 


1m 

t 

> 






= <o 















B. SAINT-JOURS 



LE 



LITTORAL GASCON 







BORDEAUX 

M ARCEL MOXJISr ASTRE - PIOAMILH 

LIBRAIRE-ÉDITEUR 

45, rue Porte -Dij eaux, 45 
1921 




De 

G- 



PREFA CE 



Qu'il s'agisse de géologie, d'histoire ou d'autre science, on ne saurait 
tenir pour vrai que ce qui se voit ou se prouve. Ne peuvent ainsi être 
admis que les faits qui se constatent dans la nature ou qui résultent 
de textes ayant la valeur de documents authentiques. 

De cette simple remarque dérivera la préoccupation qui va présider 
aux pages suivantes. 

Les légendes ont souvent leur charme mystérieux, leurs saisissantes 
émotions, et il peut paraître cruel de vouloir les chasser. Mais à 
l'homme qui se retourne pour interroger le passé, ou pour y puiser un 
enseignement, on doit montrer autre chose que de la mythologie. 

C'est elle cependant, c'est le folklore ou tradition répétée, c'est 
la légende, fille ou ornement de l'imagination, qu'on voit particuliè- 
rement peser sur le passé du littoral gascon et le dénaturer. 

Après des tâtonnements obligés, après avoir plus d'une fois rétro- 
gradé pour repartir sur un sentier mieux éclairé, je vais, en enfant 
des dunes blanches et des forêts vertes, parler du passé de la région 
maritime gasconne d'une manière simple et positive, dans le but 
d'indiquer le chemin aux chercheurs qui voudront connaître ou déve- 
lopper les faits du passé. On voudra bien ne pas s'étonner de rencontrer 
des passages délayés et répétés de loin en loin. C'est qu'il a fallu 
suivre et apprécier beaucoup de choses non fondées reparaissant à 
divers points de vue. 

Je me suis ainsi proposé actuellement, pour ce qui regarde le lit- 
toral, de condenser en un seul corps, après les avoir mis au point, 
mes petits travaux fragmentaires commencés en 1897 . A ce moment 
où sonnait chez moi le déclin de la vie, je ne m'étais encore occupé que 
d'écrits administratifs. Il me parut nécessaire d'y ajouter une mise 
en marche dans une autre voie, sans en redouter les difficultés, quand 
j'eus constaté que dans la presque-totalité des ouvrages sur notre région 
je ne retrouvais ni la mer, ni les sables, ni les étangs du jeune âge. 
Je les avais passablement perdus de vue jadis sous l'attrait empoignant 
de vingt années fort dures de montagnes, de neiges et même de glaciers, 



IV PREFACE 

comme douanier. Il s'agissait, dès lors,' de revenir à nos côtes et d'y 
chercher des témoignages dont quelques-uns, que m'ont révélés les 
dunes, auront la prétention de se répercuter jusqu'aux pôles. 

Tout nouveau prophète risque d'être mal accueilli sous le parvis 
du Temple. Il me fallut le sentir. Du premier jour, dans les réunions 
et les écrits, on m'accueillait souvent avec pitié d'un air navré, quand 
on ne se fâchait pas ; on m'opposait « la tradition » et les ouvrages 
traditionnels (voyez page 49). Sans m'y attendre, surtout sans le re- 
chercher, j'avais quelque peu déconcerté mon monde. « On vous a vu 
arriver comme un révolutionnaire suspect, » me disait, en commen- 
çant à me prêter l'oreille, un professeur du lycée de Bordeaux. En 
même temps, me sachant sur un terrain solide et me sentant trop 
circonspect ou trop cartésien pour subir des influences, j'étais bien 
résolu à négliger la trop facile tradition pour ne m' attacher qu'à une 
rigoureuse méthode scientifique. Cela me valait l'attrait ou la pers- 
pective de dresser du travail neuf, du travail de première main, que 
je m'efforçais de distribuer sans trêve en vue de la propagande de 
l'idée. 

Cependant, du premier jour aussi, à travers étonnements et résis- 
tances, et dès l'apparition de mon livre sur Port-d'Albret (1900), 
je m'étais vu dans Bordeaux un partisan convaincu, sinon un pré- 
curseur, en ce qui regarde le régime de la côte. « Je n'en vois guère 
qu'un, avais-je dit, mais il s'appelle lion ! » Je désignais ainsi M. Ca- 
mille Jullian, de l'Institut, qui, avant d'être appelé au Collège de 
France, se trouvait titulaire de la chaire d'histoire du Sud-Ouest de 
la France à Bordeaux. De ce moment, il n'a cesse de m' encourager et 
de m' appuyer. 

Je lui renouvelle toute ma reconnaissance en tête de celle œuvre 
qui marquera sans doute, de par la loi rigoureuse des ans, le dernier 
travail quelque peu étendu de ma fin d'existence. 

B. SAINT-JOURS. 



LE LITTORAL GASCON 



CHAPITRE PREMIER 

Géologie. 

(Guyenne et Gascogne.) 

Prenez les grands auteurs, ceux qui jouissent d'un prestige incon- 
testable auprès du grand public, ceux qui font autorité dans l'ensei- 
gnement : ils vous captiveront par la beauté du style, par l'harmonie 
du langage; vous serez subjugué par la savante ordonnance de leurs 
théories générales et par l'exposé des détails. 

Mais puisez dans leurs narrations et cherchez à les rapprocher de 
telle contrée décrite, elles ne s'adapteront pas toujours, 'tant s'en 
faut. Pour vous arrêter à une précision, voyez dans Lapparent et 
dans Elisée Reclus ce qui se rapporte à notre littoral gascon : très 
peu de chose, sur l'étendue de notre région, répondra à la description 
des faits enregistrés par ces maîtres éminents. Pourquoi? Parce que 
les auteurs d'ouvrages à caractère universel ne peuvent pas tout 
voir, tout constater personnellement et qu'ils sont réduits à accueillir 
les traditions, lesquelles, la plupart du temps, ne relèvent que de 
la légende; parce qu'ils sont des généraux en chef auxquels manque 
souvent l'humble et sincère éclaireur nécessaire aux préliminaires 
des grandes actions. 

Un professeur d'histoire de Bordeaux est connu pour avoir dit 
et répété qu'il n'y a rien de vrai dans l'Histoire. Il ne faut pas voir 
là une simple boutade humoristique, mais bien la grave préoccu- 
pation du maître qui craint de manquer de bases solides dans ce 
qu'il voudrait tenir et apprendre à autrui comme événement véri- 
dique, comme chose réelle. De ce fait ressort un enseignement : 
quand chaque localité ou chaque petit pays aura été spécialement 
et scientifiquement étudié sur place au seul moyen de preuves 

1 



I LE LITTORAL GASCON 

matérielles et authentiques, les grands auteurs pourront alors — 
et pas avant — dresser des études vastes et une histoire générale 
propres à persuader ceux qui éprouvent le sentiment de doute du 
professeur précité de Bordeaux. 

Ces vues et ces moyens resteront, comme il est dit à la préface, 
le guide du présent travail pour l'étude de notre région du littoral 
gascon, où le passé a été fâcheusement dénaturé par d'innombra- 
bles écrits qui se reproduisent, se recopient. Toutefois, en manière 
de réserve, on n'aura pas la prétention, pour le chapitre qui s'ouvre 
ici sur la géologie, de sortir des limites d'un exposé élémentaire. 

D'abord, pour les non initiés, une explication sur les termes qui 
seront employés. 

En géologie, on parle par âges ou périodes ; en anthropologie, par 
industrie. 

Le tableau de concordance suivant, adapté à notre région du 
Sud-Ouest 1 , tout en s'inspirant des ouvrages à caractère général de 
Déchelette, de Marcellin Boule et du D r Lalanne, peut donner une 
idée des relations qui existent pour chaque époque entre le langage 
des géologues et celui des préhistoriens, double langage qui se mêle, 
d'où qu'il vienne. Un géologue dira que tel fait s'est produit au cours 
du Néolithique, comme le préhistorien parlera de l'ère tertiaire, du 
quaternaire moyen ou du quaternaire supérieur. 



Divisions d'ordre géologique 



Quaternaire actuel 
ou holocène 



Âlluvions modernes. Mattes, palus, 
cordons littoraux. 



Divisions d'ordre anthropologique 

Temps historiques 
Époque actuelle. 

Temps protohistoriques 

Age du fer. La Tène, Neufchàtel 
(400 ans avant J.-C). 

Intermédiaire. Hallstadt (770 ans 
avant J.-C). 

Age du bronze (2.000 ans environ 
avant J.-C). 



1. Il a paru intéressant de faire ressortir dans ce tableau que les industries 
du Chelléen et de l'Aclieuléen, les plus ancienne-; qui inarquent le travail de 
Phomme, existent dans la Dordogne. Les industries sont d'époques bien moins 
reculées dans les coteaux des Landes. 



GEOLOGIE ET PRÉHISTOIRE 



Alluvions récentes. Début des mat- 
tes, palus et cordons littoraux. Climat 
tempéré, tourbières. Faune des forêts : 
espèces actuelles. 



Temps préhistoriques 

Néolithique (pierre polie). Com- 
mence 5.000 ans avant J.-C. 1 . 

Robenhausien. 

Campignicn. — Construction de 
dolmens, palafittes (cités lacustres), 
avec blé, chiens, moutons. — Une 
grande révolution s'est accomplie dans 
l'humanité. De chasseur et pêcheur 
qu'il était presque exclusivement, 
l'homme évolue, apprend à cultiver 
le sol, se livre à l'élevage du bétail 
et devient berger. 



Paléolithique (pierre taillée). 

Se termina par une Période de 
transition : Azilien ou Tardenoi- 
sien. Modification dans la taille de la 
pierre, petits silex dits géométriques 
très nombreux, ce qui fait croire à une 
période transitoire de longue durée 2 
11 existe de cette époque, sur les dunes 
littorales du Médoc, des ateliers où 
ont été recueillis en grand nombre des 
silex aziliens parmi des quantités 
d'autres plus récents. On en trouve 
encore dans les débris restants. Les 
préhistoriens n'admettent pas la po- 
terie avant le néolithique. Elle devait, 
sous notre climat tempéré et de la 
part d'hommes aussi habiles que les 
tailleurs de cailloux de cette époque, 
exister avant la fin du paléolithique, 
car deux des principaux ateliers de 
silex (Gurp et Taillebois), marqués 
par d'innombrables menus tessons de 
terre cuite, ont à côté d'eux, c'est-à- 
dire en regard du banc d'argile ter- 
tiaire qui émerge encore sur la plage 
maritime, des foyers de fours où les 
potiers préhistoriques et gallo-ro- 
mains ont cuit de la poterie rudimen- 
taire successivement perfectionnée. — 
A Sorde (Landes), sur le Gave, gise- 
ment azilien (deux grottes, à 10-15 mè- 
tres). 

1. A ce moment, 5.000 ans avant notre ère, l'Egypte appartient déjà aux 
temps historiques (Déchelette). On peut juger par là de la lenteur avec laquelle 
l'homme progressait en Occident. — « Le début de la période Néolithique 
correspond à la fin de l'époque glaciaire du Nord, » dit J. Welsch (Ann. de 
Géographie, 1914, p. 195). 

2. Au Congrès d'Anthropologie de Genève, 1912, p. 555-557 du compte 
rendu, le D r G. Lalanne a dit : « Je suis convaincu que, dans le Médoc, les temps 
aziliens ont eu une durée particulièrement longue... Il y a bien un mélange des 
industries azilienne et néolithique, mais le nombre des pièces attribuables aux 
premières dépasse de beaucoup le nombre des secondes. » 



LE LITTORAL GASCON 



Quaternaire ancien 1 
ou pléistocène. 

Supérieur. Époque du Renne, pé- 
riode post-glaciaire. — Alluvions an- 
ciennes des vallées, bas niveaux. 

Faune froide : mammouth, renne, 
chamois, marmotte. — Faune des 
steppes et toundras : antilope saïga, 
bouquetin, gerboise, spermophile, lem- 
minff. — Climat sec et froid. 



Moyen. Epoque du Mammouth. 
Alluvions des moyens niveaux et de*; 
terrasses inférieures. Faune : mam- 
mouth (ou éléphant primordial, pri- 
migenius), rhinocéros à narines cloi- 
sonnées, ours, hyène des cavernes. — 
Climat froid et humide. 

Quatrième et dernière formation 
glaciaire des Alpes. Les invasions gla- 
ciaires des Alpes atteignirent les 
Dombes et Lyon, dépassèrent Greno- 
ble de 25 kilomètres seulement, sans 
pénétrer ensuite dans la région de 
Nice. Le massif du Mont-Blanc fit 
sentir son influence en regard de Lyon. 

Notre vaste région des landes de 
Gascogne prises dans leur ensemble 
ne connut pas de glaciers (carte de 
Déchelette, sa page 37). — Lapparent 
admet que les glaciers des Pyrénées 
descendirent jusqu'à 400 à 600 mètres 
d'altitude. Ils ne sont pas classés jus- 
qu'ici en périodes distinctes. 

Inférieur. Époque de l'hippopo- 
tame. Alluvion des terrasses moyen- 
nes. Nouvelles invasions glaciaires des 
Alpes. Lapparent admet que les pé- 
riodes glaciaires soient dites pluviai- 
res. Il est évident que pour notre 
région il faut dire pluviaire, puisqu'il 
vient d'être expliqué que le pays ne 
connut pas de glaciers. 

Faune chaude : hippopotame, élé- 
phant antique, rhinocéros de Merck, 
grands félins, singe (espèce de ma- 
i caque). 



Magdalénien. Correspond à la fin 
de l'époque des glaciers. Silex de la 
grotte de Brassempouy (Landes). 

Solutréen. Silex et os travaillés à 
Laugerie-Haute (Tayac, Dordogne), 
altitude de 80 mètres. Silex de la 
grotte de Brassempouy (Landes). 

Aurignacien. (On est en pleine 
époque des cavernes.) Squelettes de 
Cro-Magnon, aux Eyzies (altit. 72 m 
environ). Station très importante de 
Laussel (Dordogne), fouilles du doc- 
teur Lalanne. Squelette humain de 
Combe-Capelle (Dordogne); restes de 
squelettes de la grotte de la Rochette 
(Dordogne). 



Moustérien. Silex et os utilisés 
au Moustier (Dordogne). Un niveau 
inférieur des Eyzies est à 72 m d'alti- 
tude environ. 



Acheuléen. Silex aux Eyzies 
(Dordogne), sur des plateaux qui, 
d'après le Dict. Joanne, atteignent 
220 mètres d'altitude. 



Ghelléen. L'existence de. l'homme 
est certaine en nombre de régions, au 

Chelléen, lors d'une période intergla- 
ciaire à climat chaud. Silex, comme 
ci-dessus à Acheuléen. 



1. Le. quaternaire ancien représente, par rapport au quaternaire actuel, 
une phase extrêmement longue, bien qu'il soit impossible d'en évaluer la durée. 
— Lorsqu'on parle de l'ère quaternaire sans autre désignation, il s'agit habi- 
tuellement du pléistocène. Au lieu de trois divisions, le quaternaire ancien 
n'était l'objet, jusqu'à des temps récents, que de deux divisions : pléistocène 
et diluuium. 



GEOLOGIE ET PREHISTOIRE 



Tertiaire 

Pliocène. Époque de l'éléphant mé- 
ridional. — Principal creusement des 
vallées. Alluvions des plateaux. Pre- 
mière extension* glaciaire des Alpes. 

Faune chaude : éléphant méridio- 
nal (spécimen du Gurp), rhinocéros 
étrusque, cheval de Sténon et autres 
grands mammifères. (Voyez page 7 
pour l'éléphant.) 



Miocène. 

Oligocène. 

Eocène. 



Éolithioue (pierre éclatée)? 

Rien de positif sur l'existence de 
l'homme; elle est seulement soup- 
çonnée pendant cette ère tertiaire, 
caractérisée par l'apparition de grands 
mammifères ie la période chaude. 

Lors de travaux industriels assez 
récents, on a trouvé dans le sein de 
la terre ou dans la matière manipulée 
des éclats de pierre naturels ayant de 
la ressemblance avec ceux qu'on esti- 
mait, sur le sol tertiaire, provenir de 
l'effort des premiers êtres humains. 
De là un doute très accentué chez les 
hommes de science, sinon l'absolue 
élimination de l'éolithique. 



Pour mémoire. Les ères inférieures n'intéressent que la géologie, comme 
suit : 

Ère secondaire: Crétacé. — Jurassique (Oolithe, Lias). — Trias. — Premiers 
oiseaux et premiers mammifères. 

Ère primaire : Permien. — Carbonifère. — Dévonien. — Silurien. — Cam- 
brien ou Précambrien — Des invertébrés d'abord; à la fin de la période, des 
poissons et des quadrupèdes primitifs. 

Boches crislallophylliennes (et terrain primitif) : Phyllades. — Micaschites, 
schistes à séricite, chloritoschistes. — Gneiss. 

On distingue aussi: l°.les roches érupliues anciennes: granités, porphyres, 
qui ont fait éruption au cours de l'époque primaire; 2° les roches êruplives récentes 
sorties de l'intérieur du sol pendant le tertiaire et le quaternaire, et qui ressem- 
blent aux roches volcaniques actuelles. (D'après P. Vidal-Lablache.) 



Grandes périodes glaciaires des Alpet, au nombre de quatre 1 . 
(A lire de bas en haut.) 

Postglaciaire Magdalénien. 

Solutréen. 
4. Wurmien, ou de Wùrm Moustérien. 

3 e interglaciaire Chelléen. 

3. Rissien, ou de Riss. 

2 e interglaciaire. 
2. M in délien, ou de Mendel. 

1 er interglaciaire. 
1. Gi'mzien, ou de Guntz. 

(Voyez V Anthropologie, 1909, p. 497-499.) 

1. C'est la thèse française et allemande. Les Anglais tendent aujourd'hui 
à croire qu'une seule période glaciaire se trouve constatée, marquant plusieurs 
« laisses ». Peut-être sont-ils dans le vrai, s'il est établi que le cycle astronomique 
et météorologique polaire est de 21.000 ans. Ce long espace de temps ne devrait, 
en effet, normalement, donner qu'une période glaciaire de longue durée sur 
chaque hémisphère. Ou s'il faut compter 21.000 ans pour chacune des quatre 
périodes glaciaires et y ajouter les périodes interglaciaires, c'est attribuer au 
quaternaire ancien une durée que peu d'hommes de science osent énoncer. 
(Voyez en note, page précédente.) 



LE LITTORAL GASCON 



On peut estimer que les périodes pluviaires de notre Sud-Ouest, 
marquées au tableau qui précède, correspondirent aux grandes 
époques glaciaires des Alpes. 



La côte maritime du Médoc, dans les 25 kilomètres allant de l'em- 
bouchure de la Gironde vers le sud, permet assez fréquemment 
d'examiner à découvert la constitution géologique du littoral. Ce 
fait exceptionnel est dû au faible atterrissement des sables marins 
sur la grève du Bas-Médoc, qui est abritée par les roches de Cordouan 
et des Olives, situées à peu de distance au large. A 14 kilomètres au 
sud de l'estuaire de la Gironde, la falaise de terre se montre en AD 
comme suit : 




\iabie de la Plage 
mar itime _ 

Profil des dunes de la Négade (Gurp). Coupe ouest-est. 

A Argile tertiaire, dominant sur ce point le sable de la plage d'environ 60 cen- 
timètres. Suivant qu'elle se trouve enfouie, mouillée ou en plein air, elle 
présente les tons suivants : bleu verdâtre, gris verdâtre, gris bleuâtre, 
mais le vert domine. 

B Faible couche de tourbe reposant sur du sable noirci aliotique (de 35 à 40 cen- 
timètres en tout). 

C Assise de sable légèrement argileux, mêlé de strates irrégulières de gravier 
plus ou moins gros (2 m 85). 

D Corniche de 60 centimètres; même assiso que la précédente et dont la cou- 
leur est devenue cendrée par la décomposition de restes de végétaux, 
dit M. Welscu (Bull. Soc. Se. natur. de V Ouest, 1911, p. 214). 

E Plateau sur sol D, et dune plus élevée. Débri- de silex et de poteries sur 
plateau E. 

F Forte dépression en cuvette, à fond de jonc vulgaire et d'herbe verte et 
serrée. L'atelier préhistorique devait avoir là sa fontaine, à peu près 
au niveau de E. A côté existe aujourd'hui, se déversant sur la plage comme 
un simple évier, un faible ruisseau ou fossé de bornage creusé de main 
d'homme et qui marque les confins de Soulac et de Grayan. 

De F à G, dunes blanches à gonrhet. 






FORÊTS TERTIAIRES 7 

Nota. — Les proportions, observées de bas en haut pour la fa- 
laise AE et pour les dunes G, n'ont pas pu être suivies d'ouest en est 
dans ce croquis, qu'il ne fallait pas allonger. La distance de D à G 
est de 55 à 60 mètres. Le brigadier des douanes Hiribarne a vérifié à 
mon intention les diverses mesures de cette légende en décembre 1912. 
Elles sont conformes à celles que Dulignon-Desgranges donnait en 
1873. Toutefois, le pan BD a été un peu raviné et diminué, depuis, 
par les pluies du printemps 1913, et non par la mer, d'après Hiri- 
barne. 

A. — Au pied de cette banquette d'argile tertiaire 1 a été trouvé 
en place 2 par un douanier, en 1875, le maxillaire inférieur d'un 
éléphant méridional, pièce déposée au Muséum de Bordeaux. La 
faune chaude a donc vécu sur ce sol tertiaire 3 qui en dernier lieu 
était peuplé d'arbres d'essences dures de fortes dimensions. Les 
ingénieurs Masse (1690) et Deschamps (1837) 4 ont vu et signalé 
les troncs de ces bois fossiles ou submergés qui restent pour la plupart 
sur pied, debout, et se conservent indéfiniment, surtout quand ils 
sont dans l'eau. Les forages de puits en font rencontrer les restes 
dans la lande intérieure. On retrouve aussi ces chênes sur pied ou 
couchés sur place au fond du lac de Parentis, dans le lit du ruisseau 
primitif qui, à travers l'étang, conserve son entaille à 9 m 50 au- 
dessous de ses bords formés par la lande submergée 5 ; il en reste au 
fond du bassin d'Arcachon du côté d'Andernos et d'Ares, dans ce 
qui fut probablement le lit inférieur et primitif de la Leyre. Avec 
des preuves comme ces deux dernières et d'autres qui paraîtront 
au cours du présent travail, en tenant compte aussi que dès 1902 
je pus constater que l'île des Oiseaux, au centre du bassin d'Arca- 
chon, a les assises de son sol pareilles à celles de la ville de ce nom 
située à l'est du bassin 6 , il m'a été possible, avec l'appui d'un 

1. « Son âge est pliocène supérieur et non pas miocène, comme on l'imprime 
quelquefois en confondant avec les glaises bigarrées de la Chalosse, qui passenj 
sous le sable des landes. » J. Welsch, Carie géolog. de France, n° 126 (1910); tiré 
à part, p. 2. 

2. Voyez Dulignon-Desgranges, Bull. Soc. d'Anlhropol. de Bordeaux, 1884, 
p. 126. 

3. M. Harlé et le D r G. Lalanne {Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, 1910, 
p. 212), placent à la fin du pliocène l'éléphant méridional dont il s'agit ici. 

4. Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, 1898, p. 302; — Delfortrie, « Nouveaux 
documents », Acles Soc. linn. de Bordeaux, t. XXXI. 

5. En 1900-1905, le pêcheur Labarthe, de Parentis, a enlevé sept charretées 
de ces troncs de chênes qui gênaient son industrie. De leurs restes très durs et 
1res noirs pris au cœur des arbres, il a fait un bois de lit et une petite armoire 
dite chiffonnier. Soit des meubles neufs confectionnés avec du bois auquel on 
peut attribuer bien des milliers d'années. 

6. Bévue Philomalhique de Bordeaux, 1902; tiré à part page 15 (Le lilloral 
de Gascogne). 



8 LE LITTORAL GASCON 

éminent maître 1 , de parvenir à tuer ces célèbres baies ouvertes 
dont la légende, transformée en article de foi, entaillait et dentelait 
imaginairement notre littoral rectiligne pour y placer des ports 
imaginaires. Le grand topographe Claude Masse a nommé l'anse du 
Gurp (Anglomar) en 1690, mais ne paraît point avoir soupçonné les 
baies ouvertes, vocable dès lors peu ancien. Le faible saillant dit 
anse du Gurp existe toujours. 

Des spécimens de forêts de l'issue du tertiaire peuvent se voir 
encore soit debout sur la plage de Montalivet, soit transplantés au 
nombre de deux, par le cantonnier Bérard, devant une maison de 
cette station balnéaire. Les curieux et les étrangers attaquent sur 
la côte et font fâcheusement disparaître ces témoins d'un autre âge, 
dont l'essence principale est le chêne pédoncule 2 . Il faudra désor- 
mais les aller chercher à l'écart comme l'a fait le géologue Jules 
Welsch, d'après ces lignes : « J'ai constaté à la même époque (1912) 
l'aspect ondulé de l'argile et des sables tourbeux qui affleurent à 
2 kilomètres au sud de Montalivet, ainsi que la présence de troncs 
d'arbres, hauts de 2 mètres, enracinés dans l'argile de la plage 3 . » 

Plus au sud, à Hourtin et à Lacanau, les troncs d'arbres debout, 
rompus à hauteur de 1 mètre à l m 50, les racines plongeant dans 
l'argile tertiaire, reparaissent de temps à autre en face des deux 
étangs, à l'extrême limite des plus basses marées. Ce fut le cas, en 
dernier lieu, aux vives-eaux de juillet 1903. M. l'ingénieur en chef 
Clavel me donna autorité de dire qu'il avait été témoin de ce spec- 
tacle à Lacanau 4 ; pour Hourtin, où les troncs, souvent d'une gros- 
seur considérable, étaient nombreux comme dans une véritable 
forêt vierge, j'eus le témoignage de MM. Kéryvel et Lafite 5 . En 
janvier 1910, en regard de l'étang d'Hourtin, au kilomètre 48 (soit 
à 54 kilomètres de l'embouchure de la Gironde) 6 , puis au kilo- 
mètre 50, une grosse mer de tempête mordit et pénétra sous la base 



1. M. Camille Jullian, de l'Institut, a écrit dans la Revue des Éludes anciennes, 
4 e trimestre 1913 : « Nos lecteurs savent l'obstination méthodique avec laquelle 
M. Saint-Jours et moi soutenons la thèse de la stabilité du rivage, cf. Revue... » 

2. D'après les échantillons que j'ai fait prélever à Montalivet et qu'a bien 
voulu déterminer à mon intention, à la Faculté des Sciences de Bordeaux, 
en 1908, M. I. Chevalier. 

3. Carie géolog. de France, n° 133 (mai 1913); tiré à part, p. 2. 

4-5. Rull. de gêogr. hislor. el descriptive, 1904, p. 101, et Revue Philomathique 
de Rordeaux, juillet 1903. 

6. Les poteaux kilométriques de la dune riveraine ne partent que du point 
de démarcation des dunes des ponts et chaussées d'avec celles des forêts, 
6 kilomètres au sud de la rive gauche de la Gironde. La deuxième borne kilo- 
métrique est à la station balnéaire de Soulac. Ce lieu est par conséquent à 
8 kilomètres du fleuve girondin. 



FORETS SUBMERGEES, TOURBES \) 

de la dune riveraine, mettant à découvert argile et tourbe superpo- 
sées. Le brigadier des douanes Lagune m'en envoya des échantillons. 
Je les soumis à M. Welsch, qui les reconnut semblables à l'argile 
et à la tourbe de Montalivet 1 . Oui voudrait voir encore dans le lac 
d'Hourtin, le plus vaste de notre littoral, une ancienne baie ouverte? 

Pour le même lieu précité de Lacanau, dans un grand travail 
manuscrit sur le Médoc présenté en 1913 à l'Académie de Bordeaux, 
M. J. Salinier donne (planche III) une fort jolie photographie de 
« bancs d'argile tourbeuse » de la plage alors mise à nu. Les plaques 
de tourbe qui circulent à l'état d'épaves sont souvent arrachées à 
des bancs de cette nature en mer ou sur rivières, et font croire à tort 
à un empiétement de la mer par érosion du continent. 

L'argile du Gurp se retrouve avec forêt fossile au Moulleau^ 
d'Arcachon 2 , où l'on voit en même temps sur l'argile des plaques 
de tourbe comme à l'alinéa qui précède. Les Annales de géographie 
de janvier 1916 donnent une très belle photographie de ce coin de 
plage du Moulleau 3 . A Mimizan, la tourbe se rencontre, avec une 
épaisseur d'environ 40 centimètres, à 3 mètres de la surface du 
sol, près du vieux clocher classé monument historique 4 ; au flanc 
de la berge du fleuve côtier, à l'usine électrique du même lieu et à 
4 kilomètres et demi de la mer, la tourbe, pareille à celle du Gurp et 
de Montalivet, dont il va être parlé au paragraphe # B, se montre 
avec 60 centimètres de puissance et porte un beau démenti à la 
baie ouverte qu'on croyait avoir existé sur ce lieu ; aux dunes litto- 
rales de Mimizan-les-Bains, tourbe et argile existent à des niveaux 
qui correspondent à ceux du Gurp 5 . Des forêts submergées ont été 
vues sur la côte jusqu'à Saint-Julien-en-Born (Landes), par le curé 
de l'endroit 6 . 

Les constatations s'interrompent à cette localité, la côte devenant 
de moins en moins plate vers Bayonne. Le service hydrographique 
de la marine signale les fonds marins de 50 mètres : devant Bayonne, 
à peu de distance de la côte; devant Contis, à 13 kilomètres; devant 
le Ferret, à 15 kilomètres; devant Hourtin, à 31 kilomètres; devant 
Gordouan. à 37 kilomètres. 



1. Voyez Carte géolog. de France, n° 126 (1910); tiré à part, p. 5 (Montalivet). 

2. Idem ; tiré à part, p. 4. 

3. Mais le travail où elle se trouve n'est pas exempt de critique. Je l'ai 
montré dans Le Sable des landes et ses eaux (Revue historique de Bordeaux), 1916. 

4. Forages de M. Darribey. 

5. Livre de travaux ou forages de M. Salles, de Bordeaux, en 1893, pour 
Mimizan-les-Bains. 

6. Questionnaire de l'abbé Baurein (1778), Biblioth. munie, de Bordeaux, 
ms. 737. 



10 LE LITTORAL GASCON 

Des restes de forêts fossiles ou submergées reparaissent ensuite, 
après Biarritz, sur la côte basque : « Au débouché des vallées dans 
la mer, on trouve des troncs d'arbres qui sont au niveau de la marée 
haute J . » 

Le fossile d'éléphant méridional du Gurp (page 7) montre que 
le sol de notre région était au niveau de la banquette A du croquis 
ci-dessus lorsque de grands mammifères (et sans doute l'homme) 
apparurent sur la terre; les forêts submergées, dont les restes 
debout plongent leurs racines dans l'argile pliocène, témoignent que 
le continent, à la fin du tertiaire, s'étendait plus à l'ouest qu'aujour- 
d'hui, de l'embouchure de la Gironde à la frontière d'Espagne. 

B. — Faible au Gurp, la couche de tourbe est souvent plus épaisse 
au nord et au sud de ce point. Sur Soulac, à 100 mètres et à 300 mè- 
tres au nord de la passerelle des Bains, M. Dulignon-Desgranges et le 
D r G. Lalanne ont donné respectivement les coupes suivantes, en 
commençant par le bas : 

1° Argiles bleues et vertes; alios et sable; tourbe lignitiforme 
(40 à 50 centimètres d'épaisseur), avec troncs d'arbres debout de 
40 à 60 centimètres de diamètre et débris d'ossements d'animaux; 
sol quaternaire; alios rougeâtre, dune blanche 2 . 

2° Argile verte ou bleue; argile bleuâtre avec coquilles en place, 
distincte de la précédente sur laquelle elle repose en passant, à la 
surface, à une argile rougeâtre en tout semblable aux alluvions plus 
récentes; tourbe avec débris de végétaux et d'animaux; sol quater- 
naire; dune blanche 8 . 

La lecture de ces deux coupes équivaut à la démonstration 
suivante: l'argile tertiaire verte, dans laquelle des troncs d'arbres 
debout plongent leurs racines, est recouverte jusque près de la 
station balnéaire de Soulac d'une faible assise d'argile moins an- 
cienne dite bri laissée par les débordements de la Garonne avant la 
lin du tertiaire, avant l'arrivée de la tourbe; constituant ainsi un 
témoignage tertiaire, ce bri, qui de Soulac s'étend toujours en faible 
couche jusqu'à l'embouchure de la Gironde 4 , existe à l'ouest et à 

l. .!. Welsch, Géologie, Comptes rendus, 27 sept. 1915. 
2: Actes Soc. linn. de Bordeaux, 1876, L. XXXI. 

3. Bull. Soc. de Gèogr. de Bordeaux, 1910, p. 210. 

4. La faible couche de bri, où existent, après le recul de la «leur ('-rodée, 
des empreintes do pas de gens et de bêtes et dea traces de roues provenanl 

sans doute de releveurs d'épaves des siècles passés, est restée appareille au 
cours des années 1912-1913, la côte s'étant trouvée dessablée pendant celle 
période. La hase ouest de la dune et la plage de Cordouau axaient, grossi du 
xvi 1 ' au xviii'' siècle, quand se déplacèrent dans l'embouchure de la Gironde 
les bancs de sable dits « Asnes de Bordeaux ». La réaction, c'est-à-dire l'érosion 
de la dune grossie, s'effectua de 1783 à lSf>3. 



TOURBES 11 

l'est des dunes de cette côte, dunes que M. Welsch, à sa carte géolo- 
gique de La Rochelle à Hourtin, a teintées du quaternaire ancien 
au Verdon, au Lilhan et à Hourtin. Il est dès lors évident que le lit 
du fleuve girondin n'a pas connu de delta et n'a jamais été plus au 
sud qu'actuellement depuis la veille du quaternaire, sinon on trou- 
verait un cordon littoral de sable à la place du bri et de l'argile 
tertiaire qui vient immédiatement au-dessous. 

A Montalivet (25 kilomètres au sud de l'embouchure de la Gironde), 
la tourbe reposant sur l'argile tertiaire atteint près de 1 mètre 
d'épaisseur 1 , où se voient, parmi les débris de bois, des feuilles de 
petits roseaux et de plantes aquatiques. Outre ce lit de tourbe sur 
argile, qui est le plus souvent lignitiforme, il existe sur certains 
points, de 1 à 5 mètres au-dessus, ainsi que l'a constaté M. Welsch 2 , 
une autre ligne de tourbe moins ancienne. Personnellement, j'en 
donne un exemple relevé au 13 e km. 800 (soit à 20 kilomètres de 
la Gironde) : 

Corniche de la dune (sommet de la falaise), environ. m 60 

Tourbe, couche de m 20 à m 25 

Sable roux, assise de 3 m 20 

Tourbe lignitiforme m 40 à m 50 

Argile (sol tertiaire). 



La formation de ces deux lits de tourbe, eu égard au sol dans 
lequel ils se trouvent intercalés, paraît se rapporter à des périodes 
géologiques glaciaires ou pluviaires successives. Pour la raison qu'il 
y a eu différentes périodes glaciaires (pluviaires pour nous), les deux 
lits sont d'âges différents. Celui de la base doit être sinon de l'issue 
même du tertiaire, du moins des premiers temps du quaternaire: 
l'autre, le plus élevé,. vu le sol déjà surhaussé et sec qui le supporte, 
ne semble pas pouvoir être postérieur à la dernière période pluviaire 
(quaternaire moyen). D'autre part, fait jusqu'ici bien insoupçonné, 
on verra au chapitre suivant, par le plus vieil exemple précis d'in- 
dustrie mécanique de l'homme, qu'aucun mouvement appréciable 
ne s'est produit sur notre côte maritime depuis dix mille ans environ. 

La tourbe lignitiforme (assise inférieure) vint marquer sur 
l'argile tertiaire un changement de climat par intervention d'humi- 
dité. L'éléphant méridional disparaît et sera bientôt remplacé par 
l'éléphant antique. L'âge tertiaire a pris fin. Les vallées de la 
Garonne et de l'Adour sont creusées; les cours d'eau intermédiaires 

1. J. Welsch, Carte géolog. de France, n° 126 (mai 1910); tiré à part, p. 4. 

2. Idem, n° 132 (mai 1912); tiré a part, p. 4. 



12 LE LITTORAL GASCON 

seront fixés seulement au Moustérien, lorsque finira le mouvement 
des terrains de transport des grandes époques pluviaires. 

CD. — Butte quaternaire de terrain de transport mesurant 3 m 45 
de hauteur, correspondant au niveau faiblement déclive de la lande. 
La corniche cendrée D est expliquée au croquis. « Les petits cailloux 
de l'ensemble de cette assise, dit M. Welsch, n'atteignent pas un 
centimètre de diamètre... Ce sont des dépôts à stratification peu 
nette, plus ou moins torrentielle, comme tous les terrains de trans- 
port... Cette assise de transport pourrait être l'équivalent de la 
formation qui occupe une si grande surface dans les landes de Les- 
parre, malgré quelques différences 1 . » 

Le sol quaternaire du présent paragraphe fut plus ou moins vite 
peuplé de forêts le long du littoral. Outre ce qui est dit de la corni- 
che D à la légende du croquis donné plus haut, l'excursion de la 
Société linnéenne d'avril 1870 précise le fait dans le compte rendu 
de Dulignon-Desgranges, en ce qui regarde le lieu de la Pinasse 
(entre le Gurp et Montalivet) et le kilomètre 53. Pour ce dernier 
point, qui correspond à l'extrémité sud du lac d'Hourtin, M. Duli- 
gnon-Desgranges dit : « Ici, deux époques bien distinctes apparais- 
sent, car nous rencontrons deux forêts détruites et superposées. La 
première, celle qui se prolonge dans la mer, était presque exclusi- 
vement composée d'essences de chêne; tandis que dans la seconde, 
qui se trouve immédiatement au-dessous de la nouvelle dune, le 
pin maritime domine 2 . » 

Le continent, par conséquent, s'étendait encore plus à l'ouest 
qu'actuellement au cœur du quaternaire comme à la fin du ter- 
tiaire, attendu que les pins ou autres arbres ne peuvent ni croître 
ni vivre dans les 200 mètres environ de notre plage maritime. 
Forêts superposées ici, tourbes superposées plu,s haut sont des faits 
harmoniques marquant des périodes différentes. 

La date de la révolution géologique qui diminua notre sol sera 
appréciée au chapitre suivant. 



Les landes de Gascogne s'étendent de la vallée de la Garonne à 
celle de l'Adour, et de l'Atlantique au point de jonction des trois 
départements des Landes, du Gers et de Lot-et-Garonne, sur une 

1. Carie géolog. de France, feuille de Lesparre, n° 132 (mai 1912); tiré à part, 
p. 3. 

2. Acles Soc. linn. de Bordeaux, 1876, p. 48 et 54, t. XXXI. 



SABLES DES LANDES 13 

superficie de 1.400.000 hectares, dit l'ingénieur géologue William 
Manès *. 

La croûte terrestre de ce vaste sol est dénommée : Sable des 
landes 2 . « Son point culminant, vers l'altitude de 160 mètres, est à 
Sainte-Maure, près de Mézin (Lot-et-Garonne), et la plaine s'abaisse 
vers l'ouest par une pente insensible jusqu'au bord du golfe, en pas- 
sant sous la chaîne des dunes... Cet étage (pour sa partie apparente) 
présente une composition aussi simple qu'uniforme. Il est constitué 
par des grains arrondis de quartz blanc, translucide, associés en 
faible proportion à des parcelles de fer oxydé, de mica, de grenat et 
de débris de rpches volcaniques 3 . » 

« Le Sable des landes est une formation de sable siliceux avec 
gravier et petits cailloux roulés de quartz blanc, portant une terre 
végétale noirâtre, terre de landes ou de brandes 4 , » Comme l'indique 
sa référence, cette mention ne se rapporte qu'au Médoc. J'ai eu le 
grand avantage de partager plusieurs excursions de M. le géologue 
Welsch. Nous avons vu dans la région de Lesparre et jusque dans 
les champs de Vendays, à leur surface, de la grave et aussi du menu 
gravier de dimensions égales et plus fortes qu'à la falaise du Gurp. A 
l'est de l'étang d'Hourtin, j'ai trouvé à fleur du sol de la lande du 
sable grossier de calibre relativement gros. Au delà, vers le sud, le 
grain de sable de la lande est plus menu et à peu près toujours égal. 
Gela donne l'impression, dans le Médoc, d'une poussée quaternaire 
arrivant de la vallée de la Garonne. Au sud de l'Adour on retrouve 
à la côte basque de Bidart, formant la falaise de 15 à 20 mètres de 
hauteur, un terrain de transport composé de lits de cailloux roulés 
et de sables s'entrecroisant 5 . La double remarque portant sur 
l'extrémité nord et l'extrémité sud servira plus loin, par comparai- 
son, à apprécier l'origine du Sable des landes. 

Les deux géologues précités disent pour le sous-sol du Sable des 
landes : « La présence de l'alios n'indique pas un âge géologique; il 
est simplement de formation postérieure au dépôt ou à la formation 
qui le renferme. On a constaté, à plusieurs niveaux, dans le sable 
des landes, la présence de bancs d'argile, de tourbe et peut-être de 



1. Actes de VAcad. de Bordeaux, 1846, p. 585. 

2. Il y a tendance à dire au pluriel, avec plus de logique : Sables des landes, 
cette assise étant formée de matériaux divers qui vont paraître aux pages 
suivantes. 

3. Jacquot, Carie géolog. des Landes : Contis, Sore, Vieux-Boucau, Mont-de- 
Marsan. 

4. Jules Welsch, Carte géolog. de France, feuille de Lesparre (mai 1910); 
tiré à part, p. 1. 

5. Jules Welsch, Bull, de la Soc. géolog. de France, 1915, p. 406. 



14 LE LITTORAL GASCON 

lignite. » (Welsch.) — « A sa base existe d'une manière constante un 
lit peu épais de petit gravier blanc et noir. On y trouve, sous forme 
de lentilles, quelques dépôts d'argile bleuâtre ou grise veinée de 
jaune, et ces dépôts renferment, par places, des couches de lignite. 
Sur quelques points, le sable est agglutiné par un ciment siliceux 
ou ferrugineux qu'il ne faut point confondre avec l'alios, matière de 
nature organique. Le sable des dunes n'est autre que celui de la 
plaine des landes remanié par la mer. Gpmme ce dernier, il est pres- 
que exclusivement quartzeux. » (Jacquot.) 

Pour Linder, le Sable des landes se compose : 

1° D'un sable quartzeux à grains roulés; 

2° D'un sable caillouteux passant au gravier, celui-ci contenant 
des cailloux roulés; 

3° D'une roche aliotique ou grès à ciment double; 

4° Enfin d'un sable argileux passant à l'argile pure. 

Il renferme, dit M. Manès, à peu de profondeur, au-dessous de 
la terre végétale, des dépôts de minerai de fer, ainsi qu'un banc 
imperméable de grès, ou sable agglutiné dit alios. Il alterne avec des 
argiles jaunes à briques, sur des épaisseurs plus ou moins considé- 
rables, et repose sur des argiles à lignites et des conglomérats 
calcaires que l'on peut observer aux environs de Rhimbez, près de 
Gabarret. 

Les dépôts caillouteux seraient « la conséquence d'un courant 
d'une grande énergie, dont les eaux descendirent des montagnes de 
l'Auvergne et du Limouzin » et probablement aussi « des montagnes 
du Tarn et des Pyrénées x ». 

«Sous ces sables supérieurs, l'étage moyen, le plus répandu, est 
formé de sables argileux jaunâtres, coquilliers, avec minerai de fer, 
de faluns et de molasses coquillières 2 . » 

L'extraction de minerais de fer et l'établissement de hauts four- 
neaux dans les landes de Gascogne représentent une industrie née 
tardivement, vers 1740, restée peu prospère et d'existence fort 
limitée. Les mentions quasi officielles suivantes, fournies en 1846 
à l'Académie de Bordeaux par M. William Manès, nous conservent 
à cet égard quelques souvenirs d'un effort industriel aujourd'hui 
presque éteint, presque oublié 3 : 

« La richesse du sous-sol dont nous venons de résumer \a compo- 

1. Manès, Actes de VAcad. de Bordeaux, 1846, p. 593, et 1869, p. 359 et 360, 
pour les trois derniers alinéas, relatifs à Linder et à Manès, ingénieurs. 

2. Idem, 1846, p. 594. 

3. On peut dire qu'à l'heure actuelle les fort rares usines qui restent ne tra- 
vaillent qu'en deuxième fusion des fontes françaises. C'est particulièrement te 
qui a lieu à Saint-Paul-lès-Dax pour l'usine d'Abbessc, appartenant à M. Bou- 



MINERAIS DE FER, FORGES 15 

sition consiste clans les dépôts nombreux de minerais de fer qui y 
sont contenus. 

» Ces minerais offrent deux variétés distinctes par leur gisement, 
leur structure et la qualité des fontes qu'on en extrait. 

» La première variété est un fer oxydé, argileux, qui est déposé en 
bancs suivis, ou formé de grandes plaques géodiques soudées entre 
elles et disposées de manière à comparer des veines horizontales... 
Ce gîte de minerai répandu dans les sables coquilliers des environs 
de Dax, sur une hauteur qui a jusqu'à 7 à 8 mètres, renferme lui- 
même une grande quantité de coquilles dont l'animal et le têt sont 
à l'état de fer hydraté. Ce minerai est assez difficile à laver; pur, il 
pèse 1.500 kilogrammes le mètre cube; il rend au haut fourneau 
36 p. 100 d'une fonte qui donne généralement des fers de médiocre 
qualité; et pour être avantageusement traité, il doit être mélangé 
avec d'autres minerais. On ne le trouve qu'aux environs de Dax, où 
il est d'ailleurs répandu en grande abondance. 

•) La seconde variété est un foyer hydroxydé, silicieux, répandu 
dans le sable quartzeux et non coquillier. Celui-ci se trouve toujours 
à moins de m 50 de profondeur. Il forme des bancs (en petits grains 
libres et irréguliers) d'une épaisseur de 3 à 50 centimètres, le plus 
ordinairement de 15 centimètres. 

» Dans tous les cas, ces dépôts n'ont que quelques ares d'étendue; 
ils participent de la nature des amas et ne sont que des accidents 
dus à des causes locales. 

» Cette seconde variété de minerai pèse moyennement 1.560 kilo- 
grammes le mètre cube; elle rend au haut fourneau 40 p. 100 de 
fonte d'assez bonne qualité. 

» Elle a été déposée en assez grande abondance dans toute l'éten- 
due des landes, et c'est ce qui a donné naissance, il y a environ un 
siècle, à l'industrie du fer dans cette partie de la France 1 . » 

L'auteur ajoute que les carrières étaient à peu près épuisées 

lart. Comme unique exception, la Revue de Géographie de Bordeaux, 1917, 
p. 276, cite la fonderie de Beaulac-Bernos (Gironde), où l'on affine la fonte brute 
reçue de l'étranger et où l'on fabrique un acier d'excellente qualité. — Spécia- 
lement pour le département des Landes, la situation était la suivante en 1863 
(Conseil général des Landes, session de 1864, p. 115, n° 79) : « Dix forges cepen- 
dant ont continué à fonctionner en 1863. Ce sont celles d'Abbesse, Ardy, Cas- 
tets, Buglose, Uza, Brocas, Mont-de-Marsan, Ychoux, Pontenx et Pissos. Ces 
établissements ont fabrique 46.058 quintaux métriques de fonte brute; 54.360 
de fonte moulée, l re fusion, et fabriqué en outre 31.350 quintaux métriques 
de fers forgés ou laminés au charbon de bois. — Ils ont consommé 249.122 quin- 
taux métriques de minerai, dont 110.000 provenant d'Espagne, 38.500 du Péri- 
gord et 101.322 des Landes. » (Ces trois derniers nombres ne correspondent pas 
avec leur total, mais ils sont conformes au texte.) 
1. Manès, Actes de VAcad. de Bordeaux, 1846, p. 594. 



16 LE LITTORAL GASCON 

dès 1825, et qu'il ne restait d'exploitables que les minières 4u bassin 
d'Arcachon et des environs de Lacanau 1 . 

Aux Etats de 1789, le cahier de doléances de Lit porte : « Les 
habitants se plaignent que les maîtres ou régisseurs de la forge 
d'Uza ont dévasté presque toute la lande en arrachant des mines; 
ils ont pratiqué de grandes fosses où l'eau croupit depuis longtemps 
et qui occasionnent la pei»te du bétail, principalement des brebis. » 
Et les mêmes habitants demandent que les fosses soient comblées 
« soit à ladite lande, soit dans les champs, soit dans les pins 2 ». Le 
naturaliste Thore, passé sur les lieux en 1809, a dit au même sujet : 
« On ira visiter la mine de fer de Lugadet, située sur la lande rase 
dépendante de la commune de Lit, et une autre dans celle de Mixe. 
La première est passablement riche; mais la seconde, outre qu'elle 
est très peu abondante, fournit un fer excessivement aigre 3 . » 

Ualios, qui est loin d'être particulier aux landes de Gascogne, est 
simplement une couche plus ou moins épaisse de sable agglutiné et 
coloré par un ciment organique provenant des végétaux, de la 
bruyère notamment. Pour s'en convaincre, dit Dufourcet, « il n'y 
a qu'à prendre et à mettre à chauffer dans une poêle une certaine 
quantité d'alios, après l'avoir bien écrasé; on verra, après un 
moment, quand tous les produits chimiques seront évaporés, qu'on 
n'aura plus que du Sable des landes semblable à celui dans lequel 
on aura pris le produit soumis à cette analyse sommaire 4 . » Toute- 
fois, le sable ainsi dépouillé restera coloré, d'après des épreuves 
auxquelles j'ai procédé. 

La garluche, qui est souvent confondue avec l'alios, est au con- 
traire un grès ferrugineux fort massif, de couleur très foncée, qui 
fournit de la pierre de construction. Elle entrait, dit l'abbé Départ, 
pour la presque totalité dans l'édification de l'ancienne église de 
Mimizan, qui était du v e ou du vi e siècle 5 ; on la voit formant sup- 
port à la base d'une colonne de sauveté de Saint-Girons-en-Marensin, 
comme on l'extrait encore en quantité dans la Grande Lande pour 
les bâtisses. Elle m'a paru abondante du côté de Belin-Béliet, sur 
le cours de la Leyre. 

Si, d'un côté, chacun est d'accord pour admettre la dénomination 
de Sable des landes, on se heurte, d'autre part, à beaucoup de confu- 

1. Manès, Acles de VAcad. de Bordeaux, 184G, p. 594. — On a vu, p. 14, que 
l'exploitation datait seulement de 1740. 

2. Bull, de Borda, 1905, p. 336. 

3. Promenade, p. 83. 

4. Bull, de Borda, 1893, p. 175. 

5. « Mimizan », Bull, de Borda, 1884, p. 151 et suiv. 



SABLES DES LANDES 17 

sion et de désaccord quand il s'agit de déterminer la composition, 
l'origine, la profondeur et l'âge de cette entité géologique. 

W. Manès a dit que le Sable des landes appartient à l'étage 
supérieur du terrain tertiaire 1 . 

Pour Raulin, professeur de géologie à Bordeaux, la nappe dite 
Sable des landes est de formation tertiaire (pliocène) et très proba- 
blement marine. Postérieurement à sa venue, « des courants d'eau 
diluviens sont descendus des Pyrénées et ont raviné le sol en pro- 
duisant les vallées et les vallons qui les sillonnent 2 . 

Jacquot, ingénieur en chef des mines à Bordeaux, et Raulin, dans 
un rapport collectif adressé au préfet des Landes, qualifient le 
Sable des landes d'assise tertiaire la plus récente du département 3 . 

Dans un autre rapport au préfet, les deux mêmes géologues ter- 
minaient ainsi une énumération sur les travaux de la carte géolo- 
gique des Landes : « 6° Enfin, le Sable des landes étendu d'une 
manière uniforme à la surface du plateau dans la partie septentrio- 
nale du département et dans lequel nous n'avons à signaler qu'une 
particularité, la présence constante, vers le sommet de l'étage, de 
dépôts argileux pour la fabrication des tuiles et des briques 4 . » 

D'Elisée Reclus : « La vaste plaine des landes est un ancien lit 
de mer recouvert par des sables de î' époque pliocène 5 . » Il partage 
ainsi l'avis de Lapparent qui, dans la description du Pliocène pré- 
senté à son Traité, dit: «Dans l'Aquitaine... le Pliocène paraît 
représenté par l'important dépôt du Sable des landes. » 

Soit cinq autorités rattachant au tertiaire le Sable des landes. 

Au contraire, pour Linder, ingénieur des mines à Bordeaux, « le 
Sable des landes recouvrant en stratification discordante le falun 
de Salles, qui correspond par ses fossiles à la période tertiaire la plus 
récente, ne peut être que postpliocène ou quaternaire » et « un 
dépôt de transport 6 ». 

Pour M. Dubalen, également, « les Sables des landes proprement 
dits sont de formation récente; leur épaisseur ne prend une certaine 
importance que dans les vallées anciennes qu'ils ont comblées 7 )). 
Ils datent, dit-il, «du paléolithique supérieur (azilien) et mieux 
du néolithique inférieur 8 ». 

1. Actes de VAcad. de Bordeaux, 1846, p. 593. 

2. Bull, de Borda, 1897, p. 101; — Actes de VAcad. de Bordeaux, 1869, p. 360. 

3. Conseil général des Landes, session de 1862, p. 163-165 du volume. 

4. Idem, session de 1863, p. 45 du volume. 

5. Géographie, II, p. 93. 

6. Actes de VAcad. de Bordeaux, 1869, p. 363. 

7. Bull, de Borda, 1911, p. 156. 

8. Eaux thermales des Landes (Soc. Hun. de Bordeaux, 1912, tiré à part, p. 4). 



18 LE LITTORAL GASCON 

M. L.-A. Fabre est pour le « recouvrement éolien du plateau 
landais par les sables littoraux 1 ». 

Hautreux, ancien officier de marine : « Le diluvium argileux pro- 
vient des Pyrénées centrales, d'où sortent l'Adour et la Garonne. » 
Fond de la mer : « C'est du sable pur qui recouvre l'argile jusqu'à 
la distance de 10 à 15 milles, et jusqu'à la profondeur de 25 à 
30 mètres; au delà, le fond est de vase ou d'argile, plus ou moins 
mélangée de sable. Ce sont ces sables qui forment les plages et 
qui, surélevés par les vents d'ouest, ont formé les dunes et envahi 
peu à peu les terres jusqu'à la limite des Landes 2 . » 

A ces deux opinions pour le sable éolien des landes de Gascogne 
vont s'en ajouter d'autres. 

Le Bulletin de la Société de Borda, 1911, nous offre à sa page 141 : 
« Quelques-uns en font une formation récente éolienne, avec raison, 
croyons-nous, pour les sables supérieurs. » Il n'est pas dit toutefois 
si l'origine serait celle que vient d'indiquer M. Fabre. 

Aux Annales de Géographie de 1916 on trouve les mentions — 
non recommandées — suivantes : 

« Les Sables des landes constituent à la surface de la plaine un 
revêtement superficiel indépendant des graviers, argiles et argiles 
à graviers, avec lesquels on les a longtemps supposés intimement 
associés. Ils sont vraisemblablement d'origine éolienne et doivent 
provenir des dunes littorales démollies par les vents d'ouest et du 
nord-ouest.» (Page 32.) 

« Après le retrait des glaces wùrmiennes 3 de la région pyrénéenne, 
la plaine landaise était déjà bien aplanie par l'étalement des dépôts 
alluvionnaires de la Garonne et de l'Adour. Les terrasses moyennes 
de chacun de ces fleuves, si l'on en juge par leurs témoins éloignés, 
ont peut-être même des points de contact correspondant aux plus 
grandes crues de l'époque.» (Page 34.) 

« La marche du sable vers l'intérieur ne paraît s'être arrêtée 
qu'après l'installation de la forêt. » (Même page 34.) 

Précédemment, en 1843, le docteur Grateloup classait le Sable 
des landes sous le nom de grande alluvion marine dans les formations 
contemporaines des temps historiques 4 . 

Et le professeur de géologie de Gollegno, dans son Essai de classi- 
fication des terrains du bassin géologique de la Gironde, déclare le 



1. Bull, de Géogr. histor. et descriptive, 1902, p. 136. 

2. Bull. Soc. de Géogr. de France, 1900, p. 475-476. 

3. Voyez Wurmien (dernière formation glaciaire des Alpes) à la page 5. 

4. Actes de VAcad. de Bordeaux, 1869, p. 360. 



SABLES DES L.\NDES 19 

Sable des landes d'âge récent et indépendant comme formation 
géologique l . 

Dans les citations rapportées aux deux pages précédentes, il ne 
s'agit le plus souvent que de l'effet d'impressions personnelles. Or, 
l'opinion d'un homme vaut jusqu'à concurrence seulement de l'opi- 
nion contraire de son voisin. On se trouve alors en présence de deux 
affirmations opposées, qui équivalent tout juste à deux négations 
tant que la preuve n'est pas portée devant le juge, lequel en l'espèce 
est le public bien informé. 

Les preuves qu'il s'agit de produire ici vont démontrer que 
l'assise du vaste plateau gascon dite Sable des landes date des époques 
pluviaires du quaternaire, qu'elle n'est pas d'origine éolienne, 
qu'elle n'est pas un dépôt marin. 

Les troncs d'arbres * encore enracinés dans le sol 2 », qui existent 
sous la surface actuelle du sol, sous la dune littorale, sur la plage 
et à la laisse des plus basses marées, montrent, suivant ce qui a 
déjà été expliqué, qu'à la fin du tertiaire le pays n'était ni plus haut 
ni plus bas que le terrain argileux boisé d'essences dures et marqué 
par l'éléphant méridional du Gurp. (Voir à la fin du tableau de 
concordance, p. 5.) 

Vers l'issue du tertiaire, oml'a vu, survint une période humide qui 
engendra la tourbe. Donc, l'assise de terrain de transport mesurant 
environ 4 ou 5 mètres d'épaisseur en moyenne, et survenue en 
épandages successifs au-dessus de l'éléphant méridional et d'une 
tourbe quelconque, ne peut être que quaternaire. Si la première 
formation glaciaire datant du tertiaire a donné de l'épandage, cet 
étalement devrait se trouver au-dessous des tourbes. Voyez toute- 
fois l'information anglaise de la page 5, note. 

Tout terrain de transport, au point de vue géologique, étant 
d'origine torrentielle, les périodes pluviaires du quaternaire infé- 
rieur et du quaternaire moyen ont violemment apporté sur la 
lande d'autres matières que du sable; Linder a donc à la fois raison 
sur le point de la composition et de la date du Sable des landes. La 
croûte superficielle de la plaine gasconne a dû être boueuse en 
principe; elle se sera triée et aura blanchi dans une certaine pro- 
portion, le long des siècles, sous le lavage des pluies ordinaires et 
les effets du soleil, ce qui arrive aux alluvions et aux produits du 
dragage des fleuves. 



1. Actes de VAcad. de Bordeaux, 1869, p. 360. 

2. Termes de l'ingénieur en chef Deschamps, auteur cité plus haut, p. 7. 



20 LE LITTORAL GASCON 

Notre chaîne de dunes maritimes date de la diminution du conti- 
nent dont témoignent les forêts submergées ; elle compte dix mille ans 
d'existence environ. A leur premier âge, les dunes étaient presque 
perpendiculaires à la mer, comme on en voit encore à Lacanau, à 
La Teste, à Biscarrosse et dans tout le Marensin et la Maremne. A 
chacun de ces endroits, de même qu'à Hourtin, Brémontier trouva 
ces vieilles dunes boisées. Nulle part leur alignement à l'est n'a 
été dépassé par des sables nouveaux; nulle part la lande n'était 
envahie par des sables mobiles. Une fâcheuse légende veut que 
l'avance constante des sables vers l'est, consécutive à l'empiétement 
imaginaire de la mer, n'ait pris fin (on vient de le voir) que par le 
boisement auquel ont présidé Brémontier et ses auxiliaires. La 
réalité, au contraire, d'après les forêts antiques et les textes aussi 
loin qu'ils remontent (xi e ou xu e siècle), est que la ligne séparative 
des dunes et de la lande se trouvait dans la même position qu'au- 
jourd'hui; les eaux douces de jonction des étangs constituant cette 
démarcation se tenaient et se tiennent reliées encore, à la lisière 
de la lande ou le long des dunes littorales, depuis le lit de la Gironde 
jusque vers Bayonne, montrant ainsi qu'aucun grain de sable ne 
pénétrait des dunes maritimes vers la lande intérieure. En 1917, 
dans une brochure sur le Sable des landes et ses eaux, j'ai donné à 
ce sujet des indications précises et détaillées 1 . Elles reparaîtront 
en bonne partie au cours du présent travail à propos des vieilles 
localités bordant le littoral. 

Dans la grande lande, au delà de Morcenx, M. Dubalen cite à 
Arengosse un sondage où à 3 m 20 de profondeur on rencontre un 
terrain tourbeux et de bois pourri 2 . La couche qui vient au-dessus 
de la tourbe ne peut, comme l'estime cet auteur, être qu'une assise 
quaternaire. Elle est consécutive à la cause déjà vue au Gurp : 
diluvium, terrain de transport, ruissellement, comme on voudra 
l'appeler. 

A Magescq, 16 kilomètres au nord de l'Adour et 17 kilomètres à 
Test de la mer, MM. Dubalen et Harlé ont signalé quelques restes 
d'éléphant primordial et de rhinocéros dans une argile bleue, à 
2 mètres seulement au-dessous de la surface du sol 3 . En me repor- 
tant au tableau de concordance, je trouve que le mammouth ou 
éléphant primordial (primigenius) marque l'ère du quaternaire 
moyen et de la fin des invasions glaciaires des Alpes. Par conséqueat, 

1. Voyez Revue historique de Bordeaux, 1916-1917, où eut lieu l'ifisertion. 

2. Bull, de Borda, 1911, p. 144-145. 

3. Harlé, Bull. Soc. géolog. de France, 191U, p. 163. 



DÉLUGES MARINS 21 

qu'on les appelle Sable des landes ou autrement, les 2 mètres de sol 
qui recouvrent les fossiles sont du quaternaire moyen, de la dernière 
période pluviaire, si du moins elle a coïncidé chez nous avec la der- 
nière invasion glaciaire des Alpes. Le peu d'épaisseur de la croûte 
supérieure de Magescq est à remarquer et peut faire croire qu'elle 
repose sur une couche antérieure du quaternaire. 

A l'ouest de Magescq, 1.500 mètres avant d'arriver au bourg voi- 
sin de Soustons, se trouve à l'altitude de 10 mètres, dominant légè- 
rement les propriétés environnantes, un plateau de sable grave- 
leux rouge, comme celui de la Chalosse. C'est-à-dire que cette for- 
mation ancienne, qui est tertiaire et peut-être miocène, n'a pas 
été recouverte par le Sable des landes qui l'environne. Le banc ren- 
ferme des petits agglomérés de fer, mais pas de fossiles pouvant 
permettre de déterminer l'âge précis du sol. Les générations passées, 
avant l'existence des chemins de fer, y avaient ouvert, jusqu'à 2 m 50 
ou 3 mètres de profondeur, des carrières pour paver les chemins 
et même pour bâtir. L'exploitation a porté sur une superficie de 
300 mètres sur 200 mètres. Le sol de même nature rouge se prolonge 
aux environs des carrières à l'ombre des bois de pin. Sous l'influence 
de la pluie et du soleil, les cailloux de la surface sont devenus gris 
ou blancs, suivant la couleur de la roche d'origine, comme au bord 
de la mer; le gravier a pris la couleur grisâtre jusqu'à 10 centi- 
mètres de profondeur. 

i< Les alluvions anciennes, dit Jacquot, font défaut dans la plaine 
des Landes. Elles sont au contraire très développées en Chalosse... 
Elles sont constituées par un limon argilo-sableux, jaune ou rou- 
geâtre, jaspé de gris et renfermant, par place, des concrétions 
ferrugineuses 1 . » 

Le gisement de Soustons (route de Magescq) se rapporte assez 
bien à ces mentions. Il démontre qu'au quaternaire la vallée de 
l'Adour n'a jamais eu la largeur qu'on veut lui prêter. 

On peut ainsi généraliser et conclure qu'à peu d'exceptions près 
la vaste assise qu'on est convenu d'appeler Sable des landes s'étend 
de la Gironde à l'Adour et date du quaternaire. 

Les trois pages suivantes montrent à leur tour que l'assise dite 
Sable des landes n'est nullement un dépôt marin. 

La théorie d'Adhémar 2 sur le déversement alternatif des mers 
d'un pôle vers l'autre, après dégel alternatif des deux extrémités 
du slobe, par cycle astronomique de 21.000 ans (10.500 ans en 

1. Carie géolog. des Landes: Contis, Sore, Vieux-Boucau, Mont-de-Marsan. 

2. Révolutions de la mer (1842). 



22 LE LITTORAL GASCON 

chaque sens), et avec caractère violent final quand se produit 
la débâcle glaciaire, peut paraître séduisante à la vue des mers 
immenses et des glaces qui encombrent l'hémisphère sud et le pôle 
austral. 

Guvier, qui admet la pluralité des déluges, estime dans son 
Discours sur les révolutions du globe que la dernière révolution de la 
terre (disparition de contrées, d'une part, émersion de continents, 
d'autre part) ne remonte pas beaucoup au delà de 6.000 ans. 
Les continents aujourd'hui habités auraient, précédemment, été 
plusieurs fois mis à sec, ensuite submergés. 

Astronomiquement, c'est l'an 1248 de l'ère actuelle que notre 
hémisphère nord a atteint le maximum de chaleur, pendant que 
celui du sud présentait son maximum de froid. Notre hémisphère 
se refroidit lentement depuis 1248. 

Le Hon, commentateur d'Adhémar, décrit successivement 
sept invasions périodiques des mers dans la période tertiaire. Au 
quaternaire, il évalue à 200 mètres de plus qu'aujourd'hui la 
hauteur atteinte par les eaux marines de la Manche. 

Pour Adhémar et Le Hon, le dernier déluge, le plus récent, se 
traduit ainsi : « Il y a environ 4.200 ans, la calotte de glace du pôle 
nord, qui avait acquis antérieurement sa plus grande extension, 
se réchauffait insensiblement depuis environ 7.000 ans, pendant 
que la calotte du sud s'accroissait toujours. Le centre de gravité 
avait donc dû se porter avec les siècles vers le pôle sud, entraînant 
lentement avec lui une partie des eaux de notre hémisphère. Par 
cet abaissement des eaux, tout le pourtour de la calotte de glace 
boréale dut graduellement porter à faux, et lorsque cette partie 
non soutenue eut atteint une certaine dimension, elle dut s'écrouler, 
surnager et subir un déplacement brusque vers le pôle sud avec la 
masse des eaux. L'Europe s'est alors trouvée émergée comme 
nous la voyons aujourd'hui, tandis que de vastes contrées de 
l'hémisphère sud ont dû disparaître. * 

Que le fait astronomique du refroidissement des pôles par suite 
des périodes alternatives de nuits plus longues soit fondé et certain, 
bien; mais les déluges ou cataclysmes périodiques qui en résulte- 
raient à époques fixes comme le voudrait la citation qui précède, nos 
dunes ne les admettent pas. 

La théorie d'Adhémar se trouve citée par Flammarion; elle no 
paraît pas être admise par la science astronomique actuelle. Ici 
elle se trouve réfutée d'après des preuves matérielles. 

On voudra bien remarquer que dans ce qui est soutenu au pré- 
sent travail d'après nos sables il ne s'agit pas d'un examen <lt 



DÉLUGES MARINS 23 

strates, de sédiments superposés, d'époques successives difficiles 
à apprécier à travers des couches ou des replis du sol. Suivant les 
découvertes que j'ai eu l'honneur de signaler en 1913, il s'agit sim- 
plement, sur un seul et même plan, à découvert, de dunes quater- 
naires (pléistocènes) portant à ras de leurs flancs, suivant ce qui sera 
décrit au chapitre II, des foyers de potiers préhistoriques, des tessons 
de poterie marqués comme date par la présence de silex aziliens 1 , 
poterie dont la matière première était fournie par le banc d'argile 
qui émerge encore sur la plage au-dessus des plus hautes marées 
de temps normal. Le rivage de la mer, au quaternaire, ne vint pas 
plus à l'est que les environs de sa ligne actuelle, comme les tourbes 
en témoignent suffisamment au-dessus du terrain tertiaire, dans 
les falaises de sable du Médoc et les falaises rocheuses du pays 
basque (Bidart et Guéthary), en accord avec l'état des dunes primi- 
tives perpendiculaires; celles-ci n'auraient pas pu se former en 
masses pareilles, jusqu'à 59 et 62 mètres de hauteur, sur un trajet 
de recul de la mer, s'il avait eu lieu (voir la carte de Soustons, au 
chapitre II). Si le rivage de la mer n'avait pas été, depuis dix mille 
ans environ, à l'endroit où nous le voyons aujourd'hui, le banc 
d'argile tertiaire n'eût pas été à découvert sur la plage ni connu, 
et les fours de potiers n'eussent pas été là, un peu en arrière et à 
l'abri, à côté des ateliers de silex aziliens. (Voyez le croquis de la 
page 6.) 

Par conséquent, depuis dix mille ans peut-être, la mer n'a pas 
reculé, ni par suite baissé; elle se trouve, au témoignage des dunes, 
sur le point où la conduisit (par tassement de la terre sans doute) 
son dernier cataclysme d'il y a dix mille ans environ; notre conti 
nent européen, vu l'immobilité démontrée du rivage maritime, n'a 
pas eu à émerger du fond des eaux depuis les quatre à six ou sept 
mille ans de Cuvier et d'Adhémar, et il n'a pas pu y avoir de déluge 
marin au cours de la même période sur l'hémisphère sud. Les dunes, 
avec les ateliers, les fours et les tessons qu'elles portent à découvert, 
contredisent aussi bien un déluge céleste que le déversement des 
mers et des glaces d'un pôle vers l'autre à chaque demi-cycle astro- 
nomique. S'il y a eu sur la boule du monde, au quaternaire infé- 
rieur et moyen, des déluges célestes répétés, établis même, et plus 
ou moins étendus chaque fois, ils furent le fait des grandes périodes 
pluviaires admises par les géologues. En présence des tourbes 
précitées qui forment des veines dans les falaises, les grandes 

1. Les silex aziliens et les tessons de poterie formaient une épaisse couche 
commune que les chercheurs du xix e siècle ont à peu près épuisée. Il ne reste 
• lut- des débris, mais ils sont en grande quantité. 



24 LE LITTORAL GASCON 

submersions marines envisagées jusqu'à 200 mètres d'élévation par 
Le Hon ne pourraient avoir envahi le continent qu'antérieurement 
au quaternaire moyen, sinon les traces du Moustérien auraient été 
dispersées aux Eyzies (page 4 ci-dessus). Les invasions à 200 mètres 
au-dessus du niveau actuel des mers paraissent aussi bien invrai- 
semblables depuis ia fin du tertiaire, d'après le même témoignage 
des tourbes et lignites. Je n'y crois pas non plus pendant le ter- 
tiaire supérieur, en raison de l'alluvion tertiaire de débordement 
dit brij qui reste étalé en mince couche jusqu'à 8 kilomètres au 
sud de l'estuaire de la Gironde (plus haut page 10). 

Ces diverses mentions se trouveront fortifiées au chapitre II, lors 
de la description annoncée à l'avant-dernier alinéa. 

Les constatations suivantes sont encore plus anciennes que 
celles des dunes. 

Dans le pays classique de la préhistoire qu'est le groupe des 
Eyzies et du Moustier, communes de Tayac et de Peyzac (Dordo- 
gne), où l'on trouve trace du travail de l'homme jusqu'aux plus 
lointaines époques connues de son existence (Acheuléen, Chelléen) 1 , 
M. Peyrony a démontré : 1° que le lit de la Vézère et le niveau nor- 
mal de ses eaux pendant l'époque moustérienne étaient à peu près 
les mêmes qu'aujourd'hui; 2° qu'à la même époque une crue excep- 
tionnelle de la Vézère, bien marquée au Moustier, s'était élevée à 
14 mètres au moins au-dessus du niveau des plus grandes crues 
actuelles, et à 18 ou 20 mètres au-dessus du niveau ordinaire de 
la Vézère 2 . 

Cette inondation correspond à l'époque de la dernière période 
glaciaire ou pluviaire. Se produisant au confluent de la Vézère et 
du Moustier, en pays qui se trouvait habité par l'homme, et en 
tenant compte que la gare des Eyzies est au niveau de 72 mètres, 
les 18 ou 20 mètres de crue moustérienne atteignirent l'altitude 
de 100 à 110 mètres, pas plus. 

1. Au Chelléen et a l'Acheuléen : silex aux Eyzies et à Laussel (Marquay). 
sur des plateaux de 220 mètres environ d'altitude; — au Moustérien : silex et 
os utilisés au Moustier. Un niveau inférieur des Eyzies est à 72 mètres d'altitude 
environ; — à l'Aurignacien : squelettes humains de Cro-Magnon aux Eyzies, 
à 72 mètres d'altitude environ. Silex et os travaillés; — au Solutréen : silex et 
os travaillés à Laugerie-Haute, altitude de 80 mètres au plus; — au Magda- 
lénien : silex et os travaillés à Laugerie-Basse, altitude de 80 mètres. — De sorte 
qu'au quaternaire moyen, l'homme vivait aux Eyzies à la faible altitude de 72 
à 75 mètres qui est, sur le Sable des landes, le niveau du sol (quaternaire moyen 
aussi) de Labouheyre-Morcenx-Solférino-Laluque, à travers lequel passe la 
voie ferrée de Bordeaux à Bayonne. — Voyez au tableau de la page 4 la pré- 
sence de l'homme antique sur la partie sud du département des Landes, 

2. Revue de Géor/r. de Bordeaux, 1914, p. 123. 



SABLES DES LANDES 25 

Il s'ensuit que, en Dordogne, les indications des Eyzies et du 
Moustier, de la Vézère et du ruisseau du Moustier ou de Plazae 
viennent à l'appui des témoignages que les restes de deux indus- 
tries préhistoriques des dunes littorales portent contre l'hypothèse 
des déluges marins périodiques. Aux échéances des cycles astrono- 
miques intéressant les pôles, nos mers ne s'élèvent pas de 200 mètres 
au-dessus de leur niveau actuel, chiffre émis par Le Hon. La preuve 
contraire est formelle; le niveau des mers ne s'est pas modifié 
depuis dix mille ans. 

Et tout cela se rattachant par les dunes à mon sujet principal, je 
répète que le Sable des landes n'est pas un dépôt marin. 

Quant à la constitution des Sables des landes \ voici, pour l'heure 
actuelle encore, cinq exemples sur la profondeur et les matières 
qu'on attribue à cette formation. 

A l'usine à gaz d'Arcachon, or présente un forage publié par 
Feret 2 et donnant : 

Dune et alluvion marine f 12 mètres. 

Sable des landes (sans tourbe) '. . . 48 m 75 



60 ™75 



soit 40 ou 45 mètres au-dessous du sol primitif avec tourbe du 
Moulleau, quartier d'Arcachon. 

Jacquot et Raulin 3 donnent aux quatre forages de puits suivants, 
où l'on ne trouve pas de tourbe : 

Beylongue. «3 m 15 de Sable des landes. » 

Lipostey. « Le Sable des landes semble bien descendre jusqu'à 37 mètres. » 
Solférino. « Le Sable des landes semble avoir 52 mètres d'épaisseur. » 
Sainte-Eulalie-en-Born. « On a rencontré 1 1 mètres de Sable des landes. » 

Dans ces sondages, Jacquot et Raulin comptent comme Sable des 
landes : gravier argileux, argile marneuse, argile verdâtre, blanche 
et jaune, cailloux quartzeux, sable vaseux bleuâtre. A Solférino 
figurent 15 centimètres de lignite en formation à 18 mètres de 
profondeur, 10 centimètres de lignite en formation à 31 mètres, 

l m 55 de lignite par morceaux peu volumineux à 36 m 80. 

$ 

1. Suivant ce qui a été expliqué dans une note précédente, il y a tendance, 
actuellement, à dire Sables des landes au pluriel, en raison des diverses matières 
qui composent cette assise. 

2. Statistique de la Gironde, I, p. 24. Forage de la maison Billiot. 

3. Statistique géologique des Landes, p. 628 et suiv. 



26 LE LITTORAL GASCON 

Au forage ci-dessus d'Arcachon sont compris comme Sable des 
laudes : sables quartzeux, grès ferrugineux. 

# 

* * 

A propos des vieux secrets que les dunes révèlent à qui sait les 
interroger, il est curieux de noter en passant que l'époque de la 
diminution précitée de notre continent coïncide avec la date qu'un 
récit de Platon attribue à la fin des Atlantes et de l'Atlantide, 
empire soi-disant puissant, riche, ambitieux, que les Athéniens 
auraient refoulé et vaincu. On se plaît à placer ce grand empire 
sur un isthme s'étendant des Pyrénées à l'Amérique centrale ou 
au Canada. Sa renommée encombre ouvrages et encyclopédies. 
D'après des prêtres égyptiens gardiens de la tradition par eux 
révélée à Solon et recueillie plus tard par Platon, l'événement guer- 
rier, puis l'engloutissement complet de l'Atlantide auraient eu lieu 
neuf mille ans avant l'époque où vivait Platon 1 . Si nous consultions 
nos dunes sur ce grand cataclysme marin, elles resteraient muettes 
et nous renverraient â la date de l'organisation d'Athènes, formée 
de quelques bourgades. Elle est de sept mille ans au moins posté- 
rieure à la disparition ainsi comprise de l'Atlantide. Donc, sept 
mille ans avant de naître, les Athéniens étaient vainqueurs du puis- 
sant et redoutable empire des Atlantes. C'est du beau fabuleux. 

La tradition égyptienne cadre moins encore avec la science géolo- 
gique. Elisée Reclus, dans Y Histoire de la Terre, estime que l'Atlan- 
tide disparut « à l'époque des lignites tertiaires de la molasse ». 
Lapparent (page 1727 de son Traité, édition de 1906) parle dos 
«grands bouleversements dont l'Atlantique a été le théâtre ». Son 
opinion 2 était que « l'effondrement de l'Atlantique survint vers la 
fin du miocène ». L'homme n'est rencontré sur la terre que des 
milliers d'années après cette phase du tertiaire moyen. 

L'Atlantide peut, dans la mesure du possible, intéresser la géo- 
logie tertiaire. Dans le récit considérai dément plus récent des prê- 
tres égyptiens et de Platon, elle n'est, qu'un mythe et n'intéresse 
en rien les faits dont nos sables gardent trace. Je ne sais voir 
dans ce nom d'Atlantide qu'un effet de l'impression profonde 

1. Dialogue Timée ou De la nature. — Dans le dialogue CriUas ou V Atlantide, 
Platon fixe de nouveau à une date de neuf mille ans (jusqu'à son époque) la 
bataille survenue entre les Atlantes et les Athéniens. Cette répétition de durée 
de temps ne permet guère d'accueillir le dire d'Eudoxe, qui a rectifié ou fait 
cadrer en ramenant à neuf mille mois 1<^ uni! mille ans de Platon. — (Voyez 
Pereira il»' Lima dans le Bull, de Borda, 1904, p. L56. Il croit à L'Atlantide.) 

2. Voyez A. Guy, Genèse des terrains quaternaires, |>. 13. 



l'atlantide 27 

ressentie par les navigateurs méditerranéens de l'antiquité, à leur 
arrivée aux Colonnes d'Hercule, devant l'immense et mystérieux 
océan Atlantique. Le travail de la fable a montré dans cette mer, 
à peu de distance des Colonnes et à travers le mirage oriental, une 
île plus étendue que l'Afrique et l'Asie réunies, et que Jupiter fit 
disparaître pour frapper le fastueux orgueil de l'empire insulaire. 
Les générations récentes ont complété le récit des Egyptiens et 
des Grecs, ou leur mythologie, er faisant de l'île un isthme magni- 
fique allant de Gibraltar au continent américain, qui est connu 
depuis cinq siècles seulement. 

Les Grecs étaient des bavards et nous ont appris à farder tout \ 
a écrit l'abbé Pédegert, notre grand helléniste. Les lignes précé- 
dentes pourraient donner quelque raison à ce prêtre, qui était 
aussi un doux poète. 

# 

De combien fut diminué le continent, sur nos côtes, dans la révo- 
lution géologique énoncée plus haut? Aucune précision à cet égard 
n'est possible. L'assise du sol quaternaire superposée à celle où 
croissaient les arbres d'essences dures se peupla de pins, comme 
le fait a été notamment constaté par une excursion de la Société 
linnéenne de Bordeaux, au bord de la mer, à la base des dunes 
actuelles, en avril 1876. Les sables de nos côtes étant réfractaires 
à tout boisement dans les 200 mètres environ du voisinage de la 
mer, cela accuse 200 mètres de continent perdu. De la crête de la 
dune de bordure à l'extrême laisse des basses mers où parurent 
en 1903 les forêts submergées de la page '8, on compte 220 à 
225 mètres, ce qui porte à 420 mètres la partie apparente du conti- 
nent diminué. Au delà, en mer, on ne peut pas apprécier de combien 
les forêts sous-marines se prolongent vers l'ouest. 

Entre Bidart et Guéthary (Basses-Pyrénées), à la plage, on voit 
dans la falaise une couche de tourbe de l'âge de celle de Montalivet, 
longue de 35 mètres environ, épaisse de 1 à 5 mètres, assise sur un 
sol d'argile 2 . A la même côte du pays basque, d'après ce qui a déjà 
été cité de M. Welsch, « on trouve au débouché des vallées dans la 
mer des troncs d'arbres qui sont au niveau de marée haute 3 . » 
La diminution antique du continent est donc certaine sur la Gironde, 
les Landes et les Basses-Pyrénées. Elle ne s'est pns répétée. 

1. Abbé Gabarra, Un curé des Landes, pp. 292 et 296. 

2. J'ai signalé un échantillon de cette tourbe à la Revue de Géographie de 
Bordeaux, 1912, p. 423. 

3. Géologie, Comptes rendus, 27 septembre 1915. 



CHAPITRE II 

Climat ancien. — Formation des dunes. 
Potiers préhistoriques des dunes. 

Les météorologistes sont très divisés dans l'appréciation du cli- 
mat d'autrefois. Pour la majorité du public, le temps aurait été 
très troid et notre pays fort inhospitalier depuis l'apparition de 
l'homme sur le globe jusqu'à une époque relativement récente. Ce 
jugement ressort de l'impression que laissent le souvenir des exten- 
sions glaciaires, de l'époque du renne, de la période des cavernes. 
Mais il faut remarquer que les grandes phases glaciaires ne se sont 
manifestées, puis reproduites, qu'après des périodes chaudes ou 
clémentes. Il y avait alternance l . 

Peut-être se poursuit-elle encore d'une manière plus ou moins 
accentuée. Des hommes de science, on l'a vu à propos de la théorie 
d'Adhémar, donnent l'année 1248 de notre ère comme celle où notre 
hémisphère nord a atteint le maximum de chaleur, pendant que 
l'hémisphère sud connaissait le maximum de froid. Dans ce cas, 
le froid gagnerait actuellement le côté nord, tandis que le côté sud 
se réchaufferait. Le fait est, à propos de cette année 1248, qu'à la 
fin du Moyen-Age, et jusqu'à une époque assez récente, la culture 
de la vigne était très pratiquée le long du littoral gascon. Le 22 mars 
1274, les habitants de Mimizan reconnaissaient tenir du roi «mai- 
sons, terres cultes et incultes, vinnes, etc.» 2 . Le Statut du même 
lieu de Mimizan, dressé aux environs de 1289, porte qu'aucun vin 
ne pouvait entrer à cet endroit tant que la récolte locale n'était 
vendue ou consommée. En 1292, les Bayonnais se réservaient la 
liberté d'introduire hors tour en ville les vins par eux récoltés à 
Bouret, c'est-à-dire à Capbreton 3 . Pareil privilège fut assuré aux 
Bayonnais le 13 novembre 1333 quant à leurs vins récoltés à Mes- 
sanges et au Vieux-Boucau (alors Boucau du pays d'Albret) 4 . 

Au bail à fief du 8 mars 1514/1515 de Gontis (Arch. de la Haute- 



1. Voyez an chapitre I er , p. 5, périodes glaciaires et interglaciaires, et note. 

2. Bémont, Reconnaissances féodales en Aquitaine, n° 690. 

3. Archives de Rayonne, AA 11 ; — Balasque, Etudes historiques, t. II. p. 496 
et 683. 

4. Etablissements de la ville de Baijonne, n° 207. 



CLIMAT ANCIEN • 29 

Garonne, fonds de Malte), on voit figurer des vignes du comman- 
deur et des colons le long de la rive gauche du petit fleuve côtier, 
dans les dunes sauvages situées entre l'étang de Lit-Saint-Julien 
et la mer. 

En 1618, on trouve cession aux habitants de Biscarrosse de pièces 
de vigne des lieux appelés à la Vignasse. Pendant les xvne et 
xvinc siècles, les rôles de la taille et autres documents parlent de 
vignes à Saint- Julien-en-Born, Bias, Mimizan, Aureilhan et Saint- 
Paul-en-Born. En 1789, dans le cahier des États généraux, article 30, 
les curés du Marensin présentaient une doléance au sujet des 
vignes de sable qu'on replantait ou abandonnait au bout de 
trente ans 1 . 

Ces dernières plantations étaient chaussées tous les deux ans avec 
du sable rapporté, le sol étant incliné du côté du soleil levant; nous 
appelions cela «sablier» la vigne. Dans l'autre genre de culture, 
en terrain plat, chaque pied de vigne était « provigr.é », c'est-à-dire 
couché en terre tous les deux ans. On ne voyait jamais une souche 
tant soit peu vieille. 

Il ne reste que très peu de ces vignes aujourd'hui. Les maladies 
cryptogamiques, consécutives à la survenance de l'humidité et de 
l'irrégularité des quatre saisons de l'année, ont tué les plants ou 
découragé les vignerons. L'oïdium fit son apparition sur le littoral 
à l'époque de la guerre de Crimée. Je me souviens très bien qu'à 
ce moment-là encore, comme par le passé, on se préparait vite après 
la fête du 15 août à la vendange du raisin blanc de sable, la cueillette 
du raisin rouge ne devant s'opérer que deux ou trois semaines plus 
tard. On voyait alors, après l'hiver rigoureux, de vrais printemps, 
et les jeunes gens arboraient — un peu hâtivement parfois — le 
pantalon blanc à la fête de Pâques. 

«En 1361, on vendangea à Pessac pendant la troisième semaine 
d'août, et à Bordeaux au commencement de septembre. En 1382, 
les vignes de Pessac furent vendangées pendant la dernière semaine 
d'août 2 . » On remarquera que, dans ces vignes du Bordelais, il s'agis- 
sait de vin rouge. 

Le 11 juillet 1540, à la bastide de Geaune, deux juges et trois 
jurats prélevaient la dîme du blé récolté et battu cette année-là. 
Le vin fut partagé le 16 octobre suivant 3 . Aujourd'hui les récoltes 
arrivent avec moins de précocité. Qui sait si, dans 1.500 ans d'ici, 

1. Départ, Bull, de Borda, 1883, p. 52, pour tout cet alinéa de 1618-1789. 

2. Arch. hist. de la Gironde, t. XXII, p. 657. 

3. Saint-Jours, La bastide de Geaune en Tursan, p. 229, d'après une copie 
du feudiste Larcher, biblioth. de Tarbes, vol. XXI, p. 415. 



30 LE LITTORAL GASCON 

la plupart de nos vignes n'auront pas fait place, pour de longs siècles, 
à des vergers de pommiers et à des cultures de pays froids? 

Une appréciation sera donnée à cette place sur le climat de notre 
région jusqu'à un âge assez reculé, jusqu'à dix mille ans en arrière. 
Des indices sérieux n'existeraient pas au delà *. Le secret de ce passé 
va être demandé aux dunes maritimes, qu'on croyait jusqu'à nos 
jours avoir été des masses nomades en mouvement d'invasion, alors 
que leur chaîne a assisté, impassible pourrait-on dire, à un détilé 
de cent siècles. 

Les dunes du littoral gascon s'étalent de l'embouchure de la 
Gironde à celle de l'Adour sur une longueur de 236 kilomètres 8 . 
Aux deux extrémités, au bas des deux grandes vallées fluviales qui 
les encadrent, les dunes ne forment qu'une étroite bande dont la 
profondeur moyenne ouest- est n'atteint pas ] kilomètre 1/2, 
comme suit : de l'estuaire de la Gironde jusqu'à Montalivet (25 kilo- 
mètres vers le sud), pays à nombreux marais restés à peine au-dessus 
du niveau de la mer, la maigreur de l'étroite ligne de buttes de sable 
résulte du barrage que, le long de la côte, les roches de l'îlot de Gor- 
douan et du banc des Olives ont opposé et opposent à l'atterrisse- 
ment de l'arène; de l'embouchure actuelle de l'Adour jusqu'à Hosse- 
gor (ancienne rade de Gapbreton, 16 kilomètres vers le nord), le 
cours antique du fleuve bayonnais coulant à peu de distance de la 
mer, et parallèlement à elle, empêcha la survenance ou le dévelop- 
pement des dunes. Les marais d'Orx marquent dans cette partie sud 
un pays bas comme celui de l'extrémité nord. 

Il devait en être de même à ces deux extrémités, antérieurement 
aux dix mille ans dont il est ici question. Gomme conséquence, le 
cataclysme marin qui diminua le continent (chapitre I er , page 23) 
ne refoula et ne fit atterrir que peu de sables aux points extrêmes 
correspondants, nord et sud. 

Sur tout le surplus du parcours, de l'une à l'autre des deux zones 
basses des estuaires, la chaîne compacte des dunes maritimes 
mesure de 4 à 8 kilomètres de profondeur; par une exception à 
remarquer, les dunes p^imiU'w.a de Soustons-Azur et de La Teste, 

1. On a vu plus haut que dans la Dordogne on trouve dans les abris sous 
roches des traces puissantes de l'existence et du travail manuel de L'homme 
jusqu'aux époques les plus lointaines de son existence, depuis l'altitude de 220 
ou 230 mètres jusqu'à celle de 72 mètres. Mais les éléments d'appréciation man- 
quent pour la connaissance des vents et de la température aux premiers âges 
de l'humanité. 

2. 130 kilomètres sur la Gironde et 106 sur les Landes et le Boucau de 
Bayonne. 




Dunes perpendiculaires de la partie sud. 
Entre elles et la mer, chemin des pèlerins et pays habité jusqu'à 40 kilomètres 
au nord de Bayonne. 
Carte d'État-major au 80t 1 00u 



32 LE LITTORAL GASCON 

couvertes de forêts, antiques, atteignent jusqu'à 9 kilomètres à 
l'intérieur, laissant loin derrière elle, vers la mer, les sables nou- 
veaux qui s'agitèrent, le long des siècles, au gré des vents divers. 

Toutes les dunes maritimes de la première heure (M. Durègne 
le.s a baptisées primitives ou primaires) étaient en lignes ou en poches 
presque perpendiculaires à la mer, parfois entrecoupées d'enton- 
noirs 1 formés par la rencontre des masses. On les voit telles encore, 
sans nul encombrement nouveau, sur l'étendue du pays de Maremne 
et sur la presque totalité du Marensin. Trois cartes ci-contre mon- 
trent l'image de ces vieilles dunes dans leur développement presque 
entier, piles ont leur extrémité sud près de l'ancienne embouchure 
de l'Adour sous Gapbreton, et vont jusqu'à Saint-Girons-en-Maren- 
sin, qui est à 45 kilomètres au nord de Bayonne. Trois villages : 
Moliets-et-Maà, Messanges, Vieux-Boucau, et plusieurs quartiers 
de-Soustons, de Seignosse et de Soorts se trouvent entre les dunes 
primitives et l'Atlantique, laissant croire que la mer a dû reculer 
un peu ses limites devant le nouveau rempart qu'elle s'oppose par 
l'atterrissement journalier du sable. 

Au nord de Saint-Girons, les sables nouveaux qui, agités par les 
vents divers 2 , ont encombré les anciens en masses s'entrechoquant 
et d'aspect chaotique mais présentant l'image générale de dunes 
parallèles à la mer, ne sont pas parvenus partout à recouvrir les dunes 
primitives. Celles-ci paraissent particulièrement intactes, sur la 
partie orientale de la chaîne, aux; montagnes de Biscarrosse, de La 
Teste et de Lacanau. Tous ces grands massifs de dunes primitives 
perpendiculaires du sud et du centre constituent un démenti formel 
à l'égard de la légende qui voudrait encore nous faire croire aux 
dunes envahissantes. Les sables mobiles qui s'agitaient et s'agitent 
encore à peu de distance de la mer n'ont jamais mis la lande en 
danger. Un exemple intéressant que voici paraît à ce sujet à Bis- 
carrosse. 

A leur partie ouest, les masses revêtues de sable resté blanc et 
qu'ensemença Brémontier avaient dans leurs bas-fonds ou lettes 
des lagunes à blouses d'enlisement, où pêcheurs et chasseurs fai- 
saient jadis d'assez bonnes prises. La baisse générale des eaux 
douces assurée depuis 1860-1880 a f ait disparaître ces lagunes dans 
les dunes naguère blanches de Biscarosse (Naouas, Jaougot, etc.), 
comme dans les autres communes. Par contre, dans la partie est ou 

1. Par exemple, du côté de Bidaou, à l'ouest de l'étang de Soustons. 

2. Môme par le vent d'est: «Souvent encore, c'est le vent d'est qui souille 
et agit comme le vent d'ouest, mais en sens inverse. » (Grandjcan, inspecteur 
des forets, Bull. Suc. de Gèogr. de Bordeaux, 1910, p. 183.) 




Suite des dunes primitives perpendiculaires du sud. 
Carte d'État-major au 



80,000 



34 LE LITTORAL GASCON 

Montagne du même endroit, les lagunes nombreuses qui émaillent 
comme autant de lacs minuscules le centre de la forêt antique 
continuent d'exister, même en été, parce que des sables mobiles 
n'y ont pas pénétré sur le sol tertiaire imperméable. Voyez le 
croquis de la Montagne de Biscarrosse au chapitre suivant ou aux 
cartes de la table. 

Les dunes primitives de Soustons ont dans les mêmes conditions 
des marais étendus dits graoues, entre les Montagnottes et Ardy. 

Le tableau suivant, que je n'ai pas pu dresser à moi seul, et où 
j'indique autant que possible les concours, donne, en commençant 
par le sud, une large idée de ce que sont les dunes primitives per- 
pendiculaires — toujours existantes — du littoral gascon. Elles sont 
désignées par leur nom le plus usuel. Parfois, une dune se bifurque, 
ce que j'ai vu dès le début de la chaîne à Hossegor, et peut porter 
deux noms; d'autres fois, la dune est tronquée, et chaque tronçon, 
se poursuivant dans le même alignement, a un nom spécial. Ce 
dernier cas se présente particulièrement à Lacanau. Sur Messanges, 
M. Durègne signala une succession de dunes alignées presque bouta 
bout et formant un chaînon qui «dépasse 6 kilomètres de longueur» 1 , 
orienté ouest-est. S'il a des solutions de continuité, son cours reprend 
bientôt sans changer de direction. Cette très longue ligne de dunes 
est, mais en corps trop compact, bien visible à la carte ci-contre 
et porte au quatrième kilomètre de son trajet ouest-est un signal 
de 59 mètres. Je l'ai parcourue dans le temps jusqu'à son extrémité 
orientale, qui finit en précipice au Trou du voleur. De ce point 
extrême on domine de beaucoup les cimes de la vaste forêt de pins 
qui se prolonge comme une mer verte, sur la lande, vers Azur. Le 
premier écrivain qui a lancé la croyance de la dislocation des dunes 
du littoral gascon, et l'invasion de la lande intérieure par leurs 
sables, peut être comparé au général en chambre qui fait la critique 
de vieilles batailles et fait mouvoir des armées inexistantes. Pour 
être désabusé des légendes sur l'invasion des sables marins, il suffit 
d'aller visiter les dunes primitives (dunes perpendiculaires) que les 
cartes dressées par les géomètres des travaux de Brémontier nous 
montrent couvertes de forêts antiques. 

Liste des principales dunes perpendiculaires à la mer. 

Il existe un certain nombre de dunes antiques à allure détachée 
entre le bourg de Labenne et celui de Gapbreton. Elles sont orien- 
tées tantôt ouest-est, tantôt nord-sud, et forment des cuvettes. 

1. « Dunes primitives», Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, avril 1897, tirage 
à part, p. 6, et Académie des Sciences, Comptes rendus, 10 mai 1897. 



DUNES PERPENDICULAIRES 



35 



COMMUNES 



Soorts * (HoS' 
*egor) . . . . 



beignosse . 



Soustom 



Messanges. 



Moliets 



NOMS 
des Dunes 



Saint-Girons 3 

Saint - Julien 

(Contis) *. . 



Biscarrosse 



>\ 



Lous Peys 

Marcadet 

Coutrines 

et Pessot 

Palonibière Hey 

Palombière Hougas 

Paloînbière Rey 

Palombière Lafitte 

Palombière communale . 

Pignos 

Curtan 

Boy 

Guinguay 

Lues (ait. 62 m.) 

Blancoun 

Belle-Herbe 

Mouncay 

Louaraigne 

Counches 

Aguilloun 

Houït 

Plantoun 

Islade 

Les Bignes 

Barthasse 

Les Manobres 

Les Sesques 

Le Brusle 

Les Lèbes , 

Menère , 

Bidaou 

Pey dos Cassous (Houzille) 

Crouquet 

Pey du Tue ou du Télégra 

phe (ait. 59 m.) 

Mounchet , 

Loup , 

Russe ou Sabla 

Tue dou Moun 

Tue du Canon , 

La Prime 

Larrigade 

Ispe 

Cap dou Piôou 

Gassioun 

Gassioun 



Si la pente la plus 
raide est au ver- 
sant nord ou au 
versant sud. 



Nord, parfois Sud. 

Nord. 

Nord. 
Sud. 

Nord. 
N., parfois S. 

Nord. 
N., parfois S. 
N., parfois S. 
N., parfois S. 

Nord. 
N., parfois S. 

Nord. 

N., parfois S. 

Sud. 

Sud. 

Nord. 

Nord. 

Nord. 

Nord. 

Sud. 

Nord. 

Nord. 

Nord. 

Nord. 
N., partie S. 
N., partie S. 

Sud. 
N., partie S. 

Nord. 

Nord. 

Nord. 

Nord. 



Si la pointe de l'ex- 
trémité orien- 
tale est recour- 
bée vers le nord 
ou vers le sud. 



N. 



partie S. 
Nord, 
partie S. 
Sud. 
Nord. 
Nord. 

Sud. 
Nord. 
Nord. 
Nord. 
Nord. 
Nord. 



Vers le Nord. 
Nord. 

Rectiligne. 

Nord. 
Rectiligne. 
Rectiligne. 
Rectiligne. 
Rectiligne. 
Crochet vers PO. 

Nord. 
Rectiligne. 
Rectiligne. 

Sud. 



Sud. 

Sud. 

Sud. 

Sud. 

Sud. 
r Nord. 
Nord. 
Nord. 
Nord. 

Sud. 

Sud. 

Sud. 

Sud. 

Sud. 



Sud. 
Nord. 
Nord. 

Rectiligne. 
Rectiligne. 

Nord. 
Rectiligne. 
Rectiligne. 

Sud. 



Longueur 

approximative 

ouest-est 

de la dune. 



1.000 mètres. 
600 mètres. 

1.500 mètres. 



300 
500 
200 
500 
500 
1.200 
800 
400 
200 



mètres, 
mètres, 
mètres, 
mètres, 
mètres., 
mètres, 
mètres, 
mètres, 
mètres. 



6.000 mètres. 

(Voir page 

précédente.) 



1.600 mètres. 
1.500 mètres. 



1.500 

300 

200 

1.000 

1.000 

400 



mètres, 
mètres, 
mètres, 
mètres, 
mètres, 
mètres. 



1. Dû à l'obligeance de la Mairie de Soorts. 

2. Pour Seignosse, Soustons, Messanges et Molieb 
Cétran, aidé lui-même par d'autres habitants. 

3. D'après MM. Lacomme et Giret. 

4. D'après M. Laparade. 
o. Dû à M. Lihan. 



concours du lieutenant des douanes 



36 



LE LITTORAL GASCON 



COMMUNES 



Biscarrossc. 
(suite) 



Lacanai 



Arcachon 2 . , 



NOMS 
des Dunes 






Larretge 

Larretge 

Sillargas 

Arrègue-Blanquc 

Arrègue-Blanquc 

Trappe 

Chenilles 

Soult et Montauban 

Moutchita 

Cabane de Moutchita 

Paillole et Creci 

Barengots 

Auvergne 

Abies-Bareng long 

Bernadou-Pèguc-Estardey. 

Grande dune (lisière sud de 
la ville).. 

Du parc Borie au Casino de 
la Forêt 

Du Casino de la Forêt au 
Mont des Rossignols ou 
Peymouh 

De l'allée Emile-Pereirc à 
l'église Notre-Dame. . . . 

De l'allée Rapp au Parc 
Pereirc. . 

Dune du Boulevard 

Dune Mauvesin (applanie 
par l'avenue du Château, 
le théâtre et l'avenue La- 
martine) 



Si la pente la plus 
raide est au ver- 
sant nord ou au 
versant sud. 



N. 



Nord. 

partie S. 

Nord. 

Nord. 

Nord. 
Sud. 
Sud. 

Nord. 
Sud. 
N., partie S. 
N., partie S. 
N., partie S. 
N., partie S. 
N., partie S. 
N., partie S. 

Nord. 

Nord. 



Nord. 

Nord. 

Nord. 
Nord. 

Nord. 



Si la pointe de l'ex- 
trémité orien- 
tale est recour- 
bée vers le nord 
ou vers le sud. 



Sud. 
Nord. 

Sud. 

Sud. 
Rectiligne. 
Rectiligne. 

Sud. ' 

Sud. 
Nord. 

Sud. 

Sud. 

Sud. 
Rectiligne. 
Rectiligne. 
Rectiligne. 



Longueur 

approximative 

ouest-est 

de la dune. 



500 

1.000 

1.000 

800 

1.400 

1.500 

1.600 

1.200 

700 

700 

700 

800 

1.500 

2.000 

2.000 

1.800 

1.300 



mètres, 
mètres, 
mètres, 
mètres, 
mètres, 
mètres, 
mètres, 
mètres, 
mètres, 
mètres, 
mètres 
mètres 
mètres 
mètres 
mètres. 

mètres. 

mètres. 






200 mètres. 
700 mètres. 



800 
900 



mètre! 

mètres. 



Les dunes du grand et antique massif de La Teste n'entrent pas 
dans le tableau qui précède. M. Durègne dit, avec toute l'autorité 
qui s'attache à ses travaux : « Les dunes de la Montagne d'Arcachon, 
orientées nord -ouest- sud -est venaient du sud... A la '/Grande 
Montagne » de La Teste, elles ont toutes une même forme générale, 
composée d'une partie sensiblement rectiligne terminée par un 
crochet à l'extrémité est. Souvent, sur le même alignement, la pente 
la plus raide change de versant 3 . >• 

Ci-après, du même ouvrage de M. l'ingénieur en chef Durègne, 



400 mètres. 

t pas 
,orité 
mon. 



1. Dû aux deux frères Lagune (Jean et Lagunot), de Lacanau. — En outre, 
la montagne de Lacanau compte sept dunes primitives orientées à peu près 
nord-sud. 

2. Dû à M. Blanc, doyen d'âge de la Société scientifique d'Arcachon et qui 
a participé aux premiers travaux d'édification de cette ville. 

3. Dunes primitives et Forets antiques », Bull. Soc. de Gèoyr. de Bordeaux, 
1897, p. 165-168; tiré à part, p. 7-10. 




TRANSITION DES DUNES PRIMAIRES (PERPENDICULAIRES OU EN POCHES) 
AUX DUNES PARALLÈLES A LA MER. 



38 



LE LITTORAL GASCON 



un levé de dunes perpendiculaires du massif de La Teste (abords du 
Truc de la Truque) effectué personnellement par ce savant auteur. 
Comment âe sont formées les dunes maritimes de la première 
heure? Théoriquement, une dune s'établit perpendiculairement au 
vent qui l'érigé. En représentant la direction du vent par un trait, 
l'axe de la dune qui naît forme avec ce trait une croix. C'est là un 
axiome facile à vérifier sous des proportions minuscules à la plage 
maritime, entre ia laisse de haute marée et la dune riveraine, que 
le vent y souffle du nord, du sud ou de l'ouest. On trouve une autre 
image du fait en regardant le cantonnier de Paris qui, ayant poussé 
son large balai, a déplacé une butte de matière perpendiculaire au 




dunes de i.a teste (True de la Truque). 



manche qui représente la direction et la poussée du vent. Néces- 
sairement, la dune n'est pas aussi rectiligne que la butte du can- 
tonnier. 

La dune théorique ou normale se forme avec pente douce du côté 
d'où vient le vent, et avec pente raide du côté opposé; c'est-à-dire 
que les sables progressent en se superposant sur la pente douce, et 
culbutent presque à pic en arrivant au sommet. Des vents contraires 
modifient ensuite plus ou moins cet arrangement. Quand une dune 
théorique parallèle à la mer n'a pas d'appui sur les buttes voisines, 
ses deux extrémités ont d'habitude avancé plus vite que le corps, 
et l'ensemble offre l'aspect d'un croissant. 

D'après ces principes généraux, plus le tableau qui précède et les 
mentions dont celui-ci est suivi pour La Teste-Arcachon, les vents 



FORMATION DES DUNES 39 

du sud et du sud-ouest sont ceux qui ont le plus contribué à l'édifi- 
cation des dunes primaires maritimes, les vents du nord-ouest ne 
venant qu'ensuite. L'action des vents d'ouest, qui dut être impor- 
tante, n'y est pas aussi apparente, moins encore celle des vents d'est. 
Nos vents du sud et du sud-sud-ouest sont presque toujours forts 
et secs. Ils ont été les grands brasseurs de sable. 

Étant donné que dans notre hémisphère les vents du sud et du 
sud-ouest sont chauds, et que tout vent venant du sud-oue:t et 
même de "l'ouest porte ''humidité douce de la mer, il est permis de 
conclure que, il y a neuf ou dix mille ans, le climat de notre région 
n'était pas plus froid que celui de nos jours, et que depuis lors il 
n'a présenté d'autres variations que celles qui peuvent successive- 
ment résulter, sur chaque hémisphère, du refroidissement alternatif 
des pôles. Voilà l'opinion annoncée au début de ce chapitre. 

Est-il possible d'apprécier comment, il y a neuf ou dix mille ans, 
a pu être accumulée l'énorme masse de sables qui, sur une étendue 
de 236 kilomètres de long, forme les dunes maritimes perpendicu- 
laires? Il a été démontré au chapitre I er que notre continent a été 
diminué, il y a dix mille ans environ, par ce qui peut s'appeler, pour 
notre portion d'hémisphère, la dernière révolution géologique, car 
l'équilibre existe ici depuis lors entre la mer et le continent, suivant 
ce qui ressortira plus loin dans une question préhistorique. On ne 
peut guère, par suite, comprendre les faits que de la manière suivante. 

Des dunes devaient déjà exister sur la côte engloutie, et leurs 
sables, grossis du décapage du sol quaternaire submergé, furent 
jetés en bloc sur la côte nouvelle par le cataclysme marin et l'agita- 
tion plus ou moins prolongée qui s'ensuivit. Plus tard, cette énorme 
masse d'arène s'ondula pour ainsi dire sur place, notamment sous 
des vents soufflant des aires sud et sud-ouest, et des aires nord-ouest. 
La justification de cette opinion ressort de preuves matérielles très 
fortement développées. Au bord de la mer, les dunes du Bas-Médoc 
portent à fleur de leurs flancs des ateliers de silex et des fours de 
potiers préhistoriques. Les produits des deux industries forment 
une assise commune sur l'atelier de silex aziliens du Gurp. La période 
azilienne remonte à une centaine de siècles. Des sables nouveaux 
n'atterrissant pas sur cette plage du Lilhan, de Grayan, de Vensac 
et de Montalivet, abritée près de terre par un rideau de roches à 
peine marquées par des brisants, les ateliers dont il s'agit et la falaise 
de terrain quaternaire bordant la mer n'ont pas été recouverts ou 
tapissés d'arène. Il faut donc que les dunes, vieilles de dix mille ans 
environ et restées vierges, aient, peu avant l'installation des deux 



40 LE LITTORAL GASCON 

industries paraissant compter une centaine de siècles d'existence, 
été rejetées en bloc par le cataclysme marin qui avait diminué la 
côte et porté le rivage de l'Atlantique sur la ligne où nous le voyons. 

Dans ces dunes orientées ouest-est, la pointe orientale, quand 
elle se trouve recourbée vers le nord ou vers le sud, comme au croquis 
de M. Durègne et au tableau qui précèdent, fut retroussée ainsi en 
principe par vents- du sud-ouest ou du nord-ouest, au point extrême 
où la masse ne faisait plus résistance et laissait glisser le sable; le 
vent d'est aplatissait aussi ces pointes. L'extrémité recourbée m'a 
toujours paru être aussi vieille, par son aspect et par son humus, 
que la dune elle-même. Ce qui tend à confirmer ces indications, c'est 
qu'on ne trouve pas de pointes recourbées à l'extrémité ouest, parce 
que de ce côté les sables, sous les mêmes vents, se trouvaient poussés 
contre le corps résistant du monticule. Les habitués de nos plages 
ont sous les yeux une image de ce phénomène du rctroussement 
des sables. Sur la grande côte, les chalets construits vers la crête 
de la dune riveraine ont besoin, avant chaque saison balnéaire, d'être 
dégagés, souvent à l'aide de mules tirant un panneau de bois, des 
sables dont les vents d'hiver les ont encombrés. Les sables ne s'ar- 
rêtent guère contre la façade ouest qui subit la poussée du vent; 
ils s'accumulent au contraire à la façade orientale jusqu'à bloquer 
les croisées. C'est là que le vent, quand il n'éprouve plus la résistance 
des murs, tourbillonne dans la partie calme et y retrousse les sables, 
lesquels s'entassent et séjournent à l'abri des tempêtes. 

Si Strabon et Pline ne mentionnent pas l'existence de nos dunes l , 
c'est qu'elles étaient inoffensives alors comme depuis pour le pays, 
et que les romans scientifiques n'avaient pas encore fait éclosion. 
Les Romains n'eurent pas non plus l'occasion, que je sache, de 
mentionner les roches inoffensives formant les falaises de Royan 
et du pays basque. Ils n'ont pas parlé des dunes parce qu'elles 
n'inquiétaient personne. 

Des écrivains se sont attachés à rechercher les cuises de l'orien- 
tation ouest-est des dunes primaires maritimes, en s'arrêtant plus 
particulièrement aux trois versions suivantes. 

D'après l'une, les sables, en principe, auraient rencontré des obs- 



1. Lapparont, Traité de géologie, édit. do 1906, p. 117, dit: «Ni Strabon, 
ni Pline ne mentionnent l'existence des dunes, et un passage d'Ausone, cité 
par Delfortrie, semble indiquer que la mobilité des sables était inconnue en 
Gascogne à l'époque gallo-romaine. » Les dunes existaient; elles étaient alors 
et depuis inoffensives pour la lande. 



MONTAGNE OU FORET USAGERE DE LA TESTE 




Levé de l'État-major (1851). 



MONTAGNE OU FORET USAGERE DE LA TESTE 




Levé de M. Durêgne (1894-1900). 



FORMATION DES DUNES 41 

tacles qui se dirigeaient de l'est vers l'ouest, notamment des lits ou 
vallées qui servaient à l'écoulement normal des eaux, et ces sables 
de la mer se seraient déposés et allongés dans les intervalles 1 . Il 
serait difficile à ce sujet de concevoir^l'existence, à l'âge géologique 
actuel, d'assez nombreux et forts cours d'eau pour encadrer les 
dunes perpendiculaires des deux départements qui bordent la côte 
gasconne. Ensuite, les sables n'ont pas une mobilité suffisante pour 
s'enfoncer dans un couloir et y pénétrer 5 ou 6 kilomètres durant. 

En second lieu, on voit supposer que nos dunes perpendiculaires 
seraient des « dunes anciennes dont les orientements primitifs 
répondaient aux sinuosités des anciens rivages (rivages dentelés) », 
ce qui fait supposer en même temps a qu'au début de l'époque histo- 
rique, des ports s'échelonnaient dans les anses littorales ensablées 
aujourd'hui » 2 . Des sondages et la vérification du sol primitif m'ont 
souvent permis de dire que notre littoral n'a connu ni dentelure, 
ni anses, ni d'autres entrées de ports que celles de l'embouchure de 
la Gironde, du bassin d'Arcachon et de l'embouchure de l'Adour. 
(Voyez au chapitre précédent, psg"* 7.) 

Sous une forme savante, un^ troisième thèse a été soutenue jusqu'à 
l'Académie des Sciences : en principe, les dunes primaires maritimes 
auraient été parallèles aux vagues de la mer; lorsqu'elles furent 
fixées par la végétation, le vent d'ouest les aurait entamées, sec- 
tionnées et retroussées en lignes ouest-est 3 . Elles auraient, ainsi 
pivoté comme le font à l'exercice militaire de nombreuses sections 
qui, étant en ligne déployée tace à l'est, opèrent chacune à droite 
ou à gauche un changement de direction de pied ferme. La dune 
en longueur serait devenue une colonne de dunes. 

Chaque fois, par exemple, que je me trouve présent ou que je 
reviens par la pensée devant le majestueux mont des Lues en 
Seignosse, signal de 62 mètres 4 situé à l'ouest de l'étang Blanc; 
devant le Pey du Tue ou Tue du télégraphe en Messanges, tronçon 
d'une ligne de monticules longue de 6 kilomètres 5 avec signal de 
59 mètres; devant les dunes de Cazaux ou de )a Montagne d'Arca- 
chon, autant de chaînons éloignas de la côte atlantique et de la 

1. Grandjean, Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, 1896, p. 185. 

2. L.-A. Fabre, Le sol de la Gascogne, dans La Géographie, 1905, p. 269 et 
426. 

3. Société géologique de France, séance du 19 février 1912, p. 34; — 
Académie des Sciences, séance du 2 janvier 1917, p. 52. 

4. Remarquer qu'une dune de cette région paraît très haute à 62 mètres 
d'altitude, parce que sa base et les environs n'ont pas été comblés par des sables 
nouveaux. 

5. Il y a des solutions de continuité, mais les tronçons restent alignés à la 
file dans la même direction, 6 kilomètres durant (page 34 ci-dessus). 



42 LE LITTORAL GASCON 

grande violence des vents, je suis incapable de comprendre pareil 
changement général d'orientation sous vent d'ouest, changement 
qui serait tout à fait contraire à la loi de la poussée des sables, 
lesquels avancent en se superposant sur une pente douce; je ne 
peux pas y voir des sables remaniés, et cela en raison des formes 
d'habitude régulières, souvent très jolies de ces dunes perpendi- 
culaires ayant pente douce et unie d'un versant, pente raide du 
versant opposé, présentant ainsi la constitution de dunes théoriques 
que le vent d'ouest ne pourrait assurer. 

Il a donc fallu, d'après ce qui vient de paraître deux pages plus 
haut à propos du Bas-Médoc et du Gurp, que les sables qui entrent 
dans la composition des dunes maritimes perpendiculaires des deux 
départements aient été rejetés en une énorme masse par le cata- 
clysme marin et géologique qui diminua le continent. Sans cela, 
nous n'aurions pas, de l'embouchure primitive de l'Adour (Cap- 
breton) jusqu'à Saint-Girons, les imposantes dunes que les cartes 
précédentes montrent en grande parti',; car, remarque essentielle 
à faire, les sables marins ne pénètrent pas vers l'intérieur sur cette 
région, depuis les dunes riveraines, pour la raison qu'après triage 
sur la plage, au cours du trajet nord-sud, leurs grains deviennent 
de calibre lourd et résistent aux vents. 

On peut même préciser que les sables d'atterrissement normal 
n'ont jamais, à cause de cette lourdeur de leur calibre, comblé la 
lisière maritime du sud, qu'ils n'ont jamais relié celle-ci aux dunes 
perpendiculaires correspondantes. Il reste possible, à l'aide des 
cartes données plus haut, de bien s'en rendre compte comme suit. 

L'eau non courante s'accumule sur le sol le plus bas contre un 
tertre, contre un mur, contre une dune. Si elle est courante, elle 
peut éroder le flanc de la dune; mais jamais un cours d'eau, serait-il 
gros fleuve, ne fera trouée de part en part à travers la barrière 
d'arène, si son niveau ne parvient pas, sur un point quelconque, 
à s'élever un peu au-dessus de la croupe de la dune, de manière à 
déverser de l'eau du côté opposé. 

Si cette élévation de niveau se produit, ou si une étroite tranchée 
peut faire baisser le sol jusqu'à ce niveau de l'eau, la dune est vite 
tronquée, mais de quelle manière ! Il fallait voir cela avec nos petits 
fleuves côtiers (on le voit rarement depuis qu'ils sont protégés par 
une jetée) lorsque la mer de tempête, à l'heure de son plein, rasant 
la vieille et grande butte de sable survenue petit à petit entre l'océan 
et l'embouchure déviant au sud, a tout nivelé, ne laissant aucun 
indice de l'endroit où débouquait le cours d'eau. Une marée alors 
reste emprisonnée, mais c'est insuffisant comme poids d'eau et il 



FORMATION DES DUNES 43 

est trop tôt pour courir au remède; il faut encore attendre que 
la mer se calme ou ne passe plus par-dessus la butte et que l'eau 
douce venant de l'intérieur élève le niveau liquide général pour 
qu'on puisse avec fruit creuser une tranchée. Quand, après un jour, 
deux jours, trois jours de travail, celle-ci est assez profonde et qu'il 
reste seulement une clef de sable entre l'eau intérieure et le bout 
oriental de la tranchée dirigée vers la mer, tout le monde passe du 
côté par où l'on doit se retirer; dans un instant il serait trop tard 
pour venir sur l'autre rive. L'écluse de sable est rompue et l'eau 
glisse. Le spectacle est alors remarquable. D'abord un étroit ruisseau 
en cascade, presque aussitôt un grand flot d'eau, et vite encore 
le torrent impétueux faisant reculer les parois, élargissant le lit 
nouveau, creusant tout, dévorant tout. 

C'est assurément ce qui s'est produit, il y a des milliers d'années, 
à Arcachon, où subsistent depuis une embouchure démesurément 
large et un bassin que ne connut pas la Leyre en principe. Mais c'est 
ce qu'on n'eut pas le temps de faire produire et d'obtenir à Gapbreton. 
L'angoisse des habitants dut être poignante quand, en 1307 ou en 
1310, la puissante embouchure de l'Adour fut complètement obli- 
térée. On dut vite se préparer à agir comme aux fleuves côtiers du 
Marensin et du Born. On était en tempête et l'eau des Pyrénées 
descendait en force, faisant rapidement élever le niveau de la marée 
emprisonnée, grossie de l'apport des vagues en furie qui viennent 
se déverser dans le port bloqué. Pour une population importante, 
deux journées de travail au plus suffiront à ouvrir une tranchée dès 
que la mer n'atteindra plus la butte de barrage. Préoccupation 
inutile ! l'eau déborde déjà à Hossegor, au bout de la rade, et pro- 
longe vers le nord le lit du fleuve bayonnais, le long et à 1.200 mè- 
tres en moyenne de la mer, jusqu'à ce que le débordement, après 
10 kilomètres de trajet, rencontre le petit fleuve côtier de Soustons 
et en absorbe le lit pour déboucher à la mer au Vieux-Boucau 1 . 

Là, il y a preuve! 'Si la vallée n'avait pas été ouverte en belle plaine 
entre la mer et les dunes primitives, telle qu'on la voit de Gapbreton 
au Vieux-Boucau, et telle qu'elle se poursuit sur Messanges, Moliets 
et vers l'étang de Léon; s'il y avait eu dès Hossegor le massif de 
dunes nouvelles qu'on voit commencer à la carte de Saint-Girons, 
les eaux de Gapbreton, au lieu de pouvoir luir au nord, auraient 
pendant deux ou trois jours inondé ce bourg, les marais d'Orx et 
Bayonne, mais les Capbretonnais auraient pu ouvrir sans hâte ex- 
trême une brèche à la butte de la plage, butte moins élevée en 

1. Ce récit sera repris au chapitre VII, spécial à l'Adour. 



44 LE LITTORAL GASCON 

altitude que la base apparente d'une dune quelconque, et en deux 
jours de travail au plus ils auraient sauvé le port et gardé l'em- 
bouchure du fleuve. La preuve de l'existence de la vallée est 
faite. 

Forcément, il faut en arriver une fois de plus à cette conclusion : 
les sables des fort importantes dunes perpendiculaires primitives ne 
sont pas partis en détail, tout le long de la côte, de la plage actuelle ; 
ils ont dû être jetés en masse, en bloc, lors de la révolution géolo- 
gique et marine, à ce qui se lit sur le littoral du Médoc et depuis 
Bayonne jusqu'à 45 kilomètres au nord de l'embouchure actuelle 
de l'Adour. Si les dunes primitives perpendiculaires à la mer avaient 
constitué en principe des lignes de dunes longitudinales bordant et 
longeant la plage, le bout ouest de ces dunes perpendiculaires, après 
le sectionnement et la conversion supposés, toucherait à la plage. 
Tl en est au contraire séparé par une vallée marquant deux régimes 
différents et témoignant bien que ces dunes primitives perpendicu- 
laires n'ont jamais été des dunes parallèles à la mer. 

L'existence de la vallée qui, de Hossegor, livra passage à l'Adour 
prolongé ne pourrait pas s'expliquer par un recul relativement 
récent de l'océan depuis le pied des dunes perpendiculaires du sud. 
Si le fait s'était produit, la mer aurait laissé derrière elle une petite 
ligne de dunes d'abord, ensuite une assise de sable, deux choses qui 
n'existent pas. 

Une question encore à poser. Si tous les sables des dunes primitives 
orientées ouest-est du littoral entier étaient partis du bord actuel 
de la mer, comment auraient-ils cessé d'atterrir et de pénétrer en 
regard de ces dunes si importantes du sud. alors qu'ils sont restés 
si abondants et même menaçants au centre et vers le nord jusqu'à 
Hourtin et Naujac, c'est-à-dire jusque vers les roches sous-marines 
des Olives? Ce changement de régime ne saurait se comprendre sur 
la partie sud. 

Ensuite, si à la première heure les sables ne se fussent pas trouvés 
ainsi jetés en bloc, en masse, si du jour où la mer fixa son lit sur 
la ligne actuelle ils n'avaient atterri que dans la proportion normale 
tout le long de la côte gasconne, ils auraient,, à mesure de leur 
arrivée, été poussés de front et en lignes nord-sud sur la lande plate, 
rase et sans obstacles, par les vents divers venant par-dessus la nier. 
Et les dunes perpendiculaires que présentent les cartes n'existeraient 
pas sous cette forme. 

Le vide de sables entre la mer et les dunes du sud a suggéré à des 
écrivains l'idée qu'une déviation considérable de l'Adour, au temps 



FORMATION DES DUNES 45 

ancien, avait intercepté le passage des sables nouveaux jusqu'à Léon 
et même bien plus au nord l . 

Ingénieuse à première vue, cette opinion est trop hardie. Une 
cote à marée n'admet guère de delta, surtout quand elle est de sable, 
et l'on sait par deux textes municipaux de Bayonne du xn e siècle 
et nombre d'autres du xin e siècle que l'entrée du port, c'est-à-dire 
l'embouchure de l'Adour, était à Capbreton. Au quartier de Hos- 
segor, au bord de l'ancienne rade de Capbreton. existe un témoi- 
gnage de l'époque romaine. L'ingénieur en chef Aube y découvrit 
en 1876 deux amphores gallo-romaines qui étaient au fond d'un 
puits construit en moellons et mortier de ciment 2 . 

En 1307 ou 1310, un cataclysme, visé deux pages plus haut, fit 
passer l'embouchure de l'Adour 16 kilomètres plus au nord. L'état 
des lieux datait alors de neuf mille ans, et des apports littoraux 
n'y avaient point pénétré ; la vallée existait, se trouvait libre, dégagée 
de sables, comme il a été expliqué, comme il paraîtra encore au 
chapitre VII. Raison de poids lourd, de calibre épais. Pour ramener 
vers le sud l'embouchure de l'Adour en 1578, on dut y consacrer 
quatre-vingts ans d'efforts après l'enquête de 1491, et encore 
fallut-il, pour aboutir, avoir eu un Louis de Foix. Le fleuve bayon- 
nais n'alla pas plus loin que le Vieux-Boucau. Une question de 
niveau suffit à l'expliquer. Depuis les confins de Lit, les eaux locales 
coulent du nord au sud, en un ruisseau, entre les dunes primitives 
et les dunes littorales nouvelles, sur le territoire de Saint- Girons 
et de Vielle pour choir dans l'étang de Léon, et aussitôt après, du 
nord au sud également, par Moliets, La Prade et Messanges, où elles 
actionnent un moulin, pour aboutir à l'ancienne rade de l'Adour 
avant d'arriver au Vieux-Boucau. Le lit de l'Adour, qui coulait en 
sens inverse (sud-nord), est desséché, presque inexistant, ce qui 
montre doublement qu'il fut étranger à l'antique existence des 
deux ruisseaux précités et toujours actifs. 

Les dispositions et les formes des dunes anciennes et des modernes, 
il faut le répéter, se ressentent de la tourmente des vents contraires 
qui ont édifié la chaîne. Au bas du tableau des dunes on a vu, plus 
haut, qu'à Lacanau se trouvent parmi les dunes perpendiculaires 

1. Voyez Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, 1896, p. 211 ; — Bull, de la Section 
de Géogr., 1914, p. 185; — Académie des Sciences, Communications, 2 jan- 
vier 1917 (références déjà présentées). — L'abbé Légé, dans une histoire manus- 
crite déposée au grand séminaire d'Aire, a écrit, aux environs de 1850, qu'il ne 
serait pas téméraire d'ailirmer que l'Adour allait plus loin vers le nord, jusqu'à 
Lit et Saint-Julien. 

2. Bull, de Borda, 1876, p. 161. 



46 LE LITTORAL GASCON 

primitives, et aussi vieilles qu'elles, sept petits monticules parallèles 
à la mer. — Dans des intervalles de dunes, quand l'arène venant 
de l'ouest fut empêchée d'avancer théoriquement, on trouve des 
sables formant, comme s'ils avaient progressé dans un couloir, des 
dunes allongées vers l'est et qui ont reçu le nom de chioule-ben 
(siffle-vent). — Quand le vent, le vent chaud surtout, se heurte à 
certaines dunes, il remonte en spirale chargé de sables légers qui 
entretiennent la dune dans une forme conique. 

En pareilles circonstances, il ne faut pas que des exceptions fassent 
oublier le principe théorique, la loi. Il faut aussi tenir compte, dans 
l'examen de ces différentes questions, que les sables, comme il 
paraîtra dans la suite, n'avaient pas la mobilité qu'on veut bien 
leur attribuer. 

Les monticules que porte, à l'intérieur, le vaste plateau des landes 
de Gascogne sont souvent nommés dunes continentales. Par un 
terme plus approprié peut-être, l'ingénieur des mines William Manès, 
en 1846, les dénommait dunes centrales : «Ce plateau, disait-il, est 
formé de vastes plaines que surmontent cà et là des proéminences 
de sables aplatis, sorte de dunes centrales, peu élevées au-dessus 
du sol environnant 1 .)) 

On en trouve sur les rives des vallées comme sur la plaine. F. de 
Borda d'Oro, mort en 1804, en a visité de nombreuses sur l'arron- 
dissement de Dax et du côté de Tartas. Il en parle en sa qualité de 
naturaliste. « Les plus considérables de celles que j'ai vues, dit-il, 
étaient élevées de vingt-cinq ou trente pieds ; la surface en est entière- 
ment couverte des plantes qui croissent dans les lieux des landes les 
plus secs et les plus sablonneux 2 . » Cela indique une situation aussi 
vieille que la bruyère des landes. 

A la suite de sa citation donnée quelques pages plus haut, M. Du- 
règne s'exprime ainsi sur les monticules de la zone comprise entre 
Labouheyre et Lubbon, en passant par Sabres, Labrit et Lencouacq : 
« Toutes ces dunes continentales, dont la hauteur moyenne est de 
peu d'importance, sont orientées est-ouest. » Puis : a J'ai visité les 
deux chaînes de dunes situées entre Lipostey et Pissos, elles ont 
la forme en crochets de la Montagne de La Teste, avec pentes au nord 
et sommets de 12 mètres d'altitude à l'extrémité du crochet. Une 
autre chaîne, également double, mais dont les branches se rejoignent 
pour former un V, se trouve au sud des villages de Cazalis et de 



1. Actes de VAcad. de Bordeaux, 1846, p. 586. 

2. Bull, de Borda, 1879, p. 28. 



FORMATION DES DUNES 47 

Lucmau, à quelques kilomètres nord-ouest de Captieux. Ici encore, 
formation de dunes continentales avec progression sud-nord, avec 
cette particularité que le sable constitutif est beaucoup plus gros 
qu'ailleurs. Le principal sommet dépasse le niveau de la lande de 
plus de 25 mètres. » 

Ces mentions sont à rapprocher, par raison de concordance, de 
ce qui vient d'être dit des dunes perpendiculaires maritimes, et une 
remarque se présente ici tout naturellement sur la stabilité des sables 
recouverts de la moindre végétation : la voie ferrée établie de Bor- 
deaux à Bayonne à travers la grande lande découverte a nécessité 
de fréquentes tranchées, et nulle part dans cette ancienne région 
désertique je n'ai pu voir que le vent ait mordu dans les talus parfois 
élevés de la ligne pour retrousser les sables. 

A Labouheyre, j'ai vu un ou deux exemples de dunes ayant le 
grain inégal à la base et plus régulier au sommet. A Lue, belles 
dunes; grain ténu et uniforme à la base et au sommet de celles 
examinées, marque de l'œuvre du vent au temps antique. Sur le 
territoire de Morcenx, près de la ligne d'Uza, est un groupe ou 
chaînon de petites dunes ressemblant à celles dont William Manès 
vient de parler et que j'ai visitées en 1908. J'ai vu des sommets 
aux grains ténus et de calibre uniforme, signe d'amoncellement 
par le vent. A la base de l'une était une tranchée d'extraction de 
sable : le grain y était inégal, relativement grossier en partie, 
d'aspect jaunâtre et un peu gras, faisant songer à un sol qui a 
séjourné sous l'eau. Je n'ai pas reconnu dans cette matière, sur 
place, le sable des dunes littorales anciennes ou nouvelles. Toutefois, 
les échantillons prélevés ont pris en séchant beaucoup de ressem- 
blance avec ceux des dunes primaires maritimes de Soustons-Ardy. 
Gela nous ramène à la définition de Jacquot sur les sables de 
l'intérieur et des dunes du littoral, qui ne diffèrent que par le 
lavage de la mer. 

Les diverses dunes centrales, avec leurs formes et dispositions 
variées, ne sont pas susceptibles de porter beaucoup d'enseigne- 
ments. On peut retenir que le sol qui les porte n'a pas été troublé 
par le cataclysme géologique et marin qui diminua la côte il y a 
dix mille ans environ, et que par suite leur ancienneté est supé- 
rieure à celle des plus vieilles dunes maritimes; que les vents divers, 
et assez largement ceux du sud, sont intervenus dans leur forma- 
tion, et qu'elles sont nées de sables locaux amoncelés pour ainsi dire 
sur place aux premiers siècles qui ont suivi la dernière période 
pluviaire, lorsque le sol stabilisé fut desséché et non encore suffîsam- 



48 LE LITTORAL GASCON 

ment tapissé de végétation. « Elles se sont formées" aux dépens de 
la plaine, » dit avec toute apparence de raison M. Harlé 1 . 

Il y a présomption, en outre, que le climat n'était pas rigoureux 
lors de la formation, par vents dominants du sud et du sud-ouest, 
des dunes de la région centrale, bien que ces monticules soient plus 
anciens que les dunes maritimes, plus anciens aussi que la bruyère. 

Une impression d'étonnement m'est plusieurs fois venue devant 
des dunes isolées, à la croupe nue et unie de la grande lande, qui, le 
long de tant de siècles, n'ont été ni disloquées ou dispersées par les 
vents et le piétinement des hommes et des animaux, ni ravinées par 
hs pluies. Répétons-le : contrairement à la croyance populaire, les 
sables sont très peu mobiles. 

Potiers préhistoriques des dunes littorales. — Depuis le milieu du 
xix e siècle, des stations préhistoriques et des ateliers de silex ont 
été signalés le long de la mer, au sommet de la terrasse de bordure, 
par de nombreux Girondins, à Soulac, au Gurp, à Taillebois et à la 
Pinasse. Sous l'impression du légendaire empiétement constant de 
la mer que portaient déjà des écrits du xvi e siècle 2 , on a cru, on 
croyait que ces stations furent assises sur le sol quaternaire, celui 
qui correspond à la lande intérieure; la mer se serait progressive- 
ment rapprochée et aurait enfin, à une époque assez récente, rejeté 
des sables qui auraient passé par-dessus les ateliers de silex et formé 
un peu en arrière les dunes du Bas-Médoc. (Plus loin, E. Reclus, 
p. 56.) 

k S'il en avait été ainsi, disais-je dans la Petite Gironde du 3 sep- 
tembre 1913, si l'homme néolithique avait habité les rives mari- 
times actuelles du Médoc avant ^existence des dunes, ce serait 
l'effondrement de ce que je conçois ou connais sur notre chaîne 
dunaire de Gascogne. » 

En réalité, il s'était agi d'arriver à des constatations matérielles, 
et, de l'Adour à la Gironde, les petites dunes riveraines du Médoc, qui 
par exception n'ont pas été recouvertes de végétation ou de sables 
nouveaux, pouvaient seules être le théâtre de recherches utiles. 

Le brigadier des douanes Hiribarnc, éveillé comme son sang 
basque, me rencontra plusieurs fois dans mes recherches autour de 
sa résidence de Soulac, depuis 1910. Je finis par lui demander son 
concours en vue d'arriver à découvrir, sur les dunes, trace du travail 
de l'homme antique. Trop renseigné et trop convaincu par la tradi- 
tion légendaire qui régnait en maîtresse, il secoua la tête en signe 

1. Bull. Soc. géoloy. de France, juin 1912, p. 120. 

2. Ceux de Montaigne et de La Popelinière. 



POTIERS DES DUNES 49 

de manque de confiance. Je pus le convaincre. Peu de temps après 
il découvre et me signale, aux confins du Lilhan — ce Lilhan de 
Montaigne — et de Grayan, des choses étranges : petits endroits 
très noirs sur les dunes près de la mer, sable profondément pétrifié, 
débris de poterie en quantité, cailloux éclatés au feu. 

A mon retour de ma première apparition sur ces foyers de fours, 
je me trouve à Bordeaux dans un milieu où l'on parlait de choses 
savantes et d'incunables. A propos de vieilles feuilles, j'en sors 
de ma poche sous forme de minces tessons vétustés de poterie. 
«Qu'avez- vous là? demande M. Camille Jullian, de l'Institut. — 
Des tessons de poterie antique cuite sur les dunes, mais il s'agit d'en 
connaître l'importance. — Envoyez vite cela de ma part, reprit 
M. Camille Jullian, à M. Pagès-Allary, de Murât, qui est classé au 
premier rang des potiers de France.» 

Ainsi naquit cette question bien inattendue de la poterie des 
dunes qui, au point de vue préhistorique et géologique, a une 
portée considérable et détruit bien des préjugés. « J'ai eu souvent 
ce qui pourrait s'appeler une mauvaise presse en émettant, d'après 
la description des dunes de la partie sud (Capbreton à Saint-Girons), 
la certitude de la fixité à peu près complète de notre rivage maritime 
et de l'extraordinaire ancienneté de la ligne des dunes et des étangs, » 
disais-je dans la Petite Gironde déjà citée du 3 septembre 1913; 
mais des dédommagements étaient déjà venus alors et allaient 
"s'accroître *. 

Le plus connu et le plus souvent cité des ateliers de silex du littoral 
médocain est celui du Gurp, situé au huitième poteau kilométrique 2 , 
à la vue de la mer, au point où le fossé de bornage qui délimite le 
Lilhan et Grayan coule comme un simple évier. La coupe de la dune 
riveraine de ce point est donnée quatre pages plus loin. On remarque 
à sa base l'argile tertiaire qui émerge 'au-dessus des plus hautes 



1. Dès mon entrée tardive en lice, en 1900, j'avais dit, par exemple, que 
l'existence ancienne de baies ouvertes était chose impossible. Il se trouva que 
M. Camille Jullian partageait mon opinion, et en juin 1903, il disait dans le 
Journal des Savants, organe de l'Institut : « Le livre de M. Saint- Jours est ancien 
de trois ans : mais les théories qu'il a développées étaient nouvelles; elles 
ont été vivement attaquées; elles sont contraires à tout ce qui a été jusqu'ici 
enseigné et écrit sur la géographie de la Gascogne, et je les crois très accep- 
tables. » Au Comité des Travaux historiques et scientifiques, séance du 5 février 
1915, M. Camille Jullian, au sujet de mon Soulac d'après textes et preuves, a 
présenté sur mes efforts un exposé des plus généreux dont je reste fort touché. 

2. Les bornes kilométriques commencent à 6 kilomètres au sud de la rive 
gauche de la Gironde. Le deuxième kilomètre est à la station balnéaire de 
Soulac. Ce lieu est par conséquent à 8 kilomètres du fleuve girondin, et la 
station préhistorique du Gurp à 14 kilomètres. 



50 LE LITTORAL GASCON 

marées de temps normal. L'atelier de silex suivant, celui de Taille- 
bois, à la vue de la mer aussi, est au 10 e km. 700. 

C'est à portée de ces deux ateliers et du point où l'argile de la 
côte émerge le plus que les potiers préhistoriques avaient assis leur 
industrie. 

Deux fours ont leurs foyers indiqués aux croquis suivants, le 
second (9 e km. 770) étant très remarquable. 

Au 9 e km. 900, à 180 mètres environ de la plage, sur un flanc de 
dune plus élevé qu'aux deux cas précédents, apparaissaient à la 
surface du sable des cailloux calcinés et éclatés et des débris de 
poterie, les uns et les autres en plus grande quantité qu'ailleurs. S'il 
n'y avait eu là qu'une hutte pour le dépôt des produits du four 
voisin, les cailloux brûlés n'y seraient pas en aussi grand nombre. 
Un four de plus doit exister ou avoir existé à cet endroit. 

Un autre foyer de four aussi intéressant que celui du 9 e km. 770, 
et plus apparent, se trouve sur un petit mamelon de dune, dans un 
circuit de dunes plus élevées, au 10 e km. 800, à 350 mètres environ 
de la plage maritime l . Le gourbet est rare sur ce point. 

Des hommes de l'art estiment que les gros cailloux de la plage 
étaient utilisés à la construction de la bouche du four, et que la 
voûte se faisait en pierre sèche portée de l'intérieur et qui se trou- 
vait transformée en chaux après la cuisson ae la poterie, suivant 
ce qui se voit, en dehors de l'industrie à outillage moderne, pour 
les simples tuileries de nos campagnes. Une seule petite boule de* 
calcaire ressemblant à de la craie molle a été trouvée jusqu'ici autour 
des tours. 

La petite dune riveraine de ces parages présente le plus souvent 
sous sa ba,se une particularité qui a son importance. A la partie 
supérieure du sol quaternaire qui porte la dune se voit presque 
toujours une corniche de 60 centimètres de haut présentant une 
couleur gris cendré due à la décomposition de restes de végétaux 
(voyez D au croquis page 54). Par sa couleur grise bien apparente 
sous la chétive dune blanche, cette corniche démontre que des sables 
nouveaux ne chaussaient pas la butte et ne devaient pas la fran- 
chir. Le spectacle sous ce rapport est frappant quand on arrive aux 
fours. Ces petits foyers pesamment assis affleurent ou débordent 
la dune, témoignant ainsi que les flancs de ces dunes de Grayan, près 
de la mer, n'ont ni grossi ni diminué depuis plusieurs milliers 
d'années. Comparez cela avec les terres et les villages imaginaires 
disparus sous les sables ! 

1. Les foyers des fours du 9 e kilom. 770 et du 10 e kilom. 800 ont reçu une. 
clôture de protection avec tableau indicateur. 



POTIERS DES DUNES 



51 



Les dunes où se trouvent les trois premiers foyers sont blanches, 
à gourbet et dépourvues de tout humus que produisent les torêts ou 
les plantes arborescentes, soit de vraies dunes littorales. Cela doit 




Four du 9 e km. 600, a 115 mètres de la plage. 

AB Fouille et sondage jusqu'à l'eau. 

BC Sable pur de la dune. Eau à 2 m 20, en hiver, au-dessous de AE. 
D ' Couche de sable calciné. 

E Plateau du four en argile, avec résidus cuits et sable calciné, en tout 
35 centimètres d'épaisseur. 










Four du 9 e km. 770, a 115 mètres de la plage. 

A Foyer du 9 e kil. 600 qui précède. 

B Bas-fond herbeux. 

G Plateau du four, en argile battue; son angle nord-est, mis à découvert, 
montre qu'il est assis sur un bâti de pierre sèche. 15 centimètres d'épais- 
seur environ d'argile avec vestiges de charbon. 

D Sable calciné, pétrifié, inattaquable à la bêche. Mesure 1 mètre de profondeur 
au-dessous du plateau d'argile C. 

E Sable pur de la dune au-dessous du tout. Eau de 2 m 50 à 2 m 80 au-dessous de G. 



signifier qu'au temps des potiers et des tailleurs de silex elles étaient, 
comme aujourd'hui, des dunes riveraines de la mer. Telle était pour 
tant la conviction contraire et erronée des habitants et des savants, 
que Dulignon-Desgranges, celui des disparus qui a le mieux écrit sur 



52 LE LITTORAL GASCON 

le littoral (il faudrait dire qui a le moins mal écrit), disait encore 
en 1884 : « Dans mon Excursion sur le littoral de Gascogne, 1876, 
j'ai imprimé, page 9 : « Ces peuplades étaient obligées d'aller au 
» loin, jusqu'à la mer, chercher les cailloux roulés de Saintonge, 
» apportés par les courants 1 . » 

Les quatre unités industrielles des potiers, groupées assez à 
l'écart par rapport à l'importante station du kilomètre 8, semblent 
indiquer qu'on arrivait, avec le bois destiné à la chaulfe des fours, du 
côté de Grayan et de Saint- Vivien, sièges sans doute de tribus 
assises au sud des marais du Lilhan et de Talais. 

M. Delpech, propriétaire-directeur de la Tuilerie de Soulac, a 
constaté trois choses pour une partie des fragments de poterie des 
fours à lui soumis : cuisson insuffisante (400 à 500 degrés, alors que les 
briques sont actuellement soumises à une action calorique de 
1.000 degrés); façon à la main 2 ; produit obtenu avec l'argile verte 
tertiaire de la plage. Au sujet d'une autre catégorie : poterie savam- 
ment travaillée, grains de sable mêlés à l'argile pour rendre les 
produits moins cassants. 

Pour le même examen, M. Pagès-Allary, de Murât, préhistorien 
classé au premier rang des connaisseurs de poteries, a d'abord 
exposé : « Aux époques néô-bronze et gauloise, la poterie était 
recouverte d'une argile très fine lui donnant l'aspect d'être cirée, 
ce qui diminuait la porosité, que le* Romains ont fait disparaître 
par une cuisson plus intense de la poterie. » 

D'après ces données, pour des tessons de cuisson incomplète 
dont l'intérieur n'a pas rougi et qui est vert ou parfois comme 
pourri, M. Pagès-Allary dit nettement, par comparaison avec les 
fouilles d'Auvergne (et sous cette réserve), qu'ils sont néolithiques. 
En ce qui regarde la seconde série ci-dessus « savamment travaillée », 
il la trouve « bien cuite, faite au tour, assez mince; même argile 
que la précédente, mélangée de grains de quartz peut-être artifi- 
ciellement». C'est donc, avec cuisson complète, travail soigné et 
moulage au tour, l'industrie en progrès bien marqué. En Auvergne, 
M. Pagès-Allary classerait cette seconde catégorie gallo-romaine 
du m e ou du iv e siècle. 

Il y a ainsi des concordances d'appréciation entre deux spécialistes 
pour le côté technique. 

Les fragments dénudés, parfois gris d'un côté et rouge naturel 

1. Bull. Soc. (VAnlhropol. de Bordeaux cl du Sud-Ouest, t. I, 1884, p. 126. 

2. Dulignon-Dcsgranges a déjà cité cette « poterie façonnée à la main » (même 
Bull, dfi la Soc. d'Anlhropol., 1884, p. 126 et suiv.). Il n'avait pas soupçonné 
qu'elle pût avoir été cuite à côté des ateliers de silex. 



POTIERS DES DUNES 53 

de l'autre, souvent entièrement blancs comme de vieillesse complète, 
ont, dit M. Pages, été décapés, les intempéries aidant, par le frotte- 
ment des grains de sable passant et repassant sous l'action des vents. 
Et, en effet, dans les mêmes parages, des silex et des cailloux portent 
souvent les stigmates de ce frottement 1 . Les tessons les plus décapés 
sont les moins anciens, ceux des ni e et iv e siècles, comme s'il leur 
eût manqué le poli ou ciré extérieur des Gaulois. 

Les tessons de poterie rudimentaire conservés jusqu'à nos jours 
dans les sables viennent de recevoir une appréciation de confection 
et d'ancienneté. Quant à l'industrie même des potiers préhistori- 
ques, on peut déterminer sa naissance à l'aide des ateliers de silex. 

Au Congrès de Genève de 1912, le D r G. Lalanne, de Bordeaux, 
après trente-cinq ans d'études préhistoriques dans la région, et 
notamment au Gurp, en est arrivé à conclure : « Je suis convaincu 
que, dans le Médoc, les temps aziliens ont eu une durée parti- 
culièrement longue... Il y a bien un mélange des industries azilienne 
et néolithique, mais le nombre des pièces attribuables aux premières 
dépasse de beaucoup le nombre des secondes 2 . » Voilà pour les 
silex, voici pour les tessons de poterie : 

J'ai pu visiter trois fois le Gurp avec un géologue de carrière déjà 
cité, M. Jules Welsch, de l'Université de Poitiers. Parlant du petit 
plateau E (croquis qui suit), ce savant professeur a dit depuis, 
d'après des écrits d'anciens visiteurs, d'après aussi ce qui paraît 
encore : « Cette plate-forme montre des débris de paliers, de petits 
silex de divers âges, pointes de flèches, tranchets, silex géométri- 
ques, etc., que l'on retrouve sur une certaine épaisseur de l'assise, 
et sur une certaine longueur 3 . » Il ne peut y avoir aucun doute sur 
le point que les deux industries existaient ensemble peu après la 
diminution de la côte, peu après que les sables formant les dunes 
furent rejetés en bloc par le cataclysme marin. Aux âges reculés, et 
tant qu'il n'avait pas d'outils pour fouiller le sein de la terre (raison 
pour laquelle on incinérait les morts), l'homme antique allait cuire 
l'argile tertiaire que le lit du rivage maritime montre encore à 
découvert. 

Il a été dit un mot sur la portée considérable qu'ont pour la con- 
naissance du passé les installations des deux industries préhisto- 
riques signalées sur les dunes riveraines de la mer. Les faits sont 
récapitulés ci-après en huit points. Pour faciliter leur lecture, le 

1. Voyez Dulignon-Desgranges, Actes de la Soc. linn. de Bordeaux, t. XXXII, 
1878; Matériaux, etc., p. 2 du tiré à part. 

2. Compte rendu du Congrès, p. 555-557. (Déjà cité en note, page 3.) 

3. L'Anthropologie, 1917, p. 220. 



54 



LE LITTORAL GASCON 



profil du Gurp est au préalable répété (il a paru au chapitre premier 
sous une autre forme). 

1. L'enseignement officiel admet que le début du Néolithique 
remonte à cinq mille ans avant notre ère, chiffres modérés sans 
doute. Le D r Lalanne (page précédente) ayant précisé que les silex 
aziliens sont plus nombreux sur le rivage maritime du Médoc que 
les silex de l'âge suivant ou néolithiques, il n'y a pas exagération, 
comme espace de temps, à dire, en tenant compte ,des forêts sub- 
mergées, que notre côte atlantique fut diminuée, il y a dix mille ans, 
par un cataclysme marin survenu longtemps après le Moustérien et 



PROFIL DES DUNES DE LA NEGADE 

la station préhistorique dite du Gurp, point 

de délimitation du Lilhan (en Soulac) et de Grayan 




•tfnv" 1 • • • • *■ 

<SabIe de là PJaye 




Argile tertiaire des potiers préhistoriques, peuplée 

d'arbres d'essences dures. 
Tourbe et sable allotique (35 à 40 centimètres en 

tout. 
C Terrain de transport quaternaire (2 n> 85) 
D Corniche de GO centimètres devenue gris- cendré 

par la décomposition des végétaux que portait 

le sOI avant le cataclysme marin. 
E Plateau sur sol D et dune. Silex et tessons de 

poterie mêlés. 
F Forte dépression en cuvette. 
F à G Dunes blanches nues. Distahce de F à G, 55 à 

60 mètres. 



lorsque l'assise quaternaire de transport était devenue sèche et plus 
ou moins couverte de végétation (chapitre 1 er , page 12). 

2. L'empiétement de la mer jusqu'à ses limites actuelles, lors de 
la dernière révolution géologique d'il y a dix mille ans, fut subit, 
violent, d'un seul bond, à défaut de quoi le banc d'argile décapé A 
serait resté recouvert des quatre mètres de terrain de transport BD, 
les potiers de l'époque azilienne auraient ignoré son existence, et 
les tessons de poterie provenant de l'argile A ne formeraient pas sur 
l'atelier même du Gurp une assise commune avec les silex aziliens, 
qui comptent probablement près de cent siècles d'existence. 

3. L'Atlantique, il y a dix mille ans, n'a pas pu voir l'immensité 
de ses eaux grossir subitement de volume et garder pour toujours 
leur niveau à un ou plusieurs mètres d'altitude de plus que la veille. 
C'est donc le sol intérieur qui se tassa et s'affaissa, appelant à lui 
l'océan, qui ne put pas, dans ses vastes étendues, par suite de cet 



CONTINENT DIMINUÉ 55 

empiétement, avoir son niveau abaissé d'une manière tant soit peu 
appréciable. L'affaissement du sol à l'époque ou vers l'époque 
azilienne ne dut pas être considérable, car le long de la côte, lorsque 
la mer en furie rase la plage et la dessable de l'arène d'atterrissement, 
on voit à la base de l'assise quaternaire, sur le département de la 
Gironde notamment, que le niveau moyen des eaux marines ne 
s'élève pas au-dessus du sol tertiaire, celui qui était boisé de chênes 
et qui avait fléchi avec l'assise quaternaire survenue. Le banc 
d'argile A, toujours visible, porte témoignage, concurremment avec 
les ateliers de silex aziliens, que le niveau de l'Atlantique ne s'est 
nullement modifié depuis dix mille ans x et que depuis la même 
époque reculée le rivage maritime du littoral gascon, qui fut tou- 
jours plat 2 et devint vite rectiligne sous l'influence du courant 
côtier nord-sud, se trouve au point où nous le voyons de nos jours. 
Les dunes du littoral ont le même âge que le rivage maritime, sauf 
qu'elles ont été, au cours des siècles, tapissées en partie de sables 
nouveaux. Elles ne progressaient point vers l'est, comme il paraîtra 
au chapitre III, pages 91 et suivantes. 

4. Vu cette fixité démontrée à l'aide de preuves préhistoriques 
formelles, notre portion de continent européen n'a pas eu à émerger 
des flots, il y a de quatre à six mille ans, comme le pensent Cuvier et 
les disciples d'Adhémar. Les adeptes d'Adhémar ne sont pas non 
plus fondés à dire que, depuis le dernier été précessionnel, arrivé 
en 1240 de notre èie à son point culminant, nous serions actuellement 
(à l'hémisphère boréal) « dans un état de basses mers en mortes 
eaux 3 -), attendu que les forêts restées submergées, les ateliers de 
silex aziliens de la côte du Médoc, le banc d'argile A du Gurp et les 
fours de poterie primitive qui affleurent au flanc de dunes vierges 
attestent que la mer n'a nullement descendu et qu'elle se trouve 
au point et au niveau où elle était il y a une centaine de siècles. 

5. Par conséquent, depuis la dernière grande période pluviaire 
qui paraît dater du Moustérien 4 , en tout cas depuis l'époque 
azilienne, il ne s'est produit aucun déluge marin; il ne s'est produit 
non plus sur notre portion d'hémisphère aucun déluge céleste nou- 
veau depuis la dernière révolution géologique d'il y a dix mille ans, 
sans quoi les silex aziliens, les fours préhistoriques et les tessons de 



1. Voyez au chapitre VI, charte de Guillaume le Bon, un témoignage datant 
de près de dix siècles. 

2. Des sondages répétés sont cités à ce sujet au cours du présent travail. 

3. A. Guy, Genèse des terrains quaternaires, p. 44 et 55. 

4. La grande crue du Moustérien dépassa de 14 mètres les plus grandes crues 
des temps actuels. Voyez au chapitre I er , p. 24. 



56 LE LITTORAL GASCON 

poterie ne resteraient pas étalés à la surface des petites dunes vierges 
du Bas-Médoc. Car il ne s'agit ici ni de fouilles, ni de strates à véri- 
fier, mais de matières se montrant à la surface des sables et repré- 
sentant, en ce qui regarde les fours, le plus vieil outillage ou appareil 
d'industrie mécanique connu, et la plus ancienne manifestation de 
l'art céramique daté de la Gaule. Cette date ressort de l'âge des silex 
aziliens. (Voyez, p. 3, le tableau de concordance, et pages 24-25.) 

6. Les tailleurs de silex du Gurp, en descendant à la plage depuis 
leur atelier de taille E pour aller chercher des cailloux ou pêcher, 
foulaient journellement l'argile A, que du premier jour ils ont dû 
malaxer, sécher, puis, avant longtemps, mettre en cuisson. Il s'en- 
suit que la poterie était connue avant la fin du Quaternaire. Faute 
de preuves, on croyait que l'art du potier datait seulement du 
Néolithique. 

7. Des paragraphes 3 et 4 qui précèdent, du témoignage du banc 
d'argile A, ainsi que d'autres preuves développées au chapitre 1 er , 
page 23, il ressort que les mers qui couvrent l'hémisphère sud ne 
proviennent pas de l'hémisphère nord et ne viendront pas, après 
un nouveau cycle astronomique, se déverser sur nous. 

8. Les phénomènes géologiques marqués par des tourbes et des 
forêts submergées sur les côtes d'Angleterre * et de la Baltique peu- 
vent, très probablement, être datés par les témoignages aziliens du 
Bas-Médoc. Le tassement ou affaissement du sol dut être simul- 
tané et très étendu sur notre hémisphère nord. L'ambre jaune que la 
Baltique rejette témoigne que les forêts submergées de ce littoral 
étaient d'essences résineuses en tout ou en partie, tandis qu'en Gas- 
cogne elles étaient d'essences dures, de chênes particulièrement. 

Nota. — Sur la double question des silex et des fours, j'ai donné 
des détails plus étendus dans la Revue historique de Bordeaux, septembre 
1913, et aux Actes de V Académie de Bordeaux, 1915, page 119. 



En cherchant dans Elisée Reclus, pour le chapitre III qui suit, les 
termes riches d'expression sur les étangs qui, sous la pression des dunes, 
auraient « gravi la pente du continent », j'ai aperçu, à propos de potiers 

1. Horace-B. Woodwart signale sur les côtes des Iles Britanniques un très 
grand nombre de ces gisements de « forêts submergées » ou de « lits de tourbe 
avec troncs d'arbres se montrant aux plus basses marées ». (J. Welsch, dans le 
Bull. Soc. Se. natur. Ouest, décembre 1911, p. 203, où il traite de la Tourbe 
du Croisic.) M. Cayeux, dans le Bull. Soc. géolog. de France, 1906, p. 142-143, 
parle aussi de tourbes et de forêts fossiles sur des grèves de la Bretagne. Tous 
ces faits semblent se tenir et provenir d'une cause commune. 



POTIERS PRÉHISTORIQUES 57 

antiques, le passage suivant que je ne me souviens pas d'avoir lu 
autrefois, sans quoi il aurait trouve place dans mes précédents écrits 
ou renseignements sur la question : « L'érosion de la côte est en quel- 
ques endroits assez rapide pour qu'on puisse la remarquer à l'œil nu... 
On a pu reconnaître aussi que l'homme habitait la contrée où la masse 
des dunes déroule actuellement ses flots de sable... Près de la pointe 
de la Négade, au sud des plages de Soulac, ce sont les restes d'un four 
autour duquel sont épars d'innombrables débris de poterie témoignant 
d'une assez grande habileté pratique. » {Géographie, t. II, p. 102.) 

L'un des trois ou quatre fours de la Négade-Gurp, décrits plus haut, 
l'ut donc déjà découvert avec « ses innombrables débris de poterie •> 
dont je fus surpris en 1913; mais sous le préjugé que la mer était 
anciennement beaucoup plus à l'ouest qu'à l'heure actuelle, on ne sut 
voir là que l'indice d'un prétendu et constant empiétement du rivage 
maritime et des dunes. Il aurait fallu, au contraire, remarquer que 
le four se trouve à une altitude supérieure à celle du so! quaternaire 
ou de la lande, et sur un flanc de dune. 



En 1897, M. Durègne a signalé les faits suivants : Des érosions de 
jusant du bassin d'Arcachon firent découvrir vers 1850 et 1863, près 
de l'ancien poste des douanes du Sud et à 500 mètres de l'ancien Séma- 
phore, des masses de cendres et de poteries, ainsi que des médailles 
romaines, sur une longueur de plus de 100 mètres. Ces vestiges se 
trouvent sous une épaisse couche d'alios; la station avait été établie 
dans une dépression des dunes primaires; des sables remués par les 
débuts de l'érosion, quand elle se produisait à quelque distance, recou- 
vrirent les lieux d'une nouvelle dune, érodée depuis à son tour. 
M. Durègne, en retrouvant la station, a pu, de plus, recueillir des 
silex dans des cendres et constater que les tessons de poterie sont en 
très grand nombre et de façon le plus souvent très grossière. (Actes 
de la Société linnéenne de Bordeaux, communication du 27 janvier 
1897, page III.) 

Il est à croire qu'il s'est agi dans ces dunes de La Teste d'une station 
préhistorique et gallo-romaine comparable à celle de Soulac-Grayan 
(Gurp). Mais aucun four n'a encore été vu autour du lieu presque 
disparu dit poste du Sud. Il a dû en exister sur ce point à argile, 
qui est à un peu plus de 100 kilomètres au sud des fours de Grayan. 



De même à Mouligna, un peu au sud de Biarritz, on trouve, aux 
abords de l'embouchure marine du ruisseau de l'endroit, des silex 
et des tessons de poterie, avec tourbe et restes d'arbres submergés 
ou fossiles, mais pas de four à cuire l'argile. Soit des vestiges identi- 
ques sur 245 kilomètres de côte. 



58 LE LITTORAL GASCON 



Des stations pareilles existent, croit-on, jusqu'en Portugal. 

Les côtes de la Gascogne et de l'Espagne n'ont pas connu de vraies 
périodes glaciaires et ont dû être habitées sur toute la ligne, dès 
l'époque des dunes primaires, voilà neuf ou dix mille ans. Et comme 
le Gulf-Stream, qui nous vaut un climat tempéré, devait exister 
avant le cataclysme marin qui diminua nos côtes, l'ancien littoral 
situé plus à l'ouest se trouvait également habité au quaternaire 
supérieur, tout comme étaient alors habités en Dordogne les bords 
de la Vézère. (Voyez en tête du chapitre I er les tableaux de concor- 
dance de géologie et de préhistoire.) Les fours de potiers permettent 
à eux seuls de dire que nous avions une population à demeure et 
non pas seulement des tribus nomades. 

Dans l'ensemble, et aussi- loin qu'on puisse remonter, soit aux 
abris sous roche à parois sculptées, soit aux bords de la mer avec 
la double industrie des silex perfectionnés et de la poterie, il est 
agréable de constater que chez l'homme rustre des premiers âges 
le flambeau de l'intelligence perçait et agissait. 



CHAPITRE III 

régime des sables et des eaux. formation des étangs. 

Flore des dunes riveraines de la mer. 

Les traditions — les légendes vivaces, pour mieux dire — qui 
nous sont parvenues avec le nom de Brémontier ne sont pas impu- 
tables à ce célèbre ingénieur. Il les avait simplement recueillies et 
adoptées; ses collaborateurs et successeurs ont fait de même. 

En 1580, Montaigne a écrit : « En Médoc, le long de la mer, 
mon frère, sieur d'Arsac, veoid une sienne terre ensepvelie soubs 
les sables que la mer vomit devant elle... Les habitants disent que, 
depuis quelque temps, la mer se poulse si fort vers eulx, qu'ils ont 
perdu quatre lieues de terre. Ces sables sont ses fourriers 1 ...» 
La terre d'Arsac était au Lilhan. On vient de voir la réponse des 
tailleurs de silex et des potiers du Lilhan et de Grayan. Les « four- 
riers » de la mer ne passaient pas, n'ont jamais bougé en ce lieu. 

Peu après, en 1592, H. de La Popelinière recueillait dans le 
Médoc : « Au temps des premiers empereurs romains, la mer ne 
s'avançoit sur le terroer bourdelais de six lieues si prez qu'au- 
jourd'hui 2 . » 

Darnal dit, en 1620 : « Il y a un village qui a été contraint (par 
les sables) de se reculer environ d'une lieue et remuer leur clocher. 
Encore lesdits sables s'approchaient tant d'eux, depuis soixante 
ans que ledit remuement fut fait, qu'ils songent à reculer plus 
autant. Ce village s'appelle Liège 3 . » 

1690.-1720, de l'ingénieur militaire Claude Masse : « La côte se 
mange et les dunes avancent tous les ans en terre ferme de 10 à 
12 toises... J'ai vu plusieurs paysans (du Médoc) qui m'ont assuré 
avoir vu changer de place deux OU trois fois un même village 4 . » 
La carte de Cl. Masse fait autorité. Dressée de cent à cent cin- 
quante ans avant l'ensemencement des sables, elle paraîtra au 
chapitre IV (Porge) et démentira elle-même toute progression des 
dunes à l'est, par comparaison avec la carte du Conseil général de 
la Gironde. 

1. Essais, t. I er , liv. XXX. 

2. E. Glouzot, Bibl. de VEc. des Charles, Revue de 1905, p. 415. 

3. Chronique bourdeloise, p. 13. 

4. Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, 1898, p. 295; — Masse, Mémoires, n° 52, 
Ile d'Arvert; — Baurein, Variélés bordelaises, I, p. 328. 



60 LE LITTORAL GASCON 

1780. L'abbé Baurein, si précieux à l'égard de tant de textes 
anciens qui ont disparu depuis lui, est le grand alarmiste du 
littoral. Sur toute la côte dont il s'est occupé dans ses Variétés 
bordelaises, il ne voyait que terres dévorées et villages engloutis 
par l'avance de la mer et des sables. 

1795 (9 fructidor an III). Un rapport signé par Brémontier 
et Partarrieu porte : « La possibilité de fixer ces montagnes errantes, 
ces sables destructeurs qui depuis plusieurs siècles ont enseveli et 
continuent d'ensevelir journellement de vastes forêts, des établis- 
sements, des villages entiers et des possessions précieuses est donc 
absolument démontrée 1 . » 

De ces cinq lignes, Brémontier — par bonheur resté confiant dans 
l'œuvre du boisement — aurait dû signer les six premiers mots et 
les quatre derniers, pas plus. Sur le leste de la phrase, où il n'y 
a rien de fondé, Brémontier s'en était donc remis à la légende 
échevelée qui vient d'être étalée depuis 1580. 

Dans un rapport de 1789, Brémontier estimait a 10 toises par 
an (19 m. 50), la progression des dunes vers l'est 2 . 

« D'après les calculs de ce célèbre ingénieur, Bordeaux eût été 
enseveli en deux mille ans 3 . » Il s'agit du rapport du 12 novem- 
bre 1791, qui va être cité. 

Brémontier eut le projet de rétablir les déversoirs des étangs 
en ménageant en face de chaque lac fermé une allée nue de 
120 toises de largeur. Dans son opinion, le vent devait s'engouffrer 
par cette clairière comme dans un corridor, creuser une tranchée 
en soufflant les sables et remettre l'étang en communication avec 
la mer. Il y eut un commencement d'exécution d'allée à Hourtin 4 . 
On est confondu de pareille illusion chez un savant. 

Pour limiter les citations sur Brémontier à un autre exemple, 
son mémoire du 12 novembre 1791 va montrer à quel degré d'exal- 
tation atteignit son imagination : « Il ne serait pas étonnant qu'elles 
(les dunes) n'atteignent un jour une hauteur aussi considérable 
que celle de nos montagnes ordinaires et que le riche territoire 
des environs de Bordeaux ne fût un jour couvert de trois à quatre 
cents pieds de sables 5 . » 

Brémontier s'étant prononcé, le mal était enraciné et devint 



1. Ann. des Ponls el Chaussées, 1833, p. 189. 

2. Grandjean, insp. des forêts, Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, 1896, 
p. 221. 

3. Buffault, sarde général des forêts, Les Dunes du Médoc, p. 97. 

4. Idem, p. 129. 

5. Arch. mun. de Bordeaux, portefeuille Landes. 



PANIQUE DES SABLES 61 

article de foi. De toutes parts, des multitudes d'écrits s'en font l'écho 
jusques, malheureusement, dans Desjardins, Lapparent et Éiisée 
Reclus. D'ailleurs, les termes employés pour manifester la panique 
des sables ne s'adoucissaient pas, au temps de Brémontier, à leur 
arrivée au sein du gouvernement. Au chapitre VIII, § Commission 
des Dunes, il sera fait mention d'un rapport du ministre de l'In- 
térieur aux Consuls, où on lit : « Les dunes, en roulant sur elles- 
mêmes, avancent dans les terres et envahissent tout ce qu'elles 
rencontrent à leur passage, les forêts, les maisons et les campagnes 
cultivées... » 

Avant d'arriver à la fin du présent chapitre, on verra, surtout 
quand il sera question du territoire du Porge et de Lège, qu'il n'y 
a pas un mot de vrai dans tout cela, ni dans le refoulement des 
eaux dont parle aussi le ministre de l'Intérieur. 

Un vulgarisateur nous dit à l'entrée du xx e siècle : « Des vil- 
lages entiers ont disparu et ne verront plus le jour. En plusieurs 
endroits, il suffirait de gratter légèrement la terre pour retrouver 
la pointe d'un clocher... Le port de Mimizan est comblé; l'ancien 
village dort sous les dunes d'Udos... Vingt siècles auraient peut- 
être suffi pour enterrer Bordeaux 1 . » 

C'est avec un véritable chagrin qu'en pleine guerre j'ai vu écrire 
dans une publication officielle : v La masse des dunes, en effet, 
poussée par les vents du large, s'avance peu à peu sur les terres 
comme les vagues de la mer. Des bourgs entiers, Mimizan, Saint- 
Julien, Léon, ont disparu à certains moments, d'une manière à 
peu près complète, sous l'entassement de plusieurs millions de 
mètres cubes de sables, et la population a été obligée de fuir devant 
ses récoltes et ses villages ensevelis 2 . » 

Et toujours on va en amplifiant des faits imaginaires. Des 
millions de mètres cubes de sables ! On verra au chapitre IV à quoi 
se réduit la question de la dune isolée qui se trouve près du vieux 
clocher de Mimizan. Quant aux bourgs de Saint-Julien et de Léon, 
jamais on ne vit un grain mobile d'arène pénétrer parmi les mai- 
sons de ces petites cités, assises et abritées l'une et l'autre sur la 
rive orientale d'un étang, loin de la zone des sables que le vent 
pouvait faire mouvoir. 



1. De Lenthéric, Côtes et porls de la France, pp. 50 et 55. Cet auteur n'avait 
pas oublié Maître Pierre, roman d'Edmond About, où on lit au paragraphe Les 
Dunes : « Je sais plus d'une place où, en grattant la terre avec le doigt, on 
retrouve le coq d'un clocher. » Et ces romans nous sont servis comme des 
tranches d'histoire. 

2. Enquête économique de 1917, 18 e région, Landes, p. 43. 



62 LE LITTORAL GASCON 

Il faut, ici, chercher un terrain d'examen plus sérieux, plus 
scientifique que celui de la tradition. 



Notre littoral est régi par une sorte de loi physique dont le 
eourant mari 1 côtier, dû au Gulf-Stream et ayant direction nord- 
sud, est le principal agent. Chaque vague de la mer, en expirant 
sur la grève, laisse ou repousse un cordonnet de sable qui contribue 
à l'encombrement de la plage ; le courant côtier, avant leur échoue- 
ment, véhicule constamment les sables vers le sud, rase la côte et 
la maintient rectiligne. Pendant les marées faibles qui corres- 
pondent aux quartiers de lune, les sables refoulés par les vives- 
eaux de nouvelle et de pleine lune sèchent et sont en partie poussés 
vers la dune riveraine. De loin en loin une mer grosse ou de tempête 
intervient, nettoie la plage, déchausse ou érode la dune de bordure 
et engloutit les sables, qui iront atterrir de nouveau plus au sud. 
La côte nettoyée, les sables reprennent aussitôt et partout leur 
échouement. 

Et c'est là un perpétuel recommencement sur un théâtre toujours 
le même. 

Sables marins. Leur oriçine. — A la grève de basse mer, le sol 
de sable est plus ou moins mélangé d'autres matériaux : galets, 
gravier, coquilles, débris de gravier broyé, débris de coquilles. 
En temps normal, le sable est trié et poussé à marée montante 
de la manière qui vient d'être indiquée, et la matière lourde reste 
derrière. Après les vives-eaux de pleine et de nouvelle lune, un 
nouveau triage s'opère. Le vent de force moyenne (S.-O., 0., N.-O.) 
pousse les grains les plus ténus, les plus légers vers la base de la 
dune riveraine; s'ils n'ont pas été repris par une grosse mer, un 
fort vent y fera arriver les plus lourds sur une pente douce tou- 
jours ascendante qui se forme par superposition et comblement. 
En même temps, le vent violent fait franchir la dune riveraine 
aux grains les plus légers, où ils paraissent tous d'égal calibre dès 
qu'ils sont arrivés sur le versant oriental. Ils iront, ils allaient 
d'autant plus loin, vers le point culminant de la chaîne, que le sol 
en pente douce et ascendante, ou modérément ondulé, se trouvait 
balayé par le vent et que l'action de celui-ci n'était pas atténuée 
par des obstacles (dunes, bois, eaux). On doit admettre que la 
force d'impulsion se perdrait au faîte de la chaîne, qui est à 3 ou 



SABLES. LEUR ORIGINE 63 

4 kilomètres de la mer 1 . Les preuves abondent que la bordure 
de la lande, située à 2 ou 3 kilomètres à l'est du faîte, ne fut pas 
menacée. Elles paraîtront plus loin. 

Toute dune formée de la sorte a le grain pour ainsi dire égal de 
calibre, comme si le sable eût été tamisé. 

Le sable est plus grossier et moins blanc le long de la passe Sud 
(de la rive de la Gironde à Montalivet) que sur le reste du Médoc 
(Hourtin et Lacanau), indice d'un régime spécial des sables sur le 
rivage de l'estuaire girondin, rivage qui est moins rechaussé d'arène 
que tout le reste de la côte bordée de dunes. A Soulac même, toute- 
fois, sable menu à la plage. 

Entre les bornes kilométriques 14 à 20 (Montalivet), région de 
roches sous-marines, de gros galets échouent constamment, alors 
qu'il n'en paraît point sur le reste des longues plages du Médoc 
ni vers Bayonne. Ce point à galets, avec sable moins blanc et 
moins ténu à droite qu'à gauche, semble marquer le départ" entre 
l'influence de l'estuaire girondin et la reprise franche du courant 
côtier nord-sud, qui véhicule les sables le long de nos plages vers 
l'Adour, a-t-il été dit. 

A Hourtin déjà 2 , à Lacanau surtout, au Porge aussi, le sable 
(sauf s? couleur jaune clair ou plutôt beige) pourrait être comparé 
à de la fleur de farine quand il est arrivé, sous la poussée du vent, 
au versant oriental de la dune riveraine; à la base ouest de la 
même dune (à Yarras), après avoir subi l'action des vents moyens, 
il est plus ténu et aussi régulier à ces trois localités que celui auquel 
le vent a pu faire franchir la dune sur la partie sud du golfe. 

A la plage du bassin d'Arcachon, sable plus ténu peut-être que 
le précédent, à force d'être lavé et bluté avant de rester échoué 
sur les bords de cette petite mer intérieure. 

A Mimizan, le sable est encore très ténu au-dessus de la laisse 
de haute marée et au versant oriental de la dune, mais un peu 
moins que d'Hourtin à Arcachon; sa couleur montre plus de grains 



1. Dans Les dunes de Gascogne, Gliambrelent donne comme suit la hauteur 
des crêtes ou arêtes sur la partie, jadis nue, située un peu au nord de Mimizan : 

A 850 mètres de la mer 19 m 74 

A 1.700 mètres de la mer 19 m «6 

A 3.500 — 45 m 15 

• A 4.200 — 62 m ll 

A 4.500 66 m 60 

A 5.400 — 49 m 72 

A 5.750 37 m 07 

2. A la grève de basse mer, le sable d'Hourtin est assez grossier et inégal; 
il l'est bien moins à Lacanau et au Porge. 



64 LE LITTORAL GASCON 

quartzeux jaune-marron l . Couleur égale et grain un peu plus fort 
à Gortis, à la laisse de pleine mer. 

Cette couleur de cailloux broyés 2 paraît de plus en plus ensuite 
vers Vielle, Moliets, Vieux-Boucau, etc., où l'arène peut être com- 
parée à une mouture privée de la fleur restée en arrière (au nord) 
le long du parcours. On est alors dans la région du sud et sur la 
côte moins plate; le sable y ressemble par son calibre à celui de 
la pointe de Grave et de Montalivet, avec un peu moins de colo- 
ration. En même temps, le gravier, rare jusque-là, y devient de 
plus en plus abondant et gros à la grève de marée basse; on l'utilise 
dans le moulage de cubes de béton qui entrent dans les construc- 
tions, notamment au Vieux-Boucau. 

Dans les aspects différents des sables d'Hourtin à Bayonne, on 
pourra peut-être supposer des différences d'origine; mais il faut 
tenir compte que les fortes mers reprennent sans cesse et entraînent 
vers le sud les parties lourdes que les vents n'ont pas poussées hors 
de l'atteinte des flots. Suivant l'opinion accréditée, les sables 
paraissent bien, pour la majeure partie, arriver du côté du plateau 
de Gordouan, 

Ainsi, la résultante du Gulf-Stream et du mouvement de flot 
élimine d'abord par facile atterrissement les sables les plus légers, 
ceux que le vent refoule sans grands efforts. Un véritable blutage 
paraît s'opérer le long du chemin. Après avoir dépassé Lit-et-lNlixe, 
la matière aréneuse, devenue résistante par son poids à l'action 
des vents, contient relativement peu de parties devant gagner 
l'intérieur, lequel se montre de moins dn moins encombré. En 
arrivant à Ondres, où il n'y a pas de dunes à l'est de la côte et où, 
il faut l'ajouter, la plage est peu plate, la bordure littorale est très 
basse. 

Cette remarque sur le calibre des sables de nos côtes, que per- 
sonne ne paraît encore avoir signalée dans la même forme 3 , est 
présentée ici comme devant expliquer l'existence des hautes dunes 
qui couvrent, vers le nord et au centre, presque toute la profon- 
deur O.-E. de la zone allant de la mer aux étangs, tandis que la 
région sud, à partir des eaux de Léon, est habitée sans interruption 
entre ses étangs et la mer. C'est dans toute cette partie sud, depuis 



1. A la grève de basse mer, il est aussi grossier à Mimizan qu'à Hourtin et 
mêlé de débris de coquilles et de petit gravier. 

2. Les couleurs qu'on essaie de désigner sont celles que présentent Les sables 
à l'état sec. 

3. J'ai déjà présenté ces deux lignes au Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux en 
1908, p. 224. 



SABLES. LEUR ORIGINE 65 

Saint-Girons, qu'on trouve, ayant jusqu'à 62 mètres d'altitude *, 
ces curieuses dunes perpendiculaires qui encadrent les étangs, 
celles que la mer dut vomir en bloc sur toute la côte, il y a dix 
mille ans, et que les sables légers ont, plus tard, comblées en bonne 
partie, d'Hourtin à Saint-Girons. 

Les sables de ces dernières régions (dans le passé ils ont fait 
restreindre par leur accumulation l'extension du flux, la côte 
restant néanmoins rectiligne) sont aussi menus au bord de l'étang 
d'Hourtin que sur les dunes riveraines correspondantes de la mer, 
aussi ténus aussi au bord de l'étang de Sanguinet-Cazaux que sur 
les dunes littorales de ces deux endroits. Aux approches des deux 
étangs précités, les sables des parties basses sont rougis de vétusté, 
par la trempe ou le lavage des eaux sans doute. Cette couleur forte- 
ment ferrugineuse contredit le préjugé de la poussée de dunes 
nouvelles sur nos lacs. Contre les étangs du bassin de Soustons 
(sud), le calibre des sables est plus fort que le précédent; toutes 
les dunes y sont couvertes depuis de très longs siècles par des 
forêts à sol profondément pénétré d'humus, et le grain y est en 
rapport avec celui du versant oriental des dunes littorales du 
Vieux-Boucau et de Seignosse. 

Mais si la matière aréneuse, toujours reprise dans ses parties 
les plus denses par les grosses mers et devenant de plus en plus 
lourde comme calibre vers le sud, ne franchit désormais que diffi- 
cilement la dune littorale, il convient de répéter qu'elle passe 
néanmoins sur la grève en telle abondance que : 

1° Thore, à son passage au Vieux-Boucau, vers 1810, estimait 
que la dune survenue à l'emplacement de l'entrée du port, depuis 
le détournement de l'Adour effectué en 1578, mesurait 60 mètres 
(184 pieds) de hauteur. Elle était formée par la seule œuvre de la 
nature, sans intervention de la main de l'homme, et cependant 
elle est restée littorale, sans gagner l'intérieur, sans couvrir le lit 
desséché de l'Adour, cela particulièrement en raison de ce qui 
vient d'être dit sur la densité des grains de sable; 

2° L'embouchure actuelle de l'Adour sous Bayonne ne fut 
rendue praticable qu'en 1897, après trois longs siècles d'efforts et 
de travaux, quand des jetées pleines avançant en mer ont fini par 
couper la barre riveraine de sables venant du côté nord et qui 
oblitérait la passe. L'amélioration n'existe plus depuis 1910. 



1. Peu du Tue ou Tue du Télégraphe, au nord-ouest de l'étang de Soustons, 
59 mètres; tue de Liaou ou de Badie, au sud du même étang, 50 mètres; montagne 
des Lues, en Seignosse, 62 mètres. Voyez les cartes du chapitre II, pp. 31 et 33. 



66 LE LITTORAL GASCON 

Et de ces sables sans cesse tourmentés, en veut-on connaître la 
quantité pour chaque saison d'été? 

Elisée Reclus enregistre qu'il en est rejeté chaque année 5 ou 
6 millions de mètres cubes 1 . Ce chiffre est trop réduit de beaucoup. 

Après les dernières tempêtes de l'hiver, la côte est habituelle- 
ment déchaussée, unie, presque dessablée; elle l'est souvent jusqu'à 
l'argile tertiaire, de Soulac à Hourtin. De ce moment, pendant les 
quatre ou cinq mois de belle saison, la plage se couvre de nouveaux 
apports. En modérant les chiffres, en comptant que, depuis la base 
de la dune, la côte se recouvre sur une moyenne de 30 mètres 
ouest-est avec un exhaussement moyen de l m 50, on obtient pour 
les 236 kilomètres allant de la Gironde à l'Adour : 

236.000 x 30 x 1,50 = 10.620.000. 

Ainsi, par rapport à la situation d'avril, la plage se trouve 
rechargée au commencement de septembre, et au même moment, 
d'au moins 10 millions de mètres cubes ,de sables échoués l'été. 
Ce chiffre pourrait être considéré comme un minimum, car en 
arrivant du nord on trouve déjà à Lacanau que la proportion de 
30 m. x 1,50 est inférieure à la réalité. Une faible portion de ces 
sables les plus ténus est destinée à atteindre ou à dépasser à l'est 
la crête de la dune riveraine. 

Pour le reste de l'année, les sables étant rasés par mer grosse et 
rejetés plus au sud, repris et rejetés encore plus loin, il serait diffi- 
cile de dire si, en ce qui regarde l'année entière, il faut ajouter un 
appoint important aux 10 millions de mètres cubes de l'été, qui 
viennent d'être donnés comme un minimum. Une relation du 
navrant naufrage du Réveil-Malin, donnée quelques pages plus 
loin, peut montrer la modération des chiffres de 30 m. x 1,50. En 
novembre-décembre 1859, une centaine de cadavres provenant du 
sinistre furent inhumés réglementairement au-dessus de la laisse 
de haute marée et à 2 mètres de profondeur. Le même hiver, 
dans la première partie de 1860, ces cadavres furent déterrés en 
grande partie à la profondeur dite de 2 mètres, par une forte mer 
de tempête, et rejetés beaucoup plus au sud. 

On pourrait se demander si les sables feraient l'objet d'un unique 
mouvement général et constitueraient un cortège sans fin que les 
courants côtiers traîneraient avec eux. Il n'en est rien, d'après les 
échantillons suivants que j'ai pu réunir : 

1. Géographie, t. II, p. 104. 



SABLES. LEUR ORIGINE 67 

Dans la région des dunes de Dunkerque on trouve à la partie 
méridionale du département du Nord, à Loon, que le sable, à la 
base de la dune riveraine, ressemble à de la roche broyée inégale- 
ment, avec un ton particulier de grisaille sans rapport avec les 
sables de Gascogne; arrivé au versant sud-est sous la poussée du 
vent, le grain est d'un joli beige foncé absolument égal de calibre 
et menu comme de la poussière, plus qu'à Lacanau-Arcachon. — 
Sur la partie droite du département, sable ténu, plus égal de calibre 
que le précédent sur la plage, et plus foncé; au versant sud-est de 
la dune, aussi ténu et plus foncé qu'à Loon. 

Plus au nord, à Ostende (Belgique), beaucoup de ressemblance 
avec le précédent. 

A la plage anglaise de Douvres, sable ténu, calibre régulier, cou- 
leur terreuse. 

A Boulogne, sable inégal, grossier. 

A Saint-Quay-Portrieux (Côtes-du-Nord), grain de grosseur 
moyenne assez uniforme, couleur fer et bronze mélangés. 

Sur les parages de Lannion, aux confins des Côtes-du-Nord et 
du Finistère, on trouve à 20 kilomètres d'intervalle et avec une 
différence curieusement tranchée de coloration : 

1° Plage de Saint-Michel-en-Grève, sable doré, très micacé, grain 
de grosseur moyenne et de calibre à peu près uniforme ; 

2° Plage de Trestraou-en-Perros-Guirec, sable gris cendré, très 
égal, très ténu, autant au moins qu'à Lacanau versant oriental, 
mica très apparent. 

Baie de Douarnenez (Finistère), grain gros comme du menu 
gravier, la couleur jaunâtre dominant. 

A Port-Louis (Morbihan), sable grossier, très micacé, couleur 
grise. 

A la baie de Gornovola (Morbihan), plage de coquilles. 

A la plage des Sables-d'Olonne, le sable est excessivement ténu 
et égal, comme à Dunkerque versant sud-est; il manque de cet 
aspect quartzeux jaune pâle et un peu cristallin particulier à nos 
sables des côtes gasconnes, pendant qu'il contient infiniment plus 
de fines paillettes de mica. On peut le comparer, quoiqu'il n'ait pas 
eu à franchir une dune et à être tamisé par les gros vents, à la fine 
poussière de sciure de bois de noyer. 

Ile d'Oléron. — La Cotinière, près de dunes en formation : sable 
grossier, couleur marron de gravier broyé; plage de Chassiron : 
sable moins gros, également marron en entier; plage de Boyarville : 
plus menu encore, calibre presque uniforme, couleur marron clair. 

Dunes et plages de la Coubre et de Terre-de-Nègre jusqu'à 



68 le Littoral gascon 

Royan (côté droit de l'estuaire de la Gironde) : sables ténus de 
même constitution que ceux de la côte gasconne; couleur assez 
claire à la Goubre; couleur jaune terreux ailleurs, en raison des 
eaux de la Gironde, qui conservent leur cours loin en mer vers 
l'île d'Oléron. 

Baie de SainWean-de-Luz (Basses-Pyrénées) : grain inégal, gros- 
sier; couleur fauve ou plus foncée sur certains points. 

S'il s'agissait de passer aux bords de la Méditerranée, on trou- 
verait sables et graviers de couleurs vives et variées. Mais il est 
curieux de trouver à Jafîa (Syrie) du sable fin qui ressemble à celui 
de Lacanau et du Porge. Celui des régions quasi désertiques de 
l'extrême sud-Algérien est plus léger, plus poussiéreux. J'en ai 
deux échantillons de Béni-Ounif (couleur beige) et d'Aïn-Sefra 
(jaune orangé). Le plus léger des deux, celui de Béni-Ounif, peut 
donner une idée des sables du Grand désert. 

A en juger par les échantillons présentés d'Ostende à Saint-Jean- 
de-Luz, l'effort des courants marins côtiers sur les sables ne s'étend 
guère au delà de chaque région, et chaque région fournit son 
contingent d'arène ayant un grain particulier qui résulte de la 
qualité des roches d'origine. Celles-ci peuvent aussi bien être 
au-dessus ou le long des fleuves qu'au fond ou aux bords de la mer. 

Revenons spécialement aux côtes de la Gascogne et reprenons 
encore la définition de Jacquot : « Le sable des dunes n'est autre 
que celui de la plaine des landes remanié par la mer. Comme ce 
dernier, il est presque exclusivement quartzeux h » Cela doit signi- 
fier que les roches qui ont fourni sur la lande et celles qui envoient 
sur la grève maritime les sables de la région gasconne sont ou 
étaient à peu près de même constitution, de même nature, sur le 
continent et en mer. Et comme les matériaux marins paraissent 
toujours circuler du nord vers le sud le long de nos rivages, il faut 
conclure que les sables d'échouement, au chiffre de 10 millions 
de mètres cubes chaque été, proviennent actuellement des flots 
de la Garonne pour une partie, et pour une portion plus importante 
de l'effritement des roches de Cordouan, des Olives et de beaucoup 
d'autres cachées au large, ou plus au sud devant Arcachon et Contis. 

D'après les sondages présentés aux cartes marines, le sable ne 
recouvre le fond de la mer que depuis terre jusqu'à la ligne où la 
profondeur d'eau atteint de 25 à 30 mètres. Plus au large, le sol 
du fond est de vase ou d'argile, quand il n'est pas de roche. Un 

1. Carte gèoloij. des Landes. 



SABLES. MOBILITÉ LIMITÉE 69 

courant sud-nord de fond ne paraît donc pas véhiculer ou ramener 
des sables depuis les côtes d'Espagne vers le plateau de Cordouan, 
en passant par le large. Les Instructions nautiques indiquent la 
profondeur de 30 mètres : 

A 13 kilomètres au large d'Hourtin; 

A 9 kilomètres au large du cap Ferret d'Arcachon; 

A 7 kilomètres 1/2 au large de Contis. 

On rencontre à Bayonne les fonds de 200 à 300 mètres à une 
-faible distance de la côte. (Mêmes Instructions nautiques.) 

Avant d'arriver aux eaux profondes de Bayonne, le curieux 
Gouf de Gapbreton, à fond de vase et d'argile, est placé comme 
une barrière de contrôle montrant que des sables ne doivent pas 
venir du sud. Son extrémité, au large, est à 11 kilomètres de terre 
avec 300 mètres d'eau, disent les Instructions nautiques. A 620 mè- 
tres de terre il y a encore 50 mètres de profondeur; à 400 mètres, 
30 mètres de profondeur. 

Mobilité limitée ou pénétration limitée des sables. — 11 n'y a pas 
de fléau plus docile, plus facile à maîtriser que celui des sables : 
établir un clayonnage et entretenir en hauteur ce point d'appui, 
ajouter au besoin pareille barrière en avant ou en arrière pour 
occuper l'activité des sables, c'est tout ce qu'il faut pour arrêter' 
le mouvement des dunes à la partie occidentale de la chaîne, où 
seulement elles avaient de la mobilité, à de bien rares exceptions 
près 1 . 

Quant à la science nécessaire pour le travail des semis, Guyet de 
Laprade, chef du service forestier de la Gironde, écrivait à la date 
du 11 juin 1797 que l'ensemencement se pratiquait «à la manière 
connue et usitée depuis longtemps par les habitants du pays, et 
qui consiste à répandre la graine sur le sable et à la recouvrir de 
branchages qu'on fixe avec des petits piquets » 2 . Un rapport offi- 
ciel de Tassin, secrétaire général de la préfecture des Landes, dit 

1. A l'extrémité de la vallée de Mimizan, une dune non suivie d'autres dunes 
menaça l'église du lieu, sans toutefois avoir dépassé le rayon moyen des sables 
de la mer. « C'est un cas fortuit, » avait, le 2 juillet 1783, répondu au juge de 
Mimizan l'intendant Dupré de Saint-Maur (Arch. de la Gironde, C 3672). — 
Quatre lieux voisins : Saint-Julien, Lit, Mixe et Saint-Girons, avaient chacun 
une église ou chapelle dans le massif des dunes. Celle de Mixe, qui avait un 
clocher, fut comblée par les sables et abandonnée à la bordure d'une forêt 
antique au commencement du xvin e siècle, croit-on. Je l'ai mentionnée à la 
Revue Philomalhique de Bordeaux, en novembre 1906. 

2. Cité par Buffault, Revue Philomalhique de Bordeaux, nov. 1904, d'après 
les archives de la Conservation des forêts de Bordeaux. — Il faut ajouter que, 
sur le conseil donné en 1778 par Charlevoix de Villers et suivi par Brémontier, 
on mêla au pignon des graines de genêt et d'ajonc. 



70 LE LITTORAL GASCON 

à ce sujet : « Ces ouvriers (hommes, femmes et enfants de La Teste) 
ne se doutent pas qu'on puisse présenter comme scientifique un 
travail aussi facile *. » 

Ce travail était donc connu et pratiqué depuis longtemps. Les 
Archives de Bayonne mentionnent en 1518 une autorisation de 
pacage, sous condition de ne pas endommager les semis de pin 
effectués l'année précédente derrière les dunes riveraines de la mer, 
du côté de Capbreton 2 ; en 1307 déjà elles mentionnent des mesures 
de conservation du gourbet; en 1622 et en 1638, complantation 
de gourbet; en 1629, ensemencement de pin 3 . — A Capbreton: 
1575, 26 mars, ensemencé un quarteron de pignon; 1584, 22 dé- 
cembre, payé 2 livres 4 sols « pour semer du pmhon »; 1585, 1 er jan- 
vier, payé 4 livres 11 sols pour 63 faix de gourbet complanté; 1585, 
16 juin, payé 3 livres pour du pignon à semer 4 ; 1592, 18 février, 
pignon et semis endommagés au Bournès, dégât constaté par un 
expert délégué par Bayonne 5 . 

J'ai plus d'une fois fait appel à la mémoire de compatriotes sûrs 
au sujet de certaines régions que je n'avais pas vues avant le boise- 
ment. Entre autres investigations, j'ai fait présenter par ses enfants, 
en 1907, un questionnaire à l'ancien douanier Dubos, de Biscar- 
rosse. Né à cet endroit, où (comme l'était son père) il devint douanier 
à l'âge de dix-huit ans, il y servit de bien longues années et y fut 
retraité. J'avais affaire en lui à un brave homme des dunes et de la 
nature agreste, étranger aux controverses agitées sur nos sables, les 
ignorant aussi. En raison du caractère sympathique de Dubos, un 
professeur de l'enseignement secondaire officiel, qui se trouvait à 
la station balnéaire de Biscarrosse et connaît la côte, lui prêta 
son concours pour transcrire ses réponses. Celles-ci ayant dès lors 
valeur sincère et mesurée, en même temps que tour littéraire, je 
les donne ci-après. 

Demande. — Les premiers tourons couverts de gourbet étaient-ils 
bien en arrière (vers l'est) de la crête de In dune riveraine formée par 
des clayonnages de Brémontier? 

1. Brochure portant la date de l'an X. Elle demandait notamment que le 
département des Landes eût une Commission des dunes indépendante de celle 
de la Gironde. Il fut fait droit à ce désir en 1808. Les deux Commissions dis- 
parurent plus tard par suppression, en 1817, et leurs attributions passèrent 
au service des dunes. Voyez au chapitre VIII, § Commission des dunes. 

2. Registres gascons de Bayonne, t. II, p. 100. 

3. BB 21 et 23, CC 389, DD 20. 

4. Areh. de Capbreton, CG 7. Voir Reg. franc, de Bayonne, t. II, p. 209. 

5. Arcb. de Capbreton, CC 10. 



SABLES. MOBILITÉ LIMITÉE 71 

Réponse. — A la lette de Gugnes (Biscarrosse) les premiers tourons 
n'étaient pas loin (100 à 200 mètres) de la crête actuelle. Plusieurs 
maisons de la station sont construites sur d'anciens tourons nivelés. 

Demande. — Avant l'établissement des clayonnages, les grosses mers 
arrivaient-elles jusqu'à ces tourons, nommés irucs au Médoc, et iucs au 
Marensin? 

. Réponse. — J^es grosses mers y arrivaient. On dit encore aujourd'hui, 
quand la mer gronde ou quand quelqu'un se met en colère : « La ma 
que passe per dessus lous tourouns. » Avant la dune littorale, la mer 
les couvrait, en faisait des îlots, les entourait d'écume, de liège et de 
débris divers. 

Demande. — Si les sables blancs et nus situés à l'est des tourons 
avaient du gourbet, des immortelles et autres herbes qui viennent 
dans le voisinage immédiat de la mer. 

Réponse. — Non, les immortelles, gourbets, choux de mer, herbes 
piquantes, etc., se tenaient surtout dans le voisinage de la mer. Les 
dunes, aujourd'hui semis, étaient complètement nues et blanches; on 
n'y voyait que quelques bouses de vache ou de cheval autour des- 
quelles le sable formait monticule. 

Demande. — Si les lettes où l'on faisait pacager les bestiaux se 
déplaçaient ou se modifiaient sérieusement par les tempêtes, comme 
le croient ceux qui ne connaissent pas les dunes. 

Réponse. — Les lettes se sont très peu déplacées. Comme presque 
toutes avaient des lagunes aujourd'hui desséchées, le sable voltigeait 
par-dessus, voilant peu à peu la lagune qui devenait blouse; à peine si 
elles diminuaient d'étendue par l'éboulement de la dune. La toponymie 
en témoigne; les mêmes noms subsistent de temps immémorial : letot 
dous Taoures (taureaux), lette de Nanouas, de l'Arroumet (grand et 
petit), de Bouliques, dous Juncs (joncs), etc. 

A remarquer sur les quatre paragraphes du questionnaire : 
1° Au lieu d'avoir avancé, la mer a été réduite sur bien des points 
à restreindre de 100 à 200 mètres l'expansion que son flux montrait 
précédemment lors des tempêtes; 

2° L'expression pittoresque « la mer passe par-dessus les tourons », 
pour exprimer la colère démontée d'un homme et l'action de la 
mer exerçant sa furie sur les mamelons qu'elle rencontrait autre- 
fois avant d'être emprisonnée par la dune riveraine artificielle; 
puis les restes de petites épaves (lièges, bois, etc.) que je savais 
encore visibles à Biscarrosse un peu à l'est de la dune littorale, 
avant d'arriver à la forêt, et que les sables, dans ce pays de forts 
atterrissements et des plus hautes dunes, n'ont pas pu couvrir 
depuis que la haute marée en a été séparée de 100 à 200 mètres, 
tu milieu du xix e siècle. Je demande, dès lors, quel pouvait être 
le mouvement de propulsion des sables à l'est du faîte ou point 
culminant de la chaîne, lequel se trouve à un peu plus de moitié 
trajet de la dune littorale à la plaine de la lande, d'après le profil 



72 LE LITTORAL GASCON 

donné par Ghambrelent dans les Landes de Gascogne et transcrit 
plus haut page 63; 

3° Les masses blanches non boisées étaient mouchetées de bouses 
de vache ou de crottins de cheval, autour desquels les sables faisaient 
leurs rondeaux sans couvrir ces légers obstacles, curieuse image à 
côté des méfaits attribués à nos dunes tant décriées. Le Domaine 
pourrait par ces indications se convaincre du lien qui existait pour 
les bestiaux entre les pâturages des lettes et la friandise des plantes 
salines des dunes riveraines, d'où ensuite, l'été, les animaux des- 
cendaient sur la plage; 

4° Les vieilles gens du pays ne comprendront jamais cette idée, 
cette autre légende, qu'on ait pu voir pour ainsi dire du jour au 
lendemain, sous la tempête, une dune surgir à la place d'une lette, 
en détruisant le pâturage, et une lette se creuser à la place d'une 
dune. Que seraient d'ans ce cas devenus les bestiaux? — Les blouses 
ont disparu avec les lagunes des lettes où elles se formaient. Depuis 
le boisement, le feuillage absorbe une partie de la pluie, pendant 
que le sous-bois, la souche de l'arbre et ses racines facilitent l'infil- 
tration. En second lieu, le chenal de jonction Hourtin-Lacanau- 
Arcachon et la fixation ou l'entretien de l'embouchure des fleuves 
côtiers ont aidé à la baisse des eaux et à l'assèchement des vallées 
des dunes; les blouses ne sont plus qu'un souvenir dans les dunes 
de Gascogne. 

A la source même des sables de la mer, ces petites épaves de 
Biscarrosse qui, d'après le paragraphe 2 de la page précédente, 
restent à découvert depuis le milieu du xix e siècle derrière la dune 
artificielle édifiée par le clayonnage de Brémontier 1 , montrent bien 
le peu de mobilité et de pénétration des sables quand on leur oppose 
un rempart quelconque. On a même vite trouvé que les sables 
s'arrêtaient trop docilement à cette première ligne de résistance du 
bord de la mer, car le service des forêts s'est vu réduit, dès avant 
la fin du xix e siècle, k écrêter la dune riveraine artificielle pour 
solliciter des sables nouveaux leur avance sur la zone nue réfrac- 
taire à tout boisement, qui précède les semis de pins. Cette zone 
à gourbet et réfractaire au boisement n'est guère moindre, depuis 
la mer, de 200 mètres ouest-est; elle les dépasse parfois 2 . 

1. Mémoire de Brémontier, du 25 décembre 1790 : « Ce travail consistera dans 
l'établissement d'un cordon de fascines conduit parallèlement à 20 ou 25 toises 
de la laisse des vives-eaux. » (Ann. des Ponts ei Chaussées, 1 er sem. 1833.) 

2. « Une zone de protection entre les semis et la mer » est appelée aussi 
«zone littorale». ((ïrandjean, inspecteur des forêts. Bull. Soc. de Géogr. de 
Bordeaux, 1896, p. 295.) 



SABLES. MOBILITÉ LIMITÉE 73 

Par cet écrêtement on a réussi à décongestionner un peu du côté 
de la plage la base de la dune trop souvent érodée par les grosses 
mers, à aplatir la crête en lui assurant de la plate-forme et à 
donner au versant oriental de la dune une pente de 45° environ. 
Mais ceux qui restent sous l'impression des méfaits imaginaires 
prêtés aux sables seront quelque peu surpris de connaître comment 
se présentaient ceux-ci à la face des vents et tempêtes, aux envi- 
rons de 1900-1902, dix ans après l'écrêtement de dunes du pays 
de Born, qui est celui des grands massifs et des sables nouveaux 
les plus abondants : « Les sables ne pénètrent pas en pointe vers 
les forêts, mais bien dans le sers parallèle à la dune riveraine et à 
la mer. Dans l'espace de dix ans, les sables ont pénétré de 20 à 
50 mètres. Deux points seulement ont eu cette distance dépassée : 
Gazaux et Lamanch, ce dernier situé à 3 kilomètres au nord de 
Mimizan-plage 1 . » Soit une avance de 2 à 5 mètres par an, au 
bord même de la mer, de la part de sables stimulés. 

Sur une pente légèrement ascendante où le vent donne en plein 
sol nu, les sables avancent en se superposant et en décrivant des 
ondulations. A la dune riveraine, qui domine le sol, les sables 
poussés au sommet se déversent au bas du versant oriental et le 
vent n'a plus prise sur eux. 

Sous le même rapport, la dune littorale déjà signalée au Vieux- 
Boucau offre un exemple intéressant. Survenue depuis 1578 à l'em- 
placement de l'ancien estuaire de l'Adour, sous la triple influence 
exercée sur les sables par le courant marin côtier, le mouvement 
du flux et le souffle des vents, le naturaliste Thore, on le répète, 
lui attribua 60 mètres (184 pieds) au moins de hauteur 2 lors de 
son passage sur les lieux vers 1810. Prolongement naturel de la 
barrière littorale venant du nord, cette forte dune survenue n'avait 
au passage de Thore et n'a jamais eu depuis aucune plantation 
d'arbres pour arrêter son extension vers l'est, et cependant elle est 
restée un simple rempart, comme celle de Biscarrosse, sans menacer 
la plaine de 800 à 900 mètres qui la sépare du village du Vieux- 
Boucau, plaine qui paraît à la carte du chapitre II, pages 31 et 33. 

Un autre exemple intéressant et concluant se présente à la rive 
orientale des étangs d'Hourtin et de Lacanau. Le clapotis des 
eaux de ces deux lacs, sur la rive est, décape légèrement le sol de 

1. Note du lieutenant des douanes Cétran, qui avait observé et suivi les 
faits sur place, à mon intention. 

2. Promenade, p. 106. — Ce chiffre de 60 mètres peut paraître très exagéré 
à qui n'a pas vu avant 1873, près du poste douanier dont parle Thore, cette 
même dune coupée à pic par le fleuvç côtier. Elle paraît moins haute aujour- 
d'hui, depuis que d'autres masses de sable ont chaussé et entouré sa base sud. 



74 LE LITTORAL GASCON 

la lande submergée et rejette à terre des sables lavés, image très 
restreinte du travail de la mer. Ces sables forment sur la rive même 
des deux étangs quelques petites dunes dont le sable blanc ne se 
couvre pas de gourbet ni des autres plantes que l'air salin fait 
pousser spontanément au voisinage de l'Atlantique. L'exemple de 
la non-mobilité des dunes en général est frappant à ces deux en- 
droits : les sables s'y amoncellent en monticules dénudés sans 
que le vent qui arrive avec force par-dessus la plaine liquide puisse 
les étaler ou les pousser sur le sol plat et découvert de la lande de 
bordure; ils se superposent ainsi comme dans la formation ordi- 
naire des dunes et n'avancent point vers l'est. D'ailleurs, voici, 
empruntée à un spécialiste, une indication décisive sur la mobilité 
absolument restreinte des sables au bord même de la mer : « Leur 
vitesse, souvent très grande et qui varie suivant leur poids et 
Tintensité du vent, diminue rapidement. Le vent ne les emporte 
pas à plus de deux cents mètres de la plage. On peut se rendre 
compte de ces phénomènes aujourd'hui encore dans quelques 
dunes non fixées de Soulac et de Grayan et, plus au sud, sur la 
dune littorale des forêts domaniales l . » 

Je dis que M. Buffault, qui paraît avoir fait là une constatation 
personnelle, justifie, donne raison à re que je sais et établis, bien 
qu'il soit absolument traditionnel et moi absolument pas. Gela 
démontre que des hommes de convictions opposées peuvent arriver 
à la même conclusion, au même jugement, quand il s'agit d'un 
fait examiné dans sa nature et dans ses manifestations matérielles. 
C'est précisément le mode de recherches et d'examen auquel je 
convie chacun, en repoussant la tradition. 

Voyons maintenant.ee que des dunes prétendues soulevées 
représentent. 

Une tempête de sable. — Quand on prononce ces quatre mots on 
se figure, à la valeur redoutable qu'on leur attribue, voir en quel- 
que sorte des dunes soulevées en tourbillon, rouler sur elles-mêmes, 
envahir le pays. J'avais donné une idée de la tempête de sable du 
30 août 1905, parce qu'à ce moment- là deux mille témoins en 
villégiature dans les dunes pouvaient, le long de la côte, porter 
confirmation du phénomène 2 . Il est rare de voir en été une rafale 
sèche aussi violente et d'aussi longue durée. On va constater ses 
effets inofïensifs au Vieux-Boucau. 

Par un temps chaud et très sec, le jour indiqué 30 août, survint 

1. Buffanlt, garde général dos l'orCts, ^.a cale cl 1rs dunes du Médoc, p. 95. 

2. Revue. PhHomathi<iiw de Bordeaux, 1906, avant-dernière page. 



TEMPÊTE DE SABLE 75 

presque toute l'après-midi un vent de cyclone soufflant de l'ouest, 
sans aucune menace de pluie. Il devint très difficile aux dames 
de franchir la crête de la dune riveraine pour descendre sur la 
plage. Devant rentrer le lendemain à Bordeaux, je voulus, malgré 
le cyclone, revenir sur la grève avec ma sœur et une autre personne 
vers 4 heures du soir. J'ouvrais la file pour fendre le vent. Nous 
approchions à grand effort de la crête de la dune de bordure. A ce 
moment plusieurs dames quittaient la plage, poussées par le vent. 
Le tableau était pittoresque. A travers le petit brouillard de sable 
qui m'aveuglait, je vois les dames dont il s'agit tenant une main 
sur les robes qui faisaient office de voiles au vent, l'autre à la tête, 
d'où s'échappaient des mèches de cheveux qui serpentaient avec 
une remarquable agitation. Vision, dans le brouillard des sables, 
d'un tableau de furies ! Quand nous allions croiser ce groupe de 
dames qui tournaient le dos à la tourmente, je m'entends saluer 
par mon nom. « Madame, dis-je, je suis incapable de voir vos traits 
et de vous reconnaître. — Je suis Madame Bacqué, de Bordeaux. » 
Je veux lui présenter ma sœur. Elle n'était plus derrière moi. Me 
voyant m'arrêter, elle et sa compagne se laissèrent rejeter par le 
vent derrière un chalet. L'effort de descente à la plage fut aban- 
donné. 

Le lendemain matin, de bonne heure, je vais examiner les lieux, 
vérifier les dunes. Je vois leur sol saupoudré de frais, et pas d'amas, 
pas de brèches. Autant voir les abords d'une route où ont voltigé 
de gros tourbillons de poussière. 

Sur ce point du Vieux-Boucau, cependant, aucune plantation 
d'arbres pouvant offrir une résistance aux sables n'existe entre la 
station balnéaire et le village, et, sur la plaine qui relie les deux 
endroits, pas un semblant d'avance de sables ne se voyait. 

Voilà ce qu'est une tempête de sable à la vue de la mer, par un 
vent de cyclone, avec temps d'été absolument sec. S'il eût plu, la 
voltige des sables aurait été moindre de beaucoup à la crête de 
la dune riveraine, et à peu près nulle un peu plus à l'est. 



Brémonlier trouva la zone des dunes telle qu'elle paraît dans des 
textes royaux de 1269-1289. Les seigneuries d'Uza et de Born (depuis 
Contis jusqu'aux confins sud de La Teste, 43 kilomètres), qui 
avaient été confisquées par le duc de Guyenne, souverain d'Angle- 
terre, furent restituées au vicomte Pierre de Dax en octobre 1269, 



76 LE LITTORAL GASCON 

y compris les montagnes et la côte de Biscarrosse et de Bias 1 , soit 
les sables nus et deux groupes de dunes boisées. Peu de temps 
après, le 23 mars 1274, la communauté de Mimizan reconnaît 
devant les commissaires royaux que les habitants de ce lieu tien- 
nent en fief du duc de Guyenne leurs maisons, terres et autres 
appartenances intérieures ou extérieures de la ville, comme pâtu- 
rages, eaux, nasses et côte. La communauté possède aussi en alleu 
le tiers du bois de Lacaze, dans la paroisse de Lue 2 . 

Par conséquent, Lue étant à plus de 30 kilomètres de la mer, 
il ne devait y avoir alors sur la côte de Mimizan, d'après la recon- 
naissance féodale de 1274, que des dunes nues, telles qu'on les 
retrouve sur la Carte des dunes dressée de 1820 en deçà par les 
ponts et chaussées, ce qui va être corroboré par d'autres actes 
royaux ou officiels. 

Pierre de Dax mourut vers 1275. Pour des raisons qui ne sont 
pas bien connues, son fils et successeur, Jean de Dax, tout en 
gardant jusqu'en 1280 des droits importants sur le Born 3 , ne fut 
pas laissé en possession des dunes boisées ou autres de Bias et de 
Biscarrosse. 

En effet, le 2 juillet 1277, « Reynault Thiébaud, fils du roi d'An- 
gleterre, prince d'Aquitaine, » mandait au sénéchal d'Aquitaine 
d'assurer aux habitants de Biscarrosse la jouissance paisible de la 
culture des terres et du droit de bâtir, ainsi que du résinage dis 
pins et du pacage du bétail gros et menu dans la montagne et les 
padouens qui s'étendent entre la rive de la mer, d'une part, et la Leur 
cale, de Vautre*, autrement dit de la lande à l'océan Atlantique. 

L'existence à la partie orientale de la montagne ou forêt, le long 
de la lande, du cours d'eau la Leucate, chenal naturel qui relie 
les eaux des étangs allongées à droite et à gauche, fait qui existait 
aussi au xm e siècle dans tout le Médoc et le Buch, montre que 
nos lacs étaient aussi vastes en 1277 qu'en 1860, époque où com- 
mencèrent les travaux devant assurer la baisse des eaux. Cet état 
de développement des étangs en 1277 doit remonter très loin dans 
le passé. Des détails paraîtront pages 92-96. 

En second lieu, Edouard I er , duc d'Aquitaine, par lettres patentes 
du 28 mars 1289, assure et confirme à Mimizan le don de la mon- 
tagne de Bias dans toute son étendue et avec ses environs 5 , pro- 
priétés qui avant 127o appartenaient au vicomte Pierre de Dax. 

1. Bémont, Recoqnieioncs jcodorum in Aquilania, n oS 417 et 477. 

2. Idem, n° 090. 

3. Voyez Jaurgain, La Vasconie, II, pp. 611-612. 

4. Arch. de Biscarrosse et Arch. des Landes. 

5. Ordonnances des rois de h'rnnce, t. XV, pp. 030 et 800. 



BRÉMONTIER. LA ZONE DES DUNES 77 

Depuis, 'les fors et coutumes de Mimizan, complétant la recon- 
naissance féodale de 1274, portent à l'article 2 : « De même, Que 
nous avons et tenons toutes nos terres et maisons et notre mon- 
tagne et bois 1 . » G'est-à-dire les dunes boisées de Bias (la montagne), 
obtenues depuis 1274, époque à laquelle Mimizan, comme il vient 
d'être dit, n'accusait aucune forêt dans les dunes. 

Des actes officiels de 1269-1289 qui précèdent, il résulte que la 
carte des dunes de 1820 marque dans le Born les deux mêmes et 
seules forêts du texte de 1269, que les habitants du Born possédaient 
les dunes ou en jouissaient jusqu'à la mer, que la zone dunaire ne 
se modifiait pas sensiblement, qu'elle n'empiétait nullement vers 
l'est d'après l'alignement des forêts antiques qui couvraient des 
dunes jusqu'à la lande, et qu'elle ne paraît pas avoir été plus tapissée 
de bois au Moyen-Age qu'en 1820, date dont la situation reste 
connue par la carte officielle précitée. 

Ces mêmes textes portent une réfutation péremptoire à l'adresse 
des forts nombreux écrivains qui, se recopiant sans cesse dans 
livres et revues, nous parlent de la mobilité ancienne des dunes et 
surtout d'une reprise d'invasions imaginaires de sable marin qui 
auraient duré, à travers la lande, du xiv e siècle au xvm e , jusqu'à 
l'arrivée de Brémontier. 

Au sujet des mêmes forêts antiques tapissant les dunes primi- 
tives, je vais invoquer les dires de M. l'ingénieur en chef Harlé 
pour la partie orientale des dunes maritimes, dans les conditions 
où j'ai marqué (page 74 ci-dessus) le témoignage de M. Buffault 
en ce qui regarde la lisière littorale : « Les travaux de Brémontier 
et de ses successeurs, dit M. Harlé, ont fixé ces dunes modernes 
par une magnifique forêt de pins. Le reste de la bande de dunes 
est situé sur le côté de l'intérieur du pays, au bord de la limite 
des dunes avec la plaine, et y forme des lambeaux couverts de 
forêts de pins si anciennes qu'il semble qu'elles aient toujours 
existé 2 .- » 

J'ai souvent fait remarquer que les dunes maritimes les plus 
avancées à l'est sont celles de Soustons-Azur et de La Teste (de Bias 
aussi), et que précisément elles sont primitives et couvertes de 
forêts antiques où aucun remuement de sable ne se produisait; 
aucun remuement non plus n'a débordé les autres forêts antiques 
moins avancées à l'est : Saint-Girons, Sainte-Eulalie, Biscarrosse, 
Lacanau et Hourtin. 

1. Ordonnances des rois de France, t. XV, p. 632. 

2. Bull. Suc. géuluy. de France, séance du 19 février 1912. 



78 LE LITTORAL GASCON 

Quand donc on parle de dunes mobiles et envahissantes, on 
énonce un fait qui n'est nullement fondé. On n'a pas eu à fixer, 
à arrêter les dunes : on les a simplement ensemencées. 



Courants marins côtiers. Le prince de Monaco, Bouquet de La 
Grye, Thoulet, Hautreux, qui sont de grandes autorités, sont loin 
d'être d'accord sur les courants du golfe de Gascogne, qu'il s'agisse 
de courants de surface ou de fond, de courants côtiers ou du large. 
Bouquet de La Grye, parlant en dernier lieu après les trois autres 
écrivains (1902), n'admet pas un courant côtier nord- sud régulier : 
« La lame dans le golfe de Gascogne, dit-il, vient, dans les gros 
temps, en général de l'O.-N.-O., c'est-à-dire qu'elle frappe par 
exemple un peu obliquement la côte des Landes qui court du Nord 
au Sud. Sous cette influence, le sable chemine du Nord au Sud et 
ce mouvement, dans les coups de vent, se fait par grandes masses. 
La preuve en est manifeste, d'ailleurs, par la dérivation que pren- 
nent sur la côte tous les étiers, lorsqu'ils ne sont pas maintenus 
par une digue. Dans ces conditions, on a pu croire que les courants 
côtiers portaient du Nord au Sud, tandis que l'effet cessait à peu 
de distance de l'estran l . » Cela comporte certaines réserves. 

Les agitations, tourbillonnements ou ressacs de la mer rendant 
difficiles les constatations fermes, il faut, à cette plact, s'en tenir 
à ce que nous, enfants ou habitants de la côte, avons sous les 
yeux ou à notre portée. 

Il existe un courant de toutes les saisons, de tous les jours même : 
c'est le courant côtier qui, par beau comme par mauvais temps, 
rase sans cesse, peut-on dire, le rivage maritime le long des dunes. 
Tous les habitants qui se livrent à la pêche côtière le connaissent 
sans s'en rendre autrement compte. Quand l'équipage d'une pi- 
nasse 2 jette la senne pour circonscrire une partie de plage, la 
barque marche au nord, pour que le filet fasse sac au sud sous la 
poussée du courant; quand au début du flux, dans le silence mys- 
térieux de la nuit, quatre ou cinq hommes à pied font la pêche 
à la garrole 3 , l'un, à l'arrière, fait faire le sac du filet au sud, pendant 

1. Bull, de Géogr. hislor. cl descriptive, 1902, pp. 50-52. 

2. Il est secondé à terre par une douzaine de personnes. 

3. Garrole, mot qui n'a aucune relation de parenté avec la langue basque, 
doit être un des quelques noms celtes qui nous restent. Sur les bords du bassin 
d'Arcachon, les marins qui se déplacent sans prendre un bateau disent : « Bam 
à garre », allons à pied. — Il se peut que pour les Gaulois garrole ait signifié : 
pêche à pied. — A Arcachon et dans le dictionnaire de Mistral, on trouve que 
garre signifie : jambe. 



COURANTS MARINS 79 

que les autres traînent le 4ilet en marchant au nord, feau jusqu'à 
la poitrine. Si les hommes traînaient la corde vers le sud, le sac 
renversé du filet leur viendrait dessus et pourrait les mettre en 
danger. 

Ces deux sortes de pêche ne peuvent se pratiquer que par temps 
beau et mer calme. Le courant côtier, qu'il dérive ou non du Gulf- 
Stream, est constant. 

Toutefois, vers l'extrémité nord, il ne reprend à la plage qu'à 
Naujac-Hourtin, après que les roches sous-marines de Cordouan 
et des Olives ont fini de barrer le rivage. Pour cette raison, on peut 
indifféremment aller au sud ou au nord pour jeter la senne ou 
traîner la garrole sur Montalivet-Soulac, côte morte sous le rapport 
du courant côtier. Un équipage de pinasse m'a confirmé la chose 
sur la plage au pours de sa pêche; d'autres habitants me dirent 
de même à propos de la ga rôle. De par la même faveur de côte 
abritée, Montalivet présente pour les bains de mer la plus jolie 
plage qui soit de Royan à Hendaye. Cependant, sur cette côte 
maritime de Soulac à Montalivet, un petit mouvement de montée 
nord, vers l'orifice de la Gironde qui aspire, s'y fait sentir à marée 
montante le long du rivage maritime, avec faible mouvement 
inverse vers le sud pendant le jusant. De sorte que, pendant le flot, 
les pêcheurs à la garrole marchent d'habitude vers le sud, et à 
marée descendante, vers le nord, sur 25 kilomètres de cette côte. 

Nous avons d'autres courants passagers, sans durée. A l'ap- 
proche d'un changement de temps, quand de simples effluves du 
sud se manifestent, et avant que la mer devienne grosse, il arrive 
qu'un courant sud-nord intervient entre terre et le courant ordi- 
naire. Je l'ai éprouvé, et je sais depuis lors qu'en pareil cas il est 
prudent de ne pas continuer la pêche à la garrole, ébat recherché 
avec passion par régnicoles et étrangers. 

Par beau temps comme par mauvais temps, il arrive de voir 
subitement un sillon blanc se dessiner par de l'écume de mer depuis 
le voisinage de terre; il va tantôt droit au large, tantôt à gauche, 
tantôt à droite, sans que les vents ou d'autres influences atmos- 
phériques paraissent engendrer le phénomène; on est alors en 
présence de courants assez actifs et d'assez courte durée, mais 
dont le baigneur doit se tenir à l'écart. 

Sur les effets de ces courants, j'ai signalé en 1900 les deux 
exemples suivants, dans Pori-d' Albret : 

1. Le 26 novembre 1859, le Réveil-Matin, venant de l'Amérique 
du Sud, échouait de nuit à Mimizan. 105 personnes périrent, et 
une longue file de cadavres s'étendit au sud vers Contis, Lit et 



80 LE LITTORAL GASCON 

même Vielle-Saint-Girons. On les inhuma réglementairement 
au-dessus de la laisse de la haule mer et à deux mètres de profondeur. 
Dans la seconde partie de l'hiver, au commencement de 1860, 
une mer de très grosse tempête rase et nivelle la côte, déterre en 
grande partie les cadavres du Réveil-Matin, et cette fois, dans 
un grand état de putréfaction, ils parvinrent sur Moliets, Messanges, 
Vieux-Boucau et Seignosse. Ce fut un pénible spectacle, que je vis 
en partie. Le fort d'une mer de tempête se produit quand le vent 
souffle du sud-ouest ou de l'ouest; quand le vent passe au nord- 
ouest, la tempête a décliné. C'est donc par vent de tempête pro- 
bable d'ouest que les cadavres furent déterrés, puis véhiculés vers 
le sud. En deux étapes, ils franchirent jusqu'à 60 kilomètres. 

2. En 1867 ou 1868, M. Germain Dartiguelongue, de Soustons, 
se baignant imprudemment au Vieux-Boucau à la sortie de table, 
disparut sous le poids d'une congestion et ne put être retrouvé. 
Peu de jours après, la mer rejetait son cadavre sur la plage de 
Vielle-Saint-Girons, à près de 15 kilomètres au nord du Vieux- 
Boucau. Le cas de direction pareille d'une épave quelconque vers 
le nord est excessivement rare le long et près de notre côte. 

Les courants du large doivent souvent être le résultat de tour- 
billonnements ou de chocs en retour de durées irrégulières. Thore, 
dans l'exemple suivant, cite un cas de courant sud-nord assez 
éloigné de terre : « Un jour, par un temps calme, la côte de 
Biarritz et de Capbreton fut jonchée de pommes; on en ignora 
pendant quelques jours la cause; mais la semaine suivante on sut 
que deux gabarres chargées de ce fruit avaient fait naufrage devant 
Bilbao, et à 8 kilomètres (2 lieues) au large, à peu près 1 . » 

Vents. « Les vents les plus fréquents le long de la côte des Landes 
sont ceux du N.-O. et du N.-E. : les premiers soulèvent fortement 
la mer et battent en côte. En hiver, si le temps est à la gelée, on a, 
au sud du bassin d«>Arcachon, des vents venant du S.-E., et au 
nord du bassin, des vents d'E.-N.-E. » (Instructions nautiques.) 

En été, la brise vient de l'est le matin, la terre s'étant plus refroi- 
die que la» mer pendant la nuit; l'après-midi, quand le soleil a 
réchauffé la terre, la brise arrive de la mer : soit un effet physique 
où l'air le plus frais et le plus pesant se précipite, suivant l'heure, 
dans la zone à l'air plus chaud et plus léger qui s'élève. 

Nos tempêtes commencent par vent sec du sud. Quand le vent 
passe au S.-S.-O., il redouble de violence, va vite pencher vers 

1. Promenade, p. 2 ( J5. 



il n'y EUT pas de baies ouvertes 81 

l'ouest, et les fortes bourrasques de pluie sont déjà intervenues; 
lorsque le vent, continuant à tourner comme une aiguille de montre, 
atteint le nord-ouest, il annonce le déclin de la tempête. 

Eaux douces et étangs. A côté de la tradition légendaire de la 
mer dévorant la côte pendant que soi-disant les dunes envahis- 
saient le sol de la lande et devaient ensevelir Bordeaux dans 
2.000 ans, il en existe une autre d'une ténacité aussi redoutable, 
celle des baies marines ouvertes qui, tout récemment encore, 
auraient dentelé les plages gasconnes. M. Camille Jullian en parle 
dans les termes suivants au Journal des Savants, organe de l'Ins- 
titut de France, numéro de juin 1903 : 

« Le livre classique (et qui a rendu d'inappréciables services) sur 
la géographie de la Gaule, celui de Desjardins, donne au littoral 
gascon de l'Atlantique, à l'époque gallo-romaine, une forme très 
dissemblable de celle qu'il présente maintenant. Aujourd'hui, il 
s'allonge sur soixante lieues, sans golfe, sans découpure, sans autre 
percée que celles de l'Adour, de la passe d'Arcachon et de quelques 
« boucaux » de ruisseaux landais. Jadis, dit Desjardins, il formait 
une série continue de golfes et de baies; il était pour le moins aussi 
dentelé que celui de la Manche ; les étangs littoraux étaient autant 
d'anses marines largement ouvertes sur l'Océan : La Teste, Pa- 
rentis, Mimizan étaient ports de mer. Ce n'est que bien après 
l'époque classique que le cordon des dunes a bloqué toutes ces 
baies, les a séparées de l'Océan, en a fait des bassins fermés, et a 
transformé un rivage à dents de scie en une impeccable ligne dorée 
de sables. La théorie de Desjardins est devenue article de foi, et 
les cartes jointes aux meilleures éditions de César, en France et en 
Allemagne, lui ont donné la sanction pédagogique *. 

» M. Saint-Jours, qui a vécu et qui vit sans relâche dans le pays, 
s'est attaché à détruire cette théorie. Il l'a fait avec prudence et 
avec ténacité. Il a accumulé les arguments tirés de la nature des 
courants et de la nature des sols. Il en a ajouté d'autres empruntés 
à l'histoire et à l'onomastique. Et il conclut, très fermement, 
qu'aux abords de l'ère chrétienne le rivage gascon était tel qu'il 
est maintenant : il avait ses dunes et ses « gourbets », ses pins et 
ses « tues », ses « monts » et ses « boucaux » ; derrière la ligne des 
sables s'étendait celle des étangs, à la place et dans les formes où 
ils sont aujourd'hui. L'Adour s'ouvrait à Capbreton et non àBayonne. 



1. L'auteur de cette étude cite à ce sujet quatre cartes ou atlas dentelés à 
tort et de date récente : Berlin, 1894; France, 1896 et 1899; Angleterre, 1899. 



82 LE LITTORAL GASCON 

Mais à part cela, la carte physique de l'Aquitaine de César doit 
être celle de la Gascogne de maintenant, 

» Et il me semble bien que M, Saint-Jours a raison. Aux motifs 
qu'il a fournis, l'étude des textes et des monuments en apporterait 
d'autres... » (J'ai déjà dit au chapitre II, page 49, comment M. Ca- 
mille Jullian n'a cessé de m'encourager et de me réserver son puis- 
sant et généreux appui.) 

Son intervention de 1903 n'empêcha pas un congressiste de 
répondre de la manière suivante à une séance du Congrès des Sociétés 
savantes de 1905 : « Par l'ensemble de mes travaux et par l'examen 
des documents que j'ai souvent énumérés dans nos congrès, je 
suis arrivé aux conclusions suivantes : Les lacs du littoral gascon 
sont de formation récente 3 , » 

Ce congressiste avait, en effet, écrit en 1897 : « Troisième période. 
— Marche des dunes modernes depuis le xiv e siècle jusqu'au 
xvme siècle. Formation des étangs du nord, de la Gironde à l'étang 
de Léon. » (Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, février 1897, Les 
anciens lils de l'Adour, page 19 du tirage à part.) 

Et l'étang suivant de Soustons, donc? La même page 19 nous 
renseigne de cette extraordinaire façon : « Nous arrivons à trouver 
que l'étang de Soustons est le fond d'une baie ressemblant fort 
à celle d'Arcachon... Il ne serait donc pas surprenant que les ports 
de Vieux-Boucau et de Capbreton se soient trouvés, à l'époque 
romaine, plus à l'est que nous ne les connaissons aujourd'hui, et 
cela est confirmé par ce qui reste des voies romaines. » 

La réalité, qui paraîtra au chapitre spécial à l'Adour, est celle-ci : 
le Vieux-Boucau naquit en 1310 seulement, lorsque l'Adour, com- 
blé à son embouchure sous Capbreton, prolongea son cours jus- 
qu'au point où le faible déversoir des eaux de Soustons descendait 
à la mer en serpentant à travers les dunes primaires boisées; il n'y 
eut un port au bas des eaux de Soustons que de 1310 à 1578, Louis 
de Foix ayant fait déboucher l'Adour sous Bayonne à cette dernière 
date. 

Il s'agit maintenant de passer aux démonstrations et aux preuves. 

Nous avions sur le plateau de la grande lande, sur la ligne des 
étangs et jusqu'au cœur des dunes littorales un véritable fléau, 
celui des eaux douces dont l'écoulement à la mer n'était pas assuré, 
mais nous n'avions pas un fléau de dunes dangereuses pour la 
lande. 

1. Bull, de Géoyr. hislor et descripliue, 1905, p. 213. 



FORMATION DES ÉTANGS '83 

La question des sables vient d'être développée. Je vais mainte- 
nant expliquer d'où venait le fléau des eaux douées et répéter : 
la clé de la question des eaux de la lande en général se trouve au 
bord même de la mer, entro la laisse de basse marée et la laisse de 
haute marée; là seulement, si étrange que la chose paraisse au 
premier abord, peut se lire le régime des eaux douces. 

Tout cours d'eau se dirige de manière à aller choir à la mer, en 
raison de la rotondité de la terre. Cette loi bien naturelle fut faussée, 
dès le principe, sur toute notre côte allant du Médoc à Bayonne, 
par le courant marin côtier nord-sud qui vient d'être décrit. Il 
pousse constamment les sables d'atterrissement, chausse de leur 
poids la rive droite de chaque orifice de fleuve côtier non protégé 
par une jetée en maçonnerie, fait dévier cette embouchure au sud, 
l'obligeant à lutter, à se fatiguer sans cesse dans le creusement 
d'un lit nouveau, pendant que s'allonge le petit promontoire qui 
survient ainsi entre la mer et le cours d'eau. Cette pointe, qui 
devient triangulaire, s'exhausse insensiblement des apports jour- 
naliers déposés par l'océan, et c'est en la rasant, en la nivelant 
au fort de la tempête que la mer comble ou détruit l'orifice 
du cours d'eau resté sans protection, à l'état de nature. Que 
l'embouchure soit démesurément vaste comme à Arcachon, large 
et puissante comme à Bayonne, modeste et chaque jour guéable 
comme à Uchet, le résultat est toujours le même : la même pointe 
de sable pénètre comme un coin en travers de l'orifice marin tant 
qu'il n'est pas fixé par la jetée indiquée. Ainsi ont été à jamais 
détruits les fleuves côtiers d'Hourtin, de Lacanau, de Cazaux et 
de Parentis, où sont nos plus vastes étangs. La Leyre fut également 
fermée complètement en un temps reculé; son fort débit accumula 
une masse d'eau suffisante pour surmonter la barrière de sable, 
avec ou sans le secours de l'homme, et pour se précipiter de nou- 
veau à la mer en ouvrant la vaste brèche d'Arcachon. 

A l'Adour, à Capbreton, au Vieux-Boucau, à Contis et à Mimizan, 
les embouchures ont reçu des jetées : deux à l'Adour, une sur la 
rive gauche aux quatre autres endroits. Arcachon et Uchet n'en 
ont pas encore. 

A Arcachon, où le reflux s'effectue complètement grâce à la 
force de l'énorme poids d'eau que le bassin reçoit à chaque marée, 
la pointe de sable qui forme coin en travers des passes n'a pas 
moins de 5 kilomètres nord-sud K A Uchet, la déviation au sud 
oscille de 3 à 5 kilomètres et demi entre la mer et la dune riveraine 

1. Cette pointe, à Arcachon, est sous-marine pour la majeure partie. Ailleurs 
elle était ou est en forme de forte butte triangulaire et en plein air. 



84 LE LITTORAL GASCON 

érodée. Le croquis ci-contre en donne l'image conforme à la carte 
du ministère de l'Intérieur. En 1908, l'embouchure tombait à la 
mer en regard de la cote 19; l'été précédent (1907), elle était 
à 2 kilomètres plus au sud, dépassant de beaucoup la villa 
Gourtiau l . 

Par les simples détails qui précèdent, la formation des étangs 
se trouve expliquée. Le premier noyau de chaque lac du littoral 
est aussi ancien que les dunes. Chaque petit fleuve côtier ayant 
son débit contrarié ou détruit à la plage par l'hostilité du courant 
côtier nord-sud, il se submergeait lui-même, les eaux s'amonce- 
laient aux points les moins élevés en niveau, c'est-à-dire dans la 
vallée inférieure du cours d'eau et au lieu où la lande faiblement 
déclive arrive à la bordure des dunes. Le lac grossissait, s'étendait 
sur la lande et s'allongeait sous forme de ruisseau à droite et à 
gauche, le long de la chaîne dunaire, à la rencontre des étangs 
voisins; mais par ses eaux agitées sur un plan légèrement incliné, 
il se logeait aussi dans la profondeur des dunes, à leurs dépens, au 
lieu de subir leur pression, comme on le croit à tort encore. C'est 
ainsi que plus un étang est vaste, plus il est incrusté dans les dunes 
et rapproché de la mer. Hourtin d'abord, Cazaux ensuite, par 
ordre d'importance, en sont la preuve. Le bassin d'Arcachon, pour 
la même raison, arrive plus près de la mer que les étangs. 

Nos lacs n'étaient pas refoulés par les dunes, et la figure riche 
d'expression que leurs eaux auraient « gravi la pente du continent 2 » 
n'est pas fondée. M. Lihan, de Biscarrosse, surveillant des forêts 
venant de Jean-Baptiste de Caupos, connaît tous les replis des 
dunes de l'endroit. Comme je lui avais demandé le nombre, les 
noms et la longueur des dunes anciennes orientées d'ouest en est, 
il a eu la bonne inspiration de joindre à sa liste le croquis ci-après, 
page 87. Ce graphique n'est pas plié aux proportions rigoureuses 
d'une échelle, mais il présente une incontestable sincérité, comme 
venant d'un homme qui n'a connu aucune part dans les contro- 
verses sur les dunes. Le témoignage est net, formel : les dunes de 
Larrigade et d'Ispe sont les moins longues de la montagne de Bis- 
carrosse, pour la raison que le lac de Cazaux les a raccourcies en 
se logeant à leurs dépens à mesure que ses eaux grossissaient. 

M. l'ingénieur en chef Le Boullenger, par la force des choses, 
donne dans son rapport de 1817 une confirmation de la prise de 
logement des lacs dans les dunes. Se trouvant sur la rive ouest 

1. Je l'avais signalé en 1908 dans une plaquette intitulée : Les Fables du 
littoral gascon, p. 12. — (Fables dans le sens de récits fabuleux.) 

2. Elisée Reclus, Géographie, t. II, p. 101. 



FORMATION DES KTANGS 



85 



de l'étang de Parentis et approchant de Biscarrosse, il dit : « Nous 
eûmes lieu de remarquer que la forêt, située sur un sol.de quelques 
mètres au-dessus de l'étang, était attaquée par l'étang qui en sappe 
le pied et fait tomber les arbres dans l'eau, tellement que cette 
pauvre forêt est à la fois attaquée par le sable et l'eau. Ainsi pres- 
que partout sur cette côte on voit les sables combler les étangs 
et les étangs envahir les sables. » 

La phrase de ces deux dernières lignes ne peut pas être tout à 




Courant ou fleuve côtier d'Uchet (eaux de Léon), d'après la carte au 1 /100.000 e 
du ministère de l'Intérieur. 

La dune littorale riveraine porte à sa partie nord la petite station de bains; 
au sud, elle est éroùée par le lit du cours d'eau. 

La partie pointillée représente la plage maritime où se forme la butte jour- 
nellement grossie par l'échouement des sables marins. Les grosses mers de 
tempête, de loin en loin, rasent la haute butte et nivellent le sol en comblant 
le lit fuyant du fleuve côtier. C'est alors que les eaux douces refluent vers l'in- 
térieur des terres jusqu'au rétablissement de l'orifice marin. 

Les sables que. le vent d'ouest, par temps sec, pousse dans le courant sur sa 
partie parallèle à la mer sont aussitôt roulés, absorbés, sans que le fond d'eau 
^'en ressente en apparence. Comme ils étaient jetés en quantité bien moindre 
sur le cours perpendiculaire, au cœur des dunes non boisées, il y aurait grande 
erreur à croire que les sables obstruaient autrefois dans leur partie amont nos 
fleuves côtiers, dont les eaux sont normalement rapides en raison du niveau 
élevé des étangs (plus de 1 mètre de chute par kilomètre). Voyez p. 89. note. 



86 LE LITTORAL GASCON 

fait prise à la lettre. Dans l'échange réciproque de mauvais pro- 
cédés entre sables et eaux, on constate que ces deux éléments sont 
restés en conflit pendant des milliers d'années sur une ligne qui 
ne variait guère dans son ensemble : les sables prirent en étendue 
et en hauteur la place qu'il leur fallait tant que le vent avait force 
de propulsion sur eux, et les étangs agités empiétaient sur les dunes 
jusqu'à concurrence de la place qu'exigeait le poids et le niveau 
de leur plaine liquide. 

La preuve de cet état de fixité ou d'équilibre résulte encore de 
ce que les extrémités et les intervalles de nos lacs n'étaient pas 
envahis par des sables de nouvelle venue, comme aussi en témoi- 
gnent les eaux de jonction du chapelet des étangs. 

Les étangs d'Hourtin, de Cazaux et de Parentis ont le plafond 
(l'assiette) entaillé par le lit du chenal primitif descendant de la 
lande. A Parentis, la petite vallée du vieux cours d'eau descend 
à 9 m 50 au-dessous'de ses bords formés par la lande submergée. Elle 
est encore encombrée de troncs de chênes sur pied ou couchés sur 
place. En 1900-1905, on l'a vu en note au chapitre I er , le pêcheur 
Labarthe, de Parentis, a enlevé sept charretées de ces troncs de 
chênes qui gênaient son industrie. De leurs restes très durs et très 
noirs pris pu cœur des arbres, il a fait un bois de lit et une petite 
armoire dite chiffonnier, soit des meubles neufs confectionnés avec 
du bois auquel on peut attribuer bien des milliers d'années. A 
Cazaux l'entaille est de 8 m 30; à Hourtin, de 2 m 80 environ. 

Avec ceux du bassin d'Arcachon, les chênes fossiles ou submergés 
qui peuplent la vieille vallée du fond du lac de Parentis confirment 
l'inexistence de baies marines, d'estuaires marins avançant sur La 
lande. Les forêts submergées déjà vues sur la plage devant le centre 
des étangs d'Hourtin et de Lacanau contribuent, de leur rôle, à 
montrer partout une vieille côte plate et non des estuaires marins. 
Aucun de nos étangs n'a non plus possédé un de ces ports imagi- 
naires dont on voulait nous gratifier jusqu'à ces dernières années. 

Les habitants de Lit et de Saint- Julien, renversant les tetthës de 
l'œuvre de la nature dans le passé, ont fait la preuve du mode de 
formation d'un étang en desséchant le leur. Quand le petit fleuve 
côtier de Confis fut fixé à la mer par ure jetée en maçonnerie sur 
la rive gauche, ils ont récuré le lit du cours d'eau vers 1888, et, 
forçant ainsi le débit à la mer, ils ont en peu d'années mis à sec 
leur double étang, qui en 1820-1821 couvrait 918 hectares, d'après 
le levé de la carte des dunes 1 . Les travaux de récurage, au lieu 

l. De Goincy, Bull, de Géogr. hislor. el descriptive, 1908, p. 227, d'après les 
archives de la Conservation des forêts de Bordeaux, pour ces 91 H hectares. 



/ht/A -*4r. 



% 







T ^$wA 



88 LE LITTORAL GASCON 

de faire ressortir l'existence ancienne d'une baie, ont mis à décou- 
vert une pirogue sous un coude du rivage. M. le marquis de Lur- 
Saluces en porta un fragment à son château d'Uza (2 m 50 envi- 
ron); le reste, impropre à supporter un déplacement, se désagrégea 
sur place. 

Ce fut une des erreurs des ingénieurs de Brémontier de croire 
que le boisement porterait remède au fléau des eaux douces : 

1. L'ingénieur en chef des Landes, M. Le Boullenger, dans un 
ordre de service de 1821 relatif à la Carte des dunes, recommandait 
« de figurer avec soin, sur son plan, les cours des ruisseaux qui reçoi- 
vent les eaux de la lande et les versent de part et d'autre dans les 
étangs, parce que la grande calamité provenant des dunes vient 
de leur action sur les cours de ces ruisseaux qui, oblitérés par les 
sables, refluent et submergent les terrains supérieurs ' ». 

2. Quatre ans avant, dans un rapport officiel de 1817, le même 
ingénieur en chef disait : « On voit donc que le point essentiel, pour 
entretenir le dégorgement des étangs, est de fixer les dunes qui les 
bordent. C'est à ce besoin bien senti qu'est due la direction des 
travaux par la Commission des dunes 2 . » 

3. L'officieux Annuaire des Landes pour l'an 1845 donne à la 
page 136 : « Cette importante opération (la fixation des dunes) a 
aussi pour objet d'éviter l'inondation du territoire. A cet effet, on 
fixe les rives des courants qui s'écoulent directement à la mer, et 
qui exhausseraient infailliblement le niveau des lacs et des étangs 
dont ils dérivent, si on n'assurait le libre écoulement de leurs eaux 
en fixant les rives mobiles. » 

Ce préjugé sur le passé existe encore comme un de ces articles 
de foi cité plus haut par M. Camille Jullian; mais, en tenant compte 
que le boisement des dunes s'est terminé en 186H, il ne serait plus 
possible, d'après ce qui va suivre, d'accuser les dunes d'avoir fait 
refluer les eaux douces. Le fleuve côtier d'Uchet, resté sans jetée 
protectrice à sa tombée à la mer, laisse les riverains de l'étang de 
Léon exposés, comme il y a des siècles, aux méfaits des eaux. 
C'est ainsi que tout récemment, en 1901, on essaya de travaux de 
redressement en raison de ce que les eaux douces qui refluaient 
causaient des dégâts considérables à des forêts de pin. En 1902, au 
Bulletin de la Société de Géographie de Bordeaux, et, deux ans plus 
tard, au Bulletin de la Société de Borda, je prévenais que dans ces 
demi-mesures d'Uchet on consacrait des sommes considérables 
(30.000 à 40.000 francs) qui resteraient sans résultat sérieux tant 

1. De Coincy, sa page 226. Voir note précédente. 

2. Ed. Harlé, Une tournée de V ingénieur en chef Le Boullenger... en 1817 
(Acles de VAcad. de Bordeaux, 1914-15, p. 298; tirage à part, Bordeaux, impr. 
Gounouilhou, 1914, in-8°, p. 15.) 



EAUX DOUCES ET ÉTANGS 89 

qu'on s'en tiendrait à des travaux de bois et fascines (note 1 
ci-dessous, partie finale). 

En efïet, comme je l'avais prédit, le cours d'eau d'Uchet a continué 
de fuir au sud, entre la mer et la dune riveraine, dans les conditions 
de son croquis de la page 85. Pareils échecs subis déjà à Uchet en 
1721 l , puis, avec des pilotis, en 1832 à Mimizan 2 et en 1850 à 
Contis 3 , montrent assez que la jetée en maçonnerie conduite jus- 
que vers la laisse de basse mer est le seul remède efficace. 

Par ce moyen d'une jetée, par celui-là seul et avec le concours, 
le long de la lande, du canal repris de mai» d'homme dans les 
marais d'Hourtin pour aller aboutir à Arcachon, on a résolu, 
partout ailleurs qu'à Uchet, la question du fléau des eaux douces 
qui refluaient. Le faible appoint d'amélioration apporté à cet égard 
par le boisement consiste dans le simple fait que Iû feuillage absorbe 
un peu de pluie, pendant que le sous-bois, la souche de l'arbre et 
ses racines facilitent l'infiltration. La baisse générale des eaux a 
fait disparaître dans les dunes les lagunes à blouses. La blouse, 
flaque d'eau voilée de sable, n'est plus qu'un souvenir, ainsi qu'il 
a été dit plus haut. 

Donc, il faut le répéter, le boisement des dunes reste un fait sans 
répercussion, sans influence appréciable sur la question des eaux 
douces dont souffrait le pays. Les eaux douces étaient plus ou 
moins hautes suivant l'époque de l'année, suivant que l'hiver était 
ou non très pluvieux. M. Le Boullenger le dit lui-même vers la fin 
de son rapport précité du 6 décembre 1817 : «Je dois dire... qu'au 
moment où j'ai visité ces étangs, les eaux étaient très basses, que ce 
grand abaissement des eaux était dû aux sécheresses de l'automne... » 

On ne saurait mieux compléter la démonstration qu'en remar- 
quant que la >grande lande intérieure languissait du même mal 

1. On dépensa 5.000 livres (Arch. du château de Marcellus en Lot-et-Garonne, 
dossier du Marensin, Mémoire ms. de 1752). Ce fut en pure perte, car le 12 no- 
vembre 1740 l'inspecteur des ponts et chaussées Pollart présentait un devis ten- 
dant à rétrécir à neuf toises la partie inférieure du courant au moyen de deux 
digues parallèles de fascines, clayonnages, etc. (Arch. Basses-Pyrénées, C 36.) 
Autrement dit, il proposait le travail qu'on a exécuté en 1901, et que j'avais 
prédit devoir rester sans résultat. Ce travail de 1901 est renouvelé en ce 
moment (1920), pour dégager des forêts de nouveau inondées. (Bois et Rési- 
neux du 8 février 1920.) Et la déviation au sud reprendra son cours! 

2. Clayonnages et pilotis exécutés aux frais de la commune. 

3. Travaux pareils effectués, sans succès bien entendu, par le marquis de 
Lur-Saluces. Il voulait alimenter de minerai de fer d'Espagne, par mer, SQn 
industrie métallurgique d'Uza, au moyen d'un bateau de 80 tonneaux, VAmédée- 
de- Lur-Saluces. Au troisième voyage, un coup de vent jeta le bateau à la côte 
près du Vieux-Boucau. Cette fantaisie fort honorable d'un riche seigneur popu- 
laire ne fut pas renouvelée à Contis. 



90 LE LITTORAL GASCON 

des eaux stagnantes et que les pâtres y étaient réduits à monter 
sur des échasses. Aux États de 1789, les Cahiers de Morcenx et 
de Sabres, lieux situés respectivement à 37 et à 45 kilomètres de 
la mer, se plaignaient de l'inondation de la grande lande et deman- 
daient qu'il y fût remédié 4 . Chambrelent, devenu le Brémontier de 
la lande, apporta de ce côté un soin resté efficace du jour où les 
jetées à la mer et le canal d'Hourtin-Arcachon furent établis. 

Ainsi a été assainie et fertilisée notre région. Les collaborateurs 
et successeurs de Brémontier y travaillèrent de la manière la plus 
méritoire, tout en restant dans l'ignorance des causes qui régis- 
saient les éléments à combattre ou à vaincre. Ceci n'eut aucune 
conséquence sur leur œuvre, immense bienfait mené à bien, qui 
n'échoua nulle part, tant, a-t-il été dit, l'ensemencement était pos- 
sible et même facile. 

Superficie des étangs avant la baisse des eaux, 
qui a été assurée entre 1860 et 1880. 

Êtâng d'Hourtin. Était plus étendu qu'aujourd'hui, d'après deux 

cartes officielles à grande échelle 2 : 

En 1700, sa plus grande largeur, sur la carte de l'ingénieur 

militaire Masse, était de 3.100 toises, ou.... 5.970 mètres. 
En 1888, la carte dite du Conseil général ne 

donne pour la plus grande largeur que 4.G00 mètres. 

Étang de Lacanau. D'après le cadastre (environs 

r de 1830), il couvrait 1 .99S hectares. 

Étang de Cazaux. Partie comprise dans la Gironde, 

les deux cinquièmes de la superficie, environ, 

d'après la carte du Conseil général : le nombre 

d'hectares ne peut être précisé ». 

Sa partie comprise dans le département 

des Landes : 4 . 164 hect. D'après le levé de la 

Étang de Biscarrosse 115 ha 50 / Carte officielle des dunes, 

Étang 'de Parentis 3.915 hect. f ™ sde ^'m 

Étang d'Aureilhan-Mimizan .... 803«> a 25 i coïncy^au Congrès des 

Étang de Lit-Saint-Julien 918 hB 50 ] Sociétés savantes du 2 

Étang de Léon 715 ha 50 , avril 19 7 - 

Etang de Soustons, qui n'entrait Annuaire des Landes 

pas dans le levé des dunes nues. 739 hect. de 1862. 

Profondeur. - Assis sur la pente déclive de la lande, les étangs 
ont leur plus grande profondeur vers la rive ouest, près des dunes 
formant rempart. Cette rive a souvent une- étroite plage, effet des 
eaux qui battent et attaquent la dune. 

1. Bull, de Borda, 1906, pp. 78 et 88. 

2. La carte de l'ingénieur militaire Claude Masse, d'après le colonel Berthaud 
(Les ingénieurs géographes militaires), est BU 1/28.800. Celle du Conseil général 
de la Gironde est au 1/40.000. Voyez-en dés fragments au ehap. IV, s Porge. 

3. En 1874, Feret, Statistique de la Gironde, attribue aux «-aux de Cazaux 
2.294 hectares. Voir le tableau de la page suivante. 



Tableau des Etangs. 

Époque actuelle. 



ÉTANGS 



Hourtin . 
Lacanau. 



altitude de la slrface des eaux 
de l'étang au-dessus 



Sanguinet-Cazaux.. . 
Biscarrosse 



Parentis. 




Aureilhan . . . 
Lit-Saint-Julien 

Léon 

Moliets .... 
La Prade . . . 
Moïsan .... 
Soustons. . . . 

Ardy 

Élang Blanc. . 
Étang No if . . 
Ho?segov ... 



Les renseignements des quatre premières colonnes sont empruntés en bonne 
partie aux Lacs français, par Delebecque. P indique les constatations des Ponts 
et Chaussées; Et, celles de l' État-major. — Le chiffre de la dernière colonne, 
diminué de celui de la troisième colonne, donne l'élévation du plafond (de l'as- 
siette) du lac au-dessus de la laisse des basses mers. Exemple pour Sanguinet : 
22,65 — 14 = 8,65. Pour Léon : 11,60 — 4 = 7,60. 

La hauteur des eaux que les étangs présentaient encore en 1800 
doit remonter à une époque fort reculée. D'autre part, aucune 
source d'examen ne permet de supposer dans l'antiquité un mou- 
vement de sables éoliens, d'ailleurs contredit par les forêts anti- 
ques des dunes. Pour les temps historiques, d'après ce qui a 
été dit plus haut, on veut faire partir ces sables à la conquête 
des pruniers de l'Agenais et des alambics de l'Armagnac pendant 
une durée de quatre cents ans, du xiv e siècle au xvm e siècle (Lap- 
parent dit trois siècles seulement). Des textes authentiques remon- 
tant à l'époque des plus anciens écrits de notre région vont en 
montrer l'impossibilité, grâce à la ligne des étangs et des marais 
bordant la lande. 



92 LE LITTORAL GASCON 

1130. — Artigue-Estremeyre (ce qui signifie : défrichement au 
bord de l'eau) était un prieuré sis en Vensac et desservant cette 
paroisse. La communauté religieuse ayant abandonné Estremeyre 
et Vensac, l'archevêque de Bordeaux en fit don à Sainte-Croix de 
Bordeaux, qui à son tour les abandonna. L'abbé Baurein suppose 
avec grande vraisemblance que cet état de choses était dû aux 
marais malsains formés par les eaux venant de la lande 1 . On va 
voir à l'alinéa suivant, et Masse le répétera en 1700, que l'étang 
d'Hourtin inondait le Bas-Médoc, où se trouve Vensac. 

1286, 17 mai. Hourtin. — Le port de Pelos (Pelous aux vieux 
inventaires de Lesparre) est nommé dans la démarcation d'une 
forêt allant de Pelos sur Naujac, Maganhan, etc. 2 . Sur la carte 
actuelle et officielle du Conseil général, Pelous, où sont deux cons- 
tructions, est séparé de l'extrémité nord de l'étang d'Hourtin par 
2 kilomètres de marais. Il s'ensuit qu'en 1286 les eaux d'Hourtin, 
plus hautes qu'à l'heure actuelle, se déversaient, comme elles le 
font encore, du côté nord dans le lit de la Gironde par Vensac et 
Saint- Vivien, du côté sud dans le lac de Lacanau. 

1273. Lacanau et Lège. — Esporle à payer pour les moulins de 
l'estey de Campagne 3 , chenal par où les eaux de l'étang de Lacanau, 
déjà grossies de celles d'Hourtin, s'écoulent dans le bassin d'Arca- 
chon. 

1277, 2 juillet. Cazaux et Biscarrosse. — Thiébaud, fils du roi 
d'Angleterre, reconnaît à Biscarrosse des droits d'une jouissance 
plus ancienne qui s'étendent de la rive de la mer, d'une part, à la 
Leucate, de l'autre 4 , c'est-à-dire de l'Atlantique à la lande. La 
Leucate était à son tour un cours d'eau de jonction, dont le prolon- 
gement se retrouve à l'alinéa suivant sous un autre nom. 

1402, 11 novembre. — Vente des dunes depuis les confins de 
Mimizan jusqu'à ceux de Biscarrosse, « et tenen en ample deu 
bâtant de la gran mar entro à l'aygue apperade la Guillera qui part 
de l'estanh de Biscarrosse et ba fiert à l'estanh de Mimizan 5 ». 

1035. — Guillaume le Gros, comte de Poitiers, et son frère Pierre 
donnent à l'église de Mimizan la dîme de deux nasses ou pêcheries 
établies sur le cours d'eau de Mimizan 6 . 

1. Gallia christiana, IL p. 810; — Baurein, Variétés bordelaises, I, pp. 241- 
243. — Les habitants de Vensac se sont partagé en 1867 les terres d' Artigue- 
Estremeyre. Voyez au chapitre IV. 

2. Baurein, Variétés bordelaises, t. I, p. 97, pour ce qui regarde cette forêt. 

3. Arch. de la Gironde, G, carton 419. 

4. Arch. de Biscarrosse; Arch. des Landes. 

5. Arch. munie, de Bordeaux, fonds Léo Drouyn, t. X. p. 209, d'après les 
archives du comte de Marcellus. 

6. Dubuisson, Carlul. abbaue de Saint-Sever. II, p. 198. 



ÉTANGS RELIÉS 93 

« Le chenal de Lège reçoit les eaux de tous ces étangs (du Médoc) 
et les porte au bassin d'Arcachon. Ce chenal, très important pour 
l'assainissement du pays, a été bien récuré, sur un trajet de 
75.000 mètres, sous l'administration et par les soins de M. le baron 
d'Haussez 1 . » Le baron d'Haussez fut préfet de la Gironde en 
1824-1828. Les 75 kilomètres sur lesquels il assura un travail de 
récurage représentent l'intervalle qui existe entre le bassin d'Arca- 
chon et le lit de la Gironde. 

L'étang de Cazaux a sor\ écoulement : 1° au nord, vers le bassin 
d'Arcachon; 2° au sud, vers l'étang de Parentis et Mimizan. 
« Ce chenal naturel (du côté d'Arcachon), qui a plus d'un myria- 
mètre, porte dans le pays le nom de craste 2 . » 

Ainsi régnait, 150 kilomètres durant, une ligne d'eau allant sans 
interruption de la rive de la Gironde à Mimizan. L'existence de 
cette barrière liquide, œuvre de la nature et non de la main de 
l'homme, devait déjà remonter loin dans le passé, si l'on considère 
que l'examen des rives ouest des lacs sans issue d'Hourtin, de 
Lacanau, de Cazaux et de Parentis ne laisse relever aucune trace 
sérieuse d'anciens déversoirs allant vers la mer. 

Après Mimizan (Born) viennent les étangs reliés, aujourd'hui 
presque desséchés, de Saint-Julien (Born) et de Lit (Marensin), 
dont les vallées ou ruisseaux forment le fleuve côtier de Contis. 

A la commune suivante se trouvaient, comme une barrière d'un 
seul tenant, la forêt antique de Saint-Girons et l'étang de Léon. 
Les eaux de Lit et de Léon ne sont séparées que par un intervalle 
de 2 kilomètres le long des dunes. 

Dès le village qui vient ensuite existait et existe encore la ligne 
d'eau ininterrompue suivante : ruisseau et petits étangs de Moliets 
et de la Prade, eaux et étangs de Messanges, Soustons, Ardy, étang 
Blanc, étang Noir, toute cette ligne se trouvant, de plus, couverte 
sans interruption, jusqu'aux approches de Bayonne, de forêts 
antiques. 

L'étang Noir, qui est en Seignosse, termine au midi le chapelet 
des étangs formés dans les dunes. Viennent ensuite les eaux des 
marais d'Orx s'écoulant du sud au nord, par l'ancien lit de l'Adour, 
et allant tomber à la mer sous Capbreton. 

L'ancienneté du groupe de Soustons est certifiée par le statut du 
pays de Maremne du 15 juin 1300, 17 e article : « ... C'est à savoir le 



1. Jouaimet, Statistique de la Gironde, p. 51, édit. 1837, ouvrage écrit à l'ins- 
tigation du préfet du département. 

2. Idem, p. 52. 



94 



LE LITTORAL GASCON 



moulin moulant, oLangs, eaux, conduite d'icelles appelés le moulin 
• l'Ardi. Et en outre la maison où ledit seigneur a son grenier d'Ardi. » 

Le moulin d'Ardy existe toujours. Son cours d'eau sépare nette- 
ment le sol de la lande de la lisière orientale des dunes; il conduit 
vers le nord, au lac de Soustons, le trop-plein des trois tributaires 
méridionaux. Les eaux actuelles de Moliets étaient baignées par le 
flux de l'Adour de 1310 à 1578, comme en témoignent au quartier 
de Biscourdan les sourdons ou palourdes devenus fossiles depuis 
l'œuvre de Louis de Foix sous Bayonne. Voilà pour des siècles 
éloignés. 

Mais puisque, en dépit de preuves si nettement étalées par la 
nature, on nous ramène toujours à côté, à la fable, je demande si 
Eole pour compléter la mythologie régionale, obtint le concours 
de Garon à l'effet de faire franchir aux sablos soi-disant mobilisés, 
sur un front de 200 kilomètres, la barrière des eaux. La barque du 
vieux nautonier du Styx n'aurait pu y suffire. Eole força-t-il donc 
à lui seul le passage, du xiv e siècle au xvm e siècle? Dans ce cas, 
les eaux de jonction et les étangs auraient -ils été comblés, par 
conséquent détruits, dans un défilé roulant de sables d'une durée 
de quatre cents ans? 

Un grand topographe va nous le dire au début du xvin e siècle. 

L'ingénieur militaire Claude Masse enregistra dans le Médoc lés 
traditions et les légendes, par exemple le célèbre port d'Anchises 
et sa baie marine, l'empiétement des dunes à raison de 10 à 12 toises 
par an, même la déclaration déjà mentionnée d'un «grand nombre 
de paysans qui m'ont assuré avoir vu les habitants de plusieurs 
villages changer de lieu et abandonner leurs demeures deux ou 
trois fois », chassés par les sables *. Ces faits relèvent de la chro- 
nique locale et n'engagent pas celui qui en prenait note. Mais tout 
ce que Masse a constaté comme topographe fait autorité, et 
il va nous fixer, à la date de l'an 1700, sur l'état et la liaison des 
étangs. Gomme tout à l'heure, l'examen va commencer par le 
nord. 

1. Étang d'Hourtin: «Très poissonneux, l'eau étant douce, et 
remontant parfois tellement qu'elle inonde tout le pays du Médoc 
du nord; l'écoulement se fait à l'est dans la Garonne par cinq 
endroits 2 . » Cet étang était alors dénommé : de Cartignac, Sainte- 
Hélène et Carcans. 



1. Mémoires, n° 52, Ile d'Arvcrt; voyez aussi Bull. Soc. de Géogr, de Bor- 
deaux, 1898, p. 295, cl Baurein, Variétés bordelaises, I, p. 328. 

2. Masse, Mémoire de 1690, Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, lfc>98, p. 301, 



ÉTANGS RELIÉS 95 

2. Entre les étangs d'Hourtin et de Lacanuu : « Kuisseuu ou 
chenal qui fait la communication des étangs *, » 

3. Le long du territoire du Porge et vers Loge : « Kuisseau par où 
s'écoulent les eaux des étangs dans la mer d'Arcachon 2 . » — Sur 
ee territoire, le long de la ligne immuable et de contact des dunes 
et de la lande, se trouvent les deux plus puissants témoins des 
temps historiques marquant la fixité de la chaîne dunaire : Aux 
pêcheries du Porge, deux actes de notaires du 1 er mai 1560 et du 
31 janvier 1618 portent confrontation, le premier à Véglise vieille, 
le second aux masures de l'église vieille. Cette ancienne chapelle 
drs pêcheurs et des chasseurs du Porge se trouvait sur un endroit 
plat entre les dunes et les eaux de jonction des étangs, où la terre 
est meuble et tapissée de fougère, par conséquent très ancienne, 
Il n'y eut donc ni avance ni recul de l'un des éléments sables ou 
eaux, fait qui se lit nettement à la carte de Claude Masse (1707) 
donnée au chapitre IV. Sur Lège, un acte de notaire de 1273 est 
relatif à des redevances « pour les moulins de l'estey de Campagne », 
branche du déversoir des lacs d'Hourtin et de'Lacanau; on voit 
encore, au lieu dit Campagne, de faibles restes des moulins à eau et, 
tout à côté, le tertre (Iruc redoun) d'un ancien moulin à vent. Ces 
trois textes de 1273, 1560 et 1618 paraîtront plus amplement au 
chapitre IV (Porge, Lège et partie finale de Cazaux). Avec plus 
de force encore, les dunes primitives boisées, qui, sur diverses 
étendues, à la bordure de la lande, ont à la fois vu naître et contenu 
la ligne de jonction des eaux, montrent depuis des milliers d'années 
que cette ligne n'a jamais été plus à l'ouest qu'aujourd'hui. Ces 
multiples témoignages de stabilité restent indiscutables. 

4. Bassin d'Arcachon : « Point où s'embouche dans ce bassin 
l'eau des étangs de Cartignac, Sainte- Hélène, Carcans et Lacanau 3 . » 

5. Suite de l'étang d'Hourtin : « Il y a encore le long des rives, 
au pied des dunes, quelques pignadas un peu inondés en hautes 
eaux, lesquelles s'écoulent partie en Cazaux, partie dans la Ga- 
ronne, côté nord, par le chenal de Saint- Vincent et autres 4 . » 

6. Sur les eaux d'Hourtin encore : « Le Gua, marais par où s'écou- 
lent les eaux des étangs de Carcans, de Cartignac et des Landes 5 . » 

1. Carte de Masse, état des lieux en 1707 ou 1708. 

2. Idem. 

3. Mémoire. Même Bull, que ci-dessus, p. 299. 

4. Mémoire. Même Bull, qui précède, p. 301. — Ce chenal de Saint-Vincent 
Mt dénommé chenal de Breuil sur la carte de Belleyme, et jalle de Breuil sur la 
carte du Conseil général, depuis le moulin et le château de ce nom. La tombée 
dans la Gironde a lieu à Trompeloup. 

5. Carte de Masse, 9 e carré, où le Gua, en allant vers la Gironde, devient 
« chenal du Gua », puis « chenal de Saint-Vivien », sur la dite carte. 



96 LE LITTORAL GASCON 

7. Mimizan : < Boucau de Mimizan, où on ne trouve rien de remar- 
quable que ce boucau, par où les eaux de Gazaux, Sanguinet, Bis- 
carrosse, Parentis et Sainte-Eulalie se débouchent 1 . s 

Que ce soit au Moyen- Age ou en l'an 1707, ou à l'heure actuelle, 
on trouve toujours tendue en travers, de l'estuaire de la Gironde 
jusque vers Bayonre, la même barrière d'eaux et de forêts antiques 
où aucun grain de sable ne passait ni ne s'agitait. Il reste seulement 
à noter une modification survenue, à savoir que, depuis 1860, des 
travaux effectués aux chenaux raturels de liaison et à l'embouchure 
des fleuves côtiers ont amélioré et mieux assuré l'écoulement à la 
mer de ces eaux douces qui constituaient un fléau, soit près des 
embouchures marines des déversoirs, soit sur la ligne des étangs et 
jusqu'au cœur de la grande lande. Ces œuvres bienfaitrices sont 
au nombre de cinq : 

1. Le canal de jonction de l'étang d'Hourtin au bassin d'Arcachon, 
concédé par décret du 20 juillet 1859 et qui fut terminé en 1873. 
Chambrelent nous apprend dans Les Landes de Gascogne, page 40, 
que la dépense totale de l'œuvre atteignit la somme de 474.455 fr. 70, 
que la superficie desséchée est de 7.797 hectares et le montant total 
des plus-values du sol, de 1.136.604 francs. 

2. Le petit fleuve côtier de Capbreton a reçu une jetée sur la 
rive gauche de son embouchure en 1859-1860. 

3. Celui de Contis, en 1861-1862. 

4. Celui de Mimizan, en 1871-1874. 

5. Celui du Vieux-Boucau, en 1873. 

Vers la partie orientale du plateau de la grande lande, tout mou- 
vement de sol à la descente de l'est vers l'ouest doit avoir pris fin 
dès le début du quaternaire supérieur, après l'époque qui répond 
à la dernière invasion glaciaire des Alpes. Depuis que les effets de 
celle-ci se furent apaisés, les cours d'eau n'ont pas pu se modifier, 
et le réseau hydrographique des landes de Gascogne doit dater du 
quaternaire ancien (supérieur ou moyen). Du sud vers le nord, ou 
du nord vers le sud, le cœur du plateau est parcouru par des cours 
d'eau qui ne paraissent pas avoir été tourmentés; de ceux-là, la 
Leyre est le plus important avec un parcours d'une centaine de 
kilomètres, coulant au nord depuis Luglon jusqu'à Lugos, et au 
nord- ouest, de Lugos au bassin d'Arcachon. 

Les ruisseaux qui ont formé les étangs n'ont jamais dû mesurer 



1. Mémoire, même Bull, que ci-dessus, p. 291). — Les travaux de Masse ne 
s'étendirent pas plus au sud. 



FLEUVES CÔTIERS 97 

plus de 25 à 30 kilomètres 1 de longueur, la Leyre mise à part. On 
a vu qu'il existe toujours une grande erreur au sujet de ces cours 
d'eau qu'on croyait sans cesse menacés par les dunes, desquelles 
ils ne couraient pourtant aucun danger, malgré la faiblesse qu'on 
leur soupçonne. 

Ils marquaient les frontières ou délimitations des vieilles tribus. 

En examinant la côte au point de vue des divisions territoriales 
anciennes par pays (pagi), on trouve que chaque pagus était déli- 
mité à droite et à gauche par un cours d'eau, sauf pour la droite 
du Seignanx. 

Le Labourd, ancienne tribu des Laphurtarrac 2 , s'étendait de la 
Bidassoa à l'Adour, c'est-à-dire à Bayonne et à Anglet inclus. 

Le Seignanx allait de l'Adour à l'enclave de Capbreton, celle-ci 
formant une petite seigneurie qui relevait directement de la Cou- 
ronne comme étant placée à l'embouchure ancienne de l'Adour. 
« La baronnie de Seignanx est limitée jusques à moitié largeur 
de l'Adour, » dit en 1579 un mémoire de commissaires du roi de 
Navarre 3 . Antoine, seigneur de Seignanx, est cité en 930 4 . 

La Maremne allait du ruisseau de Bouret, qui tombe à la mer 
à la limite nord de Capbreton, jusqu'au petit fleuve côtier de 
Pinsolle ou du Vieux-Boucau. Le statut du pays de Maremne, à la 
date du 13 juin 1300, lui assigne ces limites en son article 113. For- 
taner était vicomte de Maremne en 843; ses accords de mariage 
furent signés à Saint-Vincent 5 . D'où soupçon d'organisation antique. 

Le Marensin avait pour limites le fleuve côtier du Vieux-Boucau, 
au sud, et celui de Contis, au nord, comme en témoignent trois 
aveux et dénombrements des 6 mai 1613 6 , 25 mai 1683 7 et 7 dé- 
cembre 1740 8 . Le fleuve côtier d'Uchet se trouve au centre de 
cette seigneurie. En juillet 1242, cent arbalétriers étaient demandés 
au Marensin pour le service du roi 9 . 

Le Born s'étendait des limites du Marensin (fleuve côtier de 



1. L'étang d'Hourtin a 13 affluents ou tributaires de 3.500 à 14.900 mètres 
de cours. Celui de Lacanau en a 8 de 4.100 à 28.800 mètres de cours. (Feret, 
Statistique de la Gironde, p. 153-154.) 

2. Lisez Lapp-our-tarrac. 

3. Arch. nationales, R 2 93. 

4. Dompnier de Sauviac, Chroniques d'Acqs, p. 116. 

5. Idem. Cet auteur a écrit au vu du cartulairc du chapitre de Dax. 
G. Arch. nationales, R a 105. 

7. Idem, R a 112. 

8. Arch. du château de Marcellus en Lot-et-Garonne, dossier du MarensHn. 

9. Francisque Michel et Bémont, Rôles gascons, n° 169. 

7 



98 LE LITTORAL GASCON 

Contis) jusqu'aux eaux de Gazaux, dont l'émissaire vers la mer est 
détruit depuis un temps reculé. Le fleuve côtier de Mimizan dé- 
bouche sur la côte du Born. Le 30 octobre 1269, toute la justice 
du pays de Born, sauf celle de Mimizan, était rendue à Pierre de 
Dax, vicomte de Tartas 1 . 

Le Buch confinait au sud avec le Born aux eaux de Gazaux, 
et au nord avec le Médoc aux eaux de Lacanau, dont le déversoir 
à la mer est également détruit. La Leyre inférieure et le bassin 
d'Arcachon sont dans le Buch. Pierre Amanieu était captai de 
Buch en 1293 2. 

Le Médoc tenait le pays depuis les confins du Buch jusqu'à la 
Gironde (ou Garonne), fleuve qui séparait les Médules des Santons, 
les Ibères des Celtes. 

Ges sept pays anciens conservent encore leurs noms et les limites 
mentionnées. 



Les eaux reliées des étangs viennent d'être présentées comme 
un^ barrière que les sables n'attaquaient pas. Cette assertion va, 
par surcroît, être appuyée d'un autre témoignage qu'il importe 
d'opposer à de très nombreux écrits se rapportant aux travaux 
dits de Brémontier et que des spécialistes eux-mêmes citent encore 
en leur attribuant une valeur scientifique 3 . 

Pour entrer dans une précision, il n'est pas exagéré de dire qu'un 
ingénieur en chef résidant à Mont-de-Marsan ne pouvait pas con- 
naître les dunes dans leurs détails. Toutefois, M. Le Boullenger, 
ingénieur en chef des Landes, fit une tournée sensationnelle dans 
les dunes en 1817, de Capbreton à Gazaux, et en rendit compte 
dans un long rapport plusieurs fois cité au cours du présent chapitre. 
C'était alors l'âge héroïque ou tragique des prétendus sables des- 
tructeurs, l'ère des eaux douces refoulées par les soi-disant dunes 
mobiles. Comme les autres personnages de l'époque, M. Le Boul- 
lenger dut le plus souvent se borner à voir ce qu'on lui montrait 
et à noter les opinions de ses guides et interlocuteurs. Le chapitre IV 
qui suit montrera de sa part des impressions sans valeur. A Uchet, 
par exemple, il parlera des dunes en temps calme sur le ton dont 

1. Bémont, Reconn. féodales en Aquitaine, n 08 417 et 477. 

2. Bémont, Rôles gascons, n° 2109. 

J. A ce point de vue, voyez Congrès des Sociétés savantes de 1905, pp. 194 et 
suiv. du Bulletin de la Section de Géographie, et ensuite, au même Bulletin de 
1914, pp. 188 et suiv. 



FOUGÈRE 99 

parlerait de la mer un montagnard qui la verrait pour la première 
fois étant sur un navire secoué par le mauvais temps. 

Ces remarques présentées, voici la preuve complémentaire 
annoncée. Elle est d'une grande force et réside dans l'humble 
fougère en ses deux sortes Pleris aquilina (fougère à l'aigle) et 
Polypodium uulgare, à tige unique. On n'en trouve pas un seul 
pied dans les dunes jadis nues et blanches qui ont été boisées par 
les travaux de Brémontier. La fougère ne vient pas non plus dans 
le voisinage immédiat des marais ni parmi les plantes ou herbages 
aquatiques. En même temps qu'un terrain meuble ou à humus, il 
faut à cette famille de cryptogames un sol suffisamment sec, partant 
fort vieux. 

Or, l'étroite pointe de Grave, à l'embouchure de la Gironde, est 
assez abondamment tapissée de ces deux sortes de fougères sur 
une lisière qui varie de 60 à 150 mètres E.-O. Elle n'était donc 
pas envahie par les sables mobiles. 

La plus haute dune du Lilhan, située à 5 kilomètres environ de 
la mer, porte sur ses flancs, et jusqu'au sommet, des sous- bois, 
des pins, des chênes et de la fougère. 

De Montalivet vers Je sud, on trouve la fougère entre les marais 
et les dunes de Moureys, de Beautemps, de Saint-Isidore et au delà. 

Il existe de la fougère, mais fort clairsemée, à l'ouest de l'étang 
d'Hourtin. Ce témoignage restreint est toutefois précieux, le lac 
se trouvant près de la mer. 

Une pièce d'eau de 8 hectares, sise 500 mètres au N.-O. de ce 
lac d'Hourtin (c'est un reste d'eau de la partie desséchée par le 
récurage des chenaux de jonction allant des bords de la Gironde 
à Arcachon), et nommée lagune, a une lisière de 200 mètres de 
fougère E.-O. à sa rive occidentale, laquelle se trouve à 3.600 mètres 
de la mer. L'étang d'Hourtin ayant lui-même ses longues rives 
à égale distance moyenne de l'océan, ses eaux d'un poids excessif 
(6.000 hectares encastrés dans les dunes) ne pouvaient pas, au 
témoignage des fougères, être refoulées. (Il faut tenir grand compte, 
au sujet de vieilles forêts, que les anciens inventaires de la sirie de 
Lesparre mentionnent les dévastations des habitants et aussi les 
incendies allumés par les bergers « pour couper le bois mort ». Les 
nouvelles pousses forestières étaient ensuite détruites par les trou 
peaux, notamment par les chèvres.) 

L'étang de Lacanau ne montre guère de la fougère qu'à sa 
« Montagne ». 

Le lit par lequel les eaux du même lac de Lacanau s'écoulent 
dans le bassin d'Arcachon, sur un trajet de 16 kilomètres N.-S., 



100 LE LITTORAL GASCON 

le long de la bordure des dunes et de la lande, présente de la fou- 
gère à sa partie ouest (côté des dunes) sur une bande qui va de 
10 à 150 mètres ; la lisière mesure plus de 100 mètres entre les dunes 
et les marais en regard de Lège, ce pays dont les étranges légendes 
paraîtront au chapitre IV qui suit. . 

(Il n'y a pas de fougères à l'ouest du bassin d'Arcachon, il n'y 
en a pas à la lagune de la vieille église de Bias ni guère à l*ëtang 
d'Aureilhan.) 

Le lac de Sanguinet-Cazaux a des fougères devant ses parties 
N.-O. et S.-O., sur des lignes montrant, comme à Hourtin, que le 
centre des eaux n'a pu être refoulé, ce qui a été établi aux pages 
précédentes. 

L'étang de Biscarrosse est tapissé de fougère à sa partie ouest. 

L'extrémité N.-O. de l'étang de Parentis en présente sur une 
profondeur atteignant jusqu'à 3 kilomètres. 

La bouillante Guillère, qui relie l'étang de Parentis à celui d'Au- 
reilhan à travers des dunes souvent érodées, présente le long de 
sa rive ouest de la fougère en masses non continues, mais large- 
ment suffisantes pour infirmer les traditions rapportées sur Sainte- 
Eulalie. 

La vallée du fleuve côtier de Gontis en est tapissée jusqu'aux 
approches des dunes littorales. 

,Les étangs de Saint-Julien et de Lit, dont on parle encore sans 
raison d'une manière si alarmante, présentent chacun jusqu'à 
800 mètres de fougères E.-O. au couchant de leurs eaux ou de leur 
bassin. Le chapitre IV s'étendra à ce sujet. 

L'ouest de l'étang de Léon en est peuplé sur une profon- 
deur qui atteint 1.200 mètres sur certains points. Il faudra s'en 
souvenir au chapitre IV à propos de l'ingénieur en chef Le 
Boullenger. 

Plus au sud (reste du Marensin et terre de Maremne), le pays, 
qui est habité entre les étangs et la mer, offre à la vue plus de 
5 kilomètres de dunes E.-O. à fougères et à forêts antiques. Il 
faut répéter que les sables, dans cette région sud, sont de calibre 
lourd et peu mobiles. 

La lisière-tampon de fougère qu'on trouve presque toujours à 
l'ouest des eaux douces, de la Gironde à l'Adour, permet de dire 
qu'il n'y avait pas de sables nus et mobiles en contact avec les 
marais et les cours d'eau de jonction; il n'y en avait guère avec 
les étangs, quand ceux-ci n'étaient pas encastrés jusqu'au point 
culminant de la chaîne des dunes. 



FLORE DES DUNES 



101 



Donc, nulle part, les eaux douces n'étaient refoulées par des 
sables mobiles. 



Flore des dunes riveraines de la mer. Les vingt premières plantes, 
venant du Vieux-Boucau, et que j'ai reçues du lieutenant des 
douanes Cétran, ont été déterminées par M. Motelay, le savant 
botaniste bordelais; les quatre suivantes, de même provenance, 
ont été déterminées' par M. I. Chevalier, de la Société linnéenne 
de Bordeaux, qui, en outre, m'a signalé les sept dernières, lesquelles 
manquaient à mon herbier. 

En regard de chacune de ces plantes est son nom vulgaire selon 
les ouvrages spéciaux ou d'après l'appellation rustique de la région, 
quand ces dénominations existent. 

Psamma arenaria ou I ^ . M 

r„i„ „r.„„r,«t;« „„„„„„;„ \ Gourbet ou psamma des sables. 

Calamagroshs arenaria ( ^ 

Helichrysum Stœchas. Composées Immortelle (Stœchas). 

Anthémis mixta. Composées Anthémis mixte. 

Artcmisia campesiris. Composées Armoise champêtre. 

Asperula cynanchica. Rubiacées Aspérule à l'esquinancie. 

Aslragalus baionensis papillonacées. Lois. Astragale de Bayonne. 

Convolvulus soldanella. Convolvulacées... Liseron. 

Diotis candidissima. Composées Diotis blanc. 

Diplolaxis. Crucifères 

Euphorbla Paralias. Euphorbiacées .... Euphorbe Paralias. Lait de vache: 

Erynginm maritimum. Ombellifères .... Panicaut maritime. Chou de mer. 

Galium arenarium. Rubiacées Gaillet des sables. 

Hieracium eriophorum. Composées Épervière ériophore. 

Jasione montana. Campanulacées Jasione des montagnes. 

Linaria thymifolia. Scrofularinées Linaire à feuille de thym. 

Lolus corniculatus. Papillonacées Lotus corniculé. 

Mtillhiola sinuala. Crucifères Matthiole sinuée. 

Silène maritima. Caryophyllées Silène maritime. 

Thrincia hirla. Rott Thrincie hérissée des sables. 

Pissenlit ou chicorée sauvage 1 . 

j nu l a ( Inule (sur dune naguère riveraine 

| et devenue de second plan). 

OnonUrep,*,. Va, Anlo g uoru m . Papille j ""^^^^SiSS^ 

1 acteb ( lette; très petits fruits.) 

Pohjgonum maritimum. Polygonées Renouée maritime. 

Rumex acelosella. Polygonées Petite oseille. 

Alriplex crassifolia^. ". Arroche à feuille épaisse. 

Salsola Kali. Salsolacées 

Crambe maritima. Crucifères Crambe maritime. 

Calcile maritima. Crucifères Cakilier maritime. 

Honckeneja peploides. Caryophyllées Faux pourpier. 

Trifolium maritimum Trèfle maritime. 

Medicago marina. Papillonacées Luzerne marine. 

1. Plus deux variétés de composées se rapprochant du thrincia, mais qui 
n'ont pu être déterminées exactement par M. Chevalier, à défaut de fleur ou 
de fruit. Il s'agit probablement du Leoniodon proleiformis. L'une de ces deux- 
variétés, fortement velue, n'est pas comestible, alors que la seconde et le thrincia 
hirla le sont. 



102 LE LITTORAL GASCON 

Ces trente et une plantes, sans compter de longs brins d'herbe 
ordinaire, tapissent les sables de la zone à air salin qui est réfrac- 
taire à tout boisement. Elles y poussent spontanément. Une 
preuve bien nette en est particulièrement étalée au Vieux-Boucau, 
à l'emplacement de l'ancienne embouchure de l'Adour. La dune 
de bordure survenue à cet endroit par prolongement automatique 
nord-sud (consécutif au courant marin côtier) a fourni la majeure 
partie des 24 premières plantes de la liste qui précède; une assez 
bonne portion de celles-ci fut cueillie sur les 400 derniers mètres 
du parcours (partie sud), qui sont postérieurs à 1873, date où fut 
ramené vers la gauche, à l'aide d'une jetée en maçonnerie, le petit 
fleuve côtier actuel. A mesure qu'avec ou sans clayonnages la butte 
récente de 400 mètres s'allongeait, la verdure apparaissait sur les 
croupes. Dans cette végétation spéciale, le gourbet, avec ses vigou- 
reuses racines, est partout l'unité la plus abondante et celle qui 
modère le plus le mouvement des sables. Le bétail est très friand 
de ces plantes et herbes d'air salin, qu'il broute à l'exception de 
la vigne piquante et d'une ou deux autres espèces. 



Dunes, Tues. Etymologie. — Dune nous vient du latin dunum 
et du grec doùnon, mots signifiant hauteur, éminence. Ils dérive- 
raient du celtique dun, qui désigne également une colline, une 
éminence. Lugdunum, aujourd'hui Lyon, provient de ce que l'em- 
placement de cette ville est sur des collines. 

L'appellation dune n'es$ pas usitée dans le parler local du 
littoral; l'idiome gascon répugne à l'admettre. Nous disons tue 
dans la partie sud jusqu'à Arcachon, et iruc dans la partie nord, 
pour désigner les dunes de sable. D'autres expressions sont surve- 
nues dans le voisinage de la mer pour désigner certaines dunes : 
lotirons dans le Born, piqueys à Arcachon, etc. Puy ou peu s'est 
écrit très couramment' autrefois pour désigner les monticules de 
sable comme les éminences de l'intérieur. Le capitaine marin 
Pierre Garcie,Ylans son Routier de la Mer, écrit vers 1480, nomme 
souvent les puys (dunes) dans les orientations à tenir depuis la 
haute mer. Nous avons conservé sous cette forme le verbe puya, 
monter, et le substantif puyade, côte, montée. 

Dans les Alpes Cottiennes, iruc, en langue vulgaire, est l'équi- 
valent de grosse pierre, de monticule l . 

1. Chabrand ot. do Rochas, Palois des Alpes Collienncs, pp. 127-128; — Val- 
lont.in du Cheylard, Population des Taillabililés du Dauphinc, p. 285. 



DUNES, TUCS 103 

Tue, en béarnais, signifie : tertre, coteau, mont. Il a pour dimi- 
nutif : lucoulel 1 . 

Dune et tue ne sont par conséquent pas des expressions spéciales 
aux monticules de nos sables. Ils ont la signification générale d'émi- 
nence, d'amoncellement, qu'il s'agisse des bords de la mer, des 
terres intérieures où des pays montagneux. Notre tue du littoral 
doit être d'origine ligure, ou au moins celtique. Un autre rappro- 
chement permettrait de le croire. Dans les Alpes Cottrennes coule 
une rivière nommée Verdon, et sur la partie inférieure de la Gironde 
se trouve notre Verdon, dénomination qui, comme tue, truc, pour- 
rait provenir des Ligures ou des Celtes. Voyez Verdon au chapitre V. 

1. Lespy, Dictionnaire béarnais. 



CHAPITRE IV 

Localités maritimes soi-disant disparues ou éprouvées. 
Paroisses réellement éteintes. 

Notre côte de dunes, avec sa mer presque toujours inabordable, 
avec ses sables nus, menaçants et déserts, a particulièrement 
impressionné nos ancêtres et pesé sur l'imagination populaire. La 
tradition nous a transmis ainsi des récits fabuleux, ou au moins 
fort exagérés, qui disparaissent difficilement. 

A rencontre de ces préjugés, il faudra d'abord tenir compte que 
les actes authentiques, les titres d'affaires sont assez nombreux et 
très anciens. En eux se trouvent les garanties de la vérité, en tant 
qu'ils constatent des faits, règlent des intérêts et ne subissent l'effet 
d'aucune opinion. A Soulac, à Hourtin, à Lège, à Mimizan, etc., ils 
remontent jusqu'au x e ou xi e siècle et, concurremment avec des 
témoignages géologiques et préhistoriques, avec aussi des repères 
du sol et quelques vieux édifices, nous laissent voir un peu partout, 
dans le passé lointain, la zone des dunes et des eaux douces telle 
qu'elle était à l'arrivée de Brémontier : ce sont les jalons de l'histoire 
et de la science 1 . 

Mais à côté perce, revient sans cesse et domine le récit populaire, 
le folk-lore, souvent appuyé par l'intervention d'hommes ayant eu 
pour mobile leur simple opinion ou leur intérêt personnel : c'est, 
pour la région, l'empirisme de la science et de l'histoire. 

Dans le but de poursuivre à cet égard la recherche de la vérité 
sur le passé, on va examiner ici, en commençant par l'extrémité 
nord, les divers points considérés à tort comme ayant disparu ou 
souffert du fait de la mer et des sables mobiles. 



1. Ateliers ne silex et fours ae la même époque, — prieuré de Grave en 1092, 

— description de Soulac vers l'an 950, — port Layron de 1195, — port de 
Pelos de 1286, — comptes de lîarchevêché des xm e et xive s., — église de 
Sainte-Hélène-de-1'Étang de 1099, — vieille église et pêcheries du Porge de 
1517-1560, — donation de Lège 'en 1027, — moulin de Lège de 1273, — plaque 
à Andernos d'un évêque de Boïos, — cloche de Cazaux de 1546, — église de 
Mimizan du vi e siècle, — pêcherie de Mimizan de 1035, — chapelles de pèlerins, 

— chenal de jonction de 1277-1402 à Biscarrosse, — colonnes de sauveté, — 
bail de 1446 à Gontis, — moulin d'Ardy en Soustons l'an 1300. 



SAINT-NICOLAS, PASSE SUD 105 



La position géographique des localités supposées disparues restait 
dans le vague. Un conseiller général n'a pas redouté d'apporter des 
précisions par trop hardies sur les neuf lieux suivants, qui relèvent 
presque tous de son canton. Une carte par lui publiée assez récem- 
ment, en 1891 1 , donne, par rapport au rivage maritime actuel : 

Saint-Nicolas-de-Grave, à 4.500 mètres en mer. 

Domnoton 2.500 

Noviomagus 10.000 

Le Mont 5.500 

Le Lilhan 5.500 

Astrac ou Artrac, sur Grayan 6.000 

Artigue-Estremeyre 6.000 

Pelos 1 .250 

La forêt de Lesparre 8.500 

Encore l'opinion de l'auteur est-elle en cela modérée, tout erronée 
qu'elle soit, car les paysans de Montaigne disaient en 1580 « que 
depuis quelque temps la mer se poulse si fort vers eulx, qu'ils ont 
perdu quatre lieues de terre » 2 . La lieue de la Gironde était de 
5.845 mètres, dans « sa longueur la plus ordinaire » 3 . 

Autant que possible, pour chaque lieu-dit qui va suivre, la tradi- 
tion est d'abord rapportée; les preuves historiques et les témoi- 
gnages matériels viennent ensuite. 

Saint-Nicolas-de-Grave, Passe de Grave (ou Passe Sud). — 

La presqu'île imaginaire qui reliait le Médoc à Gordouan devait 
nécessairement être couverte de villes dont on demande compte à 
la mer. D'abord, c'est l'église de Saint-Nicolas de-Grave, «située 
beaucoup plus vers le nord que l'église actuelle de Soulac, » dit 
l'abbé Baurein 4 , ce que M. l'avocat Goudineau traduit par: 
4.500 mètres au large en mer. La citation de l'abbé Baurein dit 
encore : «La passe qui existe maintenant entre l'extrémité du Médoc 
et la tour de Cordouan a été faite par les ravages de la mer au pré- 
judice du terrain dépendant de Saint-Nicolas, puisqu'elle retient 
encore la dénomination de Pas de Grave. » 

En 1885, à sa page 482, le Bulletin de la Société de Géographie de 

1. Goudineau, Navigabilité de la Gironde, p. 24. 

2. Essais, I. livre XXXIII. — Voyez en tête du chapitre III. 

3. Brutails, d'après Brémontier, Actes de V Acad. de Bordeaux, 1911, p. 36. 

4. Variétés bordelaises, t. I er , p. 59. 



106 LE LITTORAL GASCON 

Bordeaux donnait ces lignes : « On sait que l'église de Saint-Nicolas, 
située plus au nord que celle de Soulac, a complètement disparu 
sous les flots de l'Océan avec des paroisses entières, » 

« Pas de Grave, descouvert depuis vingt ans, » a écrit Henri de La 
Popelinière en 1592 ] , en parlant du bras de mer qui sépare Cordouan 
de la pointe de Grave. Ce propos recueilli sur les lieux mêmes est 
démenti par la Cosmographie de Jean Fonteneau, dit Alfonse de 
Saintonge, datée de 1544, comme le fait remarquer M. Et. Clouzot 
en narrant la visite d'Henri de La Popelinière à Cordouan 2 . 

V Ahnanach de Guienne paru l'année 1760 parlait de la langue de 
terre par laquelle on a voiture depuis le Médoc tous les matériaux 
de la tour de Cordouan 3 . Vingt-quatre ans plus tard, l'abbé Baurein 
écrivait : « Une tradition qui subsiste encore dans le Bas-Médoc porte 
que le local sur lequel cette tour (de Cordouan) est placée était 
anciennement si peu séparé du continent, que pour y arriver il 
suffisait d'enjamber un très petit courant d'eau, en y plaçant au 
milieu quelque chose pour y appuyer le pied 4 . » C'est ce qu'Elisée 
Reclus a rendu ainsi : « Si l'on en croit la légende, il suffisait d'une 
tête de bœuf ou de cheval jetée au milieu du détroit pour permettre 
aux voyageurs de le franchir en deux bonds 5 . » 

Voilà le langage courant. Passons maintenant à la réalité, en 
commençant par les charrois vers Cordouan. 

Dans le contrat passé entre Louis de Foix et les délégués du roi, 
le 2 mars 1584, les premières mentions portent que Cordouan est 
« à l'entrée de la grande mer, entre la ville de Royan et Nostrc- 
Dame de Soulac à trois lieues de terre de chaque cousté 6 ». L'ar- 
ticle 19 du même contrat stipule en conséquence que l'architecte 
fournira « les barques garnies et leurs voiles et équipages, les bap- 
taulx pour porter les pierres et aultres matériaux » destinés à la tour 
de Cordouan. Dans « Nostre-Dame de Soulac », bien entendu, il 
faut voir le port du Verdon (trois petites lieues de Paris). 

En 1088, des moines de l'abbaye de Cluny tentèrent de s'établir 
sur l'îlot de Cordouan 7 . L'insécurité, l'impression produite par les 
tempêtes obligèrent les moines à fuir ce lieu inhospitalier et désolé 
pour s'installer, en 1092, « en face de l'océan » sur les dunes de la 

1. Bibl. Nat.j mss. fr. 20782, fol. 5S5, cité pnr Et. Clouzot. 

2. Bibl. de VEc. des Charles, Revue de juillet-août 1905, p. 411-419. 

3. Voyez Revue Philomalhique de 1905, p. 380. 

4. Variétés bordelaises, t. I er , p. 58. 

5. Revue des Deux Mondes, déc. 1862, p. 907. 
0. Actes de VAcad. de Bordeaux, 1855, p. 485. 

7. Recueil des chartes de l'abbaye do Cluny (A. Bruel, Impr. Nat., 1888, 
p. 101). 



LATRAN, MÉDINE 107 

pointe de Grave 1 , à moitié chemin, en ligne droite, de la basilique de 
Soulac à l'extrême pointe de Grave. La Petite Gironde du 24 septem- 
bre 1909, signalant que M. Guy, ingénieur en chef de la Compagnie 
du Médoc, a été conduit à faire des fouilles dans la dune de l'aneicn 
prieuré de Saint-Nicolas-de-Grave, dit : « Les premiers coups de 
pioche ont mis à jour un certain nombre de squelettes paraissant 
remonter à plusieurs siècles. » M. l'ingénieur Guy a bien voulu me 
donner autorité de me servir de son nom pour rapporter les indica- 
tions complémentaires suivantes : les fouilles firent rencontrer des 
débris de pierres et de briques, ce qui dénote que les habitants 
avaient enlevé les matériaux utilisables; une cour ou place au sol 
consolidé par une espèce de béton se trouvait à la surface même 
de la dune, preuve que l'élévation et la forme de celle-ci ne se 
sont pas modifiées depuis l'installation de 1092; cinq crânes et 
d'autres ossements exhumés, rencontrés à moins de 2 mètres 
de profondeur, furent transportés dans un baril au cimetière du 
Yerdon. 

Le prieuré de Saint-Nicolas-de-Grave, rattaché contre son gré, 
en 1131, à Sainte-Croix de Bordeaux comme étant sur le territoire 
de Sou'ac 2 , a dû être fermé et abandonné à une époque très reculée 
qui reste inconnue, et n'a, d'après ce qui précède, nullement été 
enseveli sous les sables ni englouti par la mer. 

La carte de l'ingénieur militaire Claude Masse (1700-1708) men- 
tionne les ruines du prieuré de Saint-Nicolas-de-Grave au lieu mar- 
qué par les fouilles de 1909 et donné à la carte ci-après. Les tradi- 
tions rapportées restent ainsi sans valeur pour tout ce paragraphe 
de la pointe de Grave. • 

Latran, Médine. — « Entre Cordouan et la terre de Solac, au 
bas des grandes marines, on a treuvé par les pescheurs de monceaux 
de grandes pierres marques de villes de Latran, des ruines aban- 
données de laquelle les habitants bastirent plusieurs maisons à 
Solac et ailleurs, les autres disent que c'est Médine 3 . » En 1043, 
Ama, comtesse de Périgord, donnait sa terre de Médrines à l'église 
de Soulac 4 . Peut-être cette donation de Médrines a-t-elle provoqué 
la légende qui précède. Elle ne peut pas mériter d'attention, après 
ce qui vient d'être dit sur Saint-Nicolas et la Passe de Grave. 



1. Bibl. iNat., fonds des Bénédictin», et Noire-Dame de Soulac, p. 29. 

2. Arch. hislor. de la Gironde, t. XXVII, p. 74. 

3. Et. Clouzot, d'après de La Popelinière, ouvr. cite, p. 420. 

4. Cartul. de Sainte-Croix de Bordeaux, Bibl. nat. et Arch. hislor. de la 
Gironde, t. XXVII, p. 109. 



108 LE LITTORAL GASCON 

•Domnoton. — « Que sont devenus ces anciens champs placés 
près du rivage de la mer? Qu'est devenu Domnoton, lieu également 
situé sur les bords de l'Océan et qui était le lieu où habitait Théon, 
ami d'Ausone? Il y a longtemps qu'ils ont été engloutis par les flots 
de la mer. » Ainsi s'exprime l'abbé Baurein 1 . Pour d'autres, Domno- 
ton se trouvait sur l'une des branches sud que l'on prête à la Gironde 
inférieure. Dutrait, dans une thèse sur le Médoc, l'a situé à Monta- 
livet (Vendays), sinon à Soulac 2 . La tourbe et l'argile qui affleurent 
à ces endroits (chapitre I er , pages 10 et 11) contredisent cette opi- 
nion. Il n'y a pas trace d'un ancien cours d'eau à Soulac. A Monta- 
livet se voient les restes d'un ruisseau nommé Gault; il n'eut aucune 
puissance, puisque son lit n'a pas labouré sur la plage l'assise de 
tourbe qui repose sur l'argile tertiaire. Les mers à flux et reflux 
sont hostiles aux deltas, quand la nature ne les impose pas par des 
obstacles qui n'existent point sur le sol plat et sablonneux du 
Médoc. 

La dénomination Verdon est employée par le capitaine marin 
Pierre Garcie dans son Boulier de la Mer, écrit vers 1480 et qui depuis 
a connu de nombreuses éditions : « Et si veulx traverser et aller au 
Verdon quérir l'abry, tu pourras traverser dès le travers de Ryan à 
Meschers. » H. de La Popelinière, qui, en décembre 1591, visita le 
Bas-Médoc en compagnie de délégués du maréchal de Matignon, a 
dit à cette occasion: «Dès la pointe du Verdon, qui a une anse 
laquelle droict au nordest tire à Royan, et à leur entredeux se fait 
la conjonction de la mer et Gironde 3 . » 

De ces deux exemples on peut inférer que les marins fréquentant 
la Gironde (c'était le cas pour Pierre Garcie) et les gens du pays 
disaient Verdon, après l'époque latine, au lieu de Sainte-Marie- 
de Soulac. Au chapitre V, voyez Verdon, qui doit être un nom 
ligure ou celte. 

Nous savons par Ausone (épître IV) que Théon habite dans le 
pays des Médules un port au bord de l'océan. Par l'épître V, nous 
savons que, de Domnoton, Théon n'a qu'à prendre son bateau et à 
déployer la voile de lin pour arriver au cours d'un flux de marée à 
la maison de campagne d'Ausone, à Gondat, que l'on estime être 
aux environs de Brion. Il s'agissait donc simplement de remonter 
la Gironde à la faveur d'une marée, comme aujourd'hui quand on 
part du Verdon. Examinons où était situé Domnoton. 

iv e siècle. Dans sa quatrième épître, Ausone demande à Théon 

1. Variélés bordelaises, t. I er , p. 324. 

2. Voyez Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, 1897, p. 50. 

3. Et. Clouzot, ouvr. cité, * 'après le ms. franc. 20782, fol. 585, Bibl. Nat. 




Cap ou Promontoire de Grave. 

Avec le port Lcyron de 1195 et les marais salants de la Carte des liefs 
ce la sirie ce Lesparre. 



110 LE LITTORAL GASCON 

comment va sa santé au bout du monde à la « fin des terres », c'est- 
à-dire à Domnoton, gîte du même Théon. 

982. Guillaume Sanclie, duc de Gascogne, donne à l'abbaye de 
Saint-Sever & l'église Notre-Dame de Soulac ou de la Fin des 
Terres x ». 

1043. Ama, comtesse de Bordeaux ou de Périgord, fait don d'un 
domaine de Médrins au monastère de Notre-Dame de la Fin des 
Terres 2 . 

1865. L'abbé Mezuret publie Noire-Dame de Soulac ou de la Fin 
des Terres. 

Ce titre de Fin des Terres, qui continue à être porté par la basi- 
lique de Soulac, ne paraît pas avoir été, dans notre région, appliqué 
ailleurs qu'au Verdon et à son chef-lieu de paroisse, Soulac. 

Domnoton, Le Verdon et Soulac, c'est toujours la même localité, 
depuis Ausone, depuis l'époque romaine. 

A cet égard, d'autres preuves d'une force frappante, et remontant 
jusqu'au quaternaire ancien, vont maintenant intervenir pour 
montrer de tout temps Soulac avec sa même configuration de sol. 

Au premier siècle de notre ère, le géographe Mêla, qui était 
espagnol, dit : « Lorsque, dans le voisinage de l'océan, après s'être 
accrue des eaux de la marée montante, la Garonne roule ses eaux 
avec la marée descendante, on la voit se grossir et s'élargir de 
plus en plus à mesure qu'elle s'approche de la mer, de sorte qu'à 
son embouchure on la prendrait pour un détroit. 

» C'est à l'embouchure de la Garonne que les rivages commen- 
cent à s'avancer dans la mer et à décrire cette courbe qui fait face 
à la côte des Gantabres, et s'étend depuis le pays des Santons jus-» 
qu'à celui des Osismiens 3 . » 

A l'heure présente encore, c'est depuis le point actuel de l'em- 
bouchure, depuis la pointe de Grave, que le rivage d'en face com- 
mence à s'avancer dans la mer en décrivant la ligne marquée par 
les falaises de Royan, par Terre-de-Nègre et la Coubre, ligne qui 
fait face aux côtes basques. .Mêla nous laisse voir ainsi notre côte 
de 236 kilomètres de dunes encadrée entre ces deux lignes latérales 
qui avançaient et avancent en mer. Donc, là encore, pas de chan- 
gement appréciable, et l'embouchure de la Gironde, au commence- 
ment de notre ère, n'avançait pas plus qu'aujourd'hui vers le nord- 

1. Gartulaire de l'abbaye de Saint-Sever; Marca, Histoire de Béarn, p. 219. — 
Par église il faut entendre la paroisse de Soulac, qui n'avait en fait de temple 
que l'oratoire dit de sainte Véronique, dont l'autel était à côté de la fontaine 
(Mezuret, N.-D. de Soulac, p. 102). 

2. Arch. de la Gironde, H 640, fol. 69. 

3. De situ orbis, liv. III, § 2. 



DOMNOTON, PORT L1ÏYRON 1 11 

ouest. Elle taisait conjonction avec la mer entre la pointe du Verdon 
et Royan, vient de dire, en 1591, de La Popelinière. 

La description de Mêla ne tient pas compte de la pointe de dunes 
dite de Grave, qui pénètre comme un coin dans la rive gauche de 
l'embouchure de la Gironde. L'intervention de la géologie va éclairer 
ce côté capital de la question : a Près de Soulac, les dunes modernes 
ont débordé ou caché les sables primaires l ; mais plus loin, le liséré 
est des dunes du Verdon appartient à la série primaire, sur une 
largeur de 100 à 200 mètres au moins. L'âge géologique est difficile 
à fixer... Je les crois pléistocènes 2 . » 

Depuis, sur la carte géologique de La Rochelle-Lesparre, éditée 
en 1914, M. Welsch a donné aux dunes du Verdon la teinte du 
quaternaire ancien, fait qui s'accorde avec ce que j'ai pu signaler 
en 1913 au sujet des potiers préhistoriques. 

Pour le simple passant, la pointe du Verdon offre à la vue sa couche 
d'humus peuplée de fougères, double attribut, on l'a vu plus haut, 
des dunes antiques. 

Par conséquent, bien avant la période géologique que Lapparent, 
à sa page 1722, appelle « le régime actuel », c'est-à-dire bien avant 
le néolithique 3 , la pointe de Grave pénétrait dans l'embouchure 
de la Gironde, et la rade actuelle du Verdon, le fait reste indiscu- 
table, existe à l'abri du même chaînon de dunes, avec la forme que 
nous lui voyons, depuis neuf ou dix mille ans. 

Domnoton était au Verdon, non d'après un raisonnement ou 
une conviction personnelle, mais d'après la matérialité des faits 
exposés. Quand Ausone décrit la chaumière à l'acre fumée de son 
ami Théon, c'est du lieu du Verdon qu'il parle. 

Au sujet de la disparition du nom de Domnoton, remarquer que 
presque aucun nom rural de Y Itinéraire d'Antonin n'a été conservé. 

Port-Leyron (ou Lairon). — « On ignore si un ancien port appelé 
Lairon, et dont il est fait mention dans une charte de 1195, existe 
encore dans Soulac, » dit l'abbé Baurein 4 . La remarque en est arrivée 
à la forme de port disparu ou englouti. Il n'en est rien. 

Le lieu dit autrefois port Leyron\ nommé dans la charte de 1195 

1. Remarquer toutefois que les monticules n'ont pas été recouverts au prieuré 
Saint-Nicolas, qui se trouvait à moitié chemin, en droite ligne, de la basilique 
de Soulac à l'extrême pointe de Grave, près du Verdon, ni sur les points cou- 
verts de fougères (pages 99 et 107 ci-dessus). S.-J. 

2. J. Welsch, Bull, de la Carie géologique de la France, mai 1910, t. XX, 
n° 126, § Dunes primaires. 

3. Autrement dit, bien avant la période de la pierre polie. 

4. Variétés bordelaises, t. I er , p. 47. 



112 LE LITTORAL GASCON 

octroyée à Sainte-Croix de Bordeaux à titre de transaction, se trouve 
sur le chenal du Conseiller, à moitié trajet à peu près de la basilique 
de Soulac au Verdon (carte page 109); il est mentionné dans un 
bail du 26 décembre 1584 à un terrier de l'abbaye de Sainte-Croix 
et au terrier de 1615, cote de Jean Oley 1 ; il figure au xvm e siècle 
sur les « Cartes mis au net des cy devant fiefs du seigneur de Les- 
parre », 7 e feuille. Ce cadastre à grande échelle est déposé aux 
Archives de la Gironde. * 

Noviomagus. — Noviomagus ! Où ne l'a-t-on pas cherché et 
placé dans la région ! Les suffrages à son sujet vont plus particu- 
lièrement à Soulac, on ne sait pourquoi, peut-être à cause de la 
croyance erronée que Soulac avait un port donnant sur la mer. 
Masse, dans son mémoire de 1690, se demande successivement si 
Noviomagus était : 1° « le long de l'étang » de Lacanau; 2° à l'em- 
placement de la ville de Louvergne (étang de Hourtin); 3° sur la 
partie sud du territoire de Soulac, à l'endroit marqué : cimetière 
de Fagion (nom qui ne paraît jusqu'à ce jour sur aucun texte); 
enfin « sur la terre de l'Olibet qui se découvre à chaque marée ». 

« Delurbe, dans sa Chronique sur l'an 140, rapporte une longue 
et fastidieuse épitaphe latine, qu'il prétend avoir été trouvée à 
Soulac et dans laquelle il est fait mention de Noviomagus... Elie 
Vinet, dans ses commentaires sur Ausone (208 E) 2 , dit expressé- 
ment qu'elle était l'ouvrage d'un imposteur qui voulait se divertir 
aux dépens d'un certain public 3 . » 

Mais telle est la puissance des légendes, qu'elles reparaissent sans 
cesse. Vingt ans après le travail publié en 1891 par l'avocat conseiller 
général du canton de Saint- Vivien, cité en tête du présent chapitre, 
deux livres ont été publiés dans le Médoc : Méteuil (Saint- Germain- 
d'Esleuil*) et Histoire de Lesparre 5 . 

Pour le premier de ces deux ouvrages, Noviomagus était au bout 
extrême du pays des Bituriges-Vivisques, sur l'océan; il sciait 
aujourd'hui au fond de la mer. A la page 74 du livre, il est dit : 
« Rappelez que Cordouan tenait encore au Médoc il y a deux ou 
trois siècles. » Etc. (Voyez plus haut, au présent chapitre : Sainl- 
Nicolas-de- Grave, contrat de Louis de Foix, page 106.) 

Au second volume, Noviomagus reçoit la signification de « Ville 

1. Arch. de la Gironde, H 763 pour la cofe de 1615; H 496 et 640 pour la 
charte de 1195. 

2. Environs de 1580. 

3. Baurein, Variétés bordelaises, t. 1 er . p. 52, nouvelle édition. 

4. Par Louis Raby (1911). 

5. Par Glary et Bodin (1912). 



NOVIOMAGUS, LES OLIVES 1 13 

aux navires »; il y est parlé aussi, page 16, des «villages» deCordouan, 
de la « paroisse » et du « phare » de Cordouan en 1092, etc. (Voyez 
également le paragraphe: Saini-Nicolas-de- Grave, pages 105-106.) 

Pendant que des écrivains montrent ainsi Noviomagus jusqu'à 
10 kilomètres en mer, l'opinion publique obstinée veut que Soulac 
soit un reste de la ville et du port — imaginaire — de cet introuvable 
Noviomagus. 

Une voix des plus autorisées a dit à cet égard : « Ptolémée parle 
d'une ville qui semble avoir été dans le Médoc, qu'il appelle Novio- 
magus. Noviomagus, signifiant « marché neuf », ne peut du reste 
être cherché que dans la région centrale 1 . » 

Léo Drouyn place Noviomagus à Brion 2 . 

La vérité doit être du côté de ces deux grands écrivains. 

Le Mont, Les Olives. — Au mémoire de 1690 rapporté à la page 
précédente, Claude Masse dit que l'Olibet découvre à chaque marée, 
et que pendant les grandes malines on voit « des vestiges ». — Le 
Mont (supposé à 5.500 mètres en mer) est, dit-ron, la célèbre ville 
imaginaire des Olives, que les marins voient au fond de la mer avec 
les yeux de la foi. Quand il s'agit de la montrer à un curieux, les 
eaux marines ne se trouvent pas assez limpides. En 1273, Olivier 
de Lilhan rendait hommage au roi d'Angleterre du château de 
Lilhan et de la forêt des Mons. L'hommage fut renouvelé depuis 
plusieurs fois pour la forêt seulement 3 . Le chétif manoir n'abritait 
plus de seigneur. Quant aux bois des Mons 4 qui continuaient de vivre, 
ce devaient être ceux des dunes. Les dunes antiques boisées, de Soulac 
à Gapbreton, se désignaient et se désignent même encore, d'Hourtin 
vers le sud, par monts ou montagnes. La charte du x e siècle porte 
donation de Soulac avec ses montagnes, ses pins, etc. Pour Hourtin, 
on trouve à la date de 1592 : « Près des sables est le Petit et Grand 
Mont, qui sont grands pinadas qu'ils appellent et qui anciennement 
et selon les anciens titres s'appelaient la Grand forêt du Mont 5 . » 
Sur le Lilhan, à 5 kilomètres environ de la mer, il y a un groupe 
de trois monts ou dunes primitives; le plus grand de ces monticules 



1. Camille Jullian, Journal des Savants, 1903, p. 320. 

2. Guienne militaire. 

3. Arch. de la Gironde, reg. G 3359, pp. 211, 222, 223, 228. 

4. Au lieu de dire Le Mont, comme à la carte et à la^ brochure de 1891, Bau- 
rein (Variétés bordelaises, T, p. 330) a écrit les Monts : « Le lieu appelé les' Monts, 
qui existait encore vers le milieu du quatorzième siècle et qui était situé aux 
•environs de Soulac... » Cette orthographe de Baurein est donc conforme à celle 
de l'Inventaire de la sirie de Lesparre, C 3359, note précédente. 

5. Mémoire sur la terre de Lesparre, Bibl. Nat. n oi 9906 (et 5516, de 1585). 



114 LE LITTORAL GASCON 

porte jusqu'au sommet des chênes, des ;jins et de la fougère. Voyez 
la fin du paragraphe Lilhan, qui suit. 

Le Lilhan. — « Les flots de la mer ont englouti l'ég'ise de Saint- 
Pierre-de-Lilhan; et pour qu'on ne puisse pas soupçonner qu'elle 
ait été couverte par les sables de la mer, que les vents accumulent 
en forme de dunes sur nos côtes, elle est couverte par les eaux, est 
coo perla aquis, dit l'auteur du pouillé général de la France imprimé 
en 1648 1 , » Et la tradition se répète, confuse et contradictoire. 

Pour le seigneur de l'endroit, voir Le Moni, paragraphe qui pré- 
cède. 

Le Lilhan, cette ancienne petite paroisse dite aussi à 5.500 mètres 
en mer, se trouve simplement de 4 à 5 kilomètres à l'est de l'océan, 
dans une région plate dépourvue de dunes modernes et en regard 
de laquelle la mer dépose fort peu de sables. Un pouillé des environs 
de 1546 disait le lieu désert; le pouillé général de 1648 (neuf lignes 
ci-dessus) déclare le Lilhan couvert par les eaux 2 . François Daunefort, 
curé de Soulac, prend possession de l'annexe du Lilhan le 10 mars 
1664 3 . En janvier 1666 il s'est défait du Lilhan 4 , et en même 
temps il poursuit une instance contre le prieur de Soulac pour reven- 
diquer la dîme d'une métairie faisant partie de ladite paroisse du 
Lilhan. Le prieur répond que la prétendue cure du Lilhan, « s'il y 
en a jamais heu, estoit absorbée par les inondations de la mer et 
couverte par ses sables » (20 août 1666) 5 . 

C'était de la part du prieur un simple argument de plaidoirie. 
L'issue de cette instance fut favorable au curé Daunefort qui, dans 
sa demande d'augmentation de « portion congrue », avait établi 
« qu'il est de notoriété publique qu'il s'est habitué plusieurs nou- 
velles familles dans la paroisse ez endroits d'où la mer s'esl relirée 
et a laissé à découvert des terres mises depuis peu en culture ». 
Ces dernières indications sont relatées dans une transaction devant 
notaire en date du 4 juillet 1670 6 . C'est-à-dire que les marais de 
Soulac et du Lilhan, grossis ou devenus trop insalubres, firent un 
moment abandonner cette dernière petite localité. Le retrait des 
eaux douces pouvait avoir été quelque peu provoqué par le dessè- 
chement des marais de Saint- Vivien, mais il dépendait surtout 
de l'état d'entretien et de dégagement du chenal de Soulac et du 

1. Baurein, Variétés bordelaises, t. I er , pp. 22, 90 et 92. 

2. Idem. Ce pouillé cfe 1648 fut édité à Paris par Gervais Alliot. 

3. Arch. de la Gironde, H 502, n« 25. 

4. Idem, n° 30. 

5. Idem, H 501, n° 23. 

6. Idem, n° 2o. — Toute eau morte ou courante était appelée mer, autrefois. 



LE LILHAN, GRAYAN 115 

Verdon qui déverse les eaux dans la Gironde. Le procès-verbal 
d'une enquête officielle faite sur les lieux par les autorités de Les- 
parre, en août 1699, porte qu'à son débouquement « le dit canal 
était comblé de vase et qu'il était absolument nécessaire de faire 
ôter les dites vases avec un bac... Vers les prés de Soulac et Lilhan, 
nous aurions remarqué que led. canal est absolument tout comblé 
et a besoin d'être recuré jusque vers le lieu appelé du Graney pour 
pouvoir vider les eaux qui viennent des sables et vers le lieu de 
Lilhan, Vallays et Grayan, ce qui fait que tous lesd. lieux sont inon- 
dés sept à huit mois l'an l . » 

La mention du pouillé général de 1648 se trouve ainsi expliquée 
dans son « couvert par les eaux * relatif au Lilhan, lequel n'a jamais 
été attaqué par l'océan ni par les dunes. Un témoignage puissant et 
irrécusable existe à cet égard, celui des fours de potiers préhistoriques 
du chapitre II, qui existent sur les dunes littorales minuscules et 
immobiles du Gurp, aux confins du Lilhan et de Grayan. Il réduit 
à néant le propos rapporté, par Montaigne, des paysans qui venaient 
de perdre quatre lieues de terre. (Voyez en tête du chapitre III.) 

Artras, quartier de Grayan, existait au temps.de Baurein (1780) 2 . 
Il aura changé de dénomination et n'est pas passé à 6 kilomètres 
en mer. Baurein a écrit à la veille de l'arrivée de Brémontier, et 
aucun mouvement de la côte ne s'est produit depuis lors. 

Grayan. — «Le même conservateur des forêts (Guyet de Laprade), 
en tournée avec le sous-préfet de Lesparre, écrit, le 18 floréal an X 
(8 mai 1802), que la dune du piq du Haillan, commune de Grayan, 
est une de celles qui s'avancent le plus vers les terres, « et que même 
» une maison qui paroissoit en être très loin a été abandonnée par 
» l'effet du roulement de ces sables 3 . » 

La dune du Haillan n'est plus connue sous ce nom. Les dunes 
sont peu nombreuses sur cette côte. Il se peut quM s'agisse du 
signal de Grayan (39 mètres) faisant partie d'un groupe de trois 
monticules et dit aujourd'hui « piquey de Laviau », situé à 
2.500 mètres de la mer. Son voisin, du côté nord, « piquey de Dan- 
glama, » a vu la diligente légende transporter son nom jusqu'à la 
mer pour y broder un chapitre : l'anse du Gurp est devenue Y anse 
d'Anglemar ou porl des Anglois. « On prétend, dit l'ingénieur Claude 
Masse, en 1690, qu'il y avait autrefois un port où l'amiral Talbot, 

1. Arch. de la Gironde, H 1048, n° 49. 

2. Variétés bordelaises, I, 236. * 

3. BuffauH, Congrès des Soc. suv. de 19U5, Bull, de la Section de Oéoyr., p. 198. 



116 LÉ LITTORAL GASCON 

ou un autre, descendit avec une puissante armée, et qu'ayant brûlé 
leurs vaisseaux, ils reprirent ia Guyenne en l'an 1452 *. » 

La marche rapide de la dune du Haillan, au commencement du 
xix e siècle, pourrait bien être placée de pair avec celle des paysans 
du même pays déclarant à Claude Masse, en 1690, avoir vu un 
village changer deux ou trois fois de place pour fuir devant les 
dunes en mouvement 2 . En fait d'opinion à émettre sur la mention 
de M. Guyet de Laprade, ce qui a été présenté à la fin du chapitre II, 
au sujet de potiers préhistoriques et gallo-romains, montre que 
depuis des milliers d'années il ne se produisait pas le moindre mou- 
vement de sables au départ de la côte de Grayan, qui est abritée 
par les roches sous-marines dites banc des Olives. 

En ce qui regarde Talbot, ce général, parti des côtes d'Angleterre 
le 17 octobre 1452, débarquait le 21 au bas de la Gironde, où l'at- 
tendait le sire de Lesparre, partisan des Anglais, et le surlendemain 
23 il entrait à Bordeaux avec son armée, comme en font foi depuis 
longtemps les historiens anglais et français. S'il avait été réduit à 
débarquer sur la plage du Gurp, il n'aurait pas eu, pour les détruire, 
à brûler ses vaisseaux, qui auraient mordu dans le sable et l'argile 
et n'auraient probablement plus flotté; en outre, une semaine aurait 
à peine suffi pour faire arriver troupes et matériel à la route qui 
passe à Grayan. 

Les partisans de toutes ces légendes ne s'aperçoivent pas qu'à 
propos de Talbot, ils avouent, sans s'en douter, qu'en 1452 cette 
mer, qui à leur opinion avançait sans cesse, dévorant tout, se trou- 
vait précisément au point où nous la voyons, à l'anse du Gurp. 
Elle s'y trouve d'ailleurs depuis dix mille ans. (Chap. II, p. 55.) 

Mansirot. — « Il est fait mention de Sainte-Foi de Mansirot dans 
une charte de l'an 1108 insérée au tome II du Gallia Chrisiiana 
(page 277) inier instrumenta... Les termes employés dans cette 
charte ne pertnettent pas de douter que le lieu appelé Mansirot ne 
fût placé dans cette partie du diocèse (archiprêtré de Lesparre)... 
On ignore si cette fondation a jamais eu lieu. Tout ce qu'on peut 
assurer, c'est que cette charte (de 1108) est la seule qu'on ait vue 
où il soit fait mention du prieuré de Mansirot 3 . » 

Gomment peut-on, sur cette seule donnée, continuer de deman- 

1. Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, 1898, p. 302; — Buffault, Les dunes du 
Médoc, p. 61. 

2. Mémoires de Masse, n° 52, île d'Arvert. Voir aussi Bull. Soc. de Géogr. de 
Bordeaux. 1898, p. 295. 

3. Abbé Baurein, Variétés bordelaises y t. I er , pp. 317-319. 



FORÊT DE LESPARRE 117 

der compte à la mer de la disparition d'un établissement aussi 
problématique? Ce n'est pas sérieux. 

La charte de Sainte-Foi de Mansirot (1108) se trouve, sans autre 
indication de lieu ni autre preuve d'existence, au cartulaire de 
Conques en Rouérgue (Aveyron). 

Artigue-Estremeyre. — Le prieuré d'Artigue-Estremeyre est 
nommé dans un acte du 11 novembre 1354 *; il figure sept fois aux 
Comptes de l'archevêché de Bordeaux de 1339 à 1399 2 et se trou- 
vait sur la paroisse de Vensac : quas habei apud Artiguas-Exire- 
meyras t qui locus est in parr. de Bensac 8 . C'est donc par erreur 
qu'on le place le plus souvent sur Vendays. 

Au lieu d'être à 6.000 mètres en mer, Artigue-Estremeyre se 
trouve sur le bord des marais de Vensac, « au couchant de cette 
paroisse» 4 . Cette ancienne propriété monacale avait pour prieur, 
en août 1616, le curé de Saint- Vivien et de Vensac 5 ; en 1772, elle 
se trouvait louée, à raison de 150 livres par an, au profit du chanoine 
Basterot, de Saint-Seurin de Bordeaux 6 . Les habitants de Vensac 
se sont partagé les terres d'Estremeyre en 1867, d'après une indi- 
cation due à l'obligeance de M. l'instituteur Félon, secrétaire de 
la mairie de Vensac. 

Artigue signifie : défrichement; estremeyre veut dire : au bord 
de l'eau. (Eyre, leyre, l'ayre, l'aygue, c'est toujours de l'eau.) Voir 
au chapitre III, page 92. 

Pelos, Lélos, Forêt de Lesparre. — Nous voici, après avoir 
dépassé Montalivet, hors de la zone d'influence de la passe Sud 
de la Gironde et des roches de Cordouan et des Olives. La côte 
aux fortes dunes commence. 

« Il paraît, par un acte passé le 17 mai 1286, entre noble baron 
Ayquem Guilhem, seigneur de Lesparre, et le seigneur en Mares- 
tanh Arrobert, que celui-ci reconnut à foi et hommage de ce pre- 
mier, entre autres choses, tout le droit de prévôté qu'il avait dans 
cette partie de ia forêt de ce seigneur, qui commençait au port de 
Pelos, de là vers Naujac et traversant Maganhan jusqu'au grand 
chemin de Carcans, et suivant ce chemin jusqu'au lieu appelé Onhac ; 

1. Abbé Baurein, Variétés bordelaises, t. I, p. 206. 

2. Arch. hist. de la Gironde, t. XVIII, XXI et XXII. 

3. Idem, t. XII, p. 88. 

4. Questionnaire de l'abbé Baurein, 1778, Bibl. mun. de Bordeaux, pis. 737. 
Béponse du curé de l'endroit. 

5. État civil de Vensac, 9 août 1616; Arch. de la Gironde, Suppl., E 3959. 

6. Arch. de la Gironde, Interrogatoire de l'archevêché, G 558. 



118 LE LITTORAL GASCON 

et partant de là en allant en droite Hgne au travers de cette forêt 
jusqu'à l'endroit appelé à Lentz (ou Leutz), Deforcadengues et en 
rebroussant de ce lieu jusqu'au port de Pelos. Qu'il me soit permis 
d'observer, en passant, que le port de Pelos n'existe plus et que le 
local où il était situé est absolument inconnu; ce qui prouve le 
ravage que la mer fait depuis longtemps sur la côte du Médoc 1 . » 

Ce port de Pelos doit, au contraire, être aussi facile à trouver 
que le port Leyron du chenal de Soulac, dont il a A té parlé. Les 
inventaires de la terre de Lesparre portent que l'étafng d'Hourtin 
commence v près le lieu appel^ Pelous, finissant au lieu appelé Ta- 
larn ». Le texte gascon de 1286 porte : Pelos; les habitants pronon- 
cent, avec les inventaires : Pelous. Ce Pelous, actuellement séparé 
de l'extrémité nord de l'étang d'Hourtin par des marais marquant le 
retrait des eaux depuis le creusement vers Lacanau du canal de 1873, 
présente deux constructions. Au nord-est de Pelous se trouve 
Naujac, puis au sud-est de celui-ci, Magagnan (orthographe fran- 
çaise du gascon Maganhan). Ces endroits, montrant la direction de 
Carcans, identifient Pelos et le périmètre que l'acte de 1286 assigne 
à la forêt dite de Lesparre, qui se trouvait à l'est de l'étang d'Hour- 
tin. On prête encore là à la mer et aux sables d'étonnants ravages. 
La forêt de 1286 aura disparu comme disparurent le bouscal de 
Bordeaux et tant d'autres, par le défrichement et l'incendie. 

D'autre part, le port de Pelos (Pelous) est un repère montrant 
que l'étang d'Hourtin était aussi vaste en 1286 qu'en 1873, date 
de l'ouverture du chenal dit de Lège, qui a fait baisser les eaux. 
Le débouquement à la mer du fleuve côtier d'Hourtin fut ainsi 
détruit il y a bien des siècles, comme il a été expliqué. 

Une coquille a fait dire à Elisée Reclus, à propos de Pelos : 
« Quant aux bourgs aujourd'hui disparus de Lilhan, de Lêlos et 
d'Anchise, on ignore jusqu'à leur ancien emplacement 2 .» Depuis, 
sans se préoccuper d'autres prouves, on répète: Lilhan, Lélos..., 
et ce dernier et introuvable Lélos reste inscrit, avec le port de Pelos, 
dans le martyrologe dos villes disparues, selon l'imagination, comme 
celle de Louvergne, qui suit. 

i 

Sainte-Hélène-de-1' Étang, Étang d'Hourtin, Louvergne, — 
Des Mémoires sur la terre do Lesparre (xvi e siècle, Bibl. Nat., mss. 
n os 5516 et 9906) portent, au sujet de l'emplacement des eaux 
d'Hourtin: «Auquel lieu les anciens disent y avoir eu une ville 
appelée Luserne. » Masse mentionne la tradition dans son mémoire 

1. Abbé Baurein, Variétés bordelaises, t. I pr , p. 97. 

2. Bévue des Deux Mondes, août 1863, p. 689; — Géographie, t. II, p. 99. 



SAINTE-HÉLÈNE- DE-L'ÉTANG 119 

de 1690 et ensuite sur sa carte, en donnant à la ville disparue le 
nom de Louvergne. Les inventaires descriptifs de la terre de Les- 
parre s'en mêlant, d'après la tradition des « anciens », qui ne croi- 
rait pas un peu, au premier abord, à « la vaste échancrure du golfe 
de Louvergne devenue l'étang d'Hourtin actuel »? Mais ici inter- 
vient un titre qui va couper court au folk-lore : donation est faite 
à l'abbaye de Sainte-Croix de Bordeaux, par Fort Gosselin, en 1099. 
de l'église de Sainte-Hélène-de-1' Étang (Sancie-Elene de Siagno.) x 
Rien ne se transformait là, et les forêts submergées qui se sont 
montrées un instant devant le centre des lacs d'Hourtin et de 
Lacanau, en juin et juillet 1903 ; ont tué, de concert avec d'autres 
preuves d'ordre géologique, la légende des baies ouvertes 2 . Il n'y 
eut à Hourtin ni port de mer ni ville de Louvergne. 

Les ruines de la chapelle nommée en 1099 sont actuellement 
à 1.200 ou 1.300 mètres à l'est de l'étang d'Hourtin; les marécages 
qui marquent l'ancien niveau des eaux arrivent à 500 mètres de 
la chapelle. Qu'en conclut-on? que la chapelle a été déplacée en 
1628 parce que les dunes, poussées par le vent d'ouest, descendaient 
dans l'étang et les marais et en refoulaient les rives. Ce refoulement 
des eaux et des lacs par les dunes soi-disant mobiles reste toujours 
la version en cours. On la voit répéter et partager d'une manière 
générale, par un spécialiste, au Congrès des Sociétés savantes de 
1905, pages 199, 201, 204, 205 et 209 des comptes rendus, Section 
de Géographie. On ne saurait montrer de preuves ou de repères à 
l'appui de cette tradition qui est positivement erronée. On a déjà 
vu, notamment aux pages 84 et 87, que les étangs se sont logés en 
partie aux dépens des dunes, au lieu d'avoir subi leur pression. 
Jouannet a écrit la Statistique de la Gironde à la demande du préfet 
du département et eut à parcourir tout le pays. Son ouvrage, édité 
en 1837, est fort sérieux. On y lit au tome, I er , page 50 : « A Sainte- 
Hélène, sur une éminence qui paraît faite de main d'homme, on 
voit les ruines d'une humble chapelle... » Quand, en lieu plat, cette 
éminence fut dressée pour recevoir la chapelle déjà connue en 1099, 
l'étang devait déjà être là, et c'est lui qui persistait à inonder le Bas- 
Médoc et faisait abandonner Artigue-Estremeyre et le Lilhan. On 
sait par la donation ci-dessus de 1099 que Carcans, situé à 12 kilo- 
mètres de la mer, payait annuellement un droit seigneurial de 
poisson, ce qui permet de croire que le lac était alors aussi vaste 
qu'aujourd'hui. 

S'il avait fallu reculer la chapelle de Sainte-Hélène pour la seule 

1. Cartulaire de Sainte-Croix, et Arch. hist. de la Gironde, t. XXVII, p. 114. 

2. Saint- Jours, Bull, de Gêogr. hislor. et descriptive, 1904, p. 101. 



120 LE LITTORAL GASCON 

raison d'humidité, on l'aurait portée à l'est du quartier de ce nom, 
qui relevait de Carcans, partie sud de l'étang. En la transférant à 
sept kilomètres plus au nord, le duc de Gramont obéissait à un 
autre mobile : il dut avoir en vue de créer à la partie nord-est de 
l'étang la localité nouvelle qui a pris nom Hourtin assez tardi- 
vement 1 . 

Lorsque, pour recevoir la nouvelle chapelle, le seigneur locai 
concéda le terrain voulu, en vertu du bail à fief du 14 juin 1628, 
la demande d'autorisation du transfert soumise à l'autorité ecclé- 
siastique fut présentée « à cause des incommodités que les parois- 
siens et le vicaire éprouvaient à se rendre à ladite chapelle par suite 
de la si grande quantité d'eau qui l'entourait 2 ». Voilà ce qu'on 
sait à Hourtin. Des textes inédits permettent de s'inscrire contre 
cette tradition, qui sous-entend l'empiétement du lac. 

En remontant à l'origine de la question, on va voir qu'il n'y eut 
là, en 1628, qu'une manière de motiver pour la forme une trans- 
lation prescrite depuis dix-sept ans. 

Le 19 mars 1611, le cardinal de Sourdis visitait en personne la 
chapelle de Sainte-Hélène-de-1'Étang et signait les dispositions sui- 
vantes, d'après deux textes (visite et ordonnance) déposés aux 
Archives de la Gironde, G 635 et G 636. : 

« Après avoir vu et visité lad. église et considéré les défauts qui 
y sont, désirant que les saints sacrements y soient décemment 
administrés, nous avons fait nos ordonnances qui suivent : Ordon- 
nons que l'image de «ainte Hélène sera réparée. Feront lesd. parois 
siens mettre des grilles ou portes aux entrées du cimetière et une 
belle grande croix de pierre ou de bois au milieu d'icelui. Et quant 
à la maison presbytérale, attendu qu'il n'y en a point, ordonnons 
que les paroissiens en fournissent une au vicaire au plus prochnin 
village de l'église. Et en ce faisant, nous enjoignons au curé d'y 
tenir un vicaire approuvé de nous qui y fera actuellement sa rési- 
dence pour faire le service divin. — Et quant à la situation de lad. 
église qui est très éloignée des villages de demi-lieue comme nous 
avons vu, et difficultés des chemins au temps d'hiver, de manière 
que le peuple est contraint de se tenir en ses maisons sans ouïr la 
messe les jours de dimanche et fêtes, nous exhortons tous lesd. 
paroissiens de trouver avec le temps les moyens pour la faire trans- 

1. L'église fut transférée à Hourtin en 1628-1630; mais elle fut visitée encore 
sous le nom de Sainte-Hélène-de-Lestang le 16 mai 1659 et le 7 juin 1692. 
(Arch. de la Gironde, G 639 et 640, Visites des archevêques). Elle devint pa- 
roisse autonome vers 1640. Le nom de Hourtin ne fut adopté que bien plus 
tardivement, comme il paraîtra au chapitre V. 

2. Arch. de la Gironde, Inv. somm., série E, t. III, supplément. 



ANCHISES 121 

porter près de? villages pour la commodité du peuple à ce qu'il ait 
moyen de servir Dieu. « 

Des vents et des dunes, des sables et des eaux du lac, on ne s'en 
préoccupait pas î Le projet était précis : fournir un presbytère « au 
vicaire au plus prochain village de l'église », et trouver avec le 
temps (on n'était pas pressé) les moyens de transporter celle-ci 
« près des villages pour la commodité du peuple ». Il est certain que 
l'archevêque n'avait pas agi en mars 1611 sans enquêtes préalables, 
et qu'il aurait connu la pression des eaux du lac, si elle avait 
existé. 

Par acte du 2 avril 1617, signé par Claude Marraquier, notaire, 
rue du Loup, à Bordeaux, le curé Froment, de Carcans, «sous le 
bon plaisir » du cardinal de Sourdis, s'engageait à payer annuelle- 
ment au vicaire perpétuel Papon, pour assurer le service religieux 
de Sainte-Hélène-de- l'Étang, la somme de 200 livres tournoises l . 
C'était un commencement d'exécution de l'ordonnance de 1611. 

Le reste du projet fut tellement modifié sous des influences diver- 
ses, que sans éloigner sensiblement l'église des rives du lac (1.800 mè- 
tres au lieu de 1.300) on la transporta 7 kilomètres plus au nord. 
Le but indiqué par l'archevêque fut ainsi perdu de vue. Au lieu de 
rapprocher la chapelle des « villages », on la reconstruisit hors portée 
d'eux. De sorte que les habitants obtinrent d'être séparés de la 
nouvelle église d'Hourtin pour être rattachés directement à l'église 
mère de Carcans 2 . 

Comparables à ceux qu'on trouve sur les chemins sauvages mon- 
tant vers les cols des Alpes, des oratoires où le curé officiait de temps 
à autre ont existé dans les régions sauvages de nos dunes maritimes. 
Des textes relatifs à d'anciennes chapelles des dunes de Saint-Julien- 
en-Born, de Lit et de Saint-Girons seront cités au cours du présent 
chapitre. Comme ces petits édifices religieux se trouvaient exposés 
aux visites des malfaiteurs et étaient l'objet de pèlerinages peu 
édifiants, le clergé ne fut pas le dernier à en accepter l'abandon, 
sinon à le provoquer. 

La chapelle de Sainte-Hélène-de-1'Étang peut, de son côté, être 
comparée pour sa destination à la chapelle des pêcheries du Porge, 
qui paraîtra tout à l'heure entre les marais et les dunes, et qui fut 
abandonnée peu après l'an 1500, d'après Baurein. 

Anchises a connu une étonnante célébrité. Ce lieu était grand à 
la manière de la divinité : il se trouvait partout sur l'étendue du 

1. Arch. de la Gironde, G 740. . 

2. Idem, E, suppl., n° 4842, 17 août 1640. 



122 LE LITTORAL GASCON 

Médoc, mais nulle part visible. Elisée Reclus en parle, d'après 
l'opinion publique, comme ayant existé à l'étang d'Hourtin 1 ; pour 
Thore, il fut au nord du même étang 2 ; Brémontier, dans son mé- 
moire du 25 décembre 1790, § 20, l'a montré à Lacanau; d'autres, 
sur un ruisseau descendant de Naujac 3 . 

Bougard, « lieutenant sur les vaisseaux du roy », dans son Petit 
Flambeau de la Mer ou véritable guide des pilotes côtiers, édité au 
Havre en 1770, signale, page 181, à moitié chemin de l'entrée de 
la Gironde à Arcachon, « la petite rivière d'Anchises,. dans laquelle 
il ne peut entrer que des petits navires ». Voilà qui est complet de 
la part d'un officier de marine en 1770 ! 

Par une recrudescence de célébrité bruyante vers la fin du 
xix e siècle, notamment à la Société de géographie de Bordeaux, 
Anchises était bel et bien devenu une baie, un port, une petite 
ville : le merveilleux dans le vide. 

Le fisc est une institution impitoyable qui ne manque et n'oublie 
personne. Sous ce rapport, les lièves des quartières (Comptes de 
l'archevêché) des xm e et xiv e siècles et un état des bénéfices du 
xvi e siècle donnent plusieurs fois la nomenclature de toutes les 
paroisses ou églises 4 , et pas un nom ayant quelque ressemblance 
avec Anchises ne figure dans ces registres officiels. 

Aucun vieux document de la région ne cite donc le nom d'Anchises, 
qui n'a pas existé. La légende de ce mythe est née de la manière 
suivante : 

Arcachon a été écrit dans les portulans sous les formes Archix, 
Archason, Archesom, Archiesnn. Un Briançonnais, Oronce Fine, 
a donné Anchiser à la place d'Arcachon sur sa carte de 1538; on ne 
connaît pas de mention plus ancienne se rapportant à la forme 
Anchises. Une carte italienne anonyme (1544) a également donné 
Anchiser pour Arcachon. En 1560, la carte do Jolivet donne Anchises 
sur la côte du Médoc, à hauteur de la région des étangs, sans aucune 
mention à l'emplacement d'Arcachon. Depuis, on a souvent con- 
servé les deux points d'Arcachon et d'Anchises sur les cartes ou 
portulans jusqu'au xvni e siècle. 

1. Revue des Deux Mondes, 1*863, p. G8G. 

2. Promenade, p. 339 et 344. 

3. Voyez Buffault, Les cô'es du Médoc, p. 18. 

4. Arch. de la Gironde. — Arch. hist. de laGironde, t. XXI, XXII, XXXIV et 
XL IV. Quand une église ne figure pas aux quartières ou redevances payées 
à l'archevêque par le curé, on en trouve la cause ailleurs. C'est le cas pour 
Lacanau, qui relevait de Sainte-Croix de Bordeaux en vertu d'une charte de 
1099, et pour Lège, qui fut donné à Saint-André de Bordeaux par une charte 
de 1027. Bias était une annexe de Mimizan. Toutes les églises étaient connues 
ainsi. 



LACANAU 123 

Le plus ancien écrivain hydrographe connu pour notre région 
est Pierre Garcie. Marin vendéen d'origine espagnole, il a, dans son 
Boulier de la Mer, à partir de 1480 ou 1483, décrit les ports français 
et espagnols de notre région et dicté les mesures à prendre pour y 
pénétrer. Entre l'Adour (alors au Vieux-Boucau) et la Gironde, il 
ne nomme qu'Arcachon, et encore sans en décrire l'entrée, ce qui 
dénote un port peu fréquenté, inconnu de Pierre Garcie. 

Un capitaine marin saintongeois, Jean Fonteneau, dit Alphonse, 
presque contemporain de Garcie et dont on a une Cosmographie de 
1544, précise, dans ses «Voyages aventureux», qu'entre l'Adour 
et « la rivière de Bordeaux il y a une autre rivière qui se nomme 
Arcasson » l . 

Masse, qui rapportait les traditions, n'a pas soupçonné le vocable 
des baies ouvertes, qui doit êlre né depuis. Son mémoire de 1G90 
coupe court à l'existence d'un havre sur la côte du Médoc quand 
il dit : « Ainsi cette côte (d'Arcachon à l'embouchure de la Gironde) 
a 20 et demie lieues de 2.500 toises chaque, sans qu'on trouve port, 
rade ou ruisseau. » Voyez au chapitre I er , page 7. 

J'ai pu, avec un peu de persistance, mettre un terme au règne 
d'Anchises, il y a quelques années 2 . Anchises est enterré. 

Lacanau. — « Il n'y a pas encore vingt ans qu'on a été obligé d'y 
construire une nouvelle église, le local où était l'ancienne étant 
couvert par les eaux de l'étang 3 . » 

Pour chercher la vérité à l'encontre de cette légende peu ancienne 
mais persistante, il suffît de consulter un cahier de comptes et de 
procès-verbaux de l'ancienne église, lequel est transcrit aux Archives 
historiques de la Gironde, tome XXIII. En voici trois extraits qui 
portent sur deux siècles : 

« Le 11 e juillet 1690, marché, au nom de toute la paroisse, pour 
paver l'église et pour la hausser de terre, afin de nous tirer de l'eau 
où nous étions obligés de faire les offices chaque hiver. Viaud, curé. » 
Ces quatre lignes de 1690 laissent voir une situation déjà ancienne. 
On était importuné par l'humidité des pluies hivernales > aux saisons 
où la grande lande intérieure devenait marécageuse et nécessitait 
l'emploi d'échasses. 

«21 mai 1714. Assemblée dans l'église. Après avoir examiné la 



1. Bihl. de Rouen, coll. Montbret, P 6085, relié avec le Boulier de Pierre Gar- 
cie. — Éd. de. 1618 pour Fonteneau. 

2. Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, 1901 ; — Bull, de Géogr. hislor. et des- 
criptive, n° 1, 1904; — Bévue Philomalhique de Bordeaux, n° 10, 1906. 

3. Baurein, Variétés bordelaises, t. II, p. 58, ouvrage écrit en 1784. 



124 LE LITTORAL GASCON 

triste situation où se trouvent réduites l'église et la maison curiale 
à cause d'un marais qui l'environne et qui rend l'église humide et 
la maison curiale inhabitable parla quantité des eaux qui y entrent 
dedans, ce qui rend les avenues de ladite église impraticables... » 
Et le déplacement de l'église est décidé en principe. 

o Le 17 juillet 1733. A Monseigneur l'archevêque de Bordeaux... 
Supplie humblement Jean-Baptiste Dorgul, prêtre et curé de la 
paroisse de la Canau... d'avoir l'honneur de représenter à Votre 
Grandeur que l'église dudit la Canau étant située sur le bord d'un 
marais et fort près d'un grand étang dont l'eau déborde très souvent... 
que d'ailleurs il est très difficile d'approcher de ladite église dans 
les débordements des eaux, qu'on a été même obligé souvent de 
dire la messe hors de ladite église, n'y pouvant entrer à cause de la 
grande quantité d'eau qui était dedans, que les fosses que l'on fait 
pour ensevelir les morts se trouvent pendant tout l'hiver pleines 
d'eau tant dans ladite église que le cimetière... de demander à Votre 
Grandeur la permission de démolir ladite église pour en faire bâtir 
une autre. » 

L'église qu'il s'agissait de déplacer est comprise dans la charte 
de 1099 citée pour Sainte-Hélène-de-1'Étang (Hourtin). Le fleuve 
côtier qui déversait à la mer les eaux de Lacanau existait-il encore 
au xi e siècle, et sa destruction à la rive maritime suivie du grossis- 
sement de l'étang est-elle postérieure à la construction de l'église? 
On ne le sait. Un moulin à eau qui paraîtra plus loin à Lège per- 
mettra de dire qu'il n'existait plus en 1273 ni sans doute longtemps 
avant. Mais ce qui paraît bien au cahier de Lacanau, c'est que 
deux ou trois générations d'administrateurs de l'église primitive, ea 
s'occupant de cet édifice paroissial qui souffrait des eaux hiver- 
nales, ont parlé du proche voisinage de l'étang sans redouter de le 
voir se rapprocher davantage. Si l'étang eût été refoulé vers l'inté- 
rieur des terres par les sables, ce qui n'est pas admissible en le voya ut 
encadré de dunes primaires boisées, le cahier de Lacanau en aurait 
dit un mot, d'après les constatations ou la tradition, pour motiver 
avec plus de force le projet de déplacement de l'église. 

Enquête du 10 septembre 1733 par Dupérieu, curé <!<■ Courgas 
(Saumos), au sujet de la translation de l'église : « Nous aurions été 
conduit au lieu où est présentement plassée l'église dudit Lacanau, 
et ayant examiné le lieu nous aurions remarqué qu'elle est non 
seulement sur le bord du marais, mais dans le marais même et qui 
paroit être tout inondé, l'hyver, par le surcroît des eaux de la lande 1 .» 

1. Archives delà Gironde, E, suppl., 5665. 



LE PORGE 125 

La tradition légendaire de l'église chassée par l'étang est née 
depuis l'enquête du curé Dupérieu (1733). L'abbé Baurein écrivait 
45 ou 50 ans plus tard. Les trois premières lignes du présent para- 
graphe relatif à Lacanau, page 123, sur lesquelles on veut encore 
s'appuyer pour médire des étangs, ne sont donc pas l'expression 
de la réalité. Il y avait « surcroît des eaux de la lande ». 

Lacanau avait enfin une église nouvelle en 1765-1766, sur un 
emplacement donné par le baron de Gaupos 1 . Douze ans plus tard, 
en 1778, le curé qui desservait alors Lacanau répondait au question- 
naire dressé par l'abbé Baurein : « Tl y a douze ans que l'église a été 
transportée à deux ou trois mille pas de l'ancienne. Les habitants 
ont fait une sottise. Si les digues du Porge subsistent encore dix ans, 
il faudra 'a transporter encore 2 . » 

G'est-à-dire que ''écoulement des eaux hivernales n'était pas 
assuré. Le Porge, pay? de pêche, comme on le verra par ses bail- 
lettes, ajoutait l'obstacle de ses nasses et barrages à la défectuosité 
de la nature. Il n'existait pas d'action malfaisante directe du fait 
de l'étang, et la question doit paraître définitivement jugée par 
l'enquête de 1733 et la réponse du curé local de 1778. 

Le Porge. — « L'ancienne église de cette paroisse a été aban- 
donnée depuis le commencement du xvi e siècle. Depuis cette épo- 
que, elle est entièrement couverte par les sables. » Ainsi parle, 
toujours d'après la tradition, l'abbé Baurein 3 ; ainsi parle-t-on 
encore aujourd'hui avec insistance comme s'il s'agissait d'un fait 
positif. Voyez, par exemple, au Congrès des Sociétés savantes de 
1905, Section de Géographie, pages 201 et 204 du Compte rendu. 

On ne saurait mieux répondre ici à cet égard qu'en faisant inter- 
venir Léo Drouyn, qui est le Viollet-le-Duc de Bordeaux : « Le 
clocher [du Porge], qui me fait l'effet d'appartenir à la fin du 
xv e siècle, est construit en avant d'une ancienne façade qui m'a 
paru remonter au xiv e siècle et peut-être plus haut... Les bas-côtés 
[de la nef] sont du xvn© siècle, sauf peut-être la dernière travée 
orientale de celui du nord, qui est séparée de la nef principale par 
une arcade dont les moulures me paraissent appartenir à la fin 
du xiv e siècle 4 . » 

Puisque l'église actuelle du Porge remonte au moins au xiv e siècle, 
ce que les textes de l'archevêché démontreront, elle n'a pas été 

1. Archives de la Gironde, G 659, fonds diocésain. 

2. Bibl. mun. de Bordeaux, ms. n° 737. 

3. Variétés bordelaises, t. II, p. 62. 

4. Fonds Léo Drouyn, t. XLIX, p. 83 (Arch. mun. de Bordeaux). 



126 LE LITTORAL GASCON 

construite dans le but d'en remplacer une autre qui devait être 
abandonnée dans les dunes deux siècles plus tard. Les modifications 
qu'elle a reçues en 1662 sont de l'entrepreneur Cassen, suivant une 
inscription qu'il a laissée sur les murs de l'église. 

11 ne saurait toutefois y avoir aucun doute, une chapelle ou une 
autre égHse, celle qui est mentionnée plus haut par Baurein, a existé 
à 5 kilomètres au nord-ouest de l'église actuelle. Elle se trouvait 
tout près et entre les dunes et le chenal bordé de marais dits étangs, 
par où s'écoulaient sans régularité vers Arcachon les eaux du lac 
de Lacanaa. Une baillette du 31 janvier 1618, qui renouvelait deux 
baillettes du 28 juin 1517, elles-mêmes précédées d'autres actes 
pareils (on verra à Lège l'ancienneté de ces eaux), aflîévail « tout 
l'étang avec les landes, sables, terres le joignant au lieu appelé 
anciennement à l'étang de Saussats autrement à Passillon, con- 
frontant du levant aux vacants communs des habitants du Porge, 
du couchant aux sables de la mer, du nord auxdits sables et aux 
masures de l'Eglise vieille, et du midi à l'autre étang de Passillon » l . 

En premier lieu, l'expresssion «masures» de l'acte de notaire 
implique l'idée d'une ruine en plein air et non recouverte de sables. 
Ensuite, ce qui est fort important, la carte ci -après de Claude 
Masse au 1/28.800 marque en 1707 la vieille église en endroit plat, 
entre les dunes et ce qu'elle désigne par « Marais ou étang du Por- 
ges », aujourd'hui étang de Joncru. 

Ces deux indications authentiques sur la « Vieille église » sont 
complétées et corroborées par un acte de notaire plus ancien, du 
1 er mai 1560. relatif à « tout icelluy lac d'eau, estang et pesche, siz 
et sytué aud. lieu appelé à l'estang de Villeneufve, parroisse dud. 
Saint-Seurin du Porge, confrontant par ung cousté vers le nort au 
pas de la Gironde et par l'autre cousté vers midy à l'église oielhe, 
par l'ung bout vers la mer aux sables et par l'autre l'estang, eau 
et lande » 2 . 

La « Vieille église » était donc entre la lagune de Villeveuve (au- 
jourd'hui étang de Lède Basse) et la lagune de Saussats (aujour- 
d'hui étang de Joncru), qui communiquent entre elles et ne font 
qu'une nappe d'eau. La tradition s'est entièrement faussée à cet 
égard, et le nom de Gleizevieille est porté à tort aujourd'hui (voir 
ci-contre la carte du Conseil général) par une dune située à plus de 
700 mètres au sud du vieil édifice, qui était en sol plat, ainsi que par 
une maison forestière plus au sud encore. Gleizevieille, au lieu de 

1. Fonds Léo Drouyn, t. VII, p. 204, Pierre de Luc, notaire (Arch. mun. de 
Bordeaux). 

2. Archives de la Gironde, minutes de Guitard, notaire à Castelnau. 



LE PORGE 127 

marquer un point, marque actuellement une zone. Cela tient à la 
disparition des ruines vues par .Masse. 

Cette vieille église du Porge nous vaut un repère de premier ordre. 
Les eaux douces privées d'écoulement normal à la mer se sont 
arrêtées à la bordure orientale des dunes, sous forme d'étangs là 
où aboutissent des ruisseaux assez abondants venant de l'intérieur, 
sous forme de marais ailleurs. La lisière d'entre les eaux et les 
dunes est tapissée de fougère à la «Vieille église», indice d'une 
terre meuble, par conséquent très ancienne, 

Les marais, c'est indiscutable, ne pouvaient pas descendre vers 
l'ouest, leur poids étant trop faible pour mordre dans les dunes, 
et ils n'auraient pu, sans être refoulés par celles-ci, remonter vers 
l'est la faible pente de la lande. On voit très bien au Porge qu'ils 
n'ont ni descendu ni remonté; ils ne sortent pas de l'alignement 
plus ou moins régulier des autres marais, lesquels, dès lors, ne se 
sont pas déplacés non plus. 

Par conséquent, la «Vieille église » du Porge, qui est»à toucher 
les dunes du côté occidental, à toucher les marais du côté oriental, 
témoigne depuis mille ans au moins 1 , par le seul fait signalé de sa 
présence, qu'il ne s'est produit ni empiétements de sables agités, 
ni déplacement de marais, deux choses liées, qui ne pourraient se 
produire l'une sans l'autre. 

La « Vieille église » du Porge était-elle une chapelle (oratoire) ou 
une église paroissiale? 

D'abord, il existe une confusion sur le nom de lieu Porge. « D'où 
vient, dit avec quelque embarras l'abbé Baurein, cette dénomi- 
nation de Saint-Seurin-du-Porge?... Il est certain que le mot porge 
signifie, en gascon, cimetière 2 . » 

Cette opinion n'est appuyée d'aucun exemple, et il serait fort 
difficile de la justifier. 

Sur le plan et aux pages 373-379 de Bordeaux vers 1460, Léo 
Drouyn énumère les anciens et très nombreux cimetières de Bor- 
deaux, qu'il appelle porges. Pour établir leur existence, il donne les 
exemples suivants : 

1537. — Confrontant au cimetière dudict hospital (de la Peste). 
1400 (environ). — Et dona et octroya cimeteri près lou dit hospi- 
taou Sent-Andriu, per sepelir los paubres. (Testament de Vital-Caries.) 

1. L'église de Sainte-Hélène-de-1' Étang (chapelle des pêcheurs de Carcans) 
(ut donnée à Sainte-Croix de Bordeaux en 1099 (Cartul. de Sainte-Croix, et 
Arch. hist. de la Gironde, t. XXVII, p. 114). On peut supposer autant d'an- 
cienneté à la chapelle des pêcheurs et des chasseurs du Porge. 

2. Variétés bordelaises, t. II, p. 62. 



V.«iir. (£/V . 







v 







«T> 



Si ^3vV B,,Me * 



y 



/ , #i/ 4 i' --. - • /-'-y 

kl'jjh/ y 



/ 



/ 



/ 




* -1,R.A V 










Carte »le Masse réduite au 

Lèoe et Le Porge en 1707. 



8 0,0 




Carte du Conseil général réduite au ' . 
LÈGE et Le Porge a l'époque actuelle. 
• 9 



130 LE LITTORAL GASCON 

1370. — Pièce de vigne qui est près le cimetière de l'hospital Sainct- 
Julien. 

1401. — Deux maisons confrontées au cymetière des Frères Mineurs. 

1519. — Confrontant au cimetière de la dicte paroisse de Puy- 
Paulin. 

S. D. — Cœmeterium, cimiterium Sancti-Andree. 

1408. — Devant la petite porte de devant le porge Saint-Eloi. 

1457. — Pro uno feudo quod est ante simiterium Sancti-Johannis 
et Sancti-Michaelis Burdigale. ' 

1415. — Maison située paroisse de Sainct-Michel, devant le cime- 
tière. 

1553. — Maison qui est en la parroisse de Sainct-Michel devant le 
Petit-Porge l . 

S. D. — Puits vis-à-vis la porte du cimetière de Sainct-Maixant. 

1543. — A esté baillé en eschange des ouvriers de Sainct-Paul, au 
lieu du cymetere. 

1421. — Maison devant le cimetière de Sent-Projeyt. 

1582. — Au devant du cimytière de l'esglise Sainct-Project. 

1500. — En la parroisse Sainct-Remy, au porge Saincte-Anne. 

1302. — Maison située dans la sauvetat de Saincte-Croix, joignant 
le cimetière. 

1337. — Au bout de la rue du Port, vers le cimetière des moines. 

De ces dix-sept exemples on ne peut guère conclure qu'une chose : 
à Bordeaux, un cimetière s'est écrit cimetière et non porge, à de 
rares exceptions près. 

Dans le fonds de Saint-André de Bordeaux, on trouve en 1236 
un fief situé dans la rue qui va du porge de Saint-Michel aux Menuts; 
on y voit parler aussi deux fois, en 1272, de deux maisons et d'un 
sol de terre au porge de Saint-Michel 2 . Ce porge, à Saint-MichH. 
désigne parfaitement le cimetière, si l'on s'en rapporte aux indi- 
cations de Léo Drouyn sur le puits autrefois situé au milieu de la 
place Ganteloup, près de l'église Saint-Michel, et qu'on appelait : 
« Putz deu Porge de Sent-Miqueu. » C'est la tradition qu'on peut 
appeler orale. Mais dans les sources justificatives données sur ce 
puits par Léo Drouyn, les documents disent cimetière et non porge : 
le puits de la place Ganteloup est appelé « puis du cimetière de 
Saint-Michel» dans une reconnaissance de 1362; d'après un titre 
de 1490, il était situé « près du cimetière de Saint-Michel » 3 . 

Porge n'est en réalité qu'une prononciation régionale de porche 



1. Sur le plan de Léo Drouyn on voit à Saint-Michel deux cimetières, l'un 
portant le nom de Porge Saint-Jean. 

2. Arch. de la Gironde, G 342. — A rapprocher des exemples ci-dessus de 
1457-ct 1553. 

3. Bordeaux vers 1450, pp. 405 et 409. 



LE PORGE K)l 

au sens de portique, le gascon se pliant difficilement pour ce mot 
à la prononciation du ch dur K On dit en Gascogne porge, porgi, 
pourgi, poryou... avec la signification de porche d'église. La forme 
du mot s'explique phonétiquement par analogie avec celle du mot 
perge (perche). Le 13 décembre 1628, le notaire Labezard écrit dans 
un acte public intéressant Lège et La Teste : « Ont tendu des filets 
sur des lattes autrement perges 2 . » 

Les Provençaux prononcent également porge le mot porche, nous 
apprennent le dictionnaire de Littré et le dictionnaire de Mistral. 
Ce dernier, au mot porge, dit d'une manière insuffisamment fondée : 
« Cimetière dans les landes de Gascogne. » . 

Au contraire, avec des inflexions plus ou moins variées ressem- 
blant au cimeteri que présente le testament du célèbre chanoine 
bordelais Vital Caries (2 e des 17 exemples qui précèdent), le gascon, 
il faut le répéter, a dit le plus souvent cimetière et rarement porge 
pour désigner le champ du repos. 

A Bayonne on trouve en 1273, dans les Anciennes coutumes, cha- 
pitre GIU, § 11 : «Si lacusat de crim es fugit au semiteri 3 . » 

A Soulac, suivant des textes anciens, on atteignait la dune du 
Porge, depuis le bourg, en passant devant la porte sud-ouest de 
la basilique, où devait exister un auvent ou porche (portique), tandis 
que le cimetière se trouve du côté nord 4 . 

On achetait ou l'on obtenait jadis une place pour être inhumé 
sous le porche ou dans l'église. Depuis l'ordonnance royale du 
6 décembre 1843, aucune inhumation ne peut avoir lieu dans un 
édifice clos et fermé consacré à la célébration du cuite. Mais il reste 
des porches qui sont encore une partie préférée et privilégiée du 
cimetière. On en voit un exemple bien net devant la porte d'entrée 
de l'église de Cambo (Basses-Pyrénées), où le porche, attenant au 
cimetière, n'est fermé que sur deux faces. Si à Bordeaux, par exten 
sion et verbalement, on a employé le terme porge pour désigner le 
cimetière situé près du portique de l'église ou l'environnant, on l'a 
peu écrit. 

1. A noter que pour la même raison nous avons souvent, en Gascogne, le 
ch mouillé. 

2. Arch. de la Gironde, E, famille Gaupos. — On ne pourrait pas multiplier 
les exemples, parce qu'en consultant un dictionnaire de rimes on ne trouve» 
en fait de substantifs à désinence en orche, que porche et torche; et à désinence 
erche, que perche et recherche. 

3. Arch.de Bavonne, AA 11; — Balasque, Etudes historiques, t. II, pp. 302 
et 649. 

4. Arch. de la Gironde, H 763, pp. 74, 77, 78; — Saint-Jours, « Soulac d'après 
textes et preuves» (Actes de V Acad. de Bordeaux, 1915, pp. 139-141); tirage 
à part, pp. 99-101. 



132 



LE LITTORAL GASCON 






Voici, sur les vocables désignant le cimetière, quelques exemples 
de prononciation actuelle, pris en ordre dispersé de la Dordogne aux 
Pyrénées. On prononce : 

Porge, à Langon, Sauternes et environs, en Bazadais. — L'Atlas lin- 
guistique de la France l donne pour Targon (Gironde) : porj. (Voir 
au paragraphe suivant pour Podensac.) 

Segrat 2 , à Saubusse et aux environs, sur l'Adour, en aval de Dax; 
dans tels endroits du canton de Montfort, en amont de Dax; à 
Aureilhan (Mimizan), ancien diocèse de Bordeaux; dans la région 
de Sore et Luxey, arrondissement de Mont-de-Marsan (Sore étant 
de l'ancien diocèse de Bazas). Podensac, diocèse de Bordeaux, dit 
indifféremment segrat ou porge. — L'Atlas linguistique donne 
segrat aussi à Parentis-en-Born (ancien diocèse de Bordeaux), à 
Hostenx (Gironde), à Sabres et à Mezos (Landes); pour Hagetmau 
(Landes), il donne : lou prat. — « Vers la Ghalosse, porte le Diction- 
naire béarnais de Lespy, on dit : prat sacrât, pré sacré. » La Cha- 
losse est en Gascogne. 

Cimeunteyre, à Gubzac, Saint-André-de-Gubzac et environs, diocèse 
de Bordeaux. 

Cemetèri, Cemitère... dans la région de Salles et de Mios, sur la 
Leyre, diocèse de Bordeaux; à Pontenx-les-Forges, ancien diocèse 
de Bordeaux; à Urt, sur l'Adour (Basses-Pyrénées), etc. 

Soum'tière, à Vendays, diocèse de Bordeaux. 

En arrivant dans le Gers, on trouve le plus souvent : cemenleri. 

Le porche de l'église se dit : capilaou à Auros, chef-lieu de canton 
du Bazadais; capitéou à Luxey et à Sore; poryou à Urt, vers Mont- 
fort, au Marensin, etc. Gette forme ou graphie poryou paraît la plus 
répandue. Lespy, dans son Dictionnaire béarnais, ne donne à porche, 
porge, que la signification de porche d'église, de portique : « Fo 
pobliad hui porge. » Tl est ainsi contraire à la tradition bordelaise. 

Si Clément V, pape que nous a donné le Bazadais, a écrit en 
gascon au sujet d'un cimetière, il a pu employer le mot porge ; mais 
saint Vincent de Paul, en pareille conjoncture, pourrait avoir écrit 
segrat, comme aux environs de Dax, son pays. 

En tout cas, dans la grande majorité de la région, en gascon 
comme en français, nous disons : cimetière. 

On n'est donc pas fondé à dire qu'au Porge actuel de Buch il n'y 
avait anciennement qu'un cimetière 3 , pendant que, sous un autre 

1. Allas linguistique de la France, par Gilliéron et E. Edmond, lettre C 
(Cimetière). 

2. « Segrat, sagral, sacré », dit le Dictionnaire béarnais de Lespy. Provient du 
bas-latin sacratum, dit le Dictionnaire provençal-français de Mistral. — Segrat, 
dans son aspect étrange, se trouve ainsi clairement expliqué. 

3. Baurein (Variétés bordelaises, II, p. 62) dit que «le mot porge signifie, 
en gascon, cimetière; que le plus ancien et le plus respecté dans le diocèse était 



LE PORGE 133 

nom, l'église paroissiale se trouvait à 5 kilomètres au nord-ouest, 
sur un sol soi-disant envahi et recouvert par les dunes. Les habi- 
tants de la paroisse du Porge appellent en gascon porgi le porche 
de l'église, et ils désignent le champ des morts par : cemeteyre, ce 
qui, de la part des gens les mieux qualifiés pour apprécier la question, 
contredit la définition donnée plus haut par Mistral du mot porge. 
Dans son vocabulaire, sa prononciation et son accent de terroir, 
un dialecte local reste à peu près immuable à la campagne et reflète 
bien le passé. Ce doit être le cas pour les termes en usage dans la 
commune du Porge : le cimetière ne s'y appelle pas autrement que 
cimetière, soit en gascon, soit en français; porge n'y est qu'une 
déformation de porche. 

Des appellations variées ont été données à la paroisse du Porge, 
d'où va bien ressortir la signification de portique. 

La plus ancienne liste connue des paroisses de l'archevêché de 
Bordeaux, celle du xm e siècle, dite Manuscrit de Monteil, donne 
aux Comptes de l'Archevêché : 

Sanctus-Severinus-de-Bogio *. 

Au cours du xiv e siècle, on trouve successivement dans ces 
Comptes de l'Archevêché, allant de 1332 à 1400, les différentes 
dénominations qui suivent : % 

% 

Sanctus-Severinus-de-Bogio 2 ; 

Parr. de Porticu-in-Bogio »; 

Parr. S^-Severini-de-Buys 4 ; 

Cap. S u -Severini-in-Bogio 5 ; 

Ecclesie de Porticu-in-Bogio 6 ; 

Cap. S u -Severini-de Porticu 7 ; 

Cap. de Porticu 8 . 

celui de Saint-Seurin-lès-Bordeaux; qu'on y apportait de bien loin les corps 
des défunts pour y être ensevelis;... que pour s'épargner cette dépense... les 
habitants de la côte se procurèrent un cimetière à leur bienséance» au Porge- 
de-Buch. — La supposition reste invraisemblable, en ce sens que porge est un 
mot de prononciation gasconne, et que l'idiome gascon n'existait pas au temps 
lointain où le cimetière de Saint-Seurin de Bordeaux aurait été à peu près 
l'unique lieu d'inhumation des chrétiens entre Bordeaux, Lesparre et La Teste. 



1. 


Arch. hist. de la Gironde, t. 1 


CLIV (1909), 


2. 


Idem, t. XXI, p. 53. 




3, 


Idem, p. 83. 




4. 


Idem, p. 135. 




5. 


Idem, p. 196. 




6. 


Idem, p. 620. 




7. 


Idem, t. XXII, p. 8. 




8. 


Idem, p. 101. 





134 LE LITTORAL GASCON 

Voilà qui est positif et officiel : l'archevêché disait : paroisse du 
Porlique, église du Porlique, et nullement : du Porge, dans le sens 
de cimetière. 

Mais quand il s'est agi de personnes, elles sont assez fréquemment 
désignées, dans les mêmes Comptes de l'Archevêché, par les deux 
mots gascons deu Porge. Un Arnaud, clerc, à propos de cens et de 
dîmes, est dénommé cinq ou six fois « Arnaldus deu Porge », cinq 
ou six fois aussi « Arnaldus de Porticu ». Ce redevable n'était pas 
un habitant du cimetière, pas plus que « Petrus de Porticu », très 
souvent nommé pour les mêmes questions de cens et de dîmes, pas 
plus que « Guilhelmus de Portis, parrochianus de Porticu », dit aussi 
« Guilhelmus deu Porge» 1 . Ce dernier est bien un paroissien «du 
Portique » et non « du cimetière ». 

On trouve, en outre, sur le nom de la paroisse du Porge : 

1341, 24 juillet. — Edouard III donne à vie à Galhard d'Ornoun 
six livres sterling de revenu sur la bailie du Porge-en-Buch 2 . 

1383, 19 mai. — « Per lo Porge-de-Buch, » dans une trêve entre 
le roi d'Angleterre et le sire d'Albret 3 . 

1517. — Noble Charles de La Roque avait, le 28 juin 1517, consenti 
deux baillettes à deux habitants de la paroisse de Saint-Seurin-du- 
Porge-en-Buch 4 . 

1551. — Jean de Lauste était qualifié seigneur de Saint-Seurin- 
de-Buch 5 . 
t 1617, 16 février. — Visite de l'église du Porge 6 . 

1622, 12 avril. — «Advenant le douzième jour du dit mois 
d'avril 1622, me suis transporté en la paroisse de Saint-Seurin-du- 
Porge, et estant entré dans lad. église... 7 » 

1622, octobre. — Visite de l'église du Porge 8 . 

1734, 21 mai. — Procès-verbal de la visite de l'archevêque Honoré 
de Maniban. N° 54 des réponses du curé : « Le lieu principal de la 
paroisse (du Porge) est bourg... Le village où est situé le bourg se 
nomme Vignas 9 . » Et c'est bien au.Vignas qu'on voit encore, sur 
les cartes, l'église et la mairie du Porge, où ce dernier nom ne doit 



1. Voyez In table des tomes XXI et XXII des Arch. Met. de la (UrotuU s. 

2. Arch. mun. de Bordeaux, fonds Léo Drouyu, I. XXV 1 1. d'après Bre.|ui'/ny, 
et Thomas Carte, Rôles r/ascons, t. I er , p. 107. 

3. Arch. hist. de la Gironde, t. III, p. '279. 

4. Arch. mun. de Bordeaux, fonds Léo. Drouyn, t. VII, p. 204. 

5. Guidon, F es châlenux de. la Gironde, t. III, p. "?88. 

6. Archives de la Gironde, Ci 637, visites des archevêques 

7. Idem, G G3o. 
«s. Idem. 

9. Idem, G 651. 



LE PORGE 135 

jamais avoir signifié cimetière, mais seulement, d'après les exemples 
ci-dessus de 1332-1400, portique, porche (prononcé porge). 

Autre remarque qui ne manque pas de force contre la signification 
de cimetière attribuée au mot porge. Les Archives historiques de la 
Gironde mentionnent plusieurs lieux-dits portant le nom de Porge : 

T. XXI, page 447, année 1357. — Pro stagiis quos habent loco 
vocato au Porge-de-Bassens » (localité près de l'église de Bassens, 
dit la table du volume) ; 

T. XXII, page 81, année 1367. — « ... quam tenent loco vocato 
au Porge, juxta porticum ecclesie Santi-Petri-in-Baresio » (localité 
près de l'église d'Ambarès, dit la table). Remarquer la précision : 
«au Porge, près du portique de l'église »; 

T. XXVII, page 477, année 1513. — « Per la meytat d'ung jar- 
drin en la parropia d'Aubiac, au Porge » (localité à Aubiac, dit la 
table). 

On peut soupçonner que l'église paroissiale du Porge avait un 
portique développé sous lequel les réfugiés trouvaient la garantie 
de sauveté, d'où, peut-être, le nom de Porche (prononcé Porge) ; car 
Baurein mentionne que cette église a appartenu au prieuré hospita- 
lier fort ancien de Gayac *. Et en effet, Cayac fut uni à la Chartreuse 
de Bordeaux en novembre 1618 2 , et depuis lors on trouve que ce 
sont les Chartreux de Bordeaux qui étaient seuls décimateurs du 
Porge 3 . 

Deâ faits relatés semble ressortir la certitude que la chapelle 
dite «Vieille église» n'était, comme celle de Sainte-Hélène-de- 
l' Étang (Carcans), qu'un oratoire éloigné mis à portée des pêcheurs 
et des chasseurs. Resserrée en lieu plat entre les dunes et les eaux 
de jonction des étangs, elle serait ou sous les sables, ou dans les 
marais si la fixité du sol n'eut pas existé. Au point de vue religieux, 
la « Vieille église » était peut-être considérée comme un gage de 
protection contre les deux éléments redoutés, sables et eaux. 

En tout état de cause, on voit à propos de l'imbroglio du Porge 
que la panique des sables et des eaux, partout où on l'examine, se 
réduit presque toujours à un faisceau de légendes, à rien autre de 
sérieux- C'est ce. qui va particulièrement paraître à Lège. 



1. Variétés bordelaises, II, p. 62. 

2. Archives de la Gironde, G 618. 

3. Abbé Allnin, Arch. de l'archevêché de Bordeaux, Introduction, p. 



136 LE LITTORAL GASCON 

Lège. — « Nous savons que l'église de Lège a fui deux fois devant 
les sables en 1440 et 1660: la première fois, de 4 kilomètres; la 
seconde, de 3 kilomètres plus avant dans l'intérieur des terres 1 . » 
Ces quelques mots, qu'avec Elisée Reclus nous avons tous répétés 
plus ou moins et sans preuve, constituent au compte de Lège la 
légende, ou mieux la fable la plus complète de l'interminable Côte 
d'Argent. Telle est la force de cette légende, que V Annuaire de la 
Gironde répétait chaque année, jusqu'à ce que je lui eus signalé 
l'erreur : « Lège, près des dunes ; l'église, trois fois rebâtie, a trois fois 
disparu sous les sables. » Pour les habitants, une imaginaire route 
pavée, bordée d'arbres, allait de Gastera jusqu'à la mer en 1500. 

Il sera parlé de ce fabuleux Gastera à la fin de la présente notice 
de Lège. 

Au questionnaire dressé en 1778 par l'abbé Baurein, le curé de 
Lège consigna les traditions suivantes : « Il y a huit bourgs perdus 
depuis environ vingt ans au lieu appelé Villote, au couchant de 
l'église : le sable les ayant couverts... Il y a sur le local de l'ancienne 
église environ quarante pieds de sable 2 . » 

Et l'abbé Baurein écrit au titre d'historien : « Plusieurs quartiers 
de cette paroisse ont été couverts par les sables depuis environ une 
vingtaine d'années 3 . » 

Que Baurein, vivant à distance, ait reproduit ces mots parmi 
tant d'autres alarmes, c'est déjà beaucoup; mais que les habitants 
et le curé de Lège même les déclarent et les datent de vingt ans 
seulement,, cela dénote une étrange mentalité. Ce qui suit montre 
qu'on ne faisait que rajeunir une légende venant de loin. 

Darnal, continuateur de la Chronique bourdeloise de Delurbe, 
a écrit en 1620, à sa page 13, la mention suivante, déjà vue au 
chapitre III : «Il y a un village qui a été contraint de se reculer 
environ d'une lieue et remuer leur clocher, que le sable commençait 
à couvrir fort avant. Encore lesdits sables s'approchaient tant d'eux, 
depuis soixante ans que ledit remuement fut fait, qu'ils songent à 
reculer plus autant. Ge village s'appelle Liège. » 

La lieue de Gascogne valait 5.845 mètres. La reconstruction de 
l'église, d'après Darnal, remonterait à 1560 et non 1480, date ci- 
dessus. La vérité paraîtra plus loin entre ces deux millésimes, en 
1520. Mais de recul avant, alors et depuis, on n'en trouvera aucune 
trace en pénétrant ci-après dans l'histoire rétrospective de Lège. 

1. Elisée Reclus, Revue des Deux Mondes, no fit 18G3, p. (i89, et Géographie, 
t. II, p. 99. 

2. Bibl. mun. de Bordeaux, ms. 737. 

3. Variétés bordelaises, t. III, pp. 397-398. 



LÈGE 137 

Lège était une baronnie, avec un château seigneurial de l'époque 
romane dont la porte d'entrée était protégée par une barbacane. 
Le chapitre de Saint-André de Bordeaux fut, pendant près de 
«ix siècles, le baron de Lège, suivant ses titres et registres conservés 
aux Archives départementales de la Gironde, et dont voici les 
extraits qui se rapportent au présent sujet : 

« 1027. Donation par Sanche, compte héréditaire, en faveur de 
l'église Saint-André de Bordeaux, du droit du tiers de la monnaie 
fabriquée à l'atelier monétaire et du tiers du produit de tous ton- 
lieux sur toutes rivières; ajoutant à cette donation la seigneurie 
de Lège, le tout à perpétuité pour la restauration de ladite église 
et la manse des chanoines. » (G, carton 324.) — 11 s'agit d'un par- 
chemin, 19 lignes et demie très espacées d'écriture bien lisible du 
xi e siècle. Pas de signatures. Mais ce texte se trouve suffisamment 
authentiqué par la charte portant « confirmation du droit de mon- 
nayage du chapitre de Saint-André », charte octroyée et signée au 
xi e siècle par le duc Guillaume IX, fils de Guy-Geoffroy, auquel il 
succéda le 24 septembre 1086. (Archives départementales ; Arch. 
hisf. de la Gironde, t. XXX, pièce autographiée n° 1.) 

« 1273. Accord entre le chapitre et noble en Pierre de Bordeaux, 
seigneur de Castelnau. En Pierre payera au chapitre pour les mou- 
lins de l'estey de Campagne douze deniers d'exporle, deux escartes L 
de froment et trois escartes de mil qui devront être apportées jusque 
devant la barbacane du château de Lège. » (G, carton 419.) — 
L'acte est sur parchemin et revêtu du « seing manuel » du notaire 
rédacteur du contrat. — Une barbacane de château est d'habitude 
une défense semi-circulaire attenante à l'édifice et de sa hauteur, 
entourant et protégeant la porte d'entrée. Elle avait à distance 
l'aspect d'une tour basse. Vers l'an 1400, lorsque la mise en usage 
des bouches à feu se généralisa, la barbacane devint partout insuf- 
fisante et dut être protégée à son tour par des travaux extérieurs. 

« 1403. Le chapitre fait fortifier la tour de Lège. » (G 308, registre 
d'actes capitulaires.) 

« 1423. Procureurs de Pierre de Castro chargés de la réparation 
de la tour de Lège. » (G 284, registre d'actes capitulaires.) 

«6 décembre 1474, 1 er juin 1475. L'archidiacre de Blaye dit que 
la tour de Lège menace ruine et qu'il faut la réparer. — Le droit 

I. Cette mesure de capacité s'orthogrnphiait : escarte, esquarte, quarte. 
(Bémont, Rôles gascons, glossaire). — Au Moyen -Acre, la quarte ou coarte de 
froment (moitié de la conque) était de 27 livres à Bayonne (Arch. de Bayonne, 
AA 3, p. 78; Etablissements, p. 291, n'' 242). -— La livre de Bordeaux était a la 
même époque de kit. 408 (Brutnils, Actes de. VAcad. de Bordeaux, ^911, p. 87). 



138 LE LITTORAL GASCON 

d'entrée de R. A. de Gasc, chanoine récemment nommé, servira 
aux frais de reconstruction de la tour de Lège. » (G 285, registre 
d'actes capitulaires.) 

«27 juin 1475. Gomme le transport par eau est meilleur marché, 
on traite avec un mnrin pour porter et débarquer au port de Lège 
les pierres, les bois et autres choses nécessaires à la construction 
de la tour de Lège. » (Même registre 285.) — Le souci de conserver 
au château seigneurial de Lège sa force défensive ressortait bien 
de cette série de mesures. Il ne s'écoulera pas un demi-siècle pour 
voir changer d'opinion. 

c. 17 janvier 1520-21. Il fut ordonné que les habitants de Lège 
prendront de la pierre du château de Lège en telle quantité que 
besoin sera pour la construction de leur nouvelle église, à condition 
toutefois, qu'après cet emploi, le reste de la pierre dudit château 
sera transporté et conservé en lieu sûr près de ladite église. » (G 286, 
registre d'actes capitulaires.) — Cette réserve relative à la conser- 
vation du reste de la pierre montre que le château n'était pas dans 
le voisinage immédiat de l'église nouvelle; l'intervalle, on le verra 
plus loin, paraît avoir été de 300 mètres. La cause de la recons- 
truction de l'église n'est d'ailleurs pas mentionnée dans les actes 
capitulaires, et le fait se présente comme une mesure naturelle. 

« 1540. Moulin à vent commencé de construire près de l'église 
de Lège. Les concessionnaires prendront la pierre sur les lieux, et 
pour l'achever seulement, au château de Lège; ils recevront cent pas 
de terre autour de la tourelle du moulin. » (G 437, carton.) — Cette 
tourelle de moulin a été détruite. La belle carte de Masse la montre 
à cent toises au levant de l'éghse, en 1707 l . L'église de 1520 se 
trouve identifiée par ce fait et surtout par la mention suivante de 
Léo Drouyn : « L'église de Lège est du xvi e siècle... La façade a été 
bâtie avec des pierres provenant d'une ancienne façade romane 
On y voit des tronçons de colonnes et des pierres couvertes de mou- 
lures romanes... On voit près du clocher cette inscription : 1666 
M. I Cassan 2 . » Le nom de cet entrepreneur qui paraît avoir amé- 
lioré le clocher doit être le même que celui dont le nom a été gravé 
en 1662, comme on l'a vu, sur l'église du Porge, 

Par acte du 30 août 1600,' dressé par \l e Bornage, notaire, la 
baronnie de Lège fut vendue par le chapitre au duc d'ÉpemoU 
pour la somme de 15.000 livres :{ . 

1. Aux Archives municipales de Bordeaux, un plan n° 3117, dressé en mai 
1756 pour le bornage de la terre de Lège, montre égalementile moulin à veftl 
à 100 ou lio toises de l'église. 

2. Fonds Léo Drouvn, t. XLVIII, p. 585, août 1866 (Arcli. mun. de Porc eaux). 

3. Archives de la flironde, chapitre Saiiit-Amli.-. (i 891, 583 et B24. 



LÈGE 139 

En maintenant ou en octroyant aux habitants le droit de chasse 
au gibier d'eau dans les « lettes, monts et autres lieux et tâches », 
le duc d'Épernon fit dresser des mesures de réglementation. La 
baillette y relative du 13 décembre 1628 porte : « ...Étant partis 
ledits habitants de leurs maisons (à l'appel de la cloche), seront 
tenus de demeurer par deçà l'étang de ladite paroisse sans passer 
outre et, étant tous assemblés audit lieu, tiendront conseil entre eux 
pour savoir à combien de pas et spaciosité il faudra tendre les retz, 
Aussi à même peine de... Ce fait, passeront l'étang et iront aux 
lettes auxquelles aucun desdits habitants ne tendront aucun retz 
gans au préalable avoir la permission et adresse du syndic 1 . » 

On voit parfaitement que Lège était comme aujourd'hui à 
1.500 mètres sur la lande, séparé des dunes par les marais et le 
chenal des eaux de l'étang de Lacanau. La carte de Masse (voyez-la 
plus haut, page 128) montre très bien cette situation en 1707; et 
lors de la visite pastorale du 8 mai 1731 (archevêque Honoré de 
Maniban), le curé de Lège remit pour le procès-verbal de la visite 
du prélat les renseignements analogues suivants : « La paroisse n'est 
ni ville, ni bourg, ni village, mais rase lande et les maisons éloignées 
l'une de l'autre. Il y a un prétendu hameau qu'on nomme Ignac 
éloigné de l'église de cinq ou six cents pas. Il n'y a point de métairies. 
11 y a 140 communiants. Il n'y a presque que des matelots 2 . » 

Jamais, dans les documents sérieux, on ne parle d'une maison 
à l'ouest du chenal et des marais, ni dans le rayon des dunes. Cela 
n'empêcha pas le seigneur de Marbotin d'écrire de Bordeaux à l'in- 
tendant de Guyenne, le 4 janvier 1768, pour lui demander de faire 
constater «l'invasion des montaignes de sable sur les possessions 
de sa paroisse de Lège ». 

Du moment que de Marbotin venait parler de choses touchant 
à ses intérêts personnels, son zèle était quelque peu suspect. L'in- 
tendant répondit mollement, parla des « progrès insensibles des 
dunes » et aussi du mal qu'elles pourront faire avec le temps. Mais 
<!<' part et d'autre on omettait de se demander depuis combien de 
siècles ou de milliers d'années on se posait cette dernière question. 

En juin suivant, M. de Marbotin, qui était conseiller au Parle- 
ment, insistait ainsi auprès de l'intendant de Guyenne, en magistrat 
singulièrement renseigné : « Gomme les montaignes de sable des 
bords de la mer gaignent successivement les fonds cultivés, les 
habitants sont obligés d'en défricher de nouveaux... Il y avait même 
là anciennement une ville qui a été couverte sous le sable et il n'y 

1. Archives de la Gironde, dossier de la famille de Caupos. 

2. Mêmes archives, Cï 661, Visites ries archevêques. 



140 LE LITTORAL GASCON 

a pas nombre d'années qu'on fut obligé de reculer l'église de la paroisse 
dans un endroit où depuis elle se trouve encore menacée l . » 

Si l'état du sol ne se modifiait pas, la version de Darnal ne s'était 
pas modifiée non plus depuis 1620. 

Le 27 messidor an XIIT, les habitants de Lège demandaient que 
la Commission des dunes s'occupât tout de suite des moyens de 
fixer les sables « qui font des progrès rapides de ce côté et qui, depuis 
peu, ont couvert les terres cultivées et même des maisons - ». 

Le folk-lore ne désarmait pas; il maintenait et entend toujours 
maintenir ses droits. On a vu, on verra ce qu'il vaut devant les 
textes authentiques, les actes notariés et les édifices marquant leur 
époque, c'est-à-dire d'après des témoins qui révèlent les faits, cons- 
tatent ou règlent des affaires et sont dégagés de toute opinion 
humaine. La simple comparaison de la carte de 1707 avec la carte 
récente du Conseil général 3 suffirait, d'ailleurs, à montrer la décon- 
certante bizarrerie des versions de Darnal, de Marbotin et de 
Baurein qui, sans cesse répétées, forment le fond de la tradition 
populaire, malheureusement enregistrée par Elisée Reclus. 

Les dunes ont, à Lège, 5 kilomètres et demi de profondeur ouest- 
est, situation bien normale; leurs sables étaient nus et, chacun le 
sait, s'agitaient dans leur domaine, du côté de la mer. Ils ne pou- 
vaient exercer aucune pression ou menace sur le village, situé, on 
vient de le dire, sur la lande et à 1.500 mètres à l'est des eaux de 
jonction des étangs, ce qui ressort du reste des cartes précitées, 
vues au Porge, douze pages plus haut. 

L'église de Lège ayant été identifiée par le rapprochement des 
actes capitulaires de 1520-1540, de la carte de Masse et du texte de 
Léo Drouyn, il reste à déterminer l'emplacement exact ou approxi- 
matif du château à barbacane, qui devait avoir dans son voisinage 
l'église primitive, remplacée en 152(1 et aussi vieille peut-être que 
la basilique voisine d'Andernos. Car le seigneur de Lège, il y a douze 
ou quinze cents ans, ne pouvait pas avoir ses serfs à la distance de 
7 kilomètres à l'ouest de son château, sur la grève maritime, sous le* 
vagues de la mer, où des traditions erronées nous les montrent. 

Au nord-ouest de l'église de Lège, on voit des vestiges du moulin 
à eau de Campagne, nommé plus haut, en 1273. Tout à côté se 
trouvent les restes d'un moulin à vent dont la base est désignée 



1. Archives do la Gironde, C2S1 et 3G71; — Congrès des Soc. savantes de 1905, 
p. J95, Section de Géographie. 

2. Archive^ de la Gironde, registre de corresp. do la préfecture (arrivée). 

3. Qui sont deux documents officiels, la carte de 1707 étant de l'ingénieur 
militaire Claude Masse, venu dans notre région avec Yauban. 



LÈGE ldl 

par : truc redoun, tertre rond. Ce nom de lieu Campagne, désigné aussi 
au terrier de 1575, existe encore. L'estey 1 sur lequel le moulin se 
trouvait établi était un bras des eaux de Lacanau tombant à Arca- 
chon le long des dunes. Le chenal creusé de main d'homme en 1860- 
Î873 pour régulariser le déversement des mêmes eaux a séché cet 
cstey. Il ressort ainsi de l'acte de notaire de 1273 que le fleuve côtier 
de Lacanau était détruit à la grève maritime antérieurement à 
cette époque, car des eaux de simples marécages n'auraient pas pu 
actionner des moulins; en même temps, le moulin à eau de Cam- 
pagne reste, à la bordure des dunes, un repère aussi précieux que la 
vieille église du Porge. Le fabuleux refoulement des marais, tant 
soutenu par des spécialistes, est tué par ces preuves matérielles 
vieilles de neuf ou dix siècles ! Voyez à la fin du paragraphe Cazaux. 

Les eaux des lacs du Médoc, en venant se déverser sur Arcachon, 
parcoururent à la lisière des dunes la partie la plus basse du sol, 
laissant à la partie orientale quelques petites dunes avancées et 
isolées. Cette lisière à barrière d'eau n'a donc plus été franchie ou 
forcée par des sables mobiles, on vient de l'expliquer. C'est à l'est 
d'elle, sur la lande, à l'emplacement de nos jours, que doit être 
recherché le Lège de l'époque gallo-romaine. 

Dans un dénombrement de la baronnie de Lège opéré en 1575 
en faveur du trésorier Ogier de Gourgues 2 , on lit à sa page 99 : 
« Pièce de pré qui est au lieu appelé au Castet, laquelle est environnée 
de fossés par les deux côtés. » La page 69 donne : « Grande vieille 
rue » et « chemin vieux par lequel on va et vient de Lège à Ignac. » 
— L'église ne comptait alors que cinquante à^cinquante-cinq ans 
d'existence, tandis que ces deux dernières mentions trahissent une 
ancienneté autrement reculée. Le «chemin vieux d'Ignac» existe 
toujours dans le langage courant. 

A 40 mètres à l'ouest de l'église se trouve encore aujourd'hui un 
emplacement nommé au château 3 . — Plus à l'ouest, à 300 mètres 



1. Dans la région bordelaise, petit, cours d'eau recevant le flux marin. Variante 
de estuaire. 

2. Notaire Daudan, Archives de la Gironde, terrier E, 487. — 11 paraît utile 
d'expliquer qu'à l'époque la baronnie de Lège fut aliénée au trésorier de Gourgues. 
Après sa mort,, on fit casser la convention, au détriment de la veuve de Gour- 
ou» -, par le parlement de Toulouse, car, dit le dossier relatif à la procédure, 
i M. le duc d'Épernon, auquel cette terre convenait, sollicita le chapitre d'y 
rentrer. » (Carton 419.) — En 1406, le chapitre avait refusé de vendre la baron- 
nie à un précédent captai de Buch, au comte de Foix (reg. G 308). 

3. Le plan cadastral porte pour les environs de ce point : « Le château. » 
Ce nom moderne, château, s'applique à la demeure en pierre et en torchis du 
seigneur de Marbotin, qui acquit d'un descendant du duc d'Épernon, au com- 
mencement du xvm c siècle, la baronnie de Lège. Après avoir passé par a'autres 



142 LE LITTORAL GASCON 

de l'église (qui est toujours celle de 1520), existe un autre lieu 
désigné « au Gastet ». Des matériaux qu'on y a trouvés naguère sous 
terre ont servi à construire partie de deux maisons actuellement en 
usage (recherches et remarques de M. l'instituteur Cugneau). 

Il semble que c'est à ce dernier « Castet », terme gascon du dénom- 
brement de 1575 établi en faveur d'Ogier de Gourgues, qu'on pourrait 
mettre à découvert les substructions du château seigneurial de 
l'époque romane *. 

En tout état de cause, les informations rapportées ne peuvent 
laisser aucun doute sur ce point : le château seigneurial à barbacane 
était au village actuel de Lège. Selon la coutume et les nécessités 
de l'époque féodale, le village lui-même ne pouvait être, il y a douze 
ou quinze cents ans, qu'à côté du château. Les « fossés » du pré de 
1575 pouvaient provenir des fortifications du « Castet » démoli. 

|Cazaux. — De M. de Brissac, curé de Gazaux, 1778 : 

L'église est petite étant un ancien prieuré de bénédictins bâtie en 
1140... L'ancienne église, selon l'ancienne tradition, a été enfoncée 
dans l'étang par son débordement qu'il a l'ait du côté de la terre 2 
Il y a quinze maisons, dont trois près du presbytère. Le curé donne, 
en outre, les secours spirituels à quarante familles de résiniers. — - L< 
temps et la misère ont défruit tout, particulièrement depuis 1716 qui 
la forêt fut incendiée, car autrefois Cazaux était une petite ville très 
ancienne. Il y a cinq lieues de pinadas dans la forêt de Buch dépendanl 
de la paroisse de Gazaux, le reste de la paroisse est en landes. Li 
forêt (dont Cazaux aurait autrefois possédé une portion) ayant èl( 

mains, cette demeure peu confortable fut achetée en 1830 par M. Gauri, qui h 
démolit pour lui substituer une jolie maison bourgeoise. (Voyez Guillon, La 
châteaux de la Gironde, 1866.) Ce n'est pas là le castel de 1575. 

1. L'abbé Baurein plaçait ce château dans « un local du côté de la mer, appelé 
au Castera ». Actuellement, ce lieu Castera serait à la dune de Lescourre, à 
2 kilomètres au nord-ouest du bourg de Lège et à 600 métrés environ à l'ouest 
du chenal qui longe le* dunes; la tradition locale veut aussi qu'une église cons- 
truite en l'an 1500 soit ensevelie sous la môme dune. Il ne reste plus du Castera, 
dit Guillon, < que des souvenirs confus, au-dessus desquels surnage la légende 
des deux jeunes demoiselles, se sauvant effrayées devant la dune de sable qui 
engloutit le vieux manoir ». — Tout cela est réduit à néant par les actes capi- 
tulâmes ci-dessus, et jusqu'à ce jour inédits, de 1520 et de 1540. Si le vieux 
château avait été enseveli sous les sables, les chanoines n'auraient pas parlé 
si naturellement d'en prendre la pierre pour construire une nouvelle église 
d'abord, un modeste moulin à vent vingt ans plus tard. L'antique manoir n'a 
vu ni des demoiselles l'abandonner pour échapper au danger des dunes, ni 
les sables l'ensevelir; il n'était pas au « Castera », 600 mètres à l'ouest de l'estey 
et du moulin de 1273, qui marquaient alors comme aujourd'hui la bordure 
des dunes; il ne pouvait pas être sous les dunes en 1273, puisqu'on l'a entretenu 
et fortifié jusqu'en 1500 sur la lande, pour en livrer ensuite les murs aux cons- 
tructions nouvelles désignées. Castera est un lieu imaginaire. 

2. Le curé parle comme si deux églises avaient existé à la fois à Cazaux 



v CAZAUX 143 

brûlée en 1716, une douzaine d'habitants de la Teste s'en emparèrent 
(lisez : la reconstituèrent), et depuis ce temps-là les habitants de 
Cazaux n'en ont rien retiré que du bois pour leur chauffage l . 

De l'abbé Petit, en Ï909 : 

Ce village, tour à tour abandonné comme paroisse et comme béné- 
fice, était le plus pauvre du captalat. Sans cesse dévoré par les sables 
envahissants, il ne récoltait qu'un peu de blé 2 . 

État des bénéfices, de 1730 : 

Bénéfice abandonné depuis quelques années, à cause des sables que 
la mer a jetés dans les terres de cette paroisse; porté pour mémoire 3 . 

Du Conseil municipal de La Teste, délibération du 24 février 1806 : 

En l'année 1716, la forêt de La Teste devint la proie des flammes, 
tout fut ravagé et anéanti... Cet état de nullité se prolongea jusqu'en 
1746; alors les familles qui avaient abandonné le pays lors de l'incen- 
die revinrent en partie et commencèrent l'exploitation de cette nou- 
velle forêt 4 . (Mention sérieuse, de même que la suivante.) 

De M. Félix Lacombe, bourgeois de La Teste, en 1902 : 

La forêt usagère de La Teste s'étendait, il y a moins d'un siècle, tout 
le long de la rive sud du bassin d'Arcachon, et sans interruption... 
Elle avait, au lieu même où se trouvent Arcachon et Le Moulleau, 
le même aspect qu'elle offre aujourd'hui dans ses parties les plus 
reculées 5 . 

De la France de 'Bordeaux (10 octobre 1915), renseignée par un 

membre de la municipalité de La Teste : 
* 
Au Moyen-Age, le lac communiquait avec l'océan par un fleuve : 
une sorte de baie profonde où florissait le port de Maubruc, qui rece- 
vait des vaisseaux de haut bord. Mais les dunes comblèrent la baie 
et ensevelirent le port. Comme tous les étangs littoraux, Cazaux a 
marché vers l'est sous la poussée des dunes. 

A travers cet exposé de citations, il s'agit maintenant de faire 
ressortir les faits qui doivent être rejetés comme n'étant pas fondés. 

Le captalat de Buch comprenait trois communautés : La Teste, 
Gujan et Cazaux, chacune d'elles jouissant de la célèbre forêt dite 
montagne, qui tapisse 4.000 hectares de dunes primitives. 

1. Questionnaire dressé par l'abbé Baurein, Bibl. de Bordeaux, ms. 737. 

2. Abbé D. Petit, Le Captalat de Buch, p. 46. 

3. Archives de la Gironde, G 844. 

4. Félix Lacombe, de La Teste, Le Captalat de Buch, 3 e vol., manuscrit déposé 
un décembre 1902 à l'Académie de Bordeaux, p. 42. 

5. Idem, 5 e vol.. p. 1. 



144 LE LITTORAL GASCON 

Quoique qualifié de paroisse, Cazaux ne doit jamais avoir été, 
comme localité, qu'un modeste hameau, à peu de chose près tel que 
le curé de l'endroit le montre en 1778 avec trois maisons au chef- 
lieu. Le site aurait mérité mieux, si l'on considère, dans cette 
immense solitude, la belle, prenante et sauvage poésie qu'offre le 
paysage, et si l'on tient compte des ressources que pouvaient rendre 
l'étang, ses abords orientaux et surtout la forêt qui couvre la partie 
ouest. Déjà du sommet de la première dune où s'éleva un chalet 
de chasse dès qu'une petite ligne ferrée atteignit Cazaux, l'homme 
reste saisi quand, adossé à la forêt, sa vue embrasse la vaste plaine 
liquide du lac, par-dessus laquelle, vers le sud, on devine plutôt 
qu'on ne voit Biscarrosse. On se demande alors pourquoi Cazaux 
n'a pas connu un peu de l'importance relative qu'eurent de tout 
temps ses deux copropriétaires de l'étang : Sanguinet et Biscarrosse. 

Son isolement était propice au travail de la légende. D'abord, 
l'église au fond de l'étang; le son des cloches monte de temps à 
autre à la surface des eaux, ajoutent les habitants. Seulement, pour 
le simple passant, il se trouve que l'une des deux cloches de l'église, 
porte qu'elle fut fondue l'an 1546 pour Saint-Pierre-de-Cazaux. 
Elle ne fut pas plus engloutie que l'église, à moins qu'on puisse 
présenter un texte sur un temple disparu. On ne le trouvera pas. 

Longtemps avant ce millésime de 1546 porté par la cloche, les 
habitants de Biscarrosse recevaient de l'autorité anglaise, le 2 juil- 
let 1277, confirmation du droit de jouissance des terres, du droit de 
résinage et de pacage depuis le rivage de la mer jusqu'à la Leucatc 1 . 
Puisque ce chenal d'écoulement de Cazaux vers Parentis existait 
en 1277 le long de la lisière orientale de la forêt ou montagne de 
Biscarrosse, vieille comme celle de La Teste, l'étang de Cazaux- 
Sanguinet-Biscarrosse était aussi vaste alors qu'en 1860 et n'a pas 
pu grossir davantage ni recouvrir une église postérieurement au 
xni e siècle. Personne n'est en mesure de dire à quelle époque reculée 
les eaux de l'étang de Cazaux se déversaient directement à la mer 
dans les conditions où s'écoulent par un simple cours d'eau celles 
de Léon et de Soustcns. Jamais un port et une baie n'ont existé 
à Cazaux. De simples sondages à la rive ouest du lac de ce nom 
(je vais en parler) ou au rivage correspondant de la mer donneront 
toujours une certitude à cet égard. C'est le moyen auquel j'eus déjà 
personnellement recours, en 1901-1902, devant le centre de l'étang 
d'Hourtin et à l'île des Oiseaux du bassin d'Arcachon. Une forte 
tranchée poussée jusqu'à 11 mètres dans la dune, au niveau de sa 

1. Arch. de Biscarrosse; — Arcli. des Landes. 



CAZAUX 145 

base, à la plage maritime d'Hourtin, donna un sol qui, analysé à la 
Faculté des sciences de Bordeaux, accusa des gaz de matières orga- 
niques, soit la négation d'un cordon littoral survenu 1 . A l'île des 
Oiseaux, le sondage donna des sables terreux, boueux et d'argile 
en rapport avec les assises supérieures du sol oriental du bassin 2 . 
L'année suivante (1903), M. Pawlowski écrivait : «Je me prononce 
donc, avec M. Saint-Jours, contre l'hypothèse d'anciennes baies 
littorales... Desjardins ( Gaule romaine) s'était donc trompé, et Reclus 
a suivi cette erreur 3 .» M. Camille Jullian avait écrit longuement dans 
le même sens au Journal des Savants de juin 1903*. 

De ce moment, le dogme des baies ouvertes était sapé. 

Cependant, depuis lors, je voulus assurer des sondages à la rive 
ouest des deux lacs les plus rapprochés de la mer, parce qu'ils sont 
les plus vastes, ceux d'Hourtin et de Sanguinet-Cazaux. J'en donne 
le résultat tel que je l'ai présenté en 1908 dans Les Fables du littoral 
gascon, brochure discrètement destinée à des compatriotes non 
convaincus : 

Hourtin, rivage central ouest. On trouve à la surface du sol m 20 
de sable rouge gras tourbeux. — 500 mètres plus à l'ouest, m 20 sable 
rouge ténu à la surface, et au-dessous 1 mètre de sable rosé, sans 
doute à force d'être vieux et en région humide. 

Cazaux, centre, Dunes des Places. A 45 mètres du rivage du lac, 
m 30 sol tourbeux à la surface, puis m 25 sable rouge ténu et de 
calibre égal. A 100 mètres du rivage, aux forêts antiques d'Ispe fpartie 
sud-ouest du lac), mêmes assises. 

Ce ne sont pas là des indices de sables arrivant fraîchement du 
côté de la mer pour refouler les étangs, mais bien des preuves de la 
fâcheuse erreur des on-dii sans cesse répétés sur la question. Les 
dunes ne refoulaient pas les étangs et n'empiétaient pas sur la lande ! 

Ensuite, en 1909, j'avais proposé à deux contradicteurs d'effectuer 
à Cazaux, à frais communs, de nouveaux sondages comme ceux de 
1901-1908 dont je viens de parler et que j'avais assurés ps» mes seuls 
moyens 5 . Le projet resta sans suites, vu les résultats précédents. 

Le port de Maubruc, lieu d'atterrissement des bateaux plats de 
l'étang, est un havre comme celui de Pelous à Hourtin, comme celui 
de Port-Sainte-Marie sur la Garonne, du côté d'Agen, où l'on n'at- 
tend ni vaisseaux de haut bord, ni paquebots d'outre-mer. Du reste, 

1. Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, 1902, « Les fleuves côtiers de Gascogne ». 

2. Idem. 

3. Bull, de Géogr. hislor. et descriptive, 1903, n° 2, p. 332. 

4. Voyez plus haut au chap. I er , p. 7, et au chap. III, p. 81. 

5. Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, 1909, p. 223. 

10 



146 LE LITTORAL GASCON 

point n'est besoin d'aller au loin chercher ce qu'est un port sur nos 
étangs. A 5 kilomètres au sud du lac de Cazaux commence celui 
de Parentis, qui compte sur sa rive ouest, et sur l'alignement de 
Maubruc, les quatre ports suivants, d'après la carte d'état-major : 
port de Taron, port de Hourtiquet, port de la Pendelle, port de 
Bétout. Tout cela est étranger à la mer et à ses navires. 

Pour qui ne connaît pas la carte des dunes des travaux de 
Brémontier, reproduite au 320.000 e par M. Durègne, où l'on voit 
la forêt antique d'un seul tenant sur la partie ouest de Cazaux, 
la citation ci-dessus de M. Félix Lacombe, de La Teste, pourra 
convaincre que jamais un grain de sable n'a bougé du fait des 
vents sur le sol cultivé de Cazaux depuis la haute antiquité. 

L'endroit restant sans importance, un prêtre n'y pouvait pas vivre. 
La vacance, en 1730, marquée comme « bénéfice abandonné » a été 
bizarrement attribuée dans ses causes « aux sables jetés dans les 
terres ». Le curé, M. de Brissac, en 1778, précise sulïisamment plus 
haut qu'à part l'étang il y avait des forêts à l'ouest et la lande à l'est. 
Pas de sables mobiles, dès lors, et l'abandon signalé en 1730 eut 
pour cause l'incendie de 1716 (page 143 ci-dessus, ligne 15). 

Loin de s'être étendu aux seuls dépens de la lande lors de sa for- 
mation, l'étang de Cazaux s'est logé aux dépens des dunes en les 
dévorant, séparant ainsi en deux les forêts antiques de La Teste- 
Cazaux et de Biscarrosse. Voyez au chapitre III, pages 84 et 87, 

L'incendie de la forêt de La Teste datant de 1716, il est possible 
d'examiner si avant ce sinistre Cazaux a été «une petite ville », 
comme le croit à tort le curé de 1778, et même si ce lieu a eu 
quelque faible importance. 

Sur la liste des paroisses du xm e siècle, la plus ancienne connue \ 
l'endroit portait déjà le nom sous lequel il reste désigné : Saiiclus 
Pelrus de Casaux. La paroisse était desservie par un prêtre sécu- 
lier, présent ou non. Il en fut de même tout le long du xiv e siècle; 
en 1378, on trouve la mention que Cazaux fut ravagé par la guerre 2 . 
En ceci il faut voir le sort échu à tant d'autres endroits éprouvés 
par la guerre de Cent ans. Déni fie (La Désolation des églises) enre- 
gistre à ce sujet des plaintes et des pétitions de Soulac, de Mimizan 
et de Capbreton. 

Cazaux ne figure pas sur l'état du xvi e siècle où sont présentés 
les bénéfices réguliers et séculiers du diocèse de Bordeaux. A cette 
époque, qui correspond à celle de la fonte de sa plus vieille cloche, 



1. Arch. liisl. de la Gironde, t. XLIV (1909), Comptes de l'archevêché. 

2. Idem, t. XXI et XXII. 



CAZAUX 147 

l'endroit ne devait avoir qu'un vicaire fourni par La Teste. Il rece- 
vait une cloche, mais restait sans importance. 

En 1555, les habitants des paroisses de La Teste, de Gujan et de 
Gazaux nomment des syndics à l'effet de poursuivre le procès qu'ils 
ont intenté au comte de Gandale, conformément a l'autorisation 
donnée par lettres patentes du roi en date du 11 mars 1555, ledit 
comte de Gandale s'opposant à ce que lesdits habitants continuas- 
sent de jouir des fruits, revenus, droits de pacage et de chauffage 
sur la Montagne de La Teste l . 

Les habitants obtinrent satisfaction. 

En 1604, le duc d'Épernon reconnaît vrais propriétaires les habi- 
tants qui possédaient, et comme usagers, ceux qui ne possédaient 
pas; il reconnaît en même temps qu'avant lui la forêt avait été 
divisée, et en sa qualité de seigneur direct, il recevait à esporler 
ceux des habitants qui détenaient légitimement, sans réclamation, 
sans entraves d'aucune sorte de la part des autres habitants, les 
diverses parcelles qui composaient la forêt 2 . 

Gazaux, en 1604, restait donc en possession de certains droits 
sur la montagne. Néanmoins, nous allons lui trouver une situation 
bien précaire. 

1626. La visite de l'église de Gazaux porte dans le procès-verbal 
dont elle fait l'objet : « Nous sommes transporté en l'église parois- 
siale de S* Pierre de Gazaux, en laquelle n'avons trouvé aucun 
prêtre qui fasse le divin service, et nous ont représenté, les habi- 
tants dudit lieu, n'y avoir eu messe en ladite église depuis trois 
semaines et que le vicaire ne faisait sa résidence audit lieu. Quant 
au dedans de lad. église, l'avons trouvée mal ornée, les vitres 
cassées... mal propre 3 . » 

Le défaut de présence du vicaire est ici constaté. En même temps, 
dans ses devoirs sacerdotaux peu chargés, il lui était interdit de 
faire du zèle. En effet, en 1622, le vicaire de Gazaux fut cité devant 
l'autorité ecclésiastique en raison de ce qu'il administrait les sacre- 
ments, à Pâques, à d'autres que ses paroissiens 4 . 

1633. « Le prieuré de S e Pierre de Cazaux fut donné aux 
jésuites du colège de la Magdelenne de Bordeaux, en 1633, et main- 
tenant (1778) appartient au Roy comme il paraît par un registre 
qui est à la cure signé des jésuites et du vicaire perpétuel 5 . » Ici 

1. Arch. de la Gironde, E, notaires, terriers. Expédition sur parchemin. 

2. Félix Lacombe, déjà cité, 3 e vol., p. 26. 

3 Arch. de la Gironde, G 635, cah. 8, visites des archevêques. 

4. Iderriy G 659, fonds diocésain. 

5. Curé de Brissac, réponse au questionnaire dressé par l'abbé Baurein. 
Bibl. mun. de Bordeaux, ms. 737. 



148 LE LITTORAL GASCON 

il y a texte positif, et c'est de 1633 seulement, il semble, que prend 
naissance le terme peu applicable de «prieuré ». Nous saurons vite 
combien durera cette institution dite, bien à tort, régulière, à en 
juger par les trois mentions suivantes : 

1645. Le prêtre desservant Gazaux est investi du titre de vicaire 
perpétuel *. 

1648. Il n'existe pas de curé titulaire à la résidence de Cazaux. 
Est curé ou recteur de Saint-Pierre-de-Cazaux le prieur hospitalier 
de Bardenac, d'après la mention suivante du pouillé de l'arche- 
vêché de Bordeaux imprimé à Paris, en 1648, par Gervais AUiot : 
« Prior de Bardenaco, redorque sandorum Martini de Peshac et Peiri 
de Casalibus in Bornio. » La maison hospitalière de Bardenac, située 
en Talence, relevait des jésuites de Bordeaux. On ne saurait cher- 
cher un prieur au quartier de Cazaux. 

1655. Désunion de Gazaux, ci-devant uni au collège des jésuites 
de Bordeaux 2 . A la même date, la paroisse de Gazaux est de nou- 
veau unie à celle de La Testy 3 . 

Les jésuites gardèrent ainsi pendant vingt-deux ans le « prieuré » 
de Cazaux, composé en tout d'un vicaire dont ils avaient quelque 
difficulté, avec le maigre revenu local, à payer la « portion congrue ». 
Elle devait s'élever, comme à Sainte Hélène-de-1'Étang, au chiffre 
de 200 livres tournoises, à ce qui va paraître. M. de Brissac s'est 
réellement trompé en parlant d'un prieuré fondé à Cazaux en 1140 4 . 
Il voulut se baser sur la cloche, d'après lui fondue six ans plus tard, 
mais dont l'inscription réelle est : g['att mil ttttt UXXVt fut fttU 
$W $ ffitïU (U (ÇagaitX. — Les lettres sont en relief. 

Au lieu de lire itttl (500), le curé, faisant erreur dans sa 
réponse à l'abbé Baurein, avait lu et écrit: ttut 5 i et attribué 
632 ans d'existence à la cloche, ce qui, en 1778, devait justifier sa 
date non fondée de 1140 pour la naissance du soi-disant prieuré. 
Du reste, il suffirait de dire qu'en 1146 l'inscription de la cloche 
aurait été en langue latine et non en français. 

1659. Révocation de l'union de Cazaux à La Teste 6 . 

1676. Nouvelle union de Gazaux à La Teste, les habitants de 

1. Arch. de la Gironde, G 751, fonds diocésain. 

2. Idem, G 880, idem. 

3. Idem, G 754, idem. 

4. Bibl. mun. de Bordeaux, ms. 737. 

5. C'est un estampage, à la manière dont les enfants « impriment » sur papier 
des pièces de monnaie, qui m'a permis de montrer cette différence dans les 
centaines. 

6. Arch. de la Gironde, G 756, fonds diocésain. 



CAZAUX 149 

Gazaux n'accomplissant pas leurs engagements relativement à la 
pension congrue de 200 livres promise à leur curé *. 

1695. Visite de l'église de Cazaux par le curé Friguet, de la 
paroisse de Saint-Siméon de Bordeaux, commissaire délégué par 
l'archevêque: «Et aduenant le 29 mai (1695»), nous commissaire 
susd., accompagné dud. sieur curé greffier, nous serions transporté 
dans l'esglize de S* Pierre de Cazaux, où estans entré... aurions 
trouvé lad. esglize en désordre. Et il nous auroit été représenté un 
procès-verbal de visite de lad. esglize faicte en l'an mil six cent 
septante un par Monseigneur de Béthune, lequel n'auroit été exé- 
cuté en aucun chef à raison du petit nombre des parroissiens et de 
leur pauvreté extrême, ne sachant quy deuroit contribuer aux frais 
desd. réparations ou s'il ne seroit pas plus à propos de desmolir 
entièrement lad. esglize. Et estant allé aud. Cazaux a dessain de 
sélébrer la sainte messe, il ne se seroit pas trouvé de vin pour le 
sacriffice de la messe dans toute la paroisse 2 . » 

Aux budgets officiels de la taille (expéditions officielles), le cap- 
talat de Buch figure comme suit 3 : 

1707 1708 1718 1748 

La Teste. . . 3.628 liv. 3.650 liv. 1.373 liv. 2.600 liv. 

Gujan 1.762 1.773 1.689 1.680 

Cazaux 54 55 14 70 



On est maintenant édifié sur la situation de Cazaux avant l'in- 
cendie de 1716, pendant les années presque stériles de la recons- 
titution de la forêt et après la reprise, en 1746, de l'exploitation 
de la forêt reconstituée. Il n'est donc pas permis à la tradition créée 
depuis l'incendie d'imputer à ce sinistre le manque d'importance 
de l'endroit ni, non plus, pour employer l'expression du curé-com- 
missaire Friguet, « la pauvreté extrême » des paroissiens de Cazaux 
en 1695, vingt ans avant l'embrasement de la forêt. Il convient de 
remarquer que les procès-verbaux de visite de 1626 et de 1695 ne 
font aucune allusion à une menace des eaux ou des sables. 

Si les habitants de Cazaux, au dire du curé Friguet, délégué de 
l'archevêque, étaient privés de vin, il faut convenir qu'à l'occasion 
ils avaient l'eau chaude, ou même bouillante. En 1638, l'officialité 
frappa d'excommunication trois habitants de Cazaux, coupables 

1. Arch. de la Gironde, G 762, fonds diocésain. 

2. Idem, G 919, idem. 

3. Idem, C2614, 2615, 2620, 2652. 



150 LE LITTORAL GASCON 

d'avoir « porté leurs mains violentes » sur leur curé 1 . En 1747, il 
y eut à Cazaux des troubles apportés au service divin par les rési- 
niers de la forêt reconstituée 2 . 

1762 (environs de). Cazaux, chez qui on voudrait signaler ici plus 
de prospérité, ne comptait que 9 feux 3 , ce qui représente un total 
de 35 ou 36 habitants. Cela seize ans après la reprise de l'exploi- 
tation et au moment où l'endroit payait plus d'impôts qu'avant 
l'incendie. La localité ne fut donc pas diminuée par le sinistre 
de 1716. 

1782. Voici, cette fois, une mention sur les eaux. A cette date, 
le curé demandait de faire bâtir un oratoire à proximité de sa mai- 
son, b le débordement des eaux ayant emporté le chemin qui conduit 
à l'église 4 . » Cet accident passager ne porta pas atteinte à l'église, 
dont la reconstruction date du milieu du xix e siècle. Il était déjà 
question de la démolir, en raison de son mauvais état, au procès- 
verbal de la visite ci-dessus de 1695. 

Au titre religieux, Cazaux reste aujourd'hui, et fut presque tou- 
jours, une annexe de l'église mère de La Teste. Les registres de 
catholicité de La Teste remontent à 1675. Les expéditions dépo- 
sées au greffe du tribunal civil présentent les naissances depuis 
1693 seulement. En les dénombrant pour les cinq années 1693- 
1697, j'y ai trouvé — toujours avant l'incendie de la forêt — les 
quelques rares naissances de Cazaux 5 . 

Cazaux n'a pas été un prieuré ni une petite ville plus ou moins 
engloutie avec une église imaginaire ; un port de mer n'a pas existé 
sur sa côte plate dépourvue d'eau profonde; les sables éoliens furent 
inconnus sur les terres appartenant à Cazaux; son étang était 
aussi vaste en 1277, et longtemps avant sans doute, qu'en 1860, 
date à partir de laquelle fut provoquée la baisse des eaux douces ; 
au lieu d'avoir été refoulé par les dunes, l'étang les a diminuées 
pour se loger en bonne partie sur leur emplacement. 

1. Arch. de la Gironde, G 687, fonds diocésain. 

2. Idem, G 659, idem. 

3. Abbé Expilly, Dictionnaire géographique (1762). 

4. Arch. de la Gironde, G 659, fonds diocésain. 

5. Les cinq années dont il s'agit donnent une moyenne annuelle de 65 nais- 
sances. La natalité ancienne de La Teste étant de 1 naissance par 36 habitants 
la population de cette petite ville, Cazaux compris, était de 2.340 âmes en 1G93- 
97, chiffres positifs. Sur ce point, contre son habitude, la tradition pèche a 
rebours, en rapetissant. M. Grand jean rapporte {Bull. Soc. de Gêogr. de Bor- 
deaux. 1890, p. 310) que la population de La Teste, celle de Cn/.aux comprise, 
n'était en 1689 que de 1.600 âmes. Il faut ajouter près de 50 0/0 au Chiffre de 
cette tradition. Voir La Teste, population, au chapitre V. 



CAZAUX 151 

Population. — D'après Expilly (page précédente), la population 
de Gazaux, en 1762, était de 36 habitants. 

En 1831 (Arch. de la Gironde, recensement), 
elle était de 197 — 

En 1896 (mairie de La Teste), 10 naissances et. 407 — 

En 1911 (mairie de La Teste), 4 naissances et. 360 — 

La diminution dans les chiffres de 1911, par rapport à ceux de 
1896, pourrait bien être due à l'incendie de pins qui fit beaucoup 
de bruit à la fin du xix e siècle et au commencement du xx e . 

Lorsque éclata la grande guerre, en 1914, on s'occupait à Cazaux, 
depuis l'année précédente, de la création d'une école de tir aérien 
(aéronautique militaire). A l'ouverture des hostilités, un simple 
casernement pour 80 hommes et un hangar existaient à cet endroit. 
L'école n'eut son existence administrative qu'en 1915. Cet établis- 
sement militaire prit une importance considérable et a rendu des 
services inappréciables par de grands progrès qu'il a assurés 
dans une guerre devenue particulièrement industrielle : tir aérien, 
hydravions, tir de défense contre avions, poste de combat de la 
marine, division de tir de chasse. 

12.949 élèves, dont 1.306 américains, plus 107 autres étrangers, 
au total 13.056 élèves sont sortis de l'École de tir aérien de Cazaux. 
Là est né l'appareil de correction du tir de la mitrailleuse appelé 
« ligne de mire Reille Soult », qui eut une vogue extraordinaire 
dans toutes les escadrilles du front. Cette découverte donna à 
l'École de Cazaux l'auréole et le prestige qui lui revenaient si bien. 

Le retour à la paix laisse entrevoir pour l'École de Cazaux, non 
seulement sa conservation, mais encore un accroissement de ses 
travaux et de ses attributions 1 . 

Le hameau sauvage de Cazaux devient un centre ayant de l'im- 
portance. 

Cet endroit se trouve à 12 kilomètres de La Teste. A moitié che- 
min, au quartier du Courneau, qui était constitué par une seule 
petite maison et un point d'arrêt (sans bâtiments) de la voie ferrée, 
fut établi, en 1916, un camp pouvant recevoir 20.000 hommes. 
Il resta affecta aux troupes noires. Les effectifs du Sénégal y ont 
représenté à eux seuls 102 petits peuples d'autant de dialectes: 
une belle tour de Babel. 

1. D'après André Rebsomen, Histoire de V École de lir aérien de Cazaux 
pendant la r/uerre de 1915-1919 (ouvrage en préparation), pour tout ce qui 
regarde l'établissemenl militaire. 



152 LE LITTORAL GASCON 

Peu après leur départ, qui eut lieu en octobre 1917, le Courneau 
reçut une déplorable division russe en révolte et qui, sous l'influence 
soviétique, avait fait défection au front français avec d'autres 
Russes plus indisciplinés encore. Les Américains firent oublier ce 
pénible spectacle en 1918 quand, au départ des Russes égarés, ils 
envoyèrent au Courneau leur artillerie, dont l'effectif atteignit 
15.825 hommes, en septembre de la même année 1 . 

Depuis Pelos, page 117 ci-dessus, qui correspond au Flamand, 
voilà atteinte l'extrémité sud de La Teste. Pour ce parcours de 
84 kilomètres, on a la prétention d'avoir démontré ici, à l'aide de 
preuves précises, que la lande, les propriétés privées, les étangs et 
autres eaux douces ne subissaient point la pression des dunes. 

Voulez-vous maintenant être fixés sur l'opinion, au même sujet, 
des hauts fonctionnaires (le l'époque de Brémontier? Vous h trou- 
verez présentée comme suit, au Congrès des Sociétés savantes de 
1905 : 

Nous avons reconnu — écrit encore Guyet de Laprade (conser- 
vateur des forêts) le 29 juin 1809, après une tournée de La Teste au 
Flamand avec M. Crépy, inspecteur général des eaux et forêts — que 
les dunes sur toute cette partie produisent le même effet que partout 
ailleurs, que partout elles envahissent des terrains et des forêts im- 
menses et qu'elles font refluer les eaux des étangs dans l'intérieur, 
au point que pour peu que les pluyes soient abondantes, on voit des 
pays immenses couverts d'eau. 

Et la conclusion du congressiste de 1905 est la suivante : 

Les dunes de Gascogne, propulsées par les vents d'ouest, ont cons- 
tamment, mais irrégulièrement, avancé vers l'est, ensevelissant cul- 
tures, habitations et forêts, et refoulant les eaux des marais et étangs 
littoraux jusqu'à ce que le boisement les ait immobilisées. Sans les 
travaux de fixation exécutés de l'an X à 1863, elles eussent pénétré 
plus avant dans les terres 2 . 

J'ai fait la preuve que le rivage de la mer se trouve depuis 
environ dix mille ans sur la ligne où nous le voyons aujourd'hui. 
Les témoignages de stabilité qui résultent de la vieille église du 
Porge et du moulin à eau de Lège (présent chapitre) sont inatta- 
quables. Les deux cartes des pages 128-129 sont des documents 
officiels. L'ingénieur militaire Masse fut emmené dans notre région 
par Vauban; sa carte fait autorité comme celle du Conseil général. 
Je les ai ramenées à la même échelle. Le 31 juillet 1834, un arrêté 

1. D'après André Rebsomen, note de la page précédente. 

2. Bull, de Géogr. histor. et descriptive, 1905, pp. J99 et 209. 



DUNES ALLEMANDES 153 

du préfet de la Gironde réglait et autorisait l'ensemencement des 
dunes de Lège. Masse, en 1690 et depuis, croyait à la légende de la 
progression des dunes à raison de 20 à 24 mètres par an (page 59). 
A ce compte, au moment de l'arrêté préfectoral de 1834 sur les 
semis de Lège, la ligne des dunes et des marais de la carte de Masse, 
terminée en 1707, aurait dû avoir progressé de 2.500 à 3.000 mètres, 
c'est-à-dire avoir presque atteint Le Porge et dépassé Lège de 
1.500 mètres vers l'est. Les deux cartes comparatives et les textes 
y relatifs, pages 126-129, 137-140, montrent la ligne sans change- 
ment, puisque a l'église vieilhe » du Porge de 1560 et le moulin de 
Lège de 1273, l'une et l'autre placés sur la ligne de contact des 
dunes et de la lande, ne peuvent pas avoir avancé vers Test avec le 
terrain qui les porte, ni reculé vers l'ouest. Au même sujet, j'ai déjà 
dit, page 95, qu'avec autant ou plus de force encore les dunes primi 
tives boisées, qui sur diverses étendues, à la bordure de la lande, 
ont à la fois vu naître et contenu la ligne de jonction des eaux, 
témoignent depuis des milliers d'années que cette ligne n'a pas 
été plus à l'ouest qu'aujourd'hui. Le non-empiétement de la chaîne 
dunaire reste indiscutable à sa partie orientale. 

Les deux citations de 1809 et de 1905, qui précèdent, sont par 
suite entièrement contraires à la réalité. 

Appréciez dès lors, à propos de nos dunes, la valeur des connais- 
sances possédées sur notre région au temps de Brémontier et prônées 
encore de nos jours, prônées de bonne foi assurément, mais aussi 
en induisant en erreur le monde scientifique et le public. Appréciez 
ce que peut signifier la marche constante, quoique irrégulière, de 
ces sables qui — soi-disant — envahissaient et ensevelissaient tout 
vers l'est, alors que depuis près d'une centaine de siècles peut-être, 
généralement parlant, ils n'ont pas empiété d'un pas sur la lande î 

Les Allemands ont pour leurs côtes de dunes des traditions 
comme celles que nous ont transmises les collaborateurs de Bré- 
montier. Il convient de les ajouter aux deux citations précitées de 
1809 et de 1905, en raison de leur origine commune. 

En 1900, l'ingénieur allemand Gerhardt a publié, sous les auspices 
du gouvernement prussien, Handbuch des deutschen Diinenbaues, 
ouvrage somptueusement édité. L'auteur était passé à Bordeaux 
l'année précédente, en mai 1899, et il fut accompagné et piloté 
dans les dunes de La Teste. 

A peu près à la même époque, la Petite Gironde avait rendu 
compte que des ingénieurs et des forestiers allemands venus en 
Gascogne furent, depuis Mont-de-Marsan, conduits dans des forêts 



154 LE LITTORAL GASCON 

de dunes, en particulier à Mimizan. On fit savoir au public que 
les Allemands et les représentants français communièrent dans les 
mêmes opinions et convictions. Elles sont d'ailleurs présentées 
ainsi d'après Gerhardt : «La formation, la progression et l'aspect 
des dunes sont les mêmes sur le littoral de la Baltique et de la mer 
du Nord que sur celui de l'Atlantique... Dans leur marche (en Alle- 
magne), ces sables ont enseveli des villages, des cimetières, dos 
forêts 1 . » La forêt de Mimizan, bien entendu, fut montrée comme 
une des plantations de protection ayant contribué au salut du pays, 
qui ne courait aucun danger. 

Les phénomènes ou les prétendus phénomènes sont ainsi, sur 
une même question, déclarés identiques sur les côtes des deux puis- 
sances par des spécialistes internationaux. 

Eh bien ! ce qui n'est pas vrai sur cette question en France, 
d'après les preuves ici accumulées, ne doit pas être exact en Prusse. 
Page 56, j'ai dit que les faits qui se sont produits sur les cotes 
de la Baltique pourraient bien se rattacher, dans leur cause et 
comme date, à ce qui est constaté sur notre longue côte gasconne. 

Usserre, Gastes. — La plus ancienne liste connue des paroisses 
(xm e siècle) donne dans le Born : Sanda- M aria de- lissera 2 . 

Au cours du siècle suivant, on trouve quinze fois Usserre et deux 
fois : 1) Cap. de Gnasles sive d'Ussera; 2) Ecclésie de Guaslas 3 . Il y 
a déjà présomption que dans ces deux noms il s'agit d'une seule 
et même paroisse. La certitude viendra par la suite. 

L'état des bénéfices ecclésiastiques du xvi e siècle donne : Sanctœ- 
Mariœ-Magdalenœ de lissera, alias de Guestres*. 

1622, 26 septembre, a été visitée l'église paroissiale S te Marie 
Magdeleine d'Usserre alias de Gastes 5 . 

1626, septembre. « Nous sommes transportés en l'église S te 
Madeleine de Gastes 6 .» 

1630. « Avons visité l'église S te Marie Madeleine de Gastes 7 . » 

1731, 28 avril, archevêque Honoré de Maniban. « Le lieu principal 
de la paroisse est le bourg de Gastes, qui consiste en 26 maisons 8 . » 



1. Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, 1904, p. 175. 

2. Arch. hisl. de la Gironde, t. XLIV (1909), Comptes de l'archevêché. 

3. Idem, t. XXI et XXII, Comptes de l'archevêché (pp. 165 et 434 du t. XXII 
pour Gastes). 

4. Idem, t. XXXIV, p. 388, fonds diocésain. 

f>. Arch. de la Gironde, G 635, visites des archevêques, cahier 4, loi. 1. 

6. Idem, cahier 8. 

7. Idem, cahier 12. 

8. Idem, G 651. 



SAINTE-EULALIE -EN -BORN 15. r ) 

Le nom de Gastes a fini par prévaloir sur celui d'Usserre, on ne 
sait sous quelles influences. Mais du moment qu'un texte cité à 
Gazaux montre que les étangs étaient reliés avant 1277 et, par 
conséquent, se déversaient à la mer à Mimizan, l'étang de Parentis 
n'a pas pu grossir et faire disparaître un lieu habité nommé aux 
siècles suivants. Gastes, qui borde la rive sud-est du lac de Paren- 
tis, ne prospérait pas vers la fin de l'ancien régime, car on trouve 
en 1775 : « Requête du curé de Gastes aux fins d'obtenir la réunion 
de cette paroisse à celle de Sainte-Eulalie. En deux ans on n'y 
a fait que trois baptêmes et un enterrement 1 . » 

Sainte-Eulalie-en-Born. — « A Sainte-Eulalie, au commen- 
cement du xvm e siècle, l'église et une chapelle de Malte disparais- 
sent sous les sables 2 .» Voilà ce qu'on affirme encore aujourd'hui 
sans souci d'autres preuves que la source qui paraîtra plus loin. 
Allez à Sainte-Eulalie, on vieillira la mention d'un siècle, on vous 
certifiera qu'au quartier du Pourjeau l'église primordiale et la cha- 
pelle de Malte furent ensevelies par les sables en 1603. Un prêtre 
s'occupant d'archéologie m'a signalé, par écrit, d'après la tradition, 
cette date de 1603 pour l'ensevelissement de l'église. 

A l'encontre de cette double tradition, il existe des obstacles 
officiels. La visite de l'église de Sainte-Eulalie, à la date du 15 sep- 
tembre 1626, porte : « Et advenant le 15 e jour du mois, nous sommes 
transporté en l'église de S te Eulalie que nous avons trouvée 
mal bâtie, les murailles fendues du côté de main droite en entrant, 
les autels sans parements 3 . » On ne voit pas là, après l'invasion 
supposée de 1603, une église nouvellement bâtie ou installée. La 
tradition va se trouver plus nettement détruite avec la visite de 
trois chapelles de Malte, en 1630, par l'archiprêtre Michel Aboi, 
curé de Parentis : 

« Certifie m'être transporté en la paroisse de S* Paul et dans la 
chapelle fondée sous l'invocation de Monsieur S* Jean, qui appar- 
tient à Messieurs les chevaliers...* 

» Je certifie de la chapelle S* Jean m'être transporté à S 1 Mar- 
tin de Pontenx et dans la chapelle fondée sous l'invocation 

1. Arch. de la Gironde, G 659, fonds diocésain. — Il se pourrait bien que 
ce prêtre aspirât à aller succéder à Sainte-Eulalie au curé Dupuy en groupant 
les deux paroisses. M. Dupuy, se déclarant rhumatisant, avait déjà sollicité 
une petite pension et montré le désir de se retirer à Bias. (Même cote G 659.) 

2. Georges Beaurain, Revue de Géographie, 1891, t. XXVIII, p. 257. L'auteur, 
confiant dans la tradition, énumère le martyrologe des localités soi-disant 
détruites : Lélos, Sart, Anchise, Saint-Jean-de-Vielle, Saint-Girons-Delest, etc. 

3. Arch. de la Gironde, G 635, cahier 8, visites des archevêques. 



156 LE LITTORAL GASCON 

de S te Marie Madeleine appartenant aux sieurs chevaliers de 
Malte. 

» ... Du temple de S te Marie Magdeleine de Pontenx, m'être 
transporté en la paroisse de Sainte-Eulalie et dans le temple aussi 
appartenant à Messieurs les chevaliers de Malte, fondé de même 
sous l'invocation de S te Marie Magdeleine 1 . » 

La chapelle ainsi visitée en 1630 à Sainte-Eulalie, d'après un 
procès-verbal en règle, n'avait donc pas été envahie et recouverte 
en 1603. 

Un sièclç plus tard, lors de la visite pastorale du 27 avril 1731 
(archevêque Honoré de Maniban), le prélat et le curé font ressortir, 
dans les termes ci-dessus de 1626, que l'église est vieille et en mau- 
vais état; et tout en constatant qu'il y a une commanderie de Malte 
dans le quartier de Gessis, ils disent que dans la paroisse il n'y a ni 
chapelle ou autels à la campagne, ni chapelle domestique 2 . La 
chapelle visitée en 1630 n'existait plus. 

Mais voici, en 1758, le curé de Sainte-Eulalie inquiet de la pari 
de dîmes que lui réclame l'archevêché. Dès lors il y a un intérêl 
personnel mis en jeu et une requête à motiver fortement, ce qui 
mène loin : « Cette paroisse était fort étendue autrefois, » dit le curé, 
«mais les sables de la mer, conjointement avec les eaux dont ji 
viens de parler ayant prodigieusement avancé, ont enlevé le meil- 
leur terrain à l'habitant. L'église et la chapelle de Malte ont ét( 
ensevelies par les sables... Il sera facile à présent de faire connaître 
à Messieurs du bureau le revenu de cette paroisse... Supplie don< 
Messieurs du bureau d'adoucir son sort autant qu'il sera possible,* 
il se trouve hors d'état de pouvoir payer les dixmes qu'on lui 
impose 3 . » Et voilà une tradition assise, paraît-il, pour qui n'y 
regarde pas de plus près. 

Peu après, en 1762, dans une supplique à l'archevêque, le curé de 
Sainte-Eulalie fait valoir que l'église est bâtie à neuf par ses 
soins 4 . 

Ensuite, c'est le Rapport d%1817 qui parfois a besoin non de 
boiser, mais de sauver le pays. « Nous avons trouvé une dune qui 

1. Arch. de la Gironde, cahier 13. 

2. Idem, G 651, visites des archevêques. 

3. Idem, G 659, fonds diocésain. — La pièce est datée du 28 septem- 
bre 1758 et signée : « D. curé de Sainte-Eulalie de Mimizan. » L'examen de pièces 
de cette cote 659, dont il n'y a ni utilité ni convenance à parler publiquement, 
laisse voir que c'est ici une tête parfois malade qui a agi dans certaines circons- 
tances. La légende des édifices religieux envahis par les sables reste sans base. 
La taille fut diminuée en plus forte proportion à Sainte-Eulalie qu'à Aureilhan, 
Mimizan et Bias, à partir de 1707-1708, un demi-siècle avant la pétition. 

4. Idem, G 659, fonds diocésain. 



SAINTE-EULALIE-EN-BORN 157 

attaque vivement le canal, c'est celle du Pioc... Les sables descen- 
dent dans le canal (de Sainte-Eulalie) et l'obstruent... Les terres, 
au loin, se submergent 1 . » Cette dune est à 7 kilomètres de la mer. 

De Parentis à Aureilhan-Mimizan, le courant qui longe du nord 
au sud la bordure orientale des dunes présente aujourd'hui encore 
13 mètres de chute pour un parcours de 10 kilomètres. 

Avec cette pente, son écoulement à la mej* étant assuré par 
Mimizan, il aurait pu avoir raison des flancs des plus fortes dunes 
et de tous les sables en furie : pas un grain de ceux-ci n'aurait passé, 
s'ils avaient été agités là comme on le croit à tort. Mais alors on 
renverse les termes et l'on dit : « La dune érodée menace de combler 
le cours d'eau. » C'est comme si l'on dénonçait la dune du Sabloney, 
coupée à pic, de vouloir combler la passe Sud d'Arcachon qui l'érode 
de la manière dont le courant de Sainte-Eulalie érode encore des 
dunes et déracine des pins. 

En ce qui regarde la question des terres submergées, elle était 
et reste indépendante des dunes mobiles et du boisement. Ainsi 
que le phénomène a été expliqué au Régime des eaux, chapitre pré- 
cédent, page 83, c'est au bord de la mer, entre la laisse de pleine 
mer et la laisse de basse mer, que se décide le sort des eaux douces. 

Les dunes nues s'agitaient à Sainte-Eulalie comme ailleurs, mais 
du côté de la mer, dans leur domaine spécial. Tout ce qu'on leur 
prête de menaçant vers l'est va tomber, avec les légendes créées, 
devant l'acte notoire suivant: le 11 novembre 1402, le seigneur 
du Puy vendait à nobles hommes de Castetja frères, en plus de 
son donjon sur motte avec « bassacort et capdulh deu Puy qui es 
en la parropia de Sancta-Euladia de Born », tout le pays ouest de 
Sainte-Eulalie, depuis les Leles 2 de Mimizan d'un côté et le iermi 
de Biscarrosse de l'autre côté, et tenant en profondeur du battant 
de la grande mer jusqu'à l'eau appelée la Guillère, qui part de 
l'étang de Biscarrosse et va choir à l'étang de Mimizan 3 . 

La jonction des étangs a déjà été montrée à Cazaux par un texte 
de 1277; elle est confirmée ici par l'acte de vente bien explicite de 

1. Rapport de M. Le Boullenger; — Congrès des Sociétés savantes de 1905, 
Section de Géographie, page 200. 

2. Après dix ou douze ans d'attention dans les recherches, j'ai pu montrer 
dans La Propriété des dunes de Gascogne, pages 9 à 12, avec huit exemples 
allant de 1376 à nos jours, que le mot letle signifiait tout simplement, sur toute 
l'étendue des dunes et sur la lande : lieu banal, pâturage libre, propriété ou 
jouissance de communauté. C'est l'équivalent du mot certainement plus récent 
padouens, né à l'époque latine. La question reparaîtra au chapitre VIII. 

3. Arch. mun. de Bordeaux, Fonds Léo Drouyn, t. X, p. 209, d'après les 
archives du comte de Marcellus. Acte reçu par Pierre de Luc, notaire à 
Bordeaux. 



158 LE LITTORAL GASCON 

novembre 1402. Donc, alors comme aujourd'hui, les étangs du pays 
de Born se déversaient à la mer sous Mimizan, et, on îe répète, ils 
durent présenter au Moyen-Age la superficie développée qu'ils 
avaient en 1860, époque où fut provoquée la baisse des eaux. 

En allant des dunes vers l'est, il y a de la Guillère au Pourjeau 
600 mètres, puis 1.000 autres mètres du Pourjeau à la route qui va 
de Sainte-Eulalie vers le sud. Sur la région du Pourjeau, toujours 
au levant de la Guillère, il y a des dunes primitives, et toute cette 
bande était couverte de forêts antiques, d'après la carte des dunes 
des géomètres de Brémontier, pendant 4 kilomètres et demi sans 
interruption, le long du cours d'eau; la profondeur ouest-est des 
bois ne dépassait pas 1 kilomètre. Il existait là une double bar- 
rière d'eau et de forêt où aucun grain de sable ne bougeait; aucun 
grain de sable éolien n'a pu menacer le Pourjeau. 

Le donjon sur motte vendu en 1402 avec le vaste carré de dunes 
de Sainte-Eulalie était probablement au Pourjeau, où paraissent 
encore des restes d'un cimetière et de constructions anciennes. 

Les dunes étaient souvent désignées par le nom de puy, en ce 
temps-là. On en trouve de nombreux exemples dans les textes 
et terriers du prieuré de Soulac, au livre du capitaine marin Pierre 
Garcie, etc. Le « capdulh deu Puy » de Sainte-Eulalie pouvait bien 
avoir eu pour motte une éminence du Pourjeau. 

L'emplacement de la chapelle de Jessis, qui appartenait à l'ordre 
de Malte, reste ignoré aujourd'hui. Des prêtres se demandent, sans 
rien pouvoir préciser, si elle était aussi au Pourjeau. 

On a vu plus haut, sous la date de 1758, la lettre supplique du 
curé de Sainte-Eulalie. L'année suivante, en 1759, un registre 
11 674, de l'ordre de Malte, spécifie au folio 264 que « le vénérable 
Bailly (le commandeur de Bordeaux) paye au curé de Sainte-Eulalie 
la somme de 12 livres par an pour l'administration des sacrements 
aux habitants du quartier de Jessis ». Les reconnaissances des 
biens de Jessis turent renouvelées en 1733 devant Dorthe, notaire 
à Mimizan. Le 18 septembre 1759, il était dit au même registre 
11674 que ce quartier était presque complètement abandonné * le 
sable de la mer transporté par le vent et les marais refoulés par le 
sable gagnant toujours dans les terres »*. 

C'est toujours le même langage, le même prétexte de la mer et 
des dunes qui avancent en tout dévorant et que nous retrouvons 
toujours sur la même ligne, celle des potiers préhistoriques au bord 
de la mer, celle de l'église vieille du Porge, du moulin de Lège (1273) 

1. Arch. de la Gironde. — Déclaration peu sincère. 



SAINTL>ELLAL11£-EN-B0RN 159 

et des forêts antiques, à la lisière de la lande. On ne saurait présumer 
qu'aux environs de 1750 des sables aient pu, à 7 kilomètres de la 
mer, traverser la Guilîère et sa forêt sans les endommager, sans y 
laisser aucune trace, pour aller atteindre plus à l'est un quartier 
habité. Si des terres y sont restées incultes en 1759, c'est pour autre 
chose que pour des eaux refoulées par des dunes qui ne bougeaient 
pas, qui étaient boisées. 

En descendant la Guilîère depuis la forêt du Pourjeau, on trouve 
le quartier de Guirosse un peu avant d'atteindre l'étang d'Aureilhan. 
Parlant de ce point, M. l'ingénieur en chef Le Boullenger dit dans 
son rapport de 1817 : « Le lendemain nous arrivâmes dans le quar- 
tier de Laguirosse, à l'embouchure du canal de Sainte-Eulalie dans 
l'étang d'Aureilhan. — La visite de ce canal excitait d'autant plus 
notre intérêt, qu'il est le seul débouché des vastes lacs de Cazau, 
petit Biscarrosse, grand Biscarrosse ou Gastes 1 . Nous reconnûmes 
en cet "endroit que la Commission avait fait semer la chaîne des 
dunes mobiles appelées Dunes de Garanne ; ce sont trois mamelons 
considérables qui, ayant franchi le canal de Sainte-Eulalie, se 
jetaient dans les pignadas. — Ces dunes, leur surface est de 28 hec- 
tares 59, sont très pillées par les bestiaux, et en outre celle qui 
est dans le nord est fortement ravagée par le vent 2 . » 

Les sous-marins sont d'-usage tout à fait moderne, mais on leur 
prête de vieux précurseurs en ces sables plongeurs auxquels on 
attribue d'avoir traversé un cours d'eau de 10 mètres de large à 
courant rapide, pour aller à quelque distance former des «mame- 
lons considérables ». 

J'ai fait mon possible pour écouter retentir les flancs de tout 
cheval camouflé de Troie qu'on fait défiler dans nos dunes. Ici, 
à la Cuillère, les flancs des dunes de la rive droite et de la rive gau- 
che, qui sont les unes et les autres sans humus ni fougère, ne révè- 
lent rien. Le cas pourrait être embarrassant à apprécier, pour invrai- 
semblable que soit la traversée de l'eau, s'il n'était possible de pro- 
céder à un examen par voie indirecte, en slappuyant sur trois points 
en partie cités plus haut. 

1. Le 22 mars 1274, les habitants de Mimizan reconnaissent 
tenir à lief du roi d'Angleterre leurs maisons, leurs terres, pâturages, 
eaux, nasses et la côte de la mer. Ils possèdent en outre en alleu le 

1. Aujourd'hui, pour ce dernier, on dit : Parentis, au lieu de : Biscarrosse 
ou Gastes. 

2. Conservation des forets de Bordeaux. Voyez Bull, de la Section de Géoyr., 
TJ14, pp. 188-189. 



160 LE LITTORAL GASCON 

tiers du bois de Lacaze dans la commune de Lue 1 , qui est à plus 
de 30 kilomètres de la mer. — Mimizan ayant versé volontaire- 
ment des subsides pour l'entretien de l'armée anglaise, l'autoritt 
royale, par lettres patentes du 28 novembre 1289, fait don à cetl 
localité de la Montagne ou forêt de Bias. — Depuis, les fors el 
coutumes de Mimizan, lieu qui, plus haut, en mars 1274 n'avait pas 
de bois dans les dunes, portent, d'après les Ordonnances des roh 
de France, t. XV, page 632 : « (§ 2). Hem, Que nous avem et tenem 
totes nostres terres et hostaux et nostre montanhe et bozc 2 et 
lanes et arriberras 3 en nostre coste de la mar... » Par le fait, nous 
voyons que les dunes, en 1274, étaient veuves de bois ou forêts sur 
la partie nord de Mimizan, devant l'étang dit d'Aureilhan; elles 
étaient nues également encore en 1820, c'est-à-dire s^ns change- 
ment depuis 1274, d'après la carte des dunes dressée par les géo- 
mètres des travaux de Brémontier 4 . C'est pourquoi à hauteur de 
Guirosse les dunes ne présentent, sur les deux rives, ni humus ni 
fougères. Les sables de l'une et de l'autre rive semblent être pareils. 
2. Le profil des dunes de Ghambrelent, donné en note à la page 63, 
vient précisément, avec départ du bord de la mer, aboutir à l'étang 
peu vaste d'Aureilhan. Le faîte de la chaîne se trouve à 4.500 mètres 
de l'Atlantique avec 66 m 60 d'altitude; ensuite, à 5.750 mètres de 
la côte, les dunes n'ont plus que 37 m 07. Sur la carte d'état-major, 
pour les lieux dont il s'agit ici, il y a tout près de la rive ouest de 
la Guillère, en face de Guirosse, trois dunes dont les deux plus 
hautes sont à la cote de 25 mètres et de 24 mètres. Je demande 
comment à l'est de cette barrière haute de 66 m 50, quand la force 
de propulsion du vent se perd, des sables auraient pu franchir le 
cours d'eau pour former plus au levant des « mamelons considé- 
rables et se jeter dans les pignadas », alors qu'on peut voir ci- 
devant, pages 71 et 73, qu'à la dune bordant la mer à Biscarrosse 
et au Vieux-Boucau, à la gueule du vent, les sables ont si peu de 
mobilité à distance pourtant assez grande des forêts situées plus 
à l'est. 

1. Bémont, Reconnaissances féodales en Guyenne, n° 690. Citation déjà pré- 
sentée. 

2. Montagne et bois de Bias, partie sud de Mimizan. 

3. Dans trois Etablissements de la ville de Bayonne, des 6 décembre 1298, 
6 avril 1359 et 14 septembre 1403, l'action de faire pacager le bétail dans les 
vergers et terres de la ville est rendue nombre de fois par : arribeirar : « Los 
bestiars si eren trobatz arribeiran. » — J'ai entendu désigner dans le même sens 
de pacage, sous la forme arribère, une portion de champ, à Saubion et à Saint- 
Vincent. — Arribère, signifie pâturage. 

4. Géomètre Pagneau pour la Gironde; pour les Landes, géomètre Louis 
Dumont. 



MIMIZAN 161 

3. Immédiatement au nord des dunes de Garanne, objet des 
mentions de M. Le Boullenger, et sur la même rive orientale du 
chenal reliant les étangs, il y a une douzaine d'autres dunes sur un 
parcours de 5 kilomètres. Ce sont, on vient de le voir au Pourjeau, 
des dunes primitives, au témoignage de la forêt antique qui les 
tapissait. Les dunes boisées du Pourjeau et les dunes de Garanne 
non boisées et « très pillées par le bétail » diffèrent un peu d'aspect 
dans leur forme, sans doute parce que les unes étaient peuplées 
d'arbres depuis de longs siècles et les autres piétinées par le bétail; 
mais d'un bout à l'autre ce sont des monticules qui se trouvent 
sur la même ligne, au levant et le long du cours d'eau reliant les 
étangs. Les sables des uns et des autres doivent être en place 
depuis des milliers d'années ; boisés sur la partie nord, ils ne l'étaient 
pas à l'extrémité sud, voilà tout. 

Il paraît possible à cet égard de voir ce qui s'est passé : les étangs, 
emprisonnés depuis l'oblitération de l'embouchure du déversoir 
à la mer, grossissaient, mordaient dans les dunes pour se loger 
à la place de celles-ci et s'allongeaient à droite et à gauche, tout 
en couvrant la lande à l'est tant que l'exigeait le niveau de la masse 
liquide; l'extrémité sud de l'étang de Parentis, lac encastré dans 
les dunes, s'allongea sur Sainte-Eulalie en serpentant par les 
endroits les plus bas et en érodant les monticules; avant d'atteindre 
un niveau suffisamment élevé pour aller tourner à l'est quelques 
petites dunes avancées, les eaux trouvèrent des parties basses 
par où elles ont continué leur chemin en laissant des éminences 
sur la rive gauche. Le même fait* se présente à Lège et au Porge, 
pages 129 et 141 ci-dessus. 

Mimizan. — « Le bourg de Mimizan, qui fut un des plus impor- 
tants des landes, a dû reculer également devant les sables 1 . » 

« Des fragments d'histoire parlent d'une ville et d'un port nommé 
Mimizan, situé sur la côte océane. Ce port ne subsiste plus, il est 
enseveli sous les sables... La tradition apprend encore que l'an- 
tique ville a subi le sort du port qui était au couchant de l'abbaye 
actuelle, sous la dune d'Udos... L'ancienne église paroissiale, beau- 
coup plus grande que celle qui existe de nos jours, était à l'ouest 2 . » 

« Mimizan, d'après une vieille tradition, dut abandonner sous 
les dunes sa primitive église. Or, son église actuelle date du xm e siè- 
cle. Il y aurait donc six cents ans que le fait aurait eu lieu... 
M. Reclus a peint d'un mot très juste cette situation, en 1778, de 

1. Elisée Reclus, Géographie, t. II, p. 100. 

2. Thore, Promenade, p. 40. 

11 



162 LE LITTORAL GASCON 

l'église de Mimizan et du bourg qui l'entoure : « ... Il n'y avait 
» plus de temps à perdre; les deux ailes avancées d'un croissant 
» de sable se recourbaient autour des maisons : on eût dit une 
» énorme gueule prête à la dévorer K » 

Mais oui, ce dernier fait de la dune en croissant se produisit 
près de l'église, et c'est absolument, de tout ce qui vient d'être 
transcrit, la seule chose exacte. Il ne passait plus de pèlerins en 
nombre appréciable, il n'y avait plus de commerce, et depuis un 
siècle les bénédictins avaient abandonné l'endroit redevenu pauvre 
et dépeuplé. A la partie orientale d'une grande plaine venant du côté 
de l'océan (elle était'relativehient protégée par le fleuve côtier qui 
descend en diagonale), des sables mobiles s'étaient massés à deux 
reprises dans un couloir, vers l'église. On y remédia vite en com- 
plantant du gourbet et en dressant des « balises ». Ainsi sont nom- 
mées des clôtures de brande ou de bruyère. Ces travaux de défense 
n'ayant pas suffisamment résisté : « C'est un cas fortuit, » avait, 
le 2 juillet 1783, répondu au juge de Mimizan l'intendant Dupré 
de Saint-Maur, qui ordonna ensuite, le 10 du même mois, le réta- 
blissement sur ce point de clayonnages qu'un ouragan de mai 1783 
avait détruits ou débordés 2 . Au chapitre V, le clergé parlera de 
cette dune en 1778, et sans alarme, sans littérature à effet. 

En citant dramatiquement le monticule qui s'était formé très 
près l'église de Mimizan et qui n'était pas poussé ou suivi par 
d'autres, on omet trop de dire qu'il est seulement à 5 kilomètres 
et demi de la mer, dans la zone normale des dunes, et que la pré- 
servation de l'église de Mimizan aurait donné cinquante fois moins 
de préoccupation que le dégagement annuel d'une des centaines 
de villas estivales de la dune riveraine de la côte gasconne. 

Quant aux inondations dont Mimizan souffrait beaucoup jus 
qu'en 1870 (question dans laquelle le boisement n'a rien à voir), 
elles se produisaient lorsque l'embouchure du fleuve côtier souffrait 
de l'hostilité des sables de la grève. 

Mimizan n'a jamais eu de port de mer. Son fleuve côtier est 
alimenté par deux grands lacs et par les eaux d'Aureilhan, mais 
il serait incapable de recevoir des navires de mer aujourd'hui, 
bien qu'il soit fixé au droit par une jetée. Il eût été bien plus im- 
propre à toute navigation avant 1870, quand la partie inférieure 
de ce cours d'eau, en arrivant à la plage, fuyait parallèlement à 
la mer de 3 à 4 kilomètres vers le sud, où il allait s'épuiser et parfois 
s'obstruer complètement. Pour donner un port à l'endroit, la 

1. Revue de Géographie, 1891, t. XXVIII, p. 257. 

2. Arch. de la Gironde, G 3672. 



MIMIZAN 163 

légende supposait une baie ouverte marquée par l'étang d'Aureilhan, 
chose absolument impossible sur notre pays plat et avec la loi 
physique qui régit notre côte sans cesse rasée du nord au sud par 
le courant marin côtier qui véhicule les sables. Au lieu d'une 
baie, contredite par la tourbe et l'argile qu'on trouve près de la 
mer et plus en arrière au niveau normal de la lande, Mimizan 
n'avait pour recevoir le flux que son petit fleuve côtier qui est dési- 
gné par deux des plus vieux écrits de la région : 1° vers 1035, 
Guillaume, comte de Poitiers, fils de Guillaume le Grand, et son 
frère Pierre donnaient à l'église de Mimizan la dîme de deux nasses 
ou pêcheries établies sur le fleuve côtier de cette localité 1 ; 2° un 
rôle gascon du 25 juillet 1281 autorise la construction d'un moulin 
sur le même cours d'eau, enlre V étang et la mer. 

Cela ne laisse place à aucune présomption d'existence ancienne 
d'un port. J'ai pu faire modifier à ce sujet, à partir de 1907, la 
mention de Y Annuaire de la Gironde, comme j'ai aussi fait modifier 
celle de Lège. L'assise de tourbe est mentionnée à la page 9. 

Une ville primitive et son église ensevelies du côté de la mer 
sous la dune d'Udos sont choses aussi imaginaires que le port. 
En 1898, l'église de Mimizan a été transférée de l'extrémité ouest 
à la partie est du bourg, vers la gare. Par parenthèse, si ce dépla- 
cement eût eu lieu un siècle plus tôt, la tradition nous montrerait 
là une église de plus ayant fui devant les sables ou par eux ensevelie. 




E. Église du v e ou du vi e siècle, écrasée en 1790 par sa tour. 

C. Clocher avec tour en pain de sucre du v 6 ou du vi e siècle, tombé 

en 1790 2 . 
E. B. Église des bénédictins, démolie en 1898. 
P. Portail des bénédictins, du xn e siècle, conservé (monument historique). 



Tout le passé de l'endroit, qui n'a eu d'importance que pendant 
la présence des bénédictins (xi e -xvn<? siècles), peut se lire dans 
le passé de son église maintenant démolie, dont, heureusement, 

1. Dubuisson, Cartulaire de Saint-Sever. 

2. Et non en 1770, comme on le trouve à l'Inv. somra. des Archives des 
Landes. On verra au chapitre V que l'église entière fut visitée en 1778 et 1787. 



164 LE LITTORAL GASCON 

M. le chanoine Départ, ancien curé de Mimizan, a donné tous les 
détails désirables 1 . L'édifice est figuré dans le croquis qui précède. 

L'église de Mimizan fut donnée en 982, par Guillaume Sanche, 
aux bénédictins de Saint-Sever, qui envoyèrent une colonie de 
moines s'y établir. Cette église, qui pouvait remonter au V e ou au 
vi e siècle, mesurait seulement 19 mètres de long 2 . Les bénédictins 
la prolongèrent de 22 m 50, jusqu'à la route romaine, ce qui fait res- 
sortir la situation et l'importance d'avant et d'après 982. 

Le Mimizan du commencement de notre ère ne se trouvait donc 
que là où était sa première église du v e ou du vi e siècle, au bord 
de la route romaine. L'endroit a très bien pu avoir dans le voisi- 
nage de la mer, au temps de sa prospérité, une chapelle et un quar- 
tier de chasse et de pêche, comme il y possède aujourd'hui un 
casino et une petite ville balnéaire, mais pas son chef-lieu de paroisse. 

Sous le pontificat de Pascal II (1099-1118), une bulle papale 
décida que l'abbé de Saint-Sever désignerait un prêtre qui se 
trouverait sous la dépendance de l'archevêque de Bordeaux pour 
assurer le service paroisial de Mimizan 3 . En 1153, le pape Anas- 
tase IV confirma les droits de l'archevêque de Bordeaux sur l'église 
de Mimizan 4 , qui par conséquent était l'unique temple du lieu. 

De ce chef, l'église, devenue à la fois conventuelle et paroissiale 
depuis l'arrivée des bénédictins à Mimizan, continuait à payer à 
l'archevêché des redevances ecclésiastiques (quartières) comme les 
autres églises paroissiales 5 . Le Born relevait en ce temps-là du 
diocèse de Bordeaux. 

Ces divers textes, qui remontent jusqu'au xi e siècle, ne permet- 
tent donc pas de supposer une église paroissiale dans les dunes. 

L'imagination populaire s'est exercée sur la dune d'Udos, point 
culminant situé à moitié distance de la mer à la lande. De ce lieu 
où la légende a placé un édifice religieux, on a fait aussi un endroit 
satanique où se tenait le sabbat, c'est-à-dire la réunion des sorcières 
autour de Belzébuth. Le sérieux de la version église n'est pas plus 
fondé que celui de la version sabbat. Histoires nées au coin du feu. 



1. Notice sur Mimizan, Bull, de Borda, 1884. 

2. L'église de Saint-Girons-du-Camp, que l'on estime être très ancienne, est 
de 20 mètres; celle de Mixe était de 20 mètres aussi. Nous n'avions que des 
endroits sans importance sur la route du littoral dite Camin Harriaou. Il y avait 
peut-être exception pour Carcans, dont l'église mesurait 90 pieds sur 30 (nef) 
plus un collatéral de 75 pieds sur 15. 

3. Dubuisson, Histoire du Monastère de Saint-Sever; — Départ, Bull, de 
Borda, 1884, p. 186. 

4. Arch. de la Gironde; — Arch. hist. de la Gironde, t. XXV, p. 103. 

5. Comptes de l'archevêché, Arch. hist. de la Gironde, t. XXI et XXII. 



BIAS 165 

Bias. — «... Il y a lu une démonstration assez manifeste que 
les dunes ont progressé de l'ouest à l'est, même dans les parties les 
plus larges de leur zone, et ont effectué ce mouvement bien après 
l'installation du christianisme en Gaule. 

» Même conclusion à tirer de l'église de Bias, au sujet de laquelle 
on lit, dans le rapport de l'ingénieur en chef du 6 décembre 1817 : 
« La lagûe du Bourg- Vieil est un assez vaste étang et même assez 
» profond qui occupe l'emplacement du village et de l'église de Bias 
» qui subsistait encore il n'y a pas très longtemps, puisque le père 
» du maire s'y est marié, ce maire peut avoir 55 ans. » Et dans le 
procès-verbal de la tournée de la Commission des dunes des Landes, 
du 29 mai 1809 : « Il y a quarante ans que l'église et les hameaux 
» qui l'environnent ont disparu sous les sables. Un nouveau temple 
» a été édifié dans la partie Nord ; ils se dirigent sur lui, ils le pour- 
» suivent, sous peu il sera enseveli comme le premier... Le signal 
» de la destruction fut donné il y a vingt ans. Une ferme considé- 
rable, située à l'angle occidental de ce hameau, fut couverte en 
» entier. Quelques arbres, dont on distingue encore les cimes, attes- 
tent encore la division des champs... La dune nommée Finon 
» (à 7.250 mètres de la mer) est le cratère d'où s'échappent chaque 
» jour les sables *. » 

Voilà qui est toujours sur le même ton le long de la côte, et voilà 
qui est encore pris au sérieux et présenté à un congrès annuel des 
Sociétés savantes. On va voir ce qu'il y a de vrai à Bias sur ces 
sables qui — imaginairement — couvrent une église et les hameaux 
environnants et repartent à la poursuite du nouveau temple pour 
l'ensevelir. Avez-vous la foi assez robuste pour croire à une inva- 
sion de sables vomis par une dune située à 7.250 mètres de la mer? 

L'église de Bias était à 7 kil. 500 environ de la mer, à la bor- 
dure orientale de dunes primaires 2 et près d'une fraction des bois 
antiques dits Montagne de Bias, ce qui annonce tout le contraire 
d'une région où les sables voltigent. Des eaux locales privées 
d'écoulement s'accumulèrent dans le passé contre ces vieilles 
dunes et près de l'église. Celle-ci, par suite, a été déplacée vers le 
nord-est en 1770, pour des causes venant de loin et qui vont 
paraître. Elle relevait du prieur de Mimizan, et pour cette raison 
Bias ne figurait pas sur les vieilles listes des paroisses. L'endroit, 



1. Congrès des Sociétés savantes de 1905, Section de Géographie, pp. 201-202 
(documents de la conservation des forêts de Bordeaux). 

2. Saint-Girons-en-Marensin est construit également, avec sa vieille petite 
église romane, à la bordure est de dunes primaires comparables à la montagne 
de Bias, où les bois étaient moins compacts qu'à Saint-Girons. 



166 LE LITTORAL GASCON 

on le verra plus bas, n'avait pas de bourg et ne comptait qu'environ 
25 feux dispersés sur neuf endroits différents. Sa constitution 
ressemblait ainsi à celle de Sainte-Hélène-de-1'Étang, annexe de 
Carcans. 

Le 8 juin 1645, un délégué de l'archevêque visitait l'église et 
consignait dans son procès-verbal : « Nous aurions procédé à l'exa- 
men... pour les chefs qui regardent la démolition de deux autels et 
la construction d'une chapelle de sacristie et des réparations néces- 
saires, et ayant interpelé le sieur vicaire perpétuel pourquoi il a agi 
sans ordonnance préalable, il nous avait réparti : Cela avait été 
fait à son forfait, et lui absent de Bias. 

» Se sont présentés Martin et Charles Deloupit, fabriqueurs de 
l'église de Bias, qui ont été avertis que M. Saturnin Agasse, prêtre 
vicaire dud. Bias pour avoir permission de faire bâtir quelque 
sacristie et une chapelle *, quoique sans nul besoin, a donné sa 
requête par-devant messieurs les grands vicaires, exposant par 
icelle que ci-devant l'église de Bias avait été comblée par le sable 
de la mer et que les paroissiens avaient fait bâtir fort loin dudit 
sable une autre petite église en forme de chapelle avec deux autels. 
A quoi il est réparti par le sieur Deloupit, en premier lieu que nulle 
église à Bias n'a jamais été comblée ni empêchée par aucun sable 2 , 
que dans la paroisse n'y a jamais eu nulle église que celle qui est 
à présent qui est assez grande et au delà... D'ailleurs disent que ce 
serait de l'argent mal employé, d'autant qu'il paraît à présent que 
dans peu de temps les sables qui sont proches de lad. église et en 
danger de la couvrir, lequel sable s'avance tous les ans de beaucoup 
vois ladite église. On craint que les eaux qui sont vers lesd. sables 
de lad. église, laquelle lesd. sables poussés toujours vers icelle font 
croire un plus grand danger de. la submerger le premier déluge ou 
desbordementqui arrivera... Finalement se plaignent et disent que 
ledit sieur Agasse a tort d'avoir demandé aucune permission de 
faire démolir et rebâtir 3 . » 

Ces dépositions contradictoires, faiteset signées devant le délégué 
de l'archevêque, offrent plus de garanties que d'autres renseigne- 
ments donnés alors et depuis devant notaires. Elles démontrent, 
suivant ce qui a été dit, que l'église de Bias était à peu de distance 

1. On remarquera qu'il s'agissait d'amélioration > et non de constructions 
nouvelles. 

2. Tl s'en faut de peu, on le voit, que la légende ne nous ait signalé à Bias une 
église de plus engloutie par les sables. Le fabricien Deloupit est intervenu là 
h propos. On pourra lui pardonner de s'être trompé en prédisant l'invasion — 
non réalisme — des sables do l'endroit. 

3. Arch. de la Gironde, G 651, archives diocésaines. 



BIAS 167 

de la bordure de dunes (non boisées) et qu'une lagune sans issue 1 
était enclavée entre les sables et l'édifice. Or, sur ce point, les dunes 
atteignent une grande profondeur ouest-est, et c'est par l'eau seule 
que l'église, d'ailleurs isolée ainsi qu'il sera dit, devait être chassée. 

Comme il y avait conflit, l'enquête ci-dessus fut reprise le 
13 octobre de la même année 1645. L'abbé Agasse, voulant justifier 
son initiative, persista à dire que, dût la paroisse être aux trois 
quarts couverte d'eau, l'église, placée sur un point éminent, ne 
courait aucun danger, à moins « de grandz changements miraculeux 
que leau veuilhe plustot aller en hault que au bas ». La partie 
adverse, au contraire, prévoit que dans trois ou quatre ans au plus 
il faudra déplacer l'église 2 . Sur ce point l'abbé avait raison, car 
plus d'un siècle s'écoulera encore avant l'abandon de l'édifice, ce 
qui dénote qu'il n'y avait pas poussée des sables. 

La visite suivante du 21 août 1648 ne parle pas dans son procès- 
verbal des dangers que courait l'église. Quatre-vingt-treize ans 
plus tard, l'archevêque Honoré de Maniban nous renseigne mieux 
dans sa visite pastorale du 24 avril 1731 : « L'église est bâtie en 
bonne pierre..., mais l'eau y est dedans : en deux ou trois ans on 
ne pourra y faire aucun office à cause de l'eau de l'étang, qui 
s'avance toujours. » C'est-à-dire que la lagune gonflait l'hiver, 
suivant ce que les habitants diront plus bas cinq ans plus tard, en 
1736. Mais l'épreuve de Bias ayant été fort grossie et dénaturée, 
il est bon de laisser l'archevêque nous renseigner sur l'endroit et 
ses habitations : « Le lieu principal, qu'on appelle bourg, consiste 
en l'Église, une grange où l'on a fait faire une cheminée. Dans le 
quartier qui est le plus nombreux il y a neuf feux; à Antonin, un; 
à la pièce de haut, deux; à Pomade, un; à Barleyrac, deux; à 
Levesque, un; à Joanon, trois; k Hélie, deux; à la Mole, trois 3 . » 
L'église était donc isolée comme à Sainte-Hélène; seule elle était 
incommodée par l'eau de la lagune. On trouvera un peu plus loin, 
à Saint- Julien, la même nomenclature par bourg (où est l'église) 
et par quartiers. 

En 1736, les habitants demandent l'autorisation de bâtir une 
nouvelle église, « les pluyes abondantes et les vents violents ayant 
fait avancer l'étang presque dans le cimetière de l'église, par les 
nouvelles montaignes de sable qui se sont formées et qui empêchent 
l'étang de reculer davantage ; dans la crainte que les eaux du dit 

1. Thore disait en 1810 : «étang en formation. » Il était déjà vieux en 1645, 
et, simple lagune comme en 1810, comme aujourd'hui. Donc, pas de changement. 

2. Vroh. de la Gironde, G 651, archives diocésaines. 

3. Idem, G 651, visites dos archevêques. 



168 LE LITTORAL GASCON 

étang ne refoulent avec abondance dans l'église, comme elles ont 
déjà refoulé cet hiver dernier 1 .)) On était à la bordure des dunes 
(on l'a vu il y a un siècle), et ces imaginaires et «nouvelles mon- 
taignes de sable » ne signifient par conséquent rien. Mais à côté 
de la crue hivernale signalée, il faut remarquer cette périphrase 
que les dunes empêchent l'étang de reculer vers l'ouest. On voit 
par là que les trois unités de tout temps rapprochées depuis l'exis- 
tence de la lagune : dunes, eau de faible superficie et église, devaient 
être en 1736 dans les positions respectives où elles se trouvaient en 
1645; seulement, la lagune gonflait sans doute dans les proportions 
où restaient gonflées les eaux que Mimizan devait écouler à la mer. 

La nouvelle église fut inaugurée en 1770, et le curé de Bias 
écrivait à cette occasion : « Du côté du levant, nord et sud, envi- 
ronné des eaux, l'approche (de Mimizan) devient impraticable 
surtout aux habitants de Bias, qui ont plusieurs ruisseaux à passer, 
ce qui les a déterminés à faire construire un cimetière à la nouvelle 
église qu'ils ont bâtie 2 . » 

Dans les épreuves de Bias, on attribue aux sabïes ce qui, d'après 
les témoignages d'autorités ayant spécialement charge de veiller 
à l'état et à la conservation des édifices religieux, doit être imputé 
aux eaux. La lagune de Bias continue d'exister avec, environ, 
ses 250 mètres de long sur 150 mètres de large. On l'appelle l'étang 
du Bourg bieil. Il grossit relativement peu l'hiver depuis que le 
fleuve côtier de Mimizan, fixé au droit à son embouchure par une 
jetée en maçonnerie, maintient bas dans les environs le niveau des 
eaux douces. Si cette jetée, qui date de 1871-74, avait été cons- 
truite deux cent cinquante ans plus tôt, l'église de Bias n'aurait 
pas été menacée d'inondation, fort probablement. 

En aucun cas on ne pourrait, à Bias, chercher dans la lagune 
de 250 mètres ou autour d'elle un village et des hameaux qui n'ont 
pas existé; l'église se trouvait un peu au levant de la faible masse 
d'eau. L'archevêque en personne, par son procès-verbal de visite 
de 1731, nous a légué la preuve que l'ingénieur en chef et la Com- 
mission des dunes se sont laissé conter, en 1809 et en 1817 
(page 165), des faits de destruction qui restent sans fondement. 

Saint- Julien et Gontis-en-Born. — L'incohérence des tradi- 
tions continue à se donner ici libre carrière : la mer, dit-on, avance, 
avance sans cesse, et les sables comblent les ports et font reculer 
vers l'ouest les rives maritimes. 

1. Arch. de la Gironde, G 659, fonds diocésain. 

2. Idem. 



SAINT-JULIEN ET CONTIS 169 

« Le port de Contis, situé au fond d'une anse, offrait un passage 
aux bateaux des pêcheurs côtiers et riverains. L'anse a disparu, et 
avec elle la passe navigable de l'étang de Saint-Julien, ainsi que 
le port ancien de Contis 1 . » 

Quand et comment ce port aurait-il existé au fond d'une anse, 
avec passe vers l'intérieur, puisque en 1809 le naturaliste Thore, 
auteur de ces quatre dernières lignes, a constaté sur les lieux, 
comme suit (page 80 de son livre), ce qu'est la forêt qui arrive 
jusqu'à 600 mètres de la mer le long du petit cours d'eau de Contis : 
«Là se font remarquer des houx de 8 à 10 mètres de haut, dont 
le tronc a de 40 à 50 centimètres de circonférence. On y voit des 
aubépines dont les tiges rivalisent avec celles des arbres à haute 
futaie; des chênes dont on ne saurait calculer la vieillesse, et dont 
les troncs rappellent les baobabs de l'Afrique. » 

Contis est une fort ancienne station d'été à l'embouchure, rive 
droite, du petit fleuve côtier de ce nom qui, aussi" loin qu'on puisse 
remonter, séparait le Born du Marensin. Il n'y a donc eu ni baie 
ni port à cet endroit, pour des raisons analogues à celles données 
à Mimizan. Le cours d'eau a reçu, en 1862, la protection d'une jetée 
en maçonnerie au point de sa chute à la mer et a été récuré en 
amont d'une manière accentuée. Aussitôt les étangs réunis de 
Saint-Julien et de Lit, qui inondaient le pays quand le courant 
était engorgé au loin, au sud, sur la plage maritime, ont baissé au 
point de ne plus présenter que quelques marais. Les prétendus sables 
qui refoulaient les étangs n'ont pas eu à s'écarter pour faire place 
aux eaux douces descendues à la mer, et l'endroit présente la 
meilleure leçon de choses et de fait sur la formation, le grossissement 
et la réduction des étangs. Le boisement n'est pour rien dans cette 
question, et M. Le Boullenger commet à cet égard une erreur, dans 
son rapport de 1817, en parlant de Contis et d'autres cours d'eau. 

« Le bourg de Saint-Julien a dû être porté à une lieue de son 
ancien emplacement, 'dans le quartier de Sart. Les sables ont 
envahi les côtes de. Saint-Julien et de Sart, où les baleines venaient 
échouer en abondance il y a cinq cents ans 2 . » — « Les sables 
avaient envahi une grande partie du quartier d'Orvignac, et le 
bourg fut porté à une lieue de son ancien emplacement, dans le 
quartier de Sart 3 . » 



1. Thore, Promenade, p. 348, édit. de 1810. 

2. D. de Sauviac, Chroniques oVAcqs, p. 11, 

3. Cuzacq, Les Grandes Landes, p. 11. 



170 LE LITTORAL GASCON 

Saint-Julien se trouve à l'est de l'étang; son église, avec la nef 
et deux ailes voûtées en brique 1 , était ancienne et a été recons- 
truite il y a peu de temps. Orvignac, marqué par une chapelle qui 
appartenait jadis aux Hospitaliers de Malte 2 , est sur la lande en un 
endroit qui était boisé. Sart se trouve à la partie nord-ouest de 
l'étang, à moins de 6 kilomètres de la mer. On appelle bourg la partie 
de la paroisse où est l'église, même quand elle est seule, ce qui était 
le cas de Bias. Le procès-verbal de la visite pastorale du 23 avril 1731 
(archevêque Honoré de Maniban) nomme les divers hameaux : 
« Saint-Julien est un bourg, il y a six hameaux ou quartiers : le 
quartier de Caule, le quartier du Palu, le quartier de Mespède, le 
quartier de Hournau, le quartier d'Orvignac et la quartier de Sart 3 . » 
Ce serait un non-sens de répéter que « le bourg de Saint-Julien a dû 
être porté à une lieue de son ancien emplacement, dans le quartier 
de Sart ». Cette bizarre tradition a dû naître dans les conditions 
suivantes. Le bourg, ou chef-lieu de l'unique paroisse de Saint- 
Julien, appartenait au chapitre de Saint-André de Bordeaux. A ce 
titre, il ne payait pas la taille, c'est-à-dire qu'il ne figurait pas au 
budget civil ni, par suite, sur la liste des paroisses de l'Election do 
Bordeaux. Par contre, les six quartiers qui précèdent, énumérés par 
l'archevêque et appartenant à l'unique paroisse de Saint-Julien, 
formaient chacun une communauté indépendante et figuraient 
individuellement au budget de la taille. En voici un exemple d'après 
une expédition officielle de VElal et déparlement de la Taille de 1707 
(Arch. de la Gironde, C 2614) : 

Caule 245 livres. Nola. — Aux cartons C 

Palu 104 — [ 2615, 2620 et 2652, on trouve 

Mesplède 267 — ) les g* quartiers ou commu- 

1 ^ 1 . \ nautéa repris de la même 

Hournau ol4 j man } ere aux expéditions des 

Orvignac 114 — budgets de 1 708, 1718etl748, 

Sari 241 \ Saint-Julien n'y figurant p:is. 

A l'état des «paroisses ou communautés» de l'Élection de Bor- 

1. Visite pastorale du 23 avril 1731, archevêque H. de Maniban (Arch. de la 
Gironde, G 639). 

2. « Chapelle dédiée à saint Barthélémy, Mgr l'évêquc de Bayonne et M" du 
chapitre en jouissent... le curé de Saint-Julien y administre les sacrements aux 
habitants. » (Archevêque H. de Maniban, même cote G 639.) — M. Jean Des- 
tremau est curé de Saint-Julien. Le chapitre de Saint-André lui paye 300 livres 
par an... Mgr l'évoque de Bayonne et M re du chapitre sont en possession de la 
chapelle d' Orvignac depuis neuf ans (Arch. de la Gironde, G 659, fonds diocé- 
sain); pièce sans date paraissant se rapporter à la visite du 23 avril 1731, le 
curé Jean Destremau ayant exercé son ministère à Saint-Julien de 1712 à 1744. 

3. Arch.de la Gironde, G 639, visites des archevêquM, 



SAINT-JULIEN ET CONTIS 171 

deaux, inséré au Dictionnaire géographique d'Expilly, les six quar- 
tiers figurent comme suit : 

Gaule 18 feux, juridiction de Saint-Paul-en-Born. 

Palu 23 feux, — Biscarrosse-en-Uza. 

Mesplède ... 19 feux, — Saint-Paul-en-Born. 

Hournau ... 41 feux, l — Biscarrosse-en-Uza. 

Orvignac ... 19 feux, — Saint-Paul-en-Born. 

Sart 25 feux, — Biscarrosse-en-Uza. 

Chaque feu est, en chiffre rond, compté pour quatre habitants, 
soit 72 âmes à Caule, 92 à Palu, etc. 

Saint-Julien ne figurant ainsi sur aucun document de l'État, 
des historiens et des géographes l'ont considéré comme détruit, 
méprise qui peut à la rigueur se comprendre; mais ils ont planté 
le clocher à Sart, comme ils auraient pu le planter à l'un des cinq 
autres quartiers, nous montrant ainsi avec quel sérieux on nous 
a trop souvent décrit le passé. 

Aux Comptes de l'archevêché déjà cités, la plus ancienne liste 
des paroisses (xm e siècle) donne dans le Born : Sanctus Julianus de 
las Ferreiras. Au xiv e siècle et depuis, on trouve toujours : Saint- 
Julien ou Saint-Julien-en-Born. Là fut toujours l'église, en dépit 
des légendes impossibles qui forment le fond d'histoire du pays. 
Le questionnaire de 1778 (bibl. mun. de Bordeaux, ms. n° 737) 
porte de la main du curé de Saint-Julien-en-Born : « Il y a au 
dehors de l'église des armoiries et des inscriptions dont l'écriture 
est gothique et difficile à lire et qu'on ne peut déchiffrer. » Ce vieil 
édifice religieux du bourg n'est jamais parti pour Sart ni revenu 
do ce quartier. II n'a disparu récemment que pour faire place à une 
nouvelle église grande et assez somptueuse. 

En 1808, les habitants du quartier de Sart (partie nord de la 
forêt de Contis et de l'étang) demandaient à la Commission des 
dunes l'ensemencement de leurs sables. Dans la course au clocher 
qui avait lieu alors, la sollicitation des habitants de Saint-Julien 
ne sortait pas du concert commun ni du besoin général. La citation 
du 27 messidor an XIII donnée à Lège peut édifier à cet égard. 

Contis ne comptait pas comme quartier (procès-verbal ci-dessus 
de la visite pastorale de 1731), mais les Hospitaliers y avaient fait 
construire anciennement une chapelle : « Ce membre de la com- 
manderie de Bordeaux (Contis) était situé dans le pays de Born, 
tout à fait sur la côte de l'Océan 1 .» Les offices étaient de temps à 

1. Dubourg, Histoire du Grand Prieuré de Toulouse, Arch, de Cnznlis, I, I, 
p. 462. 



172 LE LITTORAL GASCON 

autre célébrés dans cette chapelle par le curé de Saint-Julien, qui, 
en 1626, se plaignait, dans une lettre à l'archevêque, des « disso- 
lutions et desbauches qui se font à certains jours au lieu dit de 
Gontis, dans une chapelle qui est fondée soubz l'invocation de 
sainte Madelaine, et si je n'en avais été spectateur, je ne l'eusse 
pu croire. Il s'y fait un rendez-vous certains jours de l'année d'une 
grande afïluence de peuples où tous les libertins... » 1 . Dans cette 
question d'ordre moral ou immoral, on n'écouta guère le curé de 
1626. Un siècle plus tard, l'archevêque Honoré de Maniban, lors 
de sa visite du 23 avril 1731, rendit l'ordonnance suivante : « Sup- 
primons dans les églises toutes veilles autres que celles qui sont 
permises par nos ordonnances, supprimons nommément la veille 
de la Magdelaine, ayant apris avec douleur par le témoignage des 
plus gens de bien que c'estoit une occasion de désordre et de liber- 
tinage 2 . » 

Le curé de Saint-Julien dit encore au questionnaire de 1778 : 
« On a trouvé du côté de la mer des fondements pierres et briques 
qui annoncent que le local où ils sont a été habité. » 

La station estivale et balnéaire de Contis (Born) qui vient d'être 
nommée, se trouve à la vue de la mer. Plus à l'est, il a pu y avoir 
anciennement des agriculteurs comme les quatorze colons qui vont 
paraître sur la rive gauche du cours d'eau, à Contis en Marensin, 
dans une baillette de 1515. 

Lit et Contis-en-Marensin. — « Lit était au Moyen-Age un 
port assez important d'où partaient de nombreuses barques char- 
gées de charbon et de produits résineux pourBayonne et La Rochelle. 
Le port d'embarquement était à Tarrebesson. L'église primitive se 
trouvait au milieu de la forêt dite de Saint-Jean; les sables l'ense- 
velirent et forcèrent les habitants à la reconstruire au lieu où elle 
se trouve aujourd'hui 3 . » 

« Des villes ont cessé d'exister; des barques voguent où la charrue 
traçait des sillons, et chaque génération a dû reculer devant les 
dunes ou les eaux... Les ports antiques de Samans et de Lit, sur 
l'étang de ce nom, ont été changés en marais; de celui de Terre- 
Baston étaient expédiées, autrefois, des barques de charbon pour 
Bayonne et La Rochelle 4 . » 

Nous n'avons ni à revendiquer ni à pleurer un aussi brillant 

1. Arch. de la Gironde, G 659, fonds diocésain. 

2. Arch. de la Gironde, G 639, visites des archevêques. 

3. Cité par Cuzacq, Les Grandes Landes, p. 10. 

4. Dompnier de Sauviac, Chroniques d'Acqs, p. 11. 



LIT ET CONTIS 173 

passé; le long de notre côte inhospitalière aux nautoniers, nous 
fûmes toujours les enfants des sables blancs ou gris et des forêts 
vertes qui se voient, les enfants de ce sol quaternaire sur lequel, 
suivant l'expression du général Lamarque, le cavalier n'entend 
pas le bruit du sabot de son coursier. Aucune littérature pompeuse 
ou fleurie ne changera cela. 

Les archives de la fabrique de Lit mentionnent bien le port de 
Tarbaston à l'étang de Lit, aujourd'hui desséché; les eaux de 
Saint-Julien et de Lit forment et alimentent le petit fleuve côtier 
de Contis, et la chapelle construite au bord du cours d'eau (rive 
droite), dite de Sainte-Madeleine depuis le commencement du 
xvn e siècle, se trouve dénommée « capere de la Magdalene deu 
Port-Dieu » au bail de 1515 dont il va être parlé. Mais il a été dit 
à Hourtin et à Cazaux ce que valent tous ces ports. On dut user 
sobrement à Lit de la navigation en mer. Une barque légère pourrait 
sortir et tenir le large de temps à autre (en moyenne vingt fois par 
an), mais elle ne serait jamais certaine de rentrer, avec notre côte 
presque toujours inabordable; l'entrée à Bayonne était d'ailleurs 
très dangereuse pour une pinasse. 

De port de commerce, il n'y en eut jamais à Lit, « à moins qu'on 
n'appelât Port ou Rade l'endroit du rivage où quelques misérables 
barques de pêcheurs ont coutume d'être attachées. » Ainsi parle un 
mémoire imprimé produit par Jean Courtiau, syndic de la paroisse 
de Lit (environs de 1780). 

Lit, situé à plus de 6 kilomètres et demi de la mer, a une église 
ogivale des xiv e et xv e siècles. Elle n'est donc pas là par suite de 
recul, et il y a confusion avec l'une des chapelles des deux alinéas 
suivants. 

« Les Hospitaliers de Malte possédaient dans la paroisse de Lit la 
seigneurie de Contis 1 ... Le commandeur prétendait que sur ce ter- 
ritoire l'hôpital possédait la chapelle de Chiquemine et que le 
curé devait y dire tous les ans la messe, le jour de la sainte Made- 
leine. L'enquête (il y eut procès intenté en 1589) prouva que la 
chapelle dont parlait le commandeur n'était plus qu'une ruine où 
il était impossible de célébrer les offices 2 . » On remarquera le désin- 
téressement du curé à l'égard de la chapelle, fait à rapprocher 
peut-être de ce qui vient d'être dit pour Saint-Julien. 

« Contis possédait une autre chapelle appartenant au comman- 
deur de Bordeaux; elle était sous le patronage de saint Jean. Le 

1. C'est-à-dire que les Hospitaliers possédaient les deux rives du fleuve 
côtier de Contis, lequel sépare Saint-Julien-en-Born de Lit-en-Marensin. 

2. Dubuisson, Histoire du Grand Prieuré de Toulouse, 1. I, p. 435. 



174 LE LITTORAL GASCON 

lieu où clic était placée doit être celui qu'on appelle aujourd'hui 
Lelot de Saint-Jean et qui se trouve assez près de la mer, au sud 
et sur la rive gauche du courant de Gontis. Les habitants de ce 
quartier, dit l'abbé Légé, avaient dû abandonner leurs métairies, 
la chapelle de Saint-Jean-de-Gontis, près de la mer, et demander 
un refuge aux autres habitants de Lit, paroisse dont ils faisaient 
partie l . » 

Sur cette dernière citation il faut examiner les textes. Le terri- 
toire de Gontis (Marensin), qui vient d'être situé en note de la page 
précédente et se trouve entre le double étang et la mer, appartenait 
depuis longtemps à l'ordre de Malte, d'après ce qui suit : 

En l'an 1300, donation est faite au membre de commanderic de 
Gontis, par Bernard Boscons, d'un terrain bordant la rivière du 
Dor et un ruisseau qui tombe dans Lador (Adour) 2 ; 

1393, 18 juin. Reconnaissance d'un houstau 3 ; 

« 1446, 30 mai. Reconnaissance consentie par Bertrand de Gontis 
et autres en faveur de frère Jaques de Brion, commandeur, d'un 
mayne et terre en dépendant, situé au quartier de Guntis, au cens 
de huit livres morlanes. Jacques Depujols notaire 4 .» 

La baillette de date plus ancienne qu'implique cette reconnais- 
sance, en 1446, des biens de Gontis fut renouvelée dans les condi- 
tions suivantes : 

1514/1515, 8 mars. Nouveau bail consenti par le commandeur de 
Bordeaux aux quatorze fivatiers, dont une femme, qui tiennent 
« tota la terre, loc, cornau et aiïar de Contins », biens ainsi énumérés : 
maisons couvertes de tuiles et autres constructions couvertes de 
paille, de bruyère, de brande et de tiges de maïs (eslrami), avec les 
fonds de terre consistant en vignes, vergers, arbres fruitiers, bois 
et bosquets, landes, pacages, prés, juncas, ajoncs, eaux et ruisseaux. 
Conditions : un morlan d'esporle à muance de seigneur, plus, annuel- 
lement, huit livres de Morlaas de prim-fief, cens, dîmes, chaque 
feu dudit quartier de Gontis devant, en outre, quatre journées de 
manœuvre à la vigne et au travail dudit seigneur commandeur, 
qui avait à Gontis une propriété réservée, un bêdal. 

Voilà donc le pays isolé de Gontis colonisé, entre l'étang et la 
mer, au devoir de « hoeyt liures de morlans de prinps fius, cens, 
desmes cascun an » 5 . Voyons ce qui s'ensuivit. 

1. Départ, « Commanderies », Bull, de Borda, 1894, p. 140. 

2. Arch. de la Gironde, ordre de Malte, reg. H 488, fol. 161 et reg. H 468. 

3. Idem, H 488, fol. 163. 

4. Idem. 

5. Arch. Haute-Garonne, tonds de Malte, 5 e liasse; — Arch. hisl. de la Gironde, 
t. XLV, p. 216. 



LIT ET CONTIS 175 

1733, 8 novembre. L'acte qui précède, de 1515, est renouvelé et 
consenti pour la même contenance et sous les mêmes confronta- 
tions, entre l'étang et la mer, par le commandeur messire de Piolenc, 
au syndic et à onze personnes de la paroisse de Lit, « faisant tant 
pour eux que pour les autres habitants d'icelle. » C'est donc toute 
la communauté de Lit qui loue «tout icelui quartier de Contis, sis 
» et situé en lad. parroisse de Lit, consistant en pignadar, chênes 
» tauzins, corsiers, marais, brau, herbage, eaux, rivières, estaings, 
» paccages. Et quant aux maisons, battiments, même la chapelle, 
» terres labourables et à labourer, jardins, vergers et autres posses- 
» sions dont est fait mention par les précédentes esporles, sont à 
» présent couvertes par les sables de la mer. » Conditions : « Un 
morlan d'esporle à chaque muance de seigneur ou de tenancier, 
et huit livres morlanes valant vingt-quatre livres de cens et renthe 
foncière et directe, annuelle et perpétuelle..., ensemble la dixme 
des fruits qui croîtront et naîtront chacun an 1 . » Pour payer huit 
livres morlanes de cens comme en 1515, il fallait donner vingt- 
quatre livres de monnaie courante, par suite de refontes successives 
du tournois avec renforcement d'alliage. La monnaie de Morlaas 
fut une des plus solides et des plus loyales du Moyen-Age. 

Les travaux de culture de la terre ont ainsi échoué et cessé. Le 
coupable dénoncé est toujours le même : le sable de la mer; tout 
Contis cultivé est sous les sables ! veut la tradition 2 . L'église du 
Lilhan est aussi sous les sables d'après la même tradition, alors 
que pas un grain d'arène n'est parvenu à cet endroit depuis qu'il 
existe. Les fours de potiers préhistoriques sont visibles près de la 
mer, aux confins du Lilhan et de Grayan, pour dire cela de concert 
avec les ateliers de silex aziliens. 

A Lit-Gontis on n'a pas des preuves aussi précieuses, mais la 
nature y étale un témoignage irréfutable rapporté à la fin du cha- 
pitre précédent : les étangs de Saint-Julien et de Lit présentent 
chacun (en dehors de la vallée de leur déversoir) jusqu'à 800 mètres 
de fougère E.-O., au couchant de leurs rives ou de leur bassin. 
La fougère ne venant qu'en sol à humus ou en terre meuble et 
simplement huïnide, cela signifie que les dunes ne connaissaient 
pas de sables mobiles ou stériles dans les 800 mètres des étangs, et 

1. Arch. du château de Marcellus (Lot-et-Garonne), dossier du Marensin, 
copie signée par le notaire Dorthe, de Mimizan. 

2. Le préjugé était que les eaux douces malfaisantes étaient refoulées par 
les sables, et c'est ainsi que les habitants attribuaient aux sables tous les méfaits, 
dans leur parler et devant notaires ou autorités. On a vu particulièrement cela 
à Bias. 



176 LE LITTORAL GASCON 

explique, en outre, que là où le bail de 1515 nomme les bois el 
bosquets, celui de 1733 place les pins, chênes tauzins et corsiei 
(chênes-lièges). La futaie ne paraît pas diminuée, tant s'en faut. 
Pour la chapelle et les maisons signalées abandonnées, elles 
devaient être non sur les dunes nues, mais bien parmi les «terres 
labourables, jardins et vergers » de cette vallée qui, inondée d'une 
manière trop persistante, ne se trouva pas, après expérience,- 
propice à la culture. 

Ce qui paraît donc établi, c'est qu'au xiv e ou au xv e siècle des 
habitants de Lit allèrent habiter Gontis pour y cultiver, rive gauche, 
la vallée fécondée par le limon des eaux. Le naturaliste Thore y 
passa en 1808 ou 1809, au cours d'une période sans doute où les 
eaux étaient basses. « Le canal tortueux, dit-il, qui conduit à la 
mer, arrose une magnifique plaine connue sous le nom de lète du 
courant et de Pelindres, qui offre une surface de 800 hectares, 
où toutes les plantes étalent le luxe d'une belle végétation, et sem- 
blent dire à l'homme : Cultive-moi, et tu obtiendras de ton labeur 
une récompense cent fois plus grande que partout ailleurs l . » Le 
sable ne couvre jamais cette plaine, ajoute Thore, soixante-quinze ans 
après l'acte de 1733. La précision est formelle. 

Seulement, le fléau réel qui existait de tout temps, celui des eaux 
douces, opposait presque continuellement un obstacle à cet idéal 
du naturaliste Thore. Quand fut dressée la carte de Cassini, l'em- 
bouchure du petit fleuve côtier de Gontis déviait de près de 4 ki- 
lomètres au sud, sur la plage, à sa tombée à la mer, reprenant 
ainsi le même chemin et rongeant la dune riveraine chaque fois 
qu'on le redressait en l'ouvrant au droit. En 1772, l'abbé Baurein, 
si alarmiste à l'égard des sables, ne parla que d'eau douce en sa 
qualité d'administrateur des biens de l'ordre de Malte : « Plus 
ledit sieur abbé Baurein nous a dit que ledit quartier de Gontis 
est submergé par les eaux depuis très longtemps; que néanmoins 
il est d'usage de faire exporler et reconnaître certains habitants 
dudit quartier tant pour les fonds submergés que pour le peu qui 
reste à découvert, en sorte que quoique le commandeur reçoive 
leur reconnaissance tant pour les rentes et dixmes dudit quartier 
que pour la basse et moyenne justice, néanmoins cela n'est que 
pour conserver le droit de l'Ordre sur un terrain submergé par les 
eaux, lesquelles eaux ont occasionné un procès très considérable 
entre le marquis de Saluces et le comte de Marcellus, qui était pen- 
dant il y a quelques années au parlement de Guienne, et par lequel 

1. Promenade, p. 81. 



MIXE 177 

il paraissait que ces messieurs se disputaient la haute justice sur 
les eaux qui couvraient le terrain de la commanderie 1 . » 

Voilà encore qui est précis et nous laisse en présence de méfaits 
attribués à tort aux dunes, alors qu'ils sont nettement imputables 
aux eaux. Faute d'une jetée qui ne devait être établie qu'en 1862, 
les eaux douces (et non les sables) avaient vaincu à Gontis l'effort 
de l'homme en tant qu'agriculteur. Mais il lui restait, selon le bail, 
les dunes boisées et les dunes blanches, encadrées de trois côtés 
par l'étang, le petit fleuve côtier et la mer. Gela suffisait aux 
habitants de Lit, qui payaient autant de cens et rente que par 
le passé dans le but de conserver à Gontis vie pastorale, vie de 
chasseur, vie de pêcheur, ces trois états primordiaux que l'homme 
ancien avait pour horizon. Gomme abris, il devait rester les maisons 
couvertes de tuiles de 1515, les granges étant devenues en partie 
inutiles. 

La baillette de 1515 (nouveau style), qui nomme la chapelle de 
la Madeleine Port-Dieu 2 , ne parle pas dans les constructions exis- 
tantes de la chapelle Saint-Jean que l'acte de 1733 signale délaissée. 
Il se peut qu'elle eût été édifiée peu après la signature du contrat 
de 1515, lorsqu'on entrevoyait à Contis un avenir prospère pour 
une petite colonie agricole. 

Mixe. — Mixe a perdu ou abandonné une église qui était 
presque aussi avancée dans les dunes que celle de Saint- Girons- 
Delest, sa voisine de gauche, dont il va être parlé au paragraphe 
suivant. 

Au commencement du xvm e siècle, la communauté de Mixe 
voulut s'affranchir du santou, redevance attribuée au chapitre de 
Dax. Le parlement de Bordeaux repoussa la prétention des habi- 
tants, suivant une plaquette imprimée in-folio de 1705. En 1735, 
d'après les archives du presbytère de Linxe, les habitants de Mixe 
exprimèrent le désir, qui ne fut pas admis, d'être annexés à Saint- 
Girons-du-Camp (aujourd'hui Saint-Girons-en-Marensin). 

En 1509, la communauté de Mixe payait au chapitre de Dax, 
pour le santou, 6 sols et demi morlans et 9 conques antiques de fro- 
ment, pendant que la communauté de Saint-Girons-du-Camp, 
venant immédiatement au sud à la lisière de la lande, payait au 
même titre 5 sols morlans et 6 conques antiques de froment 3 . 

En 1707, Mixe payait 177 livres de taille seulement, et Saint- 

1. Arch. de la Gironde, H 494, fol. 22, visite de la commanderie en 1772. 

2. Sur la rive droite du cours d'eau, en Gontis (Born). 

3. Assensamenta anni DM 1509, Arch. de Dax non classées. 



178 LE LITTORAL GASCON 

Girons-du-Caïnp, 267 livres. Les cotes étaient pour L'année 1708 : 
178 I. contre 269 K 

Les proportions se trouvent renversées. Mixe paraît diminué. 
De gré ou de force, cette ancienne paroisse a abandonné dans les 
dunes un édifice religieux. Il mesurait 20 mètres de long sur 10 de 
large, d'après un procès-verbal de constat dressé, le 26 mai 1812, 
par l'inspecteur des semis Boulart et le garde principal Dupuch. 
« Nous avons encore observé, dit le procès-verbal, que dans l'angle 
nord-ouest il a existé une tour ou clocher en pierre dont les mu- 
railles sont tombées 2 . » 

Pour certains, l'église actuelle de Mixe serait des environs de 
l'an 1200. Dans ce cas, il n'aurait été abandonné à 2 km. 500 
plus au nord-ouest qu'une chapelle pareille à nombre d'autrei 
qui ont été volontairement délaissées au milieu ou au bord des 
dunes. Un prêtre archéologue m'a dit : « L'édifice de nos jours 
est fortement bâti en pierre. Il ne présente qu'une seule nef; sa 
voûte n'est pas architecturale. Point de décors lapidaires, point 
de sculptures, point de baies pouvant aider à préciser l'époque de 
son édification. » 

La petite paroisse de Mixe devait avoir moins d'importance 
en 1707 qu'en 1509. On ne peut pas présenter d'autres précisions. 

Saint-Girons-Delest 3 . — « Il faut remonter le long de la 
côte jusqu'à l'ouest de l'étang de Léon, à 45 kilomètres au nord 
de l'embouchure de l'Adour, avant de marcher sur les sables recou- 
vrant un village englouti; il ne reste plus aujourd'hui que deux 
maisons de cette ancienne commune, jadis connue sous le nom 
de Saint-Girons-de-Lest 4 . » 

« Que de chapelles et d'églises situées sur le passage de ces mon- 
tagnes de sable mobile, telles que : Saint-Jean-de- Vielle, Saint- 
Girons-de-Lest, ont dû être portées en arrière 5 . » 

«Nous avons visité l'église de Saint-Girons; il n'en reste que 
quelques vestiges 6 . » 

« A Saint-Girons-de-1'Est, on remarque encore les décombres 



1. Arch. de la Gironde, G n° 2614. 

2. Arch. de la Conservation des forêts de Bordeaux. 

3. Delest est un nom répandu dans le pays. Il n'y a aucune raison d'écrire 
Saint-Girons-de-1'Est, l'endroit se trouvant à l'ouest de Saint-Girons do cam, 
qui est en effet sur un ou plusieurs champs de la lande, à la lisière même des 
dunes. 

4. Elisée Reclus, Revue des Deux Mondes, septembre 1864. 

5. D. de Sauviac, Chroniques d'Acqs, 1897, p. 11. 

6. Dufourcet, Bull, de Borda, 1897, p. 175 (4* trim.). 



SAINT- GIRONS -DELEST 



179 



de l'ancienne église paroissiale qui avait été presque ensevelie par 
les sables *. » 

«Le 10 septembre 1741, les habitants de Saint-Girons avaient 
eu à répondre, eux aussi, à une requête de Messieurs du chapitre, 
toujours à propos du santou dont on réclamait le paiement. Ils 
chargent donc leur syndic « de représenter à mondit sieur Depons 
» que la paroisse n'est pas en état de payer la redevance sur le 
» pied de 15 mesures froment et 12 sols 6 deniers en argent annuel» 
» lement. Quand bien même cette redevance serait authentiquée, 
» comme lesdits sieurs du chapitre le prétendent, cette renthe qui, 
» selon leur exposé, est très ancienne, n'avait été fondée que parce 
» que la paroisse de Saint-Girons Ducaïnp et Saint-Girons Delest 
«étaient fort grandes et donnaient un fort considérable revenu; 
» au lieu que présentement ladite paroisse de Saint-Girons-Dclest 
» qui était la matrice est totalement couverte par les sables, lesquels 
» couvrent leur église matrice. La paroisse Saint-Girons-Ducamp 
» n'est pas en fort meilleur état, puisque la plus grande partie est 
» perdue et abandonnée K » 

Ces dires et ces arguments sont légendaires et restent sans valeur. 

Sous l'ancien régime, la commune actuelle de Vielle-Saint-Girons 
formait trois communautés dont l'importance proportionnelle va, 
grâce au taux des impôts, paraître sans changement sérieux à deux 
siècles d'intervalle : 1° d'après le santou dû par chaque paroisse 
au chapitre de Dax, état de 1509, archives de Dax non classées; 
2° d'après les archives de la Gironde, C n 08 2614 et 2615, budgets 
de la taille pour 1707 et 1708 : 



Saint-Girons-du-Camp . 
Saint-Girons-Delest. . . . 



Vielle 



Santou. en 1509 

5 sols morlans et 
6 conques de froment. 

10 deniers morlans et 
3 conques de froment 
siligène 

3 sols 9 deniers morlans 
et 6 conques froment . 



Taille 
de 1707 


Taille 
de 1708 


267 livres 


269 livres 


95 — 


96 — 


139 — 


146 — 



En 1764, le Dictionnaire géographique de l'abbé Expilly donne 
la liste des paroisses de l'Élection des Lannes, où on lit : 

Saint-Girons-du-Camp 70 feux. \ Le feu était une 

Saint-Girons-Delest 27 — ! des principales 

Vielle 36 — ) bases de l'impôt. 

1. Guzacq, Les Grandes Landes, p. 11. 

2. Bull, de Borda, 1906, p. 63. 



180 LE LITTORAL GASCON 

Les chiffres respectifs de la population restaient proportionnés 
aux cotes d'impôts de 1509-1708, Saint-Girons-du-Camp étant la 
fraction la plus importante, celle de Saint-Girons-Delest la plus 
faible, celle de Vielle tenant le milieu. Aucune modification ne se 
produisait donc sur les trois petites localités examinées. 

L'église de Saint-Girons-Delest était dans les dunes primitives 
boisées. La forêt antique mesurait 2 kilomètres de profondeur 
depuis la lande vers l'ouest; ensuite, les dunes nues tenaient 
3 kilomètres environ depuis la forêt jusqu'à la mer. Une éminence 
dite Tue de le Capère marque la place de l'ancien petit édifice 
religieux. 

Veut-on connaître maintenant cette importante église de Saint- 
Girons-Delest qui aurait été, par rapport à celle de l'autre Saint- 
Girons, «l'église matrice»? Le procès-verbal de visite du 15 juin 
1725, signé par M e Joseph de Peyne, curé de Linxe, porte qu'il n'y 
a point de cimetière et que « lad. église est bastie dans une forest, 
les pins contre la muraille d'icelle... Les ornements et vases sacrés 
sont à l'église de Saint-Girons-du-Camp, où on les tient de crainte 
qu'on les vole à lad. église de Saint-Girons-de-Lest, comme étant 
seule et fort esloignée des voisins. » Il fut « représenté qu'il serait 
plus utile de faire transporter lad. église aud. Saint-Girons-du- 
Camp aflin dagrandir celle-cy et à cause de l'éloignement... Les 
fruits et biens de lad. fabrique consistent en deux petites pièces 
de pignadar l . » 

Ensuite, la visite épiscopale du 27 novembre 1734 mentionne : 
«Ladite chapelle n'est d'aucune utilité... Avons interdit lad. cha- 
pelle et ordonné que les biens qui en dépendent soient unis à la 
fabrique de Saint-Girons... Consentons que la chapelle de la susd. 
paroisse soit démolie, et que les débris soient utilement employés 
pour la décoration et l'utilité de l'église de Saint-Girons 2 . » Ainsi 
fut fait en 1735. 

Voilà l'église soi-disant matrice : un oratoire dans les forêts des 
dunes. A son emplacement, dans ces forêts antiques, aucun grain 
de sable n'a bougé sous le souffle du vent depuis bien des milliers 
d'années. 

Saint-Girons-du-Camp (Saint-Girons-en-Marensin) se trouve sur 
la lande et contre la bordure orientale des dunes, à l'est, par consé- 
quent, de la forêt antique dont il vient d'être parlé. L'une des 
colonnes de sauveté de l'endroit (xn e ou xin e siècle d'après des 
archéologues de marque) se trouve sur le flanc de la dune de bor- 

1. Arch. hors texte de Dax. 

2. Arch. de Dax, GG 37. 



SAINT-GIRONS-DU-CAMP 181 

dure, où la fixité antique des sables se lit d'une manière remar- 
quable dans le détail suivant : on voit très bien à découvert, et 
suivant l'ondulation de la dune, le soubassement triangulaire en 
pierre garluche qui fut nécessaire pour obtenir le niveau horizontal 
de la base de la colonne, laquelle est en pierre de grand appareil. 

Il ne dut jamais y avoir qu'un curé pour les trois unités très 
rapprochées de Vielle, Saint-Girons-Delest et Saint-Girons-du- 
Camp. Deux documents dont l'écriture est d'entre les années 1480 
et 1600 donnent à ce sujet : 

1° Recteur de Vielle. 

Diacre de S. Guirons du Camp. 
Fabrique de S. Guirons de Lest *. 

2° Le recteur de Vielle. 

Le diacre de St Guirons de Camp. 

Les fabriques de St Guirons de Camp et de Lest 2 . 

Les sables de Saint-Girons, dont il sera reparlé à Uchet, ont 
connu la note plaisante au congrès des Sociétés savantes de 1905 : 

En 1855-1857, à l'est de l'atelier administratif de semis de Saint- 
Girons, les sieurs Laloi et Saint-Jours ont été autorisés, après avis 
favorables des ingénieurs, à ensemencer des sables considérés comme 
étant leur propriété 8 . 

A Saint-Girons, on vient de le voir, les dunes primitives se trou- 
vaient tapissées de forêts antiques, à l'arrivée de Brémontier, sur 
une profondeur de 2 kilomètres est-ouest, à partir de la lisière de 
la lande. C'étaient là des propriétés particulières. Suivaient ensuite, 
comme il vient aussi d'être dit, environ 3 kilomètres de dunes 
nues jusqu'à la mer. Il s'agissait d'établir la ligne de démarcation 
ou de confrontation des biens privés. On ne pouvait, parmi les 
autorités, méconnaître le dogme de l'empiétement soi-disant cons- 
tant des dunes vers l'est, lequel sous-entendait que la mer avançait 
de même, et l'on y alla de bonne grâce pour admettre, à travers le 
vague nécessaire, que les sables avaient empiété sur les deux pro- 
priétés privées. 

Il n'aurait pas été possible d'admettre la formule employée en 
1580 par Montaigne, dont les paysans médocains avaient perdu 

1. Bibl. nat., fonds fr., 20.739, p. 215. 

2. Arch. des Landes, G 67. 

3. Bull, de Géogr. hislor. et descriptive, 1905, p. 209. 



182 LE LITTORAL GASCON 

quatre lieues de terre depuis « quelque temps » 1 . Il ne fallait pas 
non plus accepter à ce sujet l'interprétation du congressiste auteur 
de la communication disant : « Si l'on peut contester la mesure de 
quatre lieues, qu'il faut entendre d'ailleurs en longueur, parallèle- 
ment à la côte, et non en largeur ouest-est, le fait de l'invasion des 
sables et de la mer n'en reste pas moins 2 . » Car l'année de la mort 
de l'auteur des Essais, en 1592, Henri de La Popelinière, étant au 
Médoc, écrivait que sous les premiers empereurs romains « la mer 
ne s'avançoit sur le terroer bourdelois de six lieues si prez qu'au- 
jourd'hui » 3 . Il s'agit bien, en 1580 et en 1592, d'avance supposée 
vers l'intérieur et non d'érosion le long du rivage seulement. 

Le rivage maritime occupant en réalité sa ligne actuelle depuis 
dix mille ans environ, et les sables étant taxés d'une avance annuelle 
de 20 à 24 mètres d'après la tradition reçue, acceptée et transmise 
par Claude Masse 'd'abord, par Brémontier et ses collaborateurs 
ensuite, les dunes maritimes devraient présenter, puisque la mer 
ne suivait pas la progression des sables, une profondeur de plus 
de 200 kilomètres vers l'intérieur des terres. Comme le congressiste 
entend présenter la réserve, non prévue par Brémontier et les siens, 
que les sables éoliens suspendaient leur avance par intervalles, 
admettons qu'à l'imitation de l'homme ils se reposaient le tiers du 
temps, et à ce tarif adouci, nous trouverons encore qu'à raison de 
16 mètres par an les dunes maritimes auraient une profondeur de 
160 kilomètres, ce qui peut ramener à dire qu'elles ont empiété de 
zéro sur la lande, au témoignage de la ligne des eaux douces qui 
bordent au levant la chaîne dunaire primaire, chaîne qui date de 
dix mille ans, c'est-à-dire du dernier cataclysme géologique vl 
marin, au témoignage aussi des dunes primaires boisées. 

Donc, au bout de dix mille ans, les sables de Saint- Girons, 
remués sur place par les vents 4 ou poussés de la mer sur les dunes 
primaires se trouvaient, en 1857, à 3.000 mètres à l'est de la 
plage maritime. Cela fait, si l'on veut qu'il y ait eu empiétement, 
une avance moyenne de 30 centimètres par an. Plus on s'éloigne 
de la mer, plus devient faible la force de propulsion des vents sur 
les sables. Mais en admettant que vers la partie orientale de cette 
zone nue les sables auraient conservé la progression de 30 centi- 
mètres par an, et étant bien établi qu'il a été abandonné à Laloi et 



1. Essais, I, chap. XXX (éd. Firmin Didot), chap. XXXI (éd. Strowski). 

2. Voyez Bull, de Géogr. hislnr. et descriptive, 1905, p. 193. 

3. Et. Clouzot, Ecole des Charles, Revue de 1905, pp. 415-419. 

4. Voyez au chap. II, p. 53, les tessons do poterie décapés par le va-et-vient 
des mêmes sables remués sur place. 



VIELLE, ESCALUS, UCHET 183 

à Saint-Jours une bande moyenne de 200 mètres de sables nus 
est-ouest, on trouve que pour franchir cet espace (soit pour arriver 
de 2.800 mètres de pénétration à 3.000 mètres) les sables auraient 
eu besoin de 667 ans de mouvement. Ce long espace de temps, pour 
lequel on ne saurait exhiber un titre de propriété, n'exprime d'ail- 
leurs pas la vérité, car il y a peut-être plusieurs milliers d'années 
que la forêt des dunes primaires de Saint-Girons, dunes âgées de 
neuf ou dix mille ans, se trouvait à peu de chose près sur la ligne 
de démarcation examinée en 1855. 

On a omis, en 1855-1857, de se livrer à ces simples remarques et 
l'on a fermé les yeux sur l'ancienneté ou Ja réalité des droits des 
deux propriétaires d'alors, ce qui permet de répéter que les sables 
de Saint-Girons ont connu la note plaisante en 1905. 

Pour moi, la forêt de Saint-Girons, depuis des siècles et des siècles, 
était envahie de zéro centimètre par an, car il y avait la défense 
du pignon tombant à la lisière ouest et pouvant repeupler. 

Vielle, Escalus. — Nommé dans une citation du précédent 
article, Saint-Jean-de- Vielle, situé au nord de l'étang de Léon, 
était abrité par les vieilles forêts et n'a par conséquent pas été 
refoulé par les sables. Escalus est sis à l'est du même étang, dont 
les eaux restent hautes pour les causes qui vont paraître à Uchet. 

L'inventaire sommaire des archives départementales des Landes, 
supplément E, page 29, porte pour ces deux localités : « L'an 1635 
a été translatée l'église de Saint-Jean-de-Vielle du quartier de Labat 
au quartier du Buy. » — « 1784. L'église d'Escalus fut transférée 
demi-lieue plus haut, il y a trente ans, et celle de Vielle, qui était 
au bord de l'étang, le fut il y a plus de cent ans, près de demi-lieue 
plus haut, à cause des empiétements de l'étang. » Les distances 
sont imprécises et exagérées, mais les indications ne parlent que 
d'eau et non de sables. Et, en effet, la lande connaissait de tout 
temps un fléau des eaux et non un fléau des sables. 

Uchet *. — Petite station d'été sur les dunes riveraines de la 
mer, au bord du fleuve côtier de ce nom, qui déverse à l'océan 

1. Un peu de graphie et de phonétique. On nous déforme les noms \ 
Hardy. Station de voie ferrée en Soustons. Notre patois, qui n'escamote pas 
une lettre en pareille matière, veut Ardi, Ardy, comme on le trouve à un quartier 
de Saint-Paul-lès-Dax, comme il est écrit dans le statut du pays de Maremne 
on date du 15 juin 1300, comme on le trouve deux fois en 1579 aux Archives 
nationales, R 2 93, et aussi dans une foule d'écrits de Soustons. Le Dictionnaire 
du Tinlnmnrre, d'il y a quelque 30 ans, définit ainsi la lettre h : « Arme de 
sapeur qu'on aspire quelquefois en lisant .» Nous avalerions cette arme en travers 



184 LE LITTORAL GASCON 

les eaux de l'étang de Léon. Des littérateurs et des touristes ont 
signalé la beauté sauvage et pittoresque de la vallée d'Uchet. 

Des cinq fleuves côtiers qui restent dans les dunes, celui d'Uchet 
est le seul qui ne soit pas protégé, fixé à sa tombée à la nier par une 
jetée en maçonnerie. Il s'ensuit que son embouchure continue, 
malgré certains travaux d'endiguement devenant onéreux, à fuir 
au sud sous la pression du courant marin nord-sud qui rase la côte 
en charriant les sables, lesquels précisément chaussent et poussent 
sans cesse la rive droite du cours d'eau. S'afîaiblissant ainsi dans 
sa fuite, le cours d'eau s'amoindrit à l'orifice, perd de son débit, 
et les eaux de Léon restent hautes quand elles ont baissé ailleurs. 
La question des inondations d'autrefois est donc indépendante 
du boisement des dunes, ainsi qu'on l'a vu plus haut, notamment 
à Saint-Julien-Contis. 

J'avais indiqué à l'avance et publiquement que mes compatriotes 
engageaient à Uchet, depuis 1901, des dépenses sans fin pour un 
résultat qui restera toujours incomplet, tant il est facile de lire dans 
les effets de la loi physique qui régit invariablement la côte. C'est 
en vue de remédier à l'inondation des forêts que furent entreprises 
les digues de bois de 1901, ce qui montre une fois de plus que les 
eaux douces ne refluaient pas autrefois sous la pression des sables 
agités. Voyez cette question au chapitre III, pages 85 et 88-89. 

M. Le Boullenger, dans son rapport officiel de 1817, montre sur 
le ton pompeux suivant l'impression qu'il ressentit au pays cepen- 
dant calme et stable d'Uchet : 

« Les dunes, dit-il, commencent à prendre à Uchet un caractère 
effrayant. Lorsque l'on est parvenu au sommet d'une des plus 
élevées, l'œil étonné n'aperçoit plus que des monceaux de sable. 
On entend le mugissement éternel des flots, mais on ne les voit 
pas. De distance en distance on voit s'élever sur ces croupes d'un 
blanc jaunâtre de hautes aiguilles élevées, noires et pointues; ce 
sont les troncs de pins que le sable a enterrés vivans dans des tems 
éloignés et qui, conservés comme des momies sous cette couverture 



plutôt que de la méconnaître, si elle marchait en tête d'Ardy. On ne l'y trouve 
pas dans notre patois, qui constitue par sa prononciation le plus sûr contrôle 
de l'orthographe. — Voyez pp. 189-190 l'orthographe des textes. 

Huchet, fleuve côtier. Encore la lettre barbare h, employée aujourd'hui. Nous 
prononçons U-cheut, et en français U-chét; et l'on peut s'en rapporter à nous 
indigènes. Uchet est le vrai nom. S'il fallait la lettre h, nous la ferions sonner 
comme dans huche (foëne à pêcher) ou dans hula (action du taureau ou de la 
vache qui fonce pour donner de la tête et des cornes). Il existe une compen- 
sation : Uza, commune voisine, n'a pas encore été orné de l'arme du sapeur, 
ni menacé de la corne du taureau. 



UCHET 185 

étrange, reparaissent pour attester l'horrible pouvoir de ces sables 
dévorans. » 

Tout cela près de la mer, à un endroit où la forêt antique, voisine 
de celle de Vielle-Saint-Girons, arrivait depuis la rive ouest de l'étang 
de Léon, et sur les deux bords du fleuve côtier, jusqu'à 1.500 mè- 
tres de la dune qui longe la plage, d'après la carte des dunes dressée 
par les géomètres des travaux de Brémontier. II y aurait eu sim- 
plement lieu d'admirer cette forêt vierge comptant des milliers 
d'années sans avoir reçu aucune protection de l'homme. 

A l'heure actuelle, la bordure occidentale des diverses forêts 
de Brémontier présente, comme celle de 1817, sous les effets et 
ravages des vents violents, des pins séchés, tordus, rabougris, 
rampant sur le sable avec des branches à demi enterrées. Élie Vinet 
trouva devant ce tableau plus d'humour que M. Le Boullenger, 
en disant, au xvi e siècle, « que les liebvres en Médoc gissoient sur 
les arbres, car souvent à la chasse on les lève du gîte sur lesdits 
arbres. Et les renards y font leurs tanières r . » 

Il faudrait cependant s'entendre, dût-il être nécessaire d'en venir 
à l'obligation de parler de soi. 

L'homme transmet aux siens le fruit de son expérience et le récit 
des faits qui l'ont frappé, comme l'animal transmet par impression 
l'instinct de la crainte, de la conservation, etc. Nés à Linxe en 1773 
et, tout à côté, à Saint-Girons-du-Camp en 1804, mon grand-père 
et mon père ont parcouru les dunes la plus grande partie de leur vie. 
La dune blanche verdie de gourbet, quand elle paraît subitement 
dans l'atmosphère d'air salin au moment où la forêt solitaire finit 
d'être traversée, me produit toujours une impression étrange, celle 
d'un tableau qui saisit et captive. 

J'étais donc quelque peu prédisposé à écouter parler des sables 
agités. Des récits que j'ai reçus, voici le plus dramatique. 

Les sables d'Uchet relevaient du poste douanier de Saint-Girons. 
En mars 1823, mon grand-père, étant brigadier des douanes à Saint- 
Girons (il en fut maire plus tard pendant six ans), fut enlevé de nuit, 
avec son douanier de ronde, par une trombe de sable, sans doute un 
cyclone avant-coureur de l'équinoxe. Quand il revint à lui, seul, 
isolé dans la mer blanche des dunes voilée par la nuit noire, il eut le 
sentiment d'avoir voltigé en l'air, étouffé par les sables. Il se mit à 
errer et put retrouver son corps de garde. Son camarade de service, 
Bernard Saint-Girons, moins aguerri aux sables que les enfants du 
pays (il était de Langon, Gironde), ne reparut pas et resta introuvable. 
Plus tard, un chevrier vit son troupeau inquiet, réuni en cercle, se 
cabrant devant un objet noir : c'était la victime de l'ouragan de 
sable. A l'état civil, l'acte de décès porte : « Saint-Girons, Bernard, 

1 Bibl. nat., Inventaires de la sirie de Lesparre, de 1585 et 1592, n 08 5516 
et 9906. 



186 LE LITTORAL GASCON 

quarante-six ans, préposé aux Douanes, décédé accidentellement 
dans l'exercice de ses fonctions. » 

Je demande pardon de cette digression. Elle était presque néces- 
saire pour me permettre de dire : Des hommes qui passaient ainsi du 
côté de l'océan leur existence dans les ondulations des sables blancs, 
dont ils connaissaient le passé par l'expérience des prédécesseurs, 
regardaient froidement cet élément, de la manière dont ils contem- 
plaient à côté la mer verte démontée et menaçante de la veille, et 
jamais ils ne manifestaient l'appréhension que les résidences qu'on 
regagnait sur le bord de la lande pussent être menacées. Ces choses- 
là, de même que les hauts faits des loups-garous et les immenses 
trésors engloutis à quelques pas en mer dans les grands naufrages, 
naissaient chez l'habitant, au coin du feu, l'hiver, quand la tempête 
grondait au dehors et que la meute d'Artus passait à toute vitesse 
dans les airs, d'où les légendes de Cordouan, de Soulac, du Porge, de 
Lège, de Sainte-Eulalie, de Mimizan, lieux sur lesquels on a si bien 
dramatisé les questions de la mer et des sabbles. 

Aussi faut-il placer au même niveau le rapport imprimé du secré- 
taire général Tassin (1802) et les rapports manuscrits de l'époque 
produits sur les sables et les eaux par commissaires, fonctionnaires 
et délégués. Vingt et une communes du Born, du Marensin et de la 
Maremne, dit Tassin, étaient menacées « d'un anéantissement pro- 
chain » par les eaux des étangs que — soi-disant — refoulaient les 
sables, si une partie des dunes n'était pas fixée « dans un délai très 
court ». On omettait seulement de se demander depuis combien de 
milliers d'années existait l'état des choses d'alors. 22.000 journées 
de travail, dit le même rapport imprimé de Tassin, avaient été 
employées depuis deux ans au nettoiement et au redressement du 
courant d'Uchet; 35.000 journées venaient, est-il ajouté, d'être 
consacrées depuis trois ans à l'embouchure maritime du cours d'eau 
de Contis. 

Au sujet de cette mobilisation fantastique d'ouvriers en pays 
déserts, voyez des renseignements plus positifs sur la question au 
chapitre III, page 89, note. 

Ces messieurs, ces savants venaient par aventure dans les dunes 
un jour choisi, ils s'apercevaient qu'il existait des sables ravinés 
et des pointes sèches de pins, et ils écrivaient là-dessus sur le ton 
d'hommes qui seraient tombés dans un cataclysme encore en 
action. On s'appliquait à présenter un rapport bien motivé; il fallait 
justifier une mesure projetée, un tour de faveur provoqué par telle 
influence; il fallait sauver le pays des menaces d'un état qui comp- 
tait de très longs siècles, alors qu'il aurait suffi de dire : « L'homme 
s'use sans fruit à poursuivre par le labour et l'élevage la conquête 
des dunes. Elle ne sera acquise que par le boisement. Le boisement 



MAA 187 

est possible, il s'impose et se traduira par un immense bienfait 
pour la fortune publique. » 

Les ingénieurs, à travers des erreurs inhérentes à leur mécon- 
naissance de la nature du sol et de la côte, ont eu la gloire de pour- 
suivre et de voir aboutir cette œuvre magnifique. Il est de toute 
justice d'adresser à eux et surtout à leurs modestes collaborateurs 
ouvriers tout l'hommage de reconnaissance qui leur est dû. 

Maa. — « Maa, qui dépend actuellement de Moliets, formait 
une paroisse particulière, disparue en partie sous les sables K » 

Maa avait une fabrique pour sa chapelle minuscule, comme avait 
la sienne celle de Saint-Girons-Delest. Un état des bénéfices qui 
paraît antérieur au xvi e siècle nomme le recteur et la fabrique de 
Moliets 2 ; Maa n'y figure pas. 

Un autre mémoire des bénéficiers du diocèse de Dax au xvi e siècle 
donne : « Recteur de Moliets et de Maa 3 . » Maa n'était pas une 
paroisse autonome; c'était une annexe. 

Au même siècle, cependant, un état des décimes du diocèse de 
Dax pour 1558 présente : « Du recteur de Moliets, 18 livres 12 sols; 
du recteur de Mar, 50 sols 4 » seulement. S'il y avait alors un curé 
spécialement affecté à Maa, sa paroisse, vu les sommes citées, 
était chétive en ce temps reculé et n'a pas pu être diminuée depuis. 

Le quartier de Maa formait une communauté indépendante 
comme chacun des neuf quartiers de Saint-Julien-en-Born et d'Uza. 
Il peut être comparé au hameau de Sart en Saint-Julien. La commu- 
nauté de Maa payait 247 livres de taille en 1707 et 249 livres en 
1708 5 ; le Dictionnaire d'Expilly lui attribuait 24 feux. — Sart 
était cotisé à 241 livres en 1707 et à 243 livres en 1708 6 , comp- 
tant 25 feux d'après Expilly. 

A Moliets, dont Maa relevait et relève au religieux, il y avait 
()3 feux à la même époque. 

Situé dans les forêts antiques, le quartier de Maa ne peut pas 
être considéré jusqu'ici comme ayant été détruit en partie par les 
sables mobiles. Son petit oratoire existe encore et témoigne par 
son exiguïté du peu d'importance qu'avait anciennement cet 
endroit d'une centaine d'habitants. Un curé n'aurait pas pu y vivre 



1. Cilé par Cuzacq, Les Grandes Landes, p. 11 

2. Bibl. nat., fonds fr., 20.739, p. 215. 

3. Arch. des Landes, G 67. 

4. Bibl. nat., acq. nouv. franc., n° 790, p. 8. 

5. Arch.de la Gironde, C 2614 et 2615. 

6. Idem. 



188 LE LITTORAL GASCON 

et n'y était pas nécessaire, l'église de Moliets se trouvant à 1.600 mè- 
tres du quartier de Maa. 

Seignosse. — « En 1840, la commune de Seignosse demanda à 
fixer elle-même les sables qui envahissaient sa pignada et qu'elle 
revendique à ce titre 1 . » 

Le fait se présente un peu comme pour lès deux propriétaires 
de Saint-Girons, en restant plus insignifiant. 

L'ancien lit de l'Adour, bien apparent sur la carte de Cassini, 
coulait parallèlement et à 1.200 mètres en moyenne de la mer d'un 
bout à l'autre du territoire de Seignosse. De 1862 à 1865, j'ai plu- 
sieurs fois longé cet ancien lit de fleuve qui restait marqué de marais 
et d'arbres ou d'arbustes aquatiques où les sables n'avaient pas 
franchi. Des bouquets de vergnes et de saules paraissent encore 
aujourd'hui de distance en distance sur l'ancien lit de l'Adour. 

Moyennant cela, la citation du Congrès de 1905 sur un fait de 
1840 peut être ramenée à sa juste valeur. Seignosse ne proposait 
que d'ensemencer des sables lui appartenant. Au chapitre de la 
Propriété des Dunes, on verra que les vagues et vacants des pays 
de Maremne et du Marensin appartenaient aux communautés d'ha- 
bitants jusqu'à la mer. 

Je voudrais que tous ceux qui désirent parler de notre littoral 
allassent visiter, dans les dunes primaires aux vastes forêts antiques 
de Seignosse, l'imposant massif des Lues (signal de 62 mètres) 
et les autres croupes de la même commune de Seignosse où les 
chasseurs installent leurs palombières. Selon le mot de M. Harlé, 
on pourrait dire que cela « a toujours existé ». (Voir les cartes du 
chapitre II, pages 31 et 33, dunes du sud.) Les dunes de Seignosse cou- 
vertes de forêts antiques ne sont qu'à 1 kilomètre et demi de la mer. 

Soustons. — Dans le pays de Soustons, dont les dunes primi- 
tives et les forêts antiques se trouvent immédiatement au nord 
de celles de Seignosse, on éprouvait étrangement au quartier d'Ardy, 
à plus de 6 kilomètres de l'Atlantique, l'impression produite 
par cette mer terrible couronnée de sable blanc et qui grondait 
au loin à travers la forêt profonde. 

Le 28 mars 1601, par testament, Jeannon Dagès lègue à la 
fabrique de Soustons « deux petites pièces appelées à Darroyat, 
près de la maison d'Estienne de Pontnau ». Le parchemin y relatif 
porte au dos : «Suivant le terrier de 1703, Estienne et Agne de 

1. Congrès des Sociétés savantes de 1905, page 209 du Bulletin de la Section 
de Géographie. 



SOUSTONS 189 

Pontnau père et fille ont pris lesd. pièces au devoir de huit sols 
de fief, avec restriction que sy lesd. pièces viennent à être couvertes 
par les sables mouvants qu'il sera deschargé dud. fief l . » 

La formule de ces deux dernières lignes ne va pas se perdre. 

1756, Inventaire des titres de l'église de Soustons. «Art. 24 e . 
Estienne Pontnau pour la pièce de terre et les chênes de Lanoyat 
(Larroyat?), au quartier d'Ardy, fait de fiefs huit sols, avec res- 
triction que sy les sables mouvants viennent à couvrir lad. terre, 
il demurera déchargé dud. fief 2 . » 

«Le 3 mai 1818, le préfet visite à Soustons les dunes mouvantes 
qui ont déjà envahi une partie du ruisseau qui jette les eaux de 
l'étang d'Ardy dans ledit étang; il est frappé des dangers de ces dunes 
qui avancent rapidement, font craindre l'obstruction du ruisseau 
et par suite la submersion du quartier d'Ardy... Par décision du 
1 er février 1832, le ministre des Travaux publics accorde à Sous- 
tons, sur les fonds de l'État, une subvention de 1.200 francs pour 
concourir à la fixation de la dune de Liaou 3 . » 

La dune de Liaou ou de Badie, très peu éloignée des champs cul- 
tivés de la lande, est pour la carte d'état-major le signal d'Ardy, à 
la cote d'altitude de 50 mètres. Je l'ai visitée sous la conduite d'un 
conseiller municipal représentant ce quartier d'Ardy. 

La croûte du tue de Liaou est formée d'humus, d'herbes et de 
racines comme celle des autres dunes primaires de la région. Ces 
dunes ne bougent pas, ne peuvent pas bouger, surtout à 6 kilo- 
mètres de la mer. Peut-être qu'à la suite d'incendies ou d'exploi- 
tations non suivis d'interdiction de pacage, Soustons laissa-t-il 
dénudée, autrefois, une portion des 700 hectares de dunes commu- 
nales boisées qu'il possède par là d'un seul tenant, dans les condi- 
tions où on laisse un champ en jachère ou en friche. Il trouva le 
moyen, en 1832, de se faire payer l'hospitalité écossaise qu'il a 
toujours su réserver aux préfets. Mais il était aussi peu sérieux 
de demander cette protection pécuniaire contre les sables d'Ardy, 
que si la Compagnie du Midi avait sollicité une subvention pour 
se garer des dunes nues qu'elle longe et éventra, dans la grande 
lande, à Ichoux, à Labouheyre, à Morcenx et vers Laluque. 

Sur le mot prêté au préfet que « ces dunes avancent rapidement », 
il y a textes et preuves matérielles contraires. Le riche quartier 
d'Ardy se trouve immédiatement à l'est de la bordure orientale 
des dunes et du tue de Liaou, bordure magnifique, régulière, inin- 

1. Arch. du presbytère de Soustons. 

2. Arch. du presbytère de Soustons, Bull, de Borda, 1907, p. 100. 

3. Arch. de Soustons, Bull, de Borda, 1907, p. 100. 



190 LE LITTORAL GASCON 

terrompuc, le long de laquelle coulent, tributaires du lac de Sous- 
tons et alimentant comme par le passé le moulin d'Ardy, les eaux 
des petits étangs Noir, Blanc et d'Ardy. (Voyez au chapitre II la 
carte de la page 31.) La grande ancienneté de cette région, telle que 
nous la voyons, est certifiée par le statut du pays de Maremne, 
du 15 juin 1300, 17 e article : « ... C'est à savoir le moulin moulant, 
étangs, eaux, conduite d'icelles appelés le moulin d'Ardi. Et en 
outre la maison où ledit seigneur a son grenier d'Ardi. » Déjà cité. 
Il y a bien des milliers d'années que tout ce pays est boisé et 
stable dans les dunes primitives. 

De Soustons et de Seignosse vers le sud, les dunes ne formant 
bientôt plus qu'une étroite chaîne littorale, et devenant de plus en 
plus basses avec sable dont la lourdeur du grain augmente, la 
crainte des invasions d'arène ne se manifestait pour ainsi dire pas. 

Au delà de l'Adour, la côte du pays basque, à Mouligna (sud de 
Biarritz), à Bidart et à Guéthary, présente les mêmes vestiges 
géologiques et préhistoriques que les côtes du Médoc (lignites, 
tourbes, silex, tessons de poterie), confirmant, d'un côté, la dimi- 
nution du continent au quaternaire ancien, d'autre part, la très 
haute antiquité de la ligne de rivage actuellement occupée par la 
mer. On y voit un passé en rapport avec celui du littoral de la 
Gironde et des Landes. Seulement, comme sur les Basses-Pyrénées 
les falaises sont de roches ou de cailloux roulés correspondant au 
sable des landes, l'homme n'y était pas préoccupé par la crainte 
de l'empiétement de l'Atlantique. 



Lège (suite de la page 142, 3 e alinéa). — Les moulins à eau de 
Campagne, faisant l'objet d'un contrat authentique de 1273 et 
mentionnés aux pages 137 et 140, tuent bien des légendes et mar- 
quent la stabilité de la chaîne dunaire. Grâce à M. Labrunette, ins- 
tituteur actuel de Lège (1920), je peux situer ces anciennes usines 
d'une manière précise. L'emplacement des moulins de Campagne 
est à 2.000 mètres environ de la mairie de Lège, dans la direction 
nord-nord-ouest; il se trouve au nord-est du Puy de Lège (carte 
de Masse, page 128), à l'est du Crohot de Lescourre et au nord-est 
de la dune de Lescourre (carte du Conseil général, page 129). Le 
monticule dit Puy de Lège, changeant de nom, est ainsi devenu 
la dune de Lescourre. Rien autre n'est changé depuis 650 ans sur 
la ligne séparative des dunes et de la lande. 



à 
pag] 



PAROISSES ÉTEINTES 191 



à 1.200 mètres de la mairie, dans la direction des moulins de Cam- 



Paroisses réellement éteintes. Des comptes de l'archevêché de 
Bordeaux pour le xni e siècle, manuscrit en parchemin, mention- 
nent des églises réellement abandonnées ou disparues (sans en 
indiquer la cause), mais elles ne se rapportent pas au littoral. Il 
en est nommé neuf, comme suit, pour les archiprêtrés d'Entre- 
deux-Mers et de Benauges, en rappelant qu'elles payaient jadis 
un droit de synode : 

Saint-Pantaléon-de-Scupian, Saint-Martin-de-Scandatz, Saint- 
Gervais-de-Sermenhan, Sainte-Marie-de-Arzenhac, Saint-Cyr-de- 
Badirac; — Saint- Vivien-Débat, Saint-Paul-de-Blanhaus, Saint- 
Sauveur-de-Monpois, Saint-Sauveur ou Saint-Amand-de-Benauges *. 

Pour le département des Landes, « que de localités peu connues 
actuellement et alors chefs-lieux de paroisses ! Ce sont, pour n'en 
citer que quelques-unes : Lussole, Grauloux, Saint-Johannet, Mar- 
tiens, Gézeron, Sainte-Croix-de-Rague, Agos, La Balle, Moras, Le 
Murât, Gaube, Cornet, Priam, Douzevielle, Retgeons, Arthos, Bost, 
Dadou, Fichons, La Torte, Mialos, Mus, Bézaudun, Le Bosc, Cou- 
pluc, etc. 2 . » 

Là encore, aucune des disparitions ne paraît intéresser le littoral, 
où nous retrouvons toujours fixité, stabilité. 

1. Arch. de la Gironde, G, clergé séculier; — Arch. hist. de la Gironde, 
t. XLIV, pp. 11 et 14. 

2. Conseil général des Landes, session de 1862, page 199 du volume. 



CHAPITRE V 

COMMUNES ACTUELLES DE LA COTE MARITIME 

entre la Gironde et V Adour. — Statistique. 

La région maritime d'entre la Gironde et l' Adour porte sur six 
pays (anciens pagi), déjà nommés au chapitre III, page 97, et qui 
vont être examinés en détail. 

La superficie de chaque localité est donnée d'après la Situation 
financière publiée par la préfecture de la Gironde en 1911, et par 
la préfecture des Landes en 1914. 

Impôts. Les impositions ou cotes de la taille des deux dépar- 
tements sont données ^d'après les Archives de la Gironde, C 2614 
pour 1707, C 2615 pour 1708, G 2620 pour 1718, G 2652 pour 1748, 
qui sont autant d'expéditions officielles de l'époque. Les impôts de 
1911 et de 1914 sont puisés aux deux états de Situation financière 
mentionnés à l'alinéa qui précède. 

Monnaie du xvm e siècle. On comptait douze deniers au sol et 
vingt sols à la livre. A la fin du règne de Louis XVI, la pièce aux 
fleurs de lis de douze deniers (un sol) pesait 12 grammes; celle 
portant la légende : la ation, la Loi, le Roy, ne pesait que 10 gr. 
et demi. D'après le vicomte d'Avenel (Découvertes d'histoire sociale), 
la livre valait 1 fr. 22 de 1701 à 1725, et fr. 95 de 1726 à 1790. 
Le denier représentait ainsi la moitié d'un centime en 1701-1725, 
et moins d'un demi-centime depuis 1726. En l'an 1500, la livre 
tournois valait 4 fr. 64; en 1550, 3 fr. 34; en 1600, 2 fr. 57; en 
1650, 1 fr. 82. 

Les Comptes de l'archevêché de Bordeaux, qui seront souvent 
cités, se trouvent transcrits aux Archives historiques de la Gironde f 
tome XLIV pour le xm e siècle, tomes XXI et XXII pour le 
XIV e siècle. Les références y relatives, moyennant cette indication, 
ne seront répétées que d'une manière sommaire. 

Population. Les détails donnés aux pages 48 à 58 ci-dessus ont 
fait connaître, dans leurs renseignements préhistoriques, que notre 
côte maritime était déjà habitée il y a dix mille ans par des tribus 
établies à demeure. Il n'est possible d'apprécier la densité de la 
population que depuis l'existence des registres de naissances ou 
que par la connaissance du nombre des feux de l'endroit. Le feu 
(foyer, chef de famille, ménage) est presque généralement compté 



POPULATION PAR FEU 193 

pour quatre personnes, en moyenne. Un recensement général du 
Dauphiné, par feux et par habitants de chaque localité, fut effectué 
vers 1760. M. Roger Vallentin du Cheylard en présente tous les 
détails dans une très importante publication *. Les mentions qui 
suivent donnent sommairement la moyenne des résultats qui furent 
constatés. 

Page 169, subdélégation de Grenoble 3,90 habit, par feu. 

— 172, — Vizille 3,74 — 

— 176, — Vienne 3,55 — 

— 180, — Pont-de-Beauvoisin. . 4,09 — 

— 183, — Montélimar 3,49 — 

_ 193, — Valence 3,70 — 

— 195, — Gap 3,86 — 

Moyenne générale 3,76 

A la ville même de Grenoble, moyenne de 3,73 par feu. 

— Vizille, — 2,43 — 

— Vienne, — 3,16 — 

— Pont-de-Beauvoisin, — 4,26 — 

— Montélimar, — 3,83 — 

— Valence, — 5,35 — 

— Gap, — 3,93 — 

Il y avait probablement un tour pour recevoir les enfants trouvés 
à Valence, qui présente 5 habitants et un tiers par feu; peut-être 
y avait-il un hospice aussi au Pont-de-Beauvoisin. On peut le croire 
par comparaison avec Bordeaux, où au temps de son établissement 
des Enfants trouvés on enregistrait une naissance par 26 habitants, 
pendant que la commune de Bègles, contiguë à Bordeaux, n'avait 
qu'une naissance par 42 habitants 2 . Des enfants conçus au dehors 
venaient naître secrètement à la grande ville ou y étaient introduits 
et déposés au tour, donnant à celle-ci une fécondité factice. 

On peut citer pour la Gironde les sept dénombrements suivants 
par feux et habitants : 

A Lesparre, un dénombrement de 1790 accuse 198 feux et 846 âmes 3, 
soit par feu 4,27 habitants. 

A la même époque, Carcans avait 164 feux et 
799 âmes, soit par foyer 4,87 — 

Vensac, 193 feux et 756 âmes, soit 3,91 — 

A reporter .... 13,05 habitants. 

1. Population des Taillabililês du Dauphiné, Valence, 1912. 

2. B. Saint- Jours, La population de Bordeaux, pp. 11-12, et Revue historique 
de Bordeaux, 1911, n 08 5 et 6. 

3. Clary et Bodin, Histoire de Lesparre, p. 203. 

13 



194 LE LITTORAL GASCON 

Report 43,05 habitants. 

Queyrac, 490 feux et 2.069 âmes; par fojcr . 4,22 — 

Saint -Germain- 

d'Esteuil, 330 — 1.016 — . . 3,08 — 

Saint-Chris toly, 137 — 507 — . . 3,70 — 

Valeyrac, 119 — 456 — . . 3,83 — 

Total 27,88 habitants. 

Moyenne par feu, d'après les sept exemples connus 
de l'arrondissement de Lesparre 3,98 

Plus tard, après les guerres de la Révolution et des premiers 
temps de l'Empire, le registre des délibérations municipales de 
Soulac porte en l'an XIV (1805) un recensement aux chiffres de 
167 feux et 649 habitants, soit 3,88 âmes par feu. La proportion 
se maintenait malgré les campagnes de guerre. 

La natalité était ainsi plus élevée dans notre Sud-Ouest que dans 
le Sud-Est. 

Il est possible aussi de connaître fort approximativement le chiffre 
de la population ancienne par une méthode — de mon initiative — 
dont j'ai plusieurs fois obtenu de bons résultats. Elle consiste en 
un simple calcul basé sur la natalité, c'est-à-dire sur le nombre 
moyen annuel des naissances constatées par rapport au chiffre de 
la population. 

En prenant, d'une part, les plus anciens recensements de la popu- 
lation, d'autre part, le chiffre des naissances aux époques de ces 
dénombrements, on établit, proportionnellement au chiffre des 
habitants, la moyenne des naissances représentant la natalité de 
l'endroit dont on s'occupe. Là est la base, limitée bien entendu à 
cet endroit. Si elle est d'une naissance par trente habitants, on peut 
l'appliquer ensuite dans le passé à telle année qu'on voudra avec 
la certitude d'avoir, à très peu de choses près, le chiffre de la popu- 
lation. Par exemple, si le registre paroissial donne pour 1680 un 
total de 45 naissances, le chiffre de la population d'alors peut, au 
moyen du coefficient ou de la moyenne 30 (chiffre supposé précité), 
être hardiment estimé à 45 X 30 = 1.350 âmes. 

Établissons d'une manière détaillée la natalité de Capbreton, en 
prenant trois recensements du calendrier républicain espacés de 
trois en trois ans, relevés aux Archives des Landes, M 7, puis quatre 

1. Arch. de la Gironde, L 1781, pour les six derniers exemples officiels dus 
aux nouvelles municipalités de l'époque. Il ne paraît pas en exister d'autres 
aux Archives départementales. Il n'en existe pas non plus dans les Archives 
départementales des Landes. 



NATALITÉ 195 

recensements de 1831-1856, que donnent les Archives de Capbreton 
et Y Annuaire des Landes. 

Population d'après les Nombre de naissances 

recensements officiels. d'après l'état civil. 

1° An II (1793) 511 âmes 15 

AnV 511 — ..... . 16 

An VIII 625 — 20 

1.647 ~b\ 

Soit 1.647 divisés par 51, ou une naissance par 32 personnes et 3 
dixièmes, moyenne qui va se répéter au xix e siècle. 



o Année 1831 . . . 


. . . 915 âmes . . . 


. . . 29 en 1831 
27 — 1832 


— 1841 ... . 


... 972 — . . . 


. . . 24 — 1841 
34 _ 1842 


— 1851 . . . . 


. . . 1.060 — . . . 


. . . 26 - 1851 
40 — 1852 


— 1856 . . . . 


. . . 1.131 — . . . 


. . . 39 - 1856 
31 — 1857 



4.078 250 

Soit une naissance par 32 personnes et 6 dixièmes pour l'ancien port de 
Capbreton ». 

J'ai suffisamment pu remarquer que la natalité du temps passé, 
où l'on comptait des familles à nombreux enfants, mais aussi bien 
des miséreux et des célibataires, s'est à peu près maintenue égale, 
dans l'ensemble, jusque vers 1850 ou 1860. Depuis cette dernière 
époque, mais depuis lors seulement, les grandes découvertes de la 
science, les progrès de l'industrie, la création des chemins de fer, 
la guerre désastreuse de 1870, les armées permanentes, l'embriga- 
dement des jeunes femmes par les grands magasins et les grands 
ateliers, les besoins qu'on se crée avec quelque exagération et le 
mieux-être auquel on aspire dans toutes les classes de la société 
ont partout apporté du changement dans les mœurs sociales et 
familiales, d'où la dépopulation, ou plutôt la stagnation constatée 
par les dénombrements et les documents statistiques pris dans 
leur ensemble. La Grande Guerre, malgré son issue glorieuse, ne va 
pas être suivie d'améliorations à cet égard. 

Il faut tenir compte qu'il n'y a pas de barème ou de coefficient 
unique pouvant s'appliquer à chaque ville ou localité. Dans une 
même région, sous un climat égal, la natalité varie souvent de com- 
mune à commune, suivant le genre d'occupation des habitants, sui- 
vant la somme de bien-être, suivant certaines vues ou mœurs locales. 

1. Il est curieux de constater, tout à côté de Capbreton, que Labenne, qui 
n'avait pas une population de marins souvent absents, présentait seulement, 
comme natalité, 1 naissance par 37 habitants. 



196 LE LITTORAL GASCON 

Une remarque. Si l'on admettait — ce qui ne serait d'ailleurs pas 
fondé — qu'à population égale les enfants naissaient en plus grand 
nombre autrefois qu'entre 1793 et 1860, on rabaisserait le chiffre 
de la population ancienne au lieu de la grossir. Par exemple, 40 nais- 
sances annuelles à une par 25 personnes donnent seulement 1.000 
âmes, tandis qu'à une naissance par 33 personnes on obtient une 
population de 40 X 33 = 1.320 âmes. 

C'est ce que je répondais en 1910-1911, quand je m'occupais de 
La Population de Bordeaux depuis le xvi e siècle 1 . Au cours du long 
et laborieux dépouillement des tables de naissances de la ville, on 
m'opposait qu'en tablant sur la natalité je partirais d'une base 
fausse et que je présenterais une population ancienne réduite, en 
raison du nombre élevé des enfants qui naissaient autrefois. On se 
trompait dans ce préjugé, comme je viens de l'expliquer. J'ai pu, 
dans le même travail, démontrer que la méthode dite de Necker 
n'était pas exacte dans l'appréciation de la densité des populations 
d'autrefois. 

Vauban et Necker estimaient la densité des peuples à tant d'ha- 
bitants par lieue carrée. C'était le vague, l'incertitude de ces temps. 
D'autre part, suivant une opinion attribuée à Necker (1776-1780), 
on trouvait l'effectif d'une population en multipliant le chiffre 
moyen des naissances par 25 3/4. 

Necker jugea trop faible ce multiplicateur 25 3/4 pour les villes 
populeuses et commerçantes; il l'éleva à 28 pour Bayonne et à 
30 pour Bordeaux 2 . C'est juste le contraire qu'il eut fallu faire, 
opérer sur 25 ou 26 pour les centres ayant des hospices d'enfants 
trouvés (c'est, on Ta vu, le cas pour Bordeaux) et sur 30 ou 32 pour 
le reste des pays. 

Necker n'est d'ailleurs pas l'initiateur du système erroné en ques- 
tion. Sa première fonction officielle dans les rouages du gouverne- 
ment ne date que de 1776, alors qu'aux Archives de la Gironde 
(C 1270) se trouve six ans plus tôt, à l'année 1770, l'instruction 
officielle suivante de l'Intendance : 

La manière d'évaluer la population par les naissances est de les multiplier 
par 25 dans les campagnes et par 28 dans les grandes villes. 

2.850 naissances multipliées par 28 donnent 79.800 habitants. 

A forcer les choses, multipliant les 2.850 naissances par 
30, cela donne 85.500 — 

1. Dans la Revue historique de Bordeaux, n 0B 5 et 6 de 1911. Tirage à part, 
36 pages. 

2. Necker, Administration des finances, t. II de l'édit. de 1784, t. I er , pp. 168- 
169 de l'édit. de Lausanne, 1786. — Voyez Jouannct, Statistique de la Gironde, 
t. I er , p. 113, et Journal de Guienne, 1 er avril 1785, n° 213. 



NATALITE 



197 



Six autres années avant cette note de l'Intendance, soit long- 
temps avant l'administration de Necker, le Dictionnaire d'Expilly 
(année 1764, supplément au tome III) dit que pour obtenir le chiffre 
de la population on multiplie la moyenne annuelle des naissances 
par 25 pour les paroisses de la campagne, et par 28 pour celles des 
villes. 

On est tombé dans des écarts considérables d'appréciation. Le 
chanoine Bellet, parlant de l'époque où il vivait, estimait la popu- 
lation de Bordeaux, en 1730-1732, à 87.000 âmes *; Elle n'était que 
de 59.332 âmes d'après mon travail sur La Population de Bordeaux, 
qui est basé sur la natalité à l'aide d'un dépouillement général des 
naissances portant sur une période de 250 ans, c'est-à-dire de 1541 
à 1791. 

Après cet exposé sur le moyen de connaître le chiffre de la popu- 
lation d'autrefois, on insiste ici, sans distinction de régions, pour 





MOYENNE 

de la population 

aux recensements 

ci-dessous 


MOYENNE 

des naissances annuelles 

pour les années 

ci-dessous 


S ™ » ' 

sa jg"S 
= 1| 

g Z ^ 
Ï ^ 

26 
30 
31 
33 
36 
38 
42 


A la fin du XIX* siècle 


LOCALITÉS 


Années 


.2 ci S 


Mimizan . . . 
Soulac. . . . 
Soustons. . . 
Capbreton a . 

La Teste. . . 

Vieux-Boucau ' 

(Port d'Albret) j 

Bègles3 . . . 

(Suburbaine) 


1831,1841, 1851,1856 
847 âmes 

1831, 1836, 1841, 1851 
833 âmes 

1831,1841, 1851,1856 
2.887 âmes 

Mêmes années qu'à la ligne pré- 
cédente. 1.019 âmes 

1831, 1836, 18 il, 1851 
3.107 âmes 

1831,1841, 1851,1856 
309 âmes 

1820,1831,1836,1841, 
1846. 2.445 âmes 


1831-1832,1841-1842,1851- 
1852,1856-1857 . . 32 

1831-1832,1836-1837,1841- 
1842,1851-1852 . . 27 

1831-1832, 1841-1842, 1851- 
1852,1856-1857. . . 93 

Mêmes années qu'à la ligne précé- 
dente 31 

1831-1832, 1836-1837, 1841- 
1842,1851-1852. . . 85 

1831-1832, 1841-1842, 1851- 
1852,1856-1857. . . 8 

1820-1821,1831-1832, 1836- 

1837,1841-1842,18461847. 

57 


1896etl897 
1896etl897 
1896 et 1897 
1896 et 1897 
1896 et 1897 
1896etl897 
1896etl897 


46 
54 
41 
36 
47 
38 
37 



1. Arch. hist. de la Gironde, t. XLVIII, pp. 1 et 13. 

2. Capbreton mérite une mention pour la conservation de son état civil, 
dont les registres existent depuis 1580. 

3. De 2.050 âmes en 1820, de 2.747 en 1846 et de 10.372 en 1896, la population 
de Bègles dépasse aujourd'hui le chiffre de 14.000 habitants. La natalité s'y est 
améliorée. 



198 LE LITTORAL GASCON 

l'emploi du procédé dont sept résultats sont groupés au tableau qui 
précède, la natalité de chacun de ces endroits ayant été établie selon 
la méthode donnée un peu plus haut pour Capbreton. 

Bègles, déjà nommé au sujet des hospices d'enfants trouvés, 
n'appartient pas au littoral. Il se trouve maintenu néanmoins au 
tableau à titre d'exemple de natalité restée inférieure en raison du 
voisinage de l'hospice ou lour de Bordeaux. Sa natalité s'est beau- 
coup améliorée et relevée (deux dernières colonnes de l'état) depuis 
la suppression de cet hospice. 

J'ai eu l'occasion de signaler ailleurs un exemple de fécondité faible 
pour l'ancienne bastide de Geaune en Tursan : 1 naissance par 44 ou 
45 habitants de 1820 à 1857, et apparemment depuis 1638, d'après 
les relevés effectués aux registres de catholicité de l'endroit 1 . 



Le sol a appartenu au premier occupant jusqu'à ce qu'intervint 
contre celui-ci un adversaire plus fort pour le déloger ou le dépos- 
séder. Depuis qu'existaient les tailleurs de silex d'il y a dix mille ans 
environ et leurs voisins qui cuisaient l'argile sur les dunes, dans 
quelle mesure la population littorale de ces temps reculés a-t-elle 
été successivement mêlée, combien a-t-elle vu de tribus en migra- 
tion, ou de guerriers envahisseurs, ou de seigneurs féodaux se décla- 
rant maîtres de nos pays? On ne possède à cet égard que des données 
incomplètes et relativement peu anciennes. 

D'après notre éminent historien Camille Jullian, les Ligures, 
d'origine peut-être aryenne (asiatique), occupaient la partie ouest de 
la Gaule mille ans au moins avant notre ère; les Celtes vinrent, 
500 ans avant J.-C, de l'Allemagne septentrionale et des rives les 
plus éloignées de la mer du Nord : Frise et Jutland ; 25 ans plus tard, 
les Ibères, arrivant d'Espagne, envahissaient le midi de la Gaule 
et pénétraient jusqu'à Bordeaux 2 . 

Ensuite, les Romains conquirent la Gaule en 58 avant J.-C. et 
en gardèrent le gouvernement pendant cinq siècles; dans cet inter- 
valle, deux violentes et dévastatrices invasions germaniques pas- 
sèrent en 276 et en 407; puis survinrent en 414 les Wisigoths et en 
508 les Francs, deux peuples germaniques aussi ; peu après (vi e siè- 
cle), ce sont les Vascons d'Espagne qui débouchent et envahissent 

1. Saint-Jours, La bastide de Geaune en Tursan, pp. 116, 158, 163. 

2. Camille Jullian, Histoire de la Gaule, t. I er . — « La Gaule désigna, chez les 
anciens, la contrée comprise entre la Méditerranée, les Alpes, le Rhin, l'Océan 
et les Pyrénées, » est-il dit en tête de cette Histoire de la Gaule. 



MÉDOC, VERDON 199 

le pays alors dénommé Novempopulanie, qui est devenu la Gas- 
cogne; d'Espagne encore arrivent en 732 les Sarrasins (Arabes); les 
Normands ou hommes du nord pillent la région aux ix e et x e siècles. 
Nombreux ont donc été les maîtres et les seigneurs. Mais ce qu'il 
faut bien noter déjà, c'est que nos ancêtres ont joui presque partout 
librement des dunes ou les ont possédées en toute propriété jusqu'à 
la Révolution, conservant* en outre, envers et contre tout, le droit 
de chasse et de pêche, et surtout le libre parcours du bétail jusqu'à 
la mer, où les animaux se trouvaient attirés et alléchés par les 
plantes venant à l'air salin du côté des dunes blanches. Il en sera 
reparlé au chapitre sur la Propriété des Dunes. 



I. — , Médoc (Gironde). 

Le nom de ce pays, d'après des historiens éclairés, est fort ancien 
et vient des Médules, peuplade ligure. Le Médoc comprenait trois 
seigneuries importantes. Celle de Lesparre, ville où se voit encore le 
haut donjon féodal, s'appuyait à droite sur le bord de la Gironde, 
tenait le rivage maritime du côté gauche « jusqu'aux terre et baronnie 
d'Audenge et de Lacanau » l , et était la plus grande de tout le littoral 
gascon. La seigneurie relevant du châtelain de Lesparre était dite 
sirie. Le régime féodal rigoureux fut maintenu sur la majeure partie 
du littoral médocain par les sires de Lesparre. Soulac seul connut 
des libertés communales. 

Le Médoc est nommé à la date du 19 mars 1274, à propos de son 
district de Lesparre, dans les Reconnaissances féodales publiées par 
Bémont. Précédemment, en 1175, le seigneur de fyesparre, Cénebrun, 
fut réprimandé par le pape au sujet de ses usurpations sur les droits 
de l'église de Soulac 2 . 

Sous l'ancien régime, Lesparre était une subdélégation. Le subdé- 
légué était à l'intendant de la province ce que le sous-préfet est au- 
jourd'hui au préfet. L'endroit, maintenu chef-lieu de sous-préfecture, 
ne présentait qu'une agglomération comparable à celle d'un modeste 
bourg. Un dénombrement de 1790 3 y accuse 198 feux et 846 âmes. 

Verdon (Le). — Superficie, 1.455 hectares. Altitude (rail de la 
gare), 5 mètres. Constitué en commune autonome, par démembre- 
ment de Soulac, en 1875. Avant-port de Bordeaux en eau profonde. 
Réservoirs de poissons à la place des anciens marais salants.- La 
tour de Cordouan et le sol de l'ancien prieuré de Saint-Nicolas-de- 

1. Mémoire de 1592 sur la terre de Lesparre, ms. de la Bibl. Nat., n° 9906-; 
— Rabanis, Actes de VAcad. de Bordeaux, 1843, pp. 114, 138. Vers l'intérieur, 
Je Médoc, qui est très vaste, s'étend jusqu'aux approches de Bordeaux. 

2. Rabanis, mêmes Actes de VAcad. de Bordeaux, 1843, p. 118. 

3. D'après Clary et Bodin, Histoire de Lesparre, p. 203, indication déjà 
donnée au présent chapitre, page 193. — En 1592 (Mém. 9906), 177 feux. 



200 LE LITTORAL GASCON 

Grave sont sur la commune du Verdon. Un fort de cet endroit 
défend la côte et l'embouchure de la Gironde, en croisant ses feux 
avec ceux du fort de Royan. 

La dune dite Terrier Saint-Nicolas est à 32 mètres d'altitude. 

Le Verdon n'est autre que l'ancien Domnoton de l'époque ro- 
maine. (Voyez Domnoton au chapitre IV, page 108.) 

Population du Verdon au recensement de 1876 733 âmes. 

— — 1896 736 — 

— — 1911 876 — 

Budget municipal 

(recettes et dépenses) de 1911 . F. 7.546 
— de 1919. . . 12.574 

Le nom Verdon, au bord des eaux inférieures de la Gironde, 
est aussi celui d'une rivière qui coule dans les Alpes Gottiennes. 
Cette dénomination Verdon et celle de tue, truc, employées dans 
les mêmes montagnes 1 , pourraient bien provenir des Ligures ou des 
Celtes, suivant ce qui a été dit à la fin du chapitre III. De même 
que les Romains imposèrent partout des noms latins, de même le 
christianisme ramena tous les endroits au nom du patron chrétien 
du lieu. Domnoton disparut et devint le port de Sainte-Marie-de- 
Soulac. Mais dans le langage local et des marins (c'est expliqué à 
la page 108 ci-dessus) le nom de Verdon se maintenait et s'est main- 
tenu à travers tout. 

Soulac. — Superficie, 2.902 hectares. Altitude au seuil de la 
porte d'entrée de la basilique, façade ouest, 8 m 34. Station impor- 
tante de bains de mer. 

En 982, quand l'abbaye de Saint-Sever (Landes) voulut prendre 
possession de Soulac en vertu d'une charte que venait de lui octroyer 
le duc de Gascogne, l'abbaye de Sainte-Croix de Bordeaux opposa 
à Saint-Sever une autre charte sans date d'après laquelle le comte 
Guillaume le Bon, gouverneur de Bordeaux, aurait précédemment 
donné Soulac à Sainte-Croix. Le nom de Soulac est connu pour la 
première fois par ce dernier texte de Guillaume le Bon, texte qui 
paraîtra au chapitre VI. 

Les habitants de Soulac semblent avoir été affranchis du servage 
et avoir obtenu un statut au xm e siècle. Le 24 novembre 1376, 
R. de Roqueys, nouvel abbé de Sainte-Croix, se rendit à Soulac 
pour recevoir le serment de fidélité des habitants et pour jurer à 
ceux-ci qu'il leur maintiendra de bonne foi fors, usages, coutumes 

1. Chabrand et de Rochas, Patois des Alpes Cottiennes, pp. 127-128; — 
Vallentin du Cheylard, Population des Taillabilités en Dauphiné, p. 285. 




^ s 









.i;\*i> 




ta 
ta 



*Ed 




^ 




4*«H<lty 



ï?7< 
< 



""tllllîllllli^ 






^a, «^ m'^„ ^» ; 



^ 

^ 






Échelle--*— ^o 

2 8,8 V7> 



»•_ .*?=. v* 



>> 



&K 



l 






Soulac EN 1700-1708 

Carte inédite de Masse (Bibliothèque de Bordeaux). 
Légende : B = bois; M = marais; P = prairies; T = terres. 



202 LE LITTORAL GASCON 

et liberté, comme le firent d'ici en arrière les précédents abbés. Le 
nombre des chefs de feu ou « caps d'hostaou » était à ce moment 
de 107, tous désignés par prénom et nom propre 1 . On vient de 
voir que Soulac fut démembré en 1875 en faveur du Verdon. 
La population de Soulac (Verdon compris) était : 

En 1376, très approximativement, de ..... . 450 âmes. 

En 1655, après adjonction à Soulac des quelques 

habitants du Lilhan, on comptait 514 — 

En 1715, un peu plus de 700 — 

En 1805, l'effectif était de 649 — 

En 1820, — 656 — 

En 1861, le dénombrement donnait 1.165 — 

En 1876, après avoir été démembré du Verdon. . 716 — 

En 1896, - — . . 1.349 - 

En 1911, — — . . 1.650 — 

Impôts anciens de Soulac (Verdon compris) : 

Taille de 1707 2.028 livres / Et par ailleurs des droits 

— 1718 1.786 — [ féodaux et la dîme des 

_ 1748 1.700 — ) fruits de la terre. 

Budget municipal de Soulac 
(recettes et dépenses) de 1911 . . F. 31.444 
- de 1919 .... 43.272 

Le passé de Soulac a été mouvementé, semé d'épreuves que j'ai 
longuement exposées dans Soulac d'après texles et preuves 2 . Il n'est 
pas possible d'en donner ici la reproduction. Le bourg eut toujours 
peu d'importance : une vingtaine de maisons. Le fait ressort de la 
carte ci-contre et des vieux terriers H 503, 763 et 782 (Arch. de la 
Gironde). 

Grayan-et-L' Hôpital, à 6 kilomètres de la mer. Superficie, 
4.347 hectares. Altitude (Dictionnaire Joanne), 4 mètres. 

Grayan est nommé dans les Comptes de l'archevêché du 
xm e siècle; il figure à un rôle gascon du 8 octobre 1255 et à une 
reconnaissance féodale du 23 mars 1274 (Bémont). 

L'Hôpital, situé un peu au sud du chef-lieu de la commune, 
était une très ancienne station hospitalière appartenant à l'ordre 
de Malte. D'après V Histoire du Grand prieuré de Toulouse, il y avait 
un commandeur à l'Hôpital de Grayan en 1190. Le 29 mai 1G59 
l'archevêque visite l'église de l'Hôpital, dont le quartier comptait 

1. Arch. de la Gironde, H 732 et 782. 

2, Actes de VAcad. de Bordeaux, 1915. Tirage à part de 108 pages. 



VENSAC, VENDAYS 203 

54 communiants 1 . En 1772, les biens de l'Hôpital de Grayan étaient 
affermés 230 livres, et 245 livres en 1786, au profit d'un moine 2 . 

Dans cette région à faible chaîne de dunes, on trouve cependant 
le signal de Grayan qui s'élève à 39 mètres au-dessus du niveau 
moyen de la mer. 

Pays de marais. Lagune dite étang de Barrère. 

Population : 1820 . 966 âmes. 

1831 1.025 — 

1846 969 — 

1856 942 — 

1896 854 — 

1911 720 - 

Impôts des habitants : \ Et par ailleurs la 

Taille de 1707 : Grayan, 594 livres; l'Hôpital, 311 livres, (redevance seigneuriale 

ahaq tli o*70 '5 Q//i ( ou sacerdotale du 

1718 : id. 972 — id. 341 — i ^^ des fruits de 

1748: id. 1.015 — id. 175 — ) la terre. 
Budget municipal (recettes et dépenses) de 1911 F. 18.368 

— — 1919 20.860 

Vensac, à 10 kilomètres de la mer. Superficie, 3.118 hectares. 
Altitude (rail de la halte), 4 m 43. Est nommé le 20 mars 1274 dans 
une reconnaissance féodale (Bémont), et figure aux Comptes de 
l'archevêché du xm e siècle. Voyez Arligue-Eslremeyre, page 117. 

Dunes de la Ganillouse, altitude, 33 mètres. Chenal du Ga ou de 
Saint-Vivien. 

Population : 1820 889 âmes. 

1831 995 — 

1851 1.089 — 

1856 1.067 — 

1896 1.087 - 

1911 882 — 

Impôts des habitants : \ Et par ailleurs la rede- 

Taille de 1707 947 livres, f vance seigneuriale ou sa- 

1718 992 — ( cerdotale du dixième des 

1748 1.035 ) fruits de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1911 F. 12.923 

— — 1919 12.954 

Vendays, à 8 kilomètres de la mer. Superficie, 7.608 hectares. 
Altitude au bourg (Statistique, Feret), 6 mètres. Figure aux Comptes 
de l'archevêché du xm e siècle. 

Jolie station de bains de mer au quartier de Montalivet. 

1. Arch. de la Gironde, G 639, fol. 120. 

2. Idem, G 658 et 649. 



204 LE LITTORAL GASCON 

En 1659, 28 mai, le procès-verbal de la visite de l'archevêque 
mentionne 250 communiants h 

Les dunes des Abits atteignent 40 mètres d'altitude. 

Sous la résistance de l'estuaire girondin, du plateau de Cordouan 
et des roches sous-marines des Olives, le courant marin nord-sud, qui 
rase tout le reste de la côte gasconne, se trouve refoulé et main- 
tenu au large sur la partie nord du Médoc. Un simple mouvement 
de montée nord, vers l'orifice de la Gironde qui aspire, s'y fait sentir 
à marée montante le long du rivage maritime, avec faible mouve- 
ment inverse vers le sud pendant le jusant. Cette petite région pré- 
sente, par suite, une plage pour ainsi dire morte, où une pinasse 
peut aussi bien jeter la senne en avançant vers le sud qu'en mar- 
chant vers le nord. Il en résulte que Montalivet-les-Bains possède 
la plage la plus facile et la plus jolie de toute la grande côte d'entre 
les estuaire? de la Gironde et de l'Adour. Pour le courant côtier 
signalé, voyez au chapitre III, page 78. 

Population: 1820 1.720 âmes. 

1831 1.912 — 

1851 1.795 — 

1856 1.907 — 

1896 1.684 - 

1911 1.731 — 

Impôts des habitants : \ Et par ailleurs la rede- 

Taille de 1707 . . . * . 661 livres. I vance seigneuriale ou sa- 

1718 1.131 — ( cerdotalo du dixième des 

1748 931 ) fruits de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1911 F. 34.407 

— — 1919 44.853 

Naujac, à 11 kilomètres de la mer. Superficie, 9.529 hectares. 
Altitude (rail de la station), 13 m 64. 

Détaché de Gaillan, Naujac est devenu commune autonome 
en 1865. 

Population : 1896 916 âmes. 

1911 . 1.058 - 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1911 F. 10.046 

— — 1919 11.495 

Hourtin, à 10 kilomètres de la mer, est bâti sur la rive orientale 
de l'étang de ce nom, qui déverse ses eaux en faible partie dans le 
lit de la Gironde, et pour la majeure portion dans l'étang de Laca- 
nau. Superficie, 17.874 hectares. Altitude (rail de la station), 17 m 85. 

1. Arch. de la Gironde, G 639, fol. 11 G. 



HOURTIN, CARCANS 205 

Hourtin devint paroisse indépendante vers 1640, par séparation 
d'avec Carcans. 

En mai 1659. l'archevêque de Béthune visitait cette paroisse et 
la désignait sous le nom de : Sainte-Helaine-de-Lestang 1 . Même 
dénomination à la visite du 7 juin 1692, dont le procès-verbal laisse 
voir combien l'église, qui comptait alors 62 ans d'existence, fut 
bâtie d'une manière sommaire : « Ledit curé nous auroit fait remar- 
quer que l'église n'avoit environ que huit pieds et demi de hauteur 
à prendre du carreau au lambris et que par conséquent elle auroit 
besoin qu'on rehaussât les murailles de quatre à cinq pieds, attendu 
que le maître-autel est extrêmement bas. L'autel de Notre-Dame 
est basti une aile de l'église qui n'a que quatre pieds depuis le plat 
fond iusques à la charpente... Comme aussi avons ordonné que 
lad. église sera carrelée 2 . » 

Hourtin possède aujourd'hui une belle église, fin 1748 il figurait 
encore au budget officiel de I3 taille sou? le nom de : Sainte -Heleyne 
de l'Estein 3 . Le passé de l'endroit est piésenté au chapitre IV, 
§ Sainte- Hélène, page 118. 

Dunes de Lirangeon, au nord de l'étang, 68 mètres d'altitude. 

Le phare d'Hourtin s'allume à 54 mètres au-dessus de la haute 
mer : feu-éclair, à éclats blancs réguliers toutes les cinq secondes. 

Population : 1820 1.305 habitants. 

1831 1.412 — 

1851 1.365 — 

'1856 1.435 — 

1896 1.293 — 

1911 1.370 — 

Impôts des habitants : \ Et par ailleurs la rede- 

Taille de 1707 1.909 livres. / vance seigneuriale ou sa- 

1718 2.186 ( cerdotale du dixième des 

1748 _ > 1.740 ) f ru i ts de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1911 F. 34.407 

— — 1919 41.814 



Carcans, à 12 kilomètres de la mer, sur la rive sud-est de son 
étang, dit aujourd'hui d'Hourtin. Superficie, 14.930 hectares. Alti- 
tude (rail de la station), 21 m 76. 

Carcans paraît avoir eu quelque importance depuis un temps 
reculé. Par une charte de 1099, Fort Gosselin donna ce lieu à Sainte- 

l.'Arch. de la Gironde, G 639. 

2. Idem, G 640. 

3. Idem, C 2652. 



206 LE LITTORAL GASCON 

Croix de Bordeaux (voyez Sainte-Hélène, à la page 118). On trouve 
Carcans nommé dans une reconnaissance féodale du 27 mars 1274, 
faite au roi par Aimeric de Bourg, damoiseau, de Lesparre (Bémont). 
Le procès-verbal de la visite de l'église par le cardinal de Béthune, 
à la date du 25 mai 1659, porte : w II y a 400 communiants et point 
de huguenots. Et sur la plainte de la trop grande profusion de lumi- 
naire, nous ordonnons que désormais on se contentera d'en mettre 
6 sur le grand autel et 2 sur les autres autels, 6 pour les processions 
et 6 à l'élévation du saint sacrement 1 . » A la visite de 1773 il est 
dit : ,< La nef a 90 pieds, compris le sanctuaire, sur 30 de large. Un 
collatéral (côté de l'épître) mesure 75 pieds de long sur 15 de 
large 2 . » Il ne paraît pas y avoir eu sur la côte d'église paroissiale 
aussi grande que celle de Carcans. 

Les dunes atteignent jusqu'à 70 mètres d'altitude à Carcans. Leur 
massif est compact, ne présentant pas de lettcs (vallées) comme 
sur le reste de la côte. Le fait s'explique par la vaste étendue des 
eaux de l'étang, qui, en se logeant aux dépens de l'emplacement 
des dunes, ont obligé celles-ci à se tasser. 

On trouve à des inventaires ou mémoires de la sirie de Lesparre 
mention de l'existence à Carcans d'un ancien château fort seigneu- 
rial près du bourg, et d'une fontaine miraculeuse au milieu même 
du bourg 3 . 

u Les anciennes verreries de Carcans et de Bazas employaient à 
la fabrication de leurs creusets des argiles du pays (argile réfrac- 
ta ire) 4 . » 

L'inventaire général de Lesparre porte à la date de 1439 le para- 
graphe suivant : « Affranchissement de questalité et de servitude 
fait en conséquence des lettres patentes du roi Henri d'Angleterre, 
lors sire de Lesparre, en faveur de plusieurs habitants de Carcans et 
autres paroisses de ladite sirie y dénommés, moyennant deux cents 
francs (à vingt-cinq sols chacun franc) de cens rendu annuellement 
au château de Lesparre, quatre manœuvres par an pour chacun 
des affranchis, outre les droits d'agrière, vin, blé, vinaigre, galinage 
et paduentage 5 . » Encore faut-il voir dans cette concession tardive, 
en 1439, une demi-mesure plutôt politique qu'humanitaire de la 



1. Arcli. de la Gironde, G 039, fol. 103 et 190. 

2. Idem, G 651. 

3. Bibl. Nat., n° 9906 et n° 5516. Voyez les textes mentionnes à la notice 
Mcdoc, p. 199 ci-dessus. 

4. Jouannet, Statistique de ta Gironde, édition 1837, p. 107. 

5. Arch. de la Gironde, G 3359. — Carcans seul, sur le littoral, figurait dans 
cet affranchissement de 1439. 



BUCH 207 

part du gouvernement anglais, dont la situation devenait difficile 
dans les anciens États d'Éléonore de Guyenne. 

Population : 1820 894 âmes. 

1831 1.005 — 

1851 1.019 — 

1856 1.100 — 

1896 904 — 

1911. ...... 1.035 — 

Impôts des habitants : \ Et par ailleurs la rede- 
Taille de 1707 ..... 2.102 livres. / vance seigneuriale ou sa- 

1718 . ... 2.186 ( cerdotale du dixième des 

.jy^o i 955 ] fruits de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1911 F. 12.667 

— — 1919 21.918 



II. — Buch (Gironde). 

Ce pays s'étend de Lacanau inclus aux confins sud de La Teste, où 
tombaient à la mer, dans l'antiquité reculée, les eaux de l'étang de 
Cazaux. » 

Des Ligures dits Boïens seraient venus, croit-on, s'établir parmi 
les habitants de la région appelée Buch. L'état social des habitants 
de ce petit pays peut être comparé à celui du féodal Médoc; peut-être 
encore fut-il plus dur, à ce qui paraîtra pour La Teste. Les documents 
anciens sur le Buch sont rares. 

L'abbé Baurein dit dans les Variétés bordelaises, tome II, page 55 : 
« Lacanau faisant partie du Médoc, c'est dans cette contrée que nous 
croyons devoir le placer. » Et à la page 58 : « La cure de Lacanau, 
quoique située dans le Médoc, a été placée, par des arrangements 
ecclésiastiques, dans l'archiprêtrô de Buch et Born. » 

L'inventaire général des titres de la siiie de Lesparre (Archives de 
la Gironde, G 3359) n'est pas d'accord avec cette appréciation; il 
porte au paragraphe des Aliénations : « 1452. Vente du baron Pey de 
Montferrand, seigneur de Lesparre, à Gaillard de la Lande de 21 francs 
de rente à pension annuelle assignée sur la terre et seigneurie de la 
Canau en Buch ». » 

Les sires de Lesparre, après la réprimande que leur adressa le pape 
au sujet d'empiétements sur les droits du prieur-seigneur de Soulac, 
poursuivirent néanmoins leurs revendications pendant plus de cinq 
siècles, même en employant la violence. Ils finirent par arriver à 
leurs fins, c'est-à-dire par confiner le prieur dans la sauveté ou bourg 
de Soulac, qui présentait en 1648 une agglomération de 24 maisons 
seulement. Un texte précis, le procès-verbal de la visite de l'église 
de Soulac en 1737, mentionne ainsi le fait: «Le prieur de Soulac 

1. Au folio 267 du même inventaire, il semble exister à Lacanau, en 1481 
et 1486, d'autres biens du sire de Lesparre : « Cinq copies d'enquêtes concernant 
les dixmes de la Canau. » 



208 LE LITTORAL GASCON 

est seigneur temporel du bourg. Monseigneur de Gramont (sire de 
Lesparre) est seigneur du reste de la paroisse l . » 

A défaut d'autre texte précis, force est d'admettre avec la maison 
de Lesparre, si tenace, que Lacanau était compris dans le pays de 
Buch, d'autant mieux que cette paroisse relevait également de l'ar- 
chiprêtré de Buch et Born. En outre, la paroisse ou seigneurie de 
Lacanau semblait être liée à Audenge en Buch, à ce qui paraît, 
page 199 ci-dessus, à la notice sur le Médoc. relativement à la confron- 
tation sud. 

Lacanau, à 10 kilomètres et demi de la mer, est situé au bord 
oriental de l'étang de ce nom, qui reçoit les eaux d'Hourtin et les 
transmet vers le bassin d'Arcachon. Superficie, 15.519 hectares. 
Altitude (rail de la station), 16 m 48. 

Cette paroisse fut donnée à Sainte-Croix de Bordeaux en 1099, par 
la charte déjà mentionnée à Carcans. Le 4 septembre 1275, on 
trouve aux reconnaissances féodales une déclaration d'hommage 
pour un lieu dit Membisos, dans la paroisse de Saint-Vincent de 
Lacanau (Bémont). Membisos ne peut pas être identifié aujourd'hui. 

A la visite pastorale du 24 mai 1659, on lit : « Il y a 360 commu- 
niants et point de huguenots. » Vient ensuite, à propos du luminaire, 
la même interdiction que ci-dessus à Carcans, sauf qu'il n'y est pas 
question des 6 cierges de l'élévation du saint sacrement. 

La dune de Caillau, au sud de l'étang de Lacanau, atteint 46 mè- 
tres d'altitude. 

Population. La natalité se présente à Lacanau, de 1831 à 1857, avec 
1 naissance par 33 habitants. 

En 1703 on compte 29 naissances. 

1704 - 39 — 

1705 — 23 - 

1706 — 30 — 

1707 - _26 - 

Total. ... 147 — 
Moyenne, 29. Soit 29x33 = 957 habitants en 1703-1707. 

Population recensée en 1820. . . £33 âmes. 

1831. . . 879 — 

1846. . . 1.040 - 

1851. . . 938 — 

1856. . . 1.020 — 

1896. . . 1.106 — 

1911. . . 1.402 — 

Impôts des habitants : \ Et par ailleurs la rede- 

Taille de 1707 1.001 livres. ( vance seigneuriale ou sa- 

1718 . . . . 1.460 — ( cerdotale du dixième des 

1748 . . . 1.675 ) fruits de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1911 . .... F. 23.818 
_ — 1919 29.112 

1. Arch. de la Gironde G 649, fonds diocésain. 



LE PORGE, LÈGE 209 

Le Porge, à 10 kilomètres et demi de la mer. Superficie, 15.108 hec- 
tares. Altitude (rail de la station), 23 m 82. Figure aux Comptes 
de l'archevêché du xm e siècle. En 1341, la bailie du Porge est con- 
cédée à Gaillard d'Ornon (Rôles gascons, Th. Carte). Voyez Porge 
au chapitre IV, pour le passé de l'endroit, pages 125 à ,135. 

Cinq lagunes ou petits étangs se trouvent entre le bourg et les 
dunes. 

Population. Natalité de 1831 à 1857 : 1 naissance par 44 habitants. 
Nombre de naissances en 1708. . . 13 
1709. . . 16 

Total 29 

Moyenne, 15; natalité, 44. Soit 44 X 15 = 660 habitants en 1708-1709. 

Recensement de 1820 643 habitants. 

1831. ..... 679 — 

1846 797 — 

1851 802 — 

1856 883 - 

1896 905 — 

1911 1.218 — 

Impôts des habitants : x . Et par ailleurs la rede- 

Tailledel707 1.091 livres. ( vance seigneuriale ou sa- 

1718 1.103 — i cerdotale du dixième des 

1748. .... 1.155 — ' fruits de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses). de 1911 F. 23.557 

— 1919 25.388 



Lège, à 7 kilomètres de la mer. Superficie, 8.378 hectares. Altitude 
(rail de la station), 11^89. 

Lège fut donné en 1027 au chapitre de Saint- André de Bordeaux 
par Sanche, comte héréditaire. Voir au chapitre IV le passé de cet 
endroit, pages 136 et 190. 

En 1731, lors de la visite de l'archevêque Honoré de Maniban, 
le curé répondit au questionnaire : « Il y a cent quarante commu- 
niants. Il n'y a presque que des marins 



. » 



Le canal dit de Lège, qui assure l'écoulement des eaux d'Hourtin, 
de Lacanau et du Porge dans le bassin d'Arcachon, a été creusé de 
1859 à 1873, comme il a déjà été dit d'une manière plus détaillée 
au chapitre III, page 96. 



Population : 1820. . . . 


. . . 324 âmes. 


1831. . . . 


... 375 - 


1851. . . . 


423 — 


1856. . . . 


... 465 — 


1896. . . . 


... 783 — 


1911. . . . 


. . . 1.110 — 



Arch. de la Gironde, G 651, fonds diocésain. 



210 LE LITTORAL GASCON 

Impôts des habitants : I Et par ailleurs la rede- 

Taille de 1707 731 livres. I vance seigneuriale ou sa- 

1718 ... . 218 l cerdotale du dixième des 

j74g ^3q \ fruits de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1911 ! Dépenses 12 395 
— -^- 1919. Recettes. . 25.428 



Andernos, sur la rive nord-est du bassin d'Arcachon, ne touche 
pas aux dunes de la mer. Il est néanmoins présenté* ici en raison du 
témoignage qu'il porte sur l'ancienneté et la stabilité de la région. 

L'église actuelle d' Andernos, bâtie sur la rive même du bassin, à 
la limite de la haute marée, est du xn e ou du xm e siècle. L'une de 
ses extrémités s'appuie sur les fondations, récemment mises à décou- 
vert, d'une basilique gallo-romaine où a été trouvée une plaque 
de marbre portant l'inscription mortuaire d'un évoque des Boïcns. 
Les fondations partant de l'église ont été rencontrées dans le temps 
jusqu'à la mairie. Un établissement religieux, couvent ou autre, 
a dû exister sur ces lieux. L'évêque des Boii s'y sera fait inhumer 
comme s'est fait récemment inhumer à Buglose Mgr Delannoy, 
évêque d'Aire. 

A l'époque romaine, on bâtissait donc comme de nos jours au 
bord oriental des eaux inoffensives du bassin d'Arcachon. 

Superficie d' Andernos, 2.008 hectares. Altitude (rail de la station), 
6^83. 

Population : 1856 506 habitants. 

1896 1.118 — 

1911 1.349 — 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1911 F. 16.606 

- — 1919 26.764 

La Teste, à 9 kilomètres de la mer, port de pêche sur le bassin 
d'Arcachon. Superficie, 26.135 hectares. Altitude (rail de la gare), 
4 m 69. On trouve cette paroisse aux Comptes de l'archevêché du 
xm e siècle. 

La Teste-de-Buch, en gascon Cap de Buch, formait avec Gujan 
et Cazaux le captalat de Buch, qui est resté célèbre par sa forêt 
antique de 4.000 hectares, dont il a été parlé au chapitre IV, pages 
146-150. Fameuse aussi reste la renommée de ses capiaous, seigneurs 
puissants et peu généreux qui firent peser sur les habitants leurs 
rudes prétentions féodales. « Captaou ou captai en nos histoires est 
comme capitaine, » dit Bertrand Automne, en 1621, dans ses com- 



LA TESTE 21 1 

mentaires des Coustumes du bourdelois. Toutefois, « pas un de ses cap- 
taux ne naquit à La Teste, pas un ne l'habita ; ces seigneurs résidaient 
plus volontiers à Castelnau-de-Médoc, » dit un volumineux manus- 
crit déposé à l'Académie de Bordeaux, en 1902, par un bourgeois 
de La Teste, M. Félix Lacombe, 3 e volume, page 13, et 4 e volume, 
page 19. L'ouvrage est intitulé : Le Capialat de Buch. 

Pierre Amanieu, captai de Buch, est nommé à trois rôles gascons 
en 1293-1299 (Bémont). On ne connaît pas de seigneur plus ancien. 

« Jusqu'au commencement du xvï e siècle, les captaux de Buch, 
si puissants au temps de la féodalité, maintinrent dans un odieux 
servage les pauvres pêcheurs de La Teste. Une ordonnance rendue 
par Louis XV, en 1742, put seule mettre fin aux vexations et faire 
triompher les premiers principes du droit public 1 . » 

En tant que port de commerce, La Teste n'a jamais eu d'impor- 
tance, à en croire le troisième alinéa de la page 213 ci-après. 

La visite de l'église du 22 juin 1783 porte en son procès-verbal : 
« L'église de la Teste est en bon état et très ornée. On dit la messe à 
la chapelle d'Arcachon tous les dimanches, et à celle des Monts 
7 ou 8 fois dans l'année à différentes fêtes 2 . » 

La Teste a été démembrée d'Arcachon en 1857. Cette ville a 
perdu sa part du lac de Cazaux dans les conditions suivantes : 

«Lasse de payer un impôt aussi léger fut-il, une trentaine de 
francs, la commune de La Teste négligea d'acquitter cette contri- 
bution; l'État ne fit aucune réclamation, mais la période trentenaire 
qui amène la prescription écoulée, il entra en possession de la por- 
tion du lac qui appartenait à La Teste, et dont il retire un fermage 
de quinze à dix-huit cents francs. Biscarrosse et Sanguinet sont 
demeurées en possession de leur part, et afferment la première six 
mille francs, la seconde deux mille francs le droit d'y pêcher 3 . s 

Altitude de la dune du Truc de la Truque, sur La Teste : 73 mètres ; 
de celle de Lascours, au nord de l'étang de Cazaux : 83 mètres 4 . 
Cette altitude est dépassée au Sablonney, dune de bordure du bas- 
sin d'Arcachon, où les sables érodés par le courant de jusant sont 
en partie retroussés par le vent et accumulés constamment sur la 
crête. En 1910, M. Durègne assigna 98 m. au Sablonney fou Pilât). 

À La Teste, la natalité était de 1 naissance par 36 habitants. 

Chiffre des naissances de 1671 44 (Cazaux compris). 

4672 75 

• 

1. Jouannet, Statistique de la Gironde, t. I er , p. 179. 

2. Arch. de la Gironde, G 651. 

3. Ms. de Félix Lacombe, cité en tête de la présente page, 4 e vol., p. 197. 

4. Raulin, Géographie girondine, p. 38. 



212 LE LITTORAL GASCON 

Suite des naissances : 1673 (incomplet). 

1674 62 

1675 84 

Total 265 

Moyenne annuelle, 66. 

Soit 66 X 36 =2.376 habitants entre 1671 et 1675. 

Naissances de 1693 53 (Gazaux compris). 

1694 42 — 

1695. ... 90 - 

1695 67 — 

1697 71 — 

Total 1*23 — 

Moyenne, 65. 

Soit 65 X 36 =a 2.340 habitants entre 1693 et 1697. 

A vingt-deux ans d'intervalle, les deux périodes concordent et 
montrent que La Teste était plus peuplée qu'on ne le supposait. 
Voyez à ce sujet, au chapitre IV, la note de la page 150. 

Population recensée : 1820 2.409 habitants. 

1831 2.595 — 

1851. ... . 3.399 — 

1856 3.891 - 

1896. . . . 7.017 — 

1911 7.023 — 

Impôts des habitants : \ Et par ailleurs la 

Taille de 1708 : La Teste, 3.628 livres; Cazaux, 54 livres. / red evance seigneu- 

Anto j a o-jo -.1/ / na l e ou sacerdotale 

1718: id. 1.373 - id. 14 - du dixième des fruits 

1748: id. 2.600 — id. 70 — ) de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1911, La Teste, Cazaux compris. F. 94.896 
— — 1919, — ... 118.225 

Arcachon, sur le bassin de ce nom et à 6 kilomètres de l'Atlan- 
tique, a été érigé en commune autonome, par détachement de La 
Teste, en 1857. Ville importante de bains de mer et station hivernale. 
Superficie, 713 hectares. Altitude (rail de la gare), 8 m 16. 

Le bassin d'Arcachon mesure 84 kilomètres de pourtour, cou- 
vrant à mer basse 4.900 hectares, et à haute mer 15.500 hectares 1 . 
Le port est constitué par la rade d'Eyrac. 

Les eaux d'Arcachon, à leur jusant, pèsent à gauche sur les dunes 
du Sablonney et les érodent. C'est dû à l'effet ou au contre-coup du 
courant marin côtier, qui alimente sans cesse la pointe ou la plage 
sous-marine de sable poussée comme un coin à travers tout orifice 
de ilos cours d'eau non protégés. Les patrons de pinasse de Cap- 



1. Glavel, Ports maritimes de la France. 



ARCACHON 213 

breton eurent un terme bien expressif pour désigner cette pointe 
malfaisante. En 1737, ils dressèrent devant notaire une association 
à l'effet d'établir à leurs frais, à la rive droite de leur petit fleuve 
côtier, une digue pour maîtriser la Punie de Musdeloup 1 . Le pays 
se trouva trop pauvre pour faire aboutir l'idée, 

Arcachon est sans doute, en pays civilisé, le seul grand port de 
pêche et de petit cabotage dont l'entrée reste abandonnée à l'état 
de nature. De loin en loin, le vaste museau de loup craque sous 
l'effort d'une tempête, et la passe d'entrée se déplace sur cet orifice 
dont la largeur démesurée n'a pas moins de 5 kilomètres. En trois 
circulaires des 1 er mai 1914, 1 er juillet 1914 et 15 février 1917, 
j'ai fait à ce point de vue l'historique des eaux d'Arcachon 2 . 
J'y ai fait revoir « l'année du malheur » que gardèrent dans leurs 
plaintes mélancoliques, jusqu'à leur mort, les 65 veuves de 1836. 

Le capitaine marin Pierre Garcie, dans son Rculier de la Mer 
écrit vers l'an 1480, nomme Arcachon, mais sans en dépeindre 
l'entrée, ce qui fait croire que, en ce qui regarde les navires mar- 
chands, le port était aussi peu accessible et aussi peu fréquenté 
alors qu'aujourd'hui. L'antique érosion de jusant paraît page 57. 

En 1767, la carte marine de Kéarney nous montre la passe d'en- 
trée, avec 300 mètres d'ampleur, au centre de la large ouverture; 
en 1826, le chenal d'entrée était la «passe Sud»; en 1835, celle-ci 
devenant impraticable, on entrait et sortait par la « passe Nord », 
dite « Grand chenal d'Arcachon », ce qui, pour un poids d'eau passé 
d'une rive à l'autre, a fait improprement écrire que la pointe du 
cap Ferret fut raccourcie; enfin, vers 1865 ou 1866, la passe reve- 
nait naturellement au sud, où nous la voyons à l'heure présente. 

A la rive droite, ou ancienne passe Nord, le long du cap Ferret, 
il ne reste actuellement à marée basse qu'environ 1 mètre d'eau. 
Je me suis vu dire à cet endroit par des pêcheurs : « Pourquoi ne 
draguerait-on pas ici pour permettre à nos barques de pêche de 
gagner la mer au droit? » Eh ! braves gens, un bon dragage vous 
permettrait de sortir et de rentrer pendant deux semaines, mais 
au bout de ce court laps de temps le travail du courant marin, qui 
pousse sournoisement et sans trêve les grains de sable, aurait effacé 
vos efforts de dragage. 

Depuis un siècle et demi, plusieurs grands projets ont été dressés 
en vue d'obtenir à Arcachon une passe de largeur restreinte. Ils 

1. Arch. de Capbreton, HH 16. 

2. Elles ont été déposées dans plusieurs mairies et associations, et repro- 
duites dans la Vigie d'Arcachon et la Bévue commerciale, coloniale el vinicole 
de Bordeaux, de même que dans le Cimenlier français, de Bordeaux. 



214 LE LITTORAL GASCON 

n'étaient pas exécutables. Et comme des vues à grand renfort de 
millions et de millions ne répondraient pas à un besoin national 
à côté de Bordeaux, de Rochefort et de La Pallice, les Arcachonnais 
restent réduits, devant leurs passes défectueuses, à attendre et à 
subir accidents et sinistres. J'ai la conviction qu'une œuvre locale, 
une œuvre des pêcheurs et industriels intéressés s'inspirant du 
projet de 1737 à Gapbreton, maîtriserait la poussée des sables 
marins du cap Ferret (rive droite), au moyen d'une jetée en maçon- 
nerie comme celles des quatre fleuves côtiers des Landes et conduite 
jusqu'à la laisse de basse mer. Le courant de jusant ou reflux, aidé 
par chaque tempête, tiendrait dégagée et profonde la passe Nord. 
On pourrait alors rentrer de nuit. A la carte du bassin d'Arcachon 
éditée en 1912 par la Société d'océanographie de Bordeaux, on voit, 
d'après des mentions dites conformes à celles du service maritime 
des ponts et chaussées, que le chenal de descente du bassin, au cap 
Ferret, présente 5 mètres d'eau à marée basse jusqu'à la barre de 
sable mobile, laquelle mesure de 200 à 220 mètres est-ouest. Là est 
l'obstacle à vaincre. En amont, deux épis seraient nécessaires. 

Phare du cap Ferret : feu fixe d'horizon, blanc, allumé à 53 mè- 
tres au-dessus de la haute mer. 

Population : 1860 650 âmes. 

1865 1.500 — 

1870 2.065 - 

189G. ...... 7.910 - 

1903 8.221 — 

1911. ...... 10.266 — 

Budget municipal (dépenses et recettes) de 1911. .... .F. 423.461 

— - 1919 500.519 

III. — Born (Landes). 

A pour limite au nord le territoire de La Teste; au sud, le petit 
fleuve côtier de Gontis. 

Avec le Born nous entrons, en venant du nord, dans la première 
région où les habitants s'administraient avec une certaine liberté 
qui paraîtra au chapitre VIII, Propriété des Dunes. 

En 1269, Pierre de Dax, vicomte de Tartas, reprenait possession 
du Born, dont le gouvernement anglais s'était emparé à la suite de 
méfaits : guerres, meurtres, etc. ; provoqués par ce vicomte ». Le 
Born ne paraît pas être nommé plus anciennement. 

Ce pays fut incorporé dans l'archevêché de Bordeaux depuis le 
vi e siècle, probablement, jusqu'à la Révolution. Il dut précédemment 
relever de l'évêché des Boïens, dont l'extinction remonte à une date 
indéterminée. 

1. Bémont, Reconnaissances féodales, n os 417-477. 



SANGUINET, BISCARROSSE 215 

Sanguine t, à 14 kilomètres et demi de la mer, sur la rive orien- 
tale de l'étang de Gazaux, dont les eaux se déversent dans l'étang 
de Parentis. On a vu a La Teste que Sanguinet, aux environs de 
l'an 1900, louait sa partie d'étang deux mille francs. La pêche y est 
devenue libre en dehors des heures d'exercices de tir des aviateurs 
de Cazaux, depuis que l'État a loué les eaux. 

Superficie de la commune, 10.775 hectares. Altitude (Dictionnaire 
Joanne), 20 mètres. 

Le 22 mars 1274, Lombard d'Escource et Gaillard de Lamothe 
reconnaissent tenir du roi d'Angleterre les biens et les hommes 
qu'ils possèdent dans la paroisse de Sanguinet 1 . 

A la même époque (xm e siècle), Sanguinet figure aux Comptes 
de l'archevêché de Bordeaux. 

Visite de l'église, 30 avril 1731 : 300 communiants. Pas de com- 
manderie, pas d'hôpital. — 1 er mai 1787 : la commanderie du Temple 
de Bordeaux a dans la paroisse deux ou trois journaux de fonds. 
Nombre de fidèles, environ 500 2 . 

• Population : 1793. . . . . 692 habitants. 

AnV 679 — 

An VIII ... 625 — 

1831 912 — 

1851 1.030 — 

1856 1.040 — 

1896 1.253 — 

1911. .... 1.184 — 
Impôts des habitants : \ Et par ailleurs la rede- 

Taille de 1707 373 livres. ( vance seigneuriale ou sa- 

1718 ..... 321 — ( cerdotale du dixième des 

-1748 410 ) fruits de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes. . . F. 11.307 

Dépenses .... 10.403 

Biscarrosse, à 8 kilomètres de la mer. Superficie, 19.308 hec- 
tares. Altitude (Dictionnaire Joanne), 20 mètres. 

Possède une portion de l'étang dit de Cazaux, à ce qui vient de 
paraître à La Teste. Biscarrosse possède aussi le petit étang de son 
nom et une partie de celui de Parenti«. Même régime qu'à San- 
guinet pour les eaux de Cazaux, depuis la création de l'école de tir 
aérien. 

En 1269, la montagne (massif de dunes hoisées) et la côte de Bis- 
carrosse sont rendues à Pierre de Dax, vicomte de Tartas (Bémont), 

1. Bémont, Reconnaissances féodales. 

2. Arch. de la Gironde, G 651, pp. 55 et 64. 



216 LE LITTORAL GASCON 

comme il est dit deux pages plus haut. En 1277, l'autorité anglaise 
assure à Biscarrosse la jouissance de la montagne et des terres de 
cette localité, depuis la mer jusqu'à la lande. Voyez au chapitre III, 
page 76. 

Biscarrosse figure aux Comptes de l'archevêché de Bordeaux 
pour le xm e siècle. 

La dune dite Signal de Biscarrosse atteint 80 mètres d'altitude; 
deux autres dunes, à l'ouest d'Ispe et au nord-ouest du Fournaou, 
sont à 78 mètres. 

Population : 1793 1.292 âmes. 

An V 1.340 — 

An VIII 1.240 — 

1831 1.551 — 

1851 1.659 — 

1856 1.695 — 

1896 2.055 — 

1911 2.585 — 

Impôts des habitants : \ Et par ailleurs la rede- 

Taille de 1707 1.191 livres. ( vance seigneuriale ou sa- 

1718 . . . . . 972 — \ cerdotale du dixième de» 

1748 1.245 fruits de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes . . F. 71.160 

Dépenses .... 67.297 

Parentis, à 16 kilomètres de l'Atlantique, sur le rivage oriental 
de l'étang de ce nom, lequel, recevant les eaux de Cazaux. se déverse 
sur Aureilhan. Superficie, 12.376 hectares. Altitude (Dictionnaire 
Joanne), 25 mètres. 

Parentis se trouve nommé dans une reconnaissance féodale de 
1274 (Bémont); il figure aux Comptes de l'archevêché de Bordeaux 
pour le xm e siècle, et devint plus tard le chef-lieu de l'archiprêtré 
de Buch et de Born. 

Population : 1793. . .... 1.453 âmes. 

An V 1.440 — 

An VIII 1.440 — 

1831 1.735 — 

1851 1.946 — 

1856 2.030 — 

1896 1.964 — 

1911 2.165 — 

Impôts des habitants : Et par ailleurs la rede- 

Tailledel707 1 .895 livres. / vance seigneuriale ou sa- 

1718 1.202 — i cerdotale du dixième des 

4748 1.730 — ^ fruits de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes . . F. 41 830 

Dépenses. ... 35.031 



GASTES, SAINTE-EULALIE 217 

Gastes, à 10 kilomètres et demi de l'Atlantique, sur la rive 
sud-est du lac de Parentis. Superficie, 4.445 hectares. Altitude (Dic- 
tionnaire Joanne), 22 mètres. 

Il est expliqué à la page 154 que l'endroit était nommé tantôt 
Usserre, tantôt Gastes, dans les documents ecclésiastiques. C'est 
sous le nom de Gastes qu'il figure à un rôle gascon du 23 juin 1291 
(Bémont). Le procès-verbal de la visite de l'église par l'archevêque 
Honoré de Maniban, le 28 avril 1731, porte: «Le lieu principal 
de la paroisse est le bourg de Gastes, qui consiste en 26 maisons. 
80 communiants 1 . » 

Dunes élevées de 55 et 56 mètres. 

Population: 1793 214 âmes. 

AnV 214 — 

An VIII. ..... 209 — 

1831 229 — 

1851 289 — 

1856 312 — 

1896 396 - 

1911 410 —, 

Impôts des habitants : \ Et par ailleurs la rede- 

Taille de 1707 554 livres, f vance seigneuriale ou sa* 

1718 218 — ( cerdotale du dixième des 

474g 390 ) fruits de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes . . F. 5.076 

Dépenses .... 4 . 737 

Sainte-Eulalie-en-Born, à 8 kilomètres de l'Atlantique. Super- 
ficie, 7.056 hectares. Altitude (Dictionnaire Joanne), 25 mètres. 

Le 9 octobre 1270, Garcie Arnaud, abbé de Saint-Sever, reconnaît 
tenir du roi d'Angleterre le prieuré de Mimizan et Sainte-Eulalie- 
en-Born (Bémont). Ce lieu figure aux Comptes de l'archevêché! 

Sainte-Eulalie n'était ainsi — depuis 982 sans doute — qu'une 
petite paroisse annexe de Mimizan. Cet état d'annexé se retrouve 
quand l'église fut visitée sous le nom de Sainte-Eulalie-de-Mimizan, 
le 27 avril 1731, par l'archevêque Honoré de Maniban. Le passé de 
l'endroit a été longuement examiné plus haut, pages 155 et suivantes. 

Dunes : Signal de 59 mètres; autres dunes de 58 et 60 mètres. 

Population : 1793 309 âmes. 

AnV 301 — 

An VIII 242 — 

1831 392 - 

1851 ....... 544 - 



. Arch. de la Gironde, G 651, pp. 54-55. 



218 LE LITTORAL GASCON 

Suite de la population : 1856 572 âmes. 

1896 754 — 

1911 828 — 

Impôts des habitants : \ Et par ailleurs la rede- 

Taille de 1707 749 livres. ( vance seigneuriale ou sa- 

1718 306 — ( cerdotale du dixième des 

1748 300 ) fruits de la terre. 

L'année 1708 mentionne la taille à 750 livres, « dont sera moins imposé 
de 500 livres.» En 1707,1a cote était de 749 livres, «dont sera moins 
imposé de 150 livres. » Cause non indiquée comme à Seignosse, p. a3i. 
Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes . . F. 7.900 

Dépenses. . . . 6 557 

Aureilhan, à 8 kilomètres de l'Atlantique, se trouve à l'est du 
petit étang de ce nom, à travers lequel passent, pour aller tomber 
à la mer sous Mimizan, toutes les eaux de Cazaux, de Biscarrosse 
et de Parentis. Superficie, 1.146 hectares. Altitude (Dictionnaire 
Joanne), 5 mètres. 

Aureilhan possédait un château seigneurial qui est compris dans 
une reconnaissance féodale du 22 mars 1274 (Bémont). L'endroit 
figure au titre de paroisse dans les Comptes de l'archevêché de Bor- 
deaux du xm e siècle. 

Population : 1793 189 habitants. 

AnV. 206 - 

An VIII 122 — 

1831 260 — 

1851 322 — 

1857. ...... 339 — 

1896 351 - 

1911 336 — 

Impôts des habitants : ■ Et par ailleurs la rede- 
Taille de 1707 ...... 417 livres./ vance seigneuriale ou sa- 

1718 ...... 253 — ( cerdotale du dixième des 

1748 300 ] fr uits de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes. . . F. 2.591 

Dépenses. ... 2.361 

Mimizan, à 6 kilomètres de la mer, se trouve amplement men- 
tionné au chapitre IV, où il est démontré qu'un port de mer n'a 
pas existé à cet endroit. Superficie, 11.482 hectares. Altitude 
(Dictionnaire Joanne), 6 mètres à 20 mètres. Station importante 
de bains de mer. 

En l'an 982, on l'a vu au chapitre IV, le duc de Gascogne fit don 
de la paroisse de Mimizan aux bénédictins de Saint-Sever. Ils en- 
voyèrent, pour s'y établir, une petite colonie de moines dont le 
prieur fit agrandir l'église locale, qui devint à la fois conventuelle 






MI MI Z AN 219 

et paroissiale. Ces religieux abandonnèrent Mimizan vers 1670 
ou 1680, lorsque déclina la grande vogue des pèlerinages pour Saint- 
Jacques-de-Compostelle 1 . Il reste du passage des moines leur clo- 
cher, dont le portail est classé monument historique. Bias et Sainte- 
Eulalie restèrent des annexes de Mimizan jusqu'à la Révolution. 

On verra plus bas, d'après une supputation de 1653-1657, que 
Mimizan ancien, avec ses dunes nues, son éloignement de la mer et 
l'absence absolue d'un port, n'a jamais dû compter plus de 700 à 
800 habitants au temps de la pleine activité des pèlerinages. Néan- 
moins, l'endroit a connu des jours prospères et joui de larges libertés 
communales. Ses fors et coutumes, en 24 articles, sont enregistrés 
aux Ordonnances des rois de France, tome XV, page 632. En les pré- 
sentant avec quelque détail, en 1915, à la Propriété des dunes, 
Supplément, pages 52-57, j'ai pu en déduire que le texte qui nous 
est parvenu des libertés de Mimizan a été dressé aux environs de 
1289. Avec la possession des terres et des maisons, la liberté de la 
chasse et de la pêche, le libre parcours du bétail sur les landes et 
les dunes jusqu'à la mer, Mimizan avait, de plus, un privilège fort 
envié par les seigneurs féodaux, le droit d'épaves sur la côte mari- 
time de Mimizan et du Born. Pour ces privilèges, Mimizan payait 
annuellement quinze livres morlanes qui étaient versées, au nom du 
roi, entre les mains de l'abbé de Saint-Sever 2 , seigneur du lieu. 

Un vaste quadrilatère borné par des colonnes en pierre garluche, 
qui existent encore en partie, et au centre duquel se trouve le bourg, 
constituait la sauveté, lieu où les réfugiés, sous la sauvegarde des 
statuts de Mimizan, étaient à l'abri de poursuites venant du dehors. 

Les visites de l'église de 1617 et do 1626 ne nous apprennent rien. 
Celle de 1630 porte : « Il y a dans ladite église treize autels, sur la 
plupart desquels il n'y a point de nappe ni de devants d'autel. 
Au surplus, il y a une chapelle fondée sous l'invocation de Mons r 
S* Nicolas, dans laquelle il y a un autel sans aucune nappe sur 
le dessus 3 ». Cela fait ressortir que les pèlerinages n'enrichissaient 
pas l'église. 

1. Les pèlerinages conservaient toutefois quelque importance un demi- 
siècle encore après le départ des moines de Mimizan, d'après les deux der- 
nières des mentions suivantes, tirées des registres de catholicité de Belin (état 
civil) : 23 janvier 1663, inhumation d'un pèlerin venant de Saint-Jacques 
(GG4); 12 décembre 1666, baptême d'un enfant dont la mère est accouchée 
durant le trajet de Chartres à Saint- Jacques (GG2); 3 décembre 1725, inhu- 
mation d'un pèlerin allant à Saint-Jacques-de-Compostelle (GG36); 24 juin 
1738, baptême d'un enfant dont les parents allaient à Saint-Jacques (GG 82). 

2. A la valeur qu'avait notre monnaie en 1860, ces 15 livres morlanes repré- 
sentaient au milieu du xix e siècle un impôt de 1.686 francs. 

3. Arch. de la Gironde, G 635, fonds diocésain. 



220 LE LITTORAL GASCON 

Procès-verbal de la visite du 25 octobre 1671 : «Les orgues qui 
étaient anciennement dans la tribune, comme aussi un horloge 
ancien qui se trouve dans l'église, seront remis en état aux frais 
des paroissiens, s'ils le jugent à propos 1 .» 

Les mentions deviennent amples, un siècle plus tard, avec le 
procès-verbal de Jean-Godefroy Loste, curé de Parentis (c'est- 
à-dire archiprêtre de Buch et Born), qui visita l'église de Mimizan 
le 10 mai 1778 : 

« Étant entré dans le cimetière de lad. paroisse de Mimizan et 
ayant vu et visité et considéré exactement, avons remarqué que 
le cimetière est ouvert de toutes parts, nous ayant été asssuré qu'il 
y a plus de 25 ans que ce cimetière n'a pas eu de porte. Plus depuis 
le 22 janvier de la présente année que la dune de sable du côté de 
l'ouest s'est accrue d'environ 25 pieds et que, pour peu qu'elle fasse 
de nouveaux progrès dans le cimetière, il ne sera plus possible de 
faire la procession en dehors. Il n'y a que onze pas de distance au 
mur de l'église. — Plus avons remarqué, après en avoir été assuré par 
les habitants, que le pré qui faisait le principal revenu de M. le curé 
est totalement couvert par le sable, tout comme les trois quarts et 
demi de son jardin, que la dune de l'ouest et du nord forment tous 
deux un croissant qui empêche le courant des eaux, en sorte que ce 
qui n'est pas couvert par les sables est réduit en un marais très 
malsain. 

» De là nous sommes entré dans l'église. L'ayant fait arpenter 
nous avons trouvé que depuis la principale porte jusqu'au sanc- 
tuaire il y a 128 pieds, et dans les collatéraux il y a deux chapelles, 
l'une dédiée à S 1 Nicolas, et l'autre à S 1 Roch. Toise en main, 
nous y avons trouvé 65 pieds de large. 

» Le corps de l'église, étant un des plus beaux édifices d'antiquité, 
a huit piliers, le tout en brique et pierre noire. Étant sorti de l'in- 
térieur de l'église pour en faire le tour, nous avons examiné un très 
grand nombre de lézardures qui prennent depuis le fondement 
jusques au sommet, ce qui nous fait penser que sa ruine, tout 
comme celle du clocher, est inévitable et même sans remède 2 . » 

Visite de l'église du 9 mai 1787. « Eglise. Le vaisseau en est superbe, 
c'est une basilique magnifique. Les voûtes, soit des bas-côtés, soit la 
principale, soit celles qui forment les bras de la croix, sont remplies 
de lézardes et ont besoin de réparations. Les arceaux sur lesquels 
reposent les différentes voûtes paraissent fatigués dans certains 
endroits. La voûte du sanctuaire est lézardée en plusieurs endroits. 

1. Arch. de la Gironde, G 651, fonds diocésain. 

2. Idem, G 651. 



MIMIZAN 221 

— Clocher. Les murs et la couverture en bon état. L'escalier mau- 
vais. Les montants qui soutiennent les cloches ne sont pas solides. 
Il y a deux grandes cloches, quatre moyennes, la cloche du chœur 
et le timbre de l'horloge 1 . » 

La chute prévue devait s'effectuer bientôt. La tour du vi e siècle 
s'écroula en 1790 2 , écrasant et détruisant l'église primitive de 
19 mètres (voyez au chap. IV, p. 163). En 1898 a été démolie la 
partie de 22 m 50 des bénédictins, qui datait du xi e ou du xn e siècle. 
L'église actuelle a été édifiée plus à l'est, près de la gare. 

Dunes. Signal de Mimizan, 62 mètres; autres dunes de 50, 52, 
56 mètres. 

Comment on trouve orthographié le nom de Mimizan : 



Menuzan 


(Rôles gascons). 


Memyzan 


Id. 


Menyzan 


Id. 


Memysam 


Id. 


Memizano 


Id. 


Memissan 


Id. 


Memissano 


Id. et Re 


Memisano 


Id. 


Mimisano 


Id. 



et Reconnaissances féodales. 
Id. 
Id. 

Mieusan, en gascon (Arch. de la Gironde, reg. H 468). 
Aymusan, Id. Id. * 488). 

Memisano (Pouillé latin de l'archevêché de Bord Y , impr. en 1648). 
Memissem, en français (Ordonnances des rois de France, t. XV, p. 630). 
Mimisano, en latin. Id. pp. 631 et 632. 

Mimisan, en français. Id. p. 632. 

Memisen, en gascon. Id. p. 633. 

Memisan, en gascon. Id. p. 633. 

Mimizan, en français. Id. p. 286. 

Verbalement: Mamizan, forme populaire. 

Population. De 1&31 à 1856, la natalité se présentait à Mimizan avec 
1 naissance par 26 habitants. Alors que les moines du prieuré étaient 
encore présents, 

L'année 1653 donne 22 naissances. 

— 1654 — 24 — 

— 1655 — y 3 — 

— 1656 — 17 — 

— 1657 — JJ_ — ■ 

Tota.l. . . . 113 Moyenne, 23; coefficient, 26. 
Soit 23 X 26 = 598 habitants en 1653-1657 à Mimizan. Ainsi qu'il a été dit 
plus haut, cette localité n'a pas dû connaître plus de 700 à 800 habitants, 
même en forçant un peu le faible coefficient 26. 

Population recensée : 1793 457 habitants. 

An VIII ... 413 — 

1. Arch. de la Gironde, G 651, fonds diocésain. 

2. Abbé Départ, Bull, de Borda, 1883, p. 90, et 1884, p. 195. 



222 LE LITTORAL GASCON 

Suite de la population : 1831. . '. . . 703 habitants. 

1841 852 — 

1856 914 — 

189o 1.303 — 

1903 .... 1.413 — 

1911 1.929 — 

Impôts des habitants : \ Et par a iu e urs la rede- 

Taille de 1707 1.060 livres. ( vance seigneuriale ou sa- 

1718 637 — ( cerdotale du dixième des 

4748 1.115 ) fruits de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes . . F. 51.743 

Dépenses. . . . 39.931 

Bias, à 8 kilomètres de la mer. Superficie, 2.081 hectares. Alti- 
tude (Dictionnaire Joanne), 35 mètres. 

Le 9 octobre 1270, Garcie Arnaud, abbé de Saint-Sever, reconnaît 
tenir du roi d'Angleterre le prieuré de Mimizan et Saint-Michel de 
Bias (Bémont). 

La petite paroisse de Bias, dont le nom ne figure pas aux Comptes 
de l'archevêché, devait relever du prieuré de Mimizan depuis 982, 
date où ce dernier lieu fut donné aux bénédictins de Saint-Sever. 
Au paragraphe 52 du procès-verbal de sa visite de Bias, le 24 août 
1731, l'archevêque Honoré de Maniban dit : «La cure dépend du 
prieuré de Mimizan 1 ..» La montagne (dunes boisées) appartenait 
à la communauté des habitants de Mimizan (page 76 ci-dessus). 
Les traditions accumulées sur Bias sont exposées et appréciées 
au chapitre IV, page 165. 

Dunes. Le signal de Bias est à l'altitude de 64 mètres. 

Population: 1793 118 âmes. 

AnV 112 — 

An VIII 106 — 

1831 147 — 

1851 180 — 

1856 190 — 

1896 244 — 

1911 252 — 

Impôts des habitants : Et par ailleurs la rede- 

Tailledel70^ 415 livres, f vance seigneuriale ou sa- 

1718 3*7 — ( cerdotale du dixième des 

1748 330 ; fruits de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes . . F. 22.125 

Dépenses. . . . 11.492 

Saint-Julien-en-Born, à 9 kilomètres de l'Atlantique. Super- 
ficie, 7.379 hectares. Altitude (Dictionnaire Joanne), 20 mètres. 

1. Arch. de la Gironde, G 051, fonds diocésain. 



M A RE NSI N 223 

Cette paroisse figure aux Comptes de l'archevêché du xme siècle. 
Son église paraît avoir appartenu, pendant quatre siècles au moin?, 
au chapitre de Saint-André de Bordeaux. Le 23 novembre 1419, le 
chapitre donne à ferme le blé et le vin 1 . En 1550, nouveau bail à 
ferme; en 1556, le parlement de Toulouse maintient le chapitre 
dans tous ses droits de la paroisse; autre bail à ferme des biens de 
Saint-Julien en 1600-1602; au xvme siècle, procédure entre le cha- 
pitre et les vicaires perpétuels de Saint-Julien-en-Born au sujet de 
cette paroisse 2 . 

A la page 170, parmi de nombreux détails donnés sur Saint-Julien, 
on a vu que le bourg, tenu par le chapitre de Saint-André, ne 
payait pas d'impôts à la couronne, pendant que chacun des six 
quartiers était constitué en communauté indépendante et payait 
la taille à l'État. 

Dunes de 56, 58, 60, 65 mètres d'altitude. 

Phare de Gontis en Saint-Julien. Son fanal est à 50 mètres au- 
dessus de la haute mer : feu à éclats blancs, réguliers, toutes les 
30 secondes. La durée de l'éclat est de 8 secondes, et celle des éclip- 
ses de 22 secondes. 

Population : 1793 778 habitants. 

AnV 802 — 

An VIII 804 — 

1831 1.049 — 

1851 1.318 — 

1856 1.409 — 

1896 1.635 — 

1911 1.659 — 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes . . F. 23.760 

Dépenses. ... 22.756 



IV. — Marensin (Landes). 

Était et reste limité par deux petits fleuves côtiers : celui de Contis 
au nord, celui du Vieux-Boucau au sud. 

Le vieux Coulumier de Dax contient quatre articles de la Coutume 
du Marensin, laquelle n'est plus connue que par quelques faibles 
fragments. Ce qui en reste montre toutefois qu'elle était excessive- 
ment favorable, malgré son ancienneté. Dès une époque reculée, le 
Marensin était aussi libre qu'un pays pouvait l'être de ce temps. 
Chaque enfant avait part égale au patrimoine, mais l'aîné des orphe- 
lins administrait avec la même autorité que le père tous les biens 
des enfants vivant sous le toit paternel. L'enfant qui partait empor- 
tait sa part. Tous les vagues et vacants (terres, dunes et eaux) appar- 

1. Arch. hist. de la Gironde, t. VII, p. 415. 

2. Arch. de la Gironde, G 423 pour les quatre citations. 



224 LE LITTORAL GASCON 

tenaient à la communauté des habitants, suivant ce qui paraîtra au 
chapitre VIII, le Marensin étant un pays de quête et de perprise. 

Le plus ancien texte connu sur le Marensin date du 6 mai 1235; 
il est relatif à son seigneur d'Albret l . Ensuite on trouve, le 6 juil- 
let 1242, une levée de cent arbalétriers au Marensin 2 . 

Jaurgain [La Vasconie, t. II, page xi) estime que la vicomte de 
Dax avait dans son territoire la baronnie de Marensin. Dompnier 
de Sauviac en dit autant à la page 141 de ses Chroniques d'Acqs. Ce 
sont deux opinions personnelles restées sans preuves à l'appui. Par 
ailleurs, deux rôles gascons des 18 avril et 12 novembre 1243 dési- 
gnent chaque fois dans leurs deux listes : 

Le vicomte de Maremne, 
Le vicomte de Marensin. 

Les noms des titulaires ne sont pas donnés. Mais en tenant compte 
de l'importance du Marensin, composé de seize paroisses quand la 
Maremne n'en avait que neuf, étant donné aussi que la Coutume du 
Marensin et celle de la Maremne étaient aussi libérales l'une que 
l'autre et que toutes deux furent confirmées en 1255 par l'autorité 
anglaise 3 , on peut croire que .le Marensin jouissait de la même orga- 
nisation féodale et des mêmes prérogatives que la Maremne, qu'on 
ne place pas dans la vicomte de Dax. 

Lit-et-Mixe, à 7 kilomètres de la mer. Superficie, 11.271 hec- 
tares. Altitude (Dictionnaire Joanne), 5 mètres. 

En mai 1309, Arnaud-Garcias de Goth, frère du pape Clément V, 
vint au nom de sa femme prêter, en cour générale à Lit, le serment 
de loyal seigneur et recevoir le serment de fidélité de ses vassaux. 

Le chef-lieu du Marensin était ainsi à Lit. Il passa ensuite au 
Boucau ou Port-d'Albret. On prête à Lit un château fort douteux. 

Contis, quartier de Lit, dans les dunes, fait l'objet d'un article 
à la page 173. Mixe a également été examiné à la page 177. Gassie 
de Lie était curé de Mixe en 1243 (Arch. des Basses-Pyrénées, E 188). 
Il y a dans les Basses-Pyrénées un pays de Mixe et une localité de 
Licq, mais aucune paroisse autre que celle du Marensin ne porte ce 
nom de Mixe. Gassie de Lie devait donc, en 1243, être un prêtre 
du Marensin. 

Par décision royale du 7 mars 1454, une foire annuelle était créée 
à Lit au mois d'août, sur la demande du sire d'Albret 4 . 



1. Arch. des Basses-Pyrénées, E4; Jaurgain, La Vasconie, t. II, p. 478. 

2. Fr. Michel, Rôles gascons, n° 169. 

3. Rôles gascons n 08 4395 et 4396, du 22 mars 1255; — Fr. Abbadie, Le 
Livre Noir de Dax, p. xl. 

4. Arch. nat., JJ 187, fol. 182, n° 337. 



VIELLE-SAINT-GIRONS 225 

Dunes de 50, 52, 60 mètres. 

Population : 1793 708 habitants. 

AnV 854 

An VIII 697 — 

1831 1.277 — 

1851 1.669 — 

1856 1.800 

1896 : . 1.717 — 

1911. . ' 1.870 

Impôts des habitants : \ Et P ar ailleurs la rede- 

Taille de 1707: Lit 572 livres; Mi», 177 livres. %£$*£>£&££ 

1708: id.^ 576 — id. 178 — ) fruits de la terre. 
Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes . . F. 27.016 

Dépenses. . . . 20.245 

Vielle-Saint-Girons, à 6 kilomètres de la mer. Superficie, 
7.277 hectares. Altitude (Dictionnaire Joanne), 10 mètres. 

Cette commune comprend les trois anciennes petites paroisses 
de Saint-Girons-du-Camp, qui est au bord de la lande, de Saint- 
Girons-Delest, situé plus à l'ouest dans les dunes antiques boisées, et 
de Vielle, qui se trouve sur la route de Léon. 

Saint-Girons-du-Camp (aujourd'hui Saint-Girons-en-Marensin) 
paraît être le Mosconum des Romains, à la jonction des routes 
romaines arrivant de Dax et de Capbreton, pour continuer vers 
Bordeaux par La Teste. Une sauveté marquée par quatre colonnes, 
dont deux sont encore debout, existait au bourg de Saint-Girons. 
L'institution des asiles inviolables nous venait du paganisme et 
même des Hébreux, car on en trouve l'existence dans la Bible 
(Nombres, chap. XXXV). Dompnier de Sauviac, à la page 202 des 
Chroniques d'Acqs, dit, d'après le Cartulaire de Dax, qu'au xm e siè- 
cle le3 deux Saint-Girons payaient une redevance au chapitre de 
Dax. Cela fait ressortir l'ancienneté de cette commune, mais on 
ignore à quelle époque remonte la création de la sauveté. L'église 
de Saint-Girons est considérée comme une des plus anciennes de 
la côte. Celle de Mimizan (page 163) devait être plus vieille. 

Dune élevée : Signal du Mont, à 66 mètres d'altitude. 

Population : 1793. 427 âmes. 

AnV 439 — 

An VIII 251 — 

1831 564 — 

1851 642 — 

1856 718 — 

1896 750 — 

1911 743 — 

15 



226 



LE LITTORAL GASCON 



Impôts des habitants : 
Taille de 1707. Saint-Girons-du-Camp, 2o7 livres; Saint-Girons-Delest, 95 livres; Vielle, 139 livres. 

1708. id. 269 ; id. 96 ; id. 146 

et par ailleurs la redevance seigneuriale ou sacerdotale du dixième des 
fruits de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes. . F. 5.897 

Dépenses . . . 5.047 




Léon, à 7 kilomètres de la mer, au bord oriental de son étang. 
Superficie, 6.615 hectares. Altitude (rail de la gare), 18 m 97. 

Était le siège de l'archiprêtré et de la justice du Marensin. Le 5 juil- 
let 1557, un huissier délégué par le parlement de Bordeaux signifiait 



MOLIETS-ET-MAA 227 

un acte à « M e Pierre de Montlong, baile en lad. baronnie *. » Peu 
après, le titre de bayle disparut et le Marensin se trouva partagé 
en trois sièges de justice, chacun d'eux tenu par un juge. De ce jour, 
la justice de Léon ne comptait que sept des seize paroisses du 
Marensin. 

Sur la demande du sire d'Albret, le roi créait, le 7 mars 1454, 
une foire d'octobre à Léon 2 . 

Population : 1793 970 âmes. 

AnV 1.026 — 

An VIII 883 — 

1831 1.410 — 

1851 1.505 — 

1856 1.610 — 

1896 1.668 — 

1911 1.591 — 

Impôts des habitants : \ Et par ailleurs la redevance 

Taille de 1707 1.529 livres. > seigneuriale ou sacerdotale du 

1708 1.539 ) dixième des fruits de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes . . F. 12.002 

Dépenses . . . 10.357 

Moliets-et-Maa, à 3 kilomètres de la mer. Superficie, 2.760 hec- 
tares. Altitude (rail de la station), 17 m 87. 

Le 14 août 1289, le commandeur du Temple de Bordeaux donne 
à bail à fief des terres de Moliets du Temple et de Messanges du Tem- 
ple, la redevance étant payable « à la noste mayson deu Temple 
de Moliets 3 ». On appelle aujourd'hui la Citadelle le lieu où se trou- 
vait l'établissement des Templiers 4 . 

Voir Maa au chapitre IV, page 187. 

Population : 1793 322 âmes. 

AnV 329 — 

An VIII 290 — 

1831 382 — 

1851 391 — 

1856 405 — 

1896 358 — 

1911 358 — 

Impôts des habitants : j Et par ailleurs la redevance 

Taille de 1907. Moliets, 377 livres; Maa, 247 livres. [ seigneuriale ou sacerdotale du 
1908. id. 380 ; id. 249 .) dixième des fruits de la terre. 
Budget municipal (recettes et dépenses; de 1914. Recettes. . F. 9.978 

Dépenses . . . 9.675 

1. Arch. nat., MM 705 S fol. 257. 

2. Idem, JJ 187, fol. 182, n» 337. 

3. Bull, de Borda, 1894, p. 130. 

4. Abbé V. Foix, Anciens hôpitaux, p. 46. 



228 LE LITTORAL GASCON 

Messanges, à 2 kilomètres de la mer. Superficie, 3.395 hectares. 
Altitude (rail de la station), 9 m 07. 

A l'article précédent, Messanges se trouve nommé avec Moliets 
en 1289. A la même époque (xm e siècle), Messanges payait une 
redevance annuelle de 15 sous morlans au chapitre de Dax (Gartu- 
laire cité à la page 225). Précédemment, en 1242, l'endroit est 
nommé dans un rôle gascon. 

Messanges fut le principal lieu de production du vin rouge de sable 
comme quantité et comme qualité. Sa récolte se payait couramment 
un prix double du piquepoult de la Chalosse. Le 29 novembre 1759, 
M. du Boucher, curé de Messanges, vendit à Firmin Darricau, 
marchand tonnelier à Bayonne, 80 pièces de vin rouge (Arch. du 
Boucher, de Dax). En 1784, la dîme avait produit 30 barriques 
(de 300 litres) au prix de 30 écus la barrique (Monographie de Mes- 
sanges), ce qui représente une récolte de 900 hectolitres. 

Dune antique : Signal de Peilhe, 59 mètres. (Au tableau d'assem- 
blage de la carte d'état-major, la même dune est nommée : Signal 
du Pey du Tue.) 

Population : 1793 442 âmes. 

AnV 456 — 

An VIII 356 — 

1831 452 — 

1851 504 — 

1856 482 — 

1896 522 — 

1911 509 — 

Impôts des habitants : j Et par ailleurs la redevance 

Taille de 1707 850 livres. [ seigneuriale ou sacerdotale du 

170g 855 ; dixième des fruits de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes. . F. 11.164 

Dépenses . . . 9 312 

Vieux-Boucau, à 1 kilomètre de l'Atlantique. Station de bains 
de mer. Superficie, 411 hectares. Altitude (rail de la station), 4 m 27. 

Ce lieu, qui a eu son importance, est né aux environs de 1310, 
lorsque l'Adour, prolongeant son cours depuis Capbreton, vint fixer 
son orifice au Plecq, quartier de Messanges, où tombaient les eaux 
de Soustons. Le Plecq conserva son nom; Bayonne, dans ses docu- 
ments de l'époque, le nommait aussi Boucau, Boucau de Bayonne; 
Henri IV et les siens l'appelaient souvent Port-d'Albret. L'endroit 
reçut enfin la dénomination de Vieux-Boucau lorsque, en 1578, 
Louis de Foix ouvrit au Boucau-Neuf l'embouchure actuelle du 
fleuve bayonnais. 

En 1900 j'ai publié un livre sur Port-d'Albret et l'Adour ancien. 



ViEUX-BOUCAU, MAREMNE 229 

J'essaierai d'en présenter une nouvelle édition. Plus loin, au cha- 
pitre spécial à -l'Adour, il sera fréquemment parlé du Vieux-Boucau 
et de Gapbreton. 

Aux environs de 1550, une vingtaine de galions espagnols débar- 
quaient au Boucau d'Albret des gens armés qui pillèrent le pays *. 
Vers 1570, lors des guerres de religion, l'endroit fut mis à sac par 
les partisans de Robert Goalard, dit lou Capdet, de Soustons 2 . 
Le Vieux-Boucau fut encore éprouvé par des pillards à cheval en 
mars 1586 3 . 

En 1625, quarante-sept ans après le détournement de l'Adour, 
la population du Vieux-Boucau était encore de 1.216 habitants; 
en 1666, elle se maintenait au même chiffre de 1.216 âmes 4 . L'endroit 
dut atteindre à une population de 2.000 à 2.500 âmes avant 1578. 

Vingt pinasses du Vieux-Boucau furent envoyées au siège de 
l'île de Ré et de La Rochelle en 1627-1628. Les services rendus par 
ces équipages valurent à la communauté des habitants du Vieux- 
Boucau la récompense fort honorable de statuts qui firent de 
l'endroit, en 1631, une localité affranchie relevant directement de 
la couronne. L'église du Vieux-Boucau resta néanmoins une simple 
annexe de celle de Messanges jusqu'à la Révolution, mais la commu- 
nauté de Messanges ne fut pas comprise dans le Statut de 1631 
et ne fut par conséquent pas affranchie. 

Population recensée : 1793 193 âmes. 

AnV 162 — 

An VIII 191 — 

1831 272 — 

1851 . 313 — 

185(T 339 — 

1896 514 — 

1911 550 — 

Impôts des habitants : ) Et Par ailleurs la redevance 

Taille de 1707 611 livres. seigneuriale ou sacerdotale 

mmtxn X,I 1 du dixième des fruits de la 

1708 615 — ) terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes . . F. 10.393 

Dépenses. . . . 10.985 

V. — Maremne (Landes). 

Le pays de Maremne était, comme le Marensin, un pays de quête 
possédant la faculté de perprise. Son statut, très libéral, conservé en 

1. Arch. nat., MM 705 » fol. 19. 

2. Ducéré, Sciences et Arts de Bayonnc, 4 juin 1884. 

3. Reg. français de Bayonne, t. II, p. 296. 

4. 32 naissances chacune de ces deux années: coefficient 38. 



230 LE LITTORAL GASCON 

entier, est du 15 juin 1300. Il précise que cette seigneurie s'étend du 
ruisseau de Pinsolle (fleuve côtier du Vieux-Boucau). jusqu'au ruis- 
seau de Bouret. Elle avait pour chef-lieu Tosse, où se réunissait 
annuellement « la cour ». Un précédent texte de « Coutume » fut con- 
firmé par rôle gascon du 22 mars 1255, comme il est dit page 224. 

Dompnier de Sauviac, suivant la page 97 ci-dessus, cite les accords 
de mariage, en 843, de Fortaner, vicomte de Maremne ». Était vicomte 
de cette seigneurie, en 930, Raby-Fortaner. 

L'enclave de Labenne-Capbreton, domaine de la couronne, rele- 
vait au religieux de l'archiprêtré de Maremne, dont le siège était à 
Soustons. 

Soustons, à 8 kilomètres et demi de la mer, sur la rive orientale 
de l'étang de ce nom. Superficie, 10.758 hectares. Altitude (rail de 
la station), 16 m 10. 

Dompnier de Sauviac et l'abbé Degert citent deux dîmes d'Arri- 
gade et de Montgaurin, près de Soustons, données au clergé de Dax 
aux environs de 1110 2 , bien avant la domination anglaise. L'éty- 
mologie Souih-Town, ville du midi, « décelant une origine anglaise » 
et peu ancienne, d'après Billaudel et d'autres 3 , ne saurait s'appli- 
quer à Soustons. Cet endroit important doit être aussi vieux que 
les autres localités nommées au tableau des étangs, page 91. 

Siège de l'archiprêtré, Soustons était aussi la résidence du bayle. 
Le 4 juillet 1557, l'huissier signalé plus haut à Léon faisait sa signi- 
fication, à Soustons, parlant « à Jehan de Bellegarde dict Hiret, 
baile de lad. vicomte» de Maremne 4 . 

Dunes. Signal d'Ardy, 50 mètres (dune primaire, au bord de la 
lande). 

Population en 1706-1709, la natalité étant de 1 naissance par 31 personnes. 

Naissances de 1706 96 

1707 54 

1708 80 

1709 60 

Total 290 

Moyenne annuelle, 73. 

Soit 73 X 31 = 2.263 habitants en 1706-1709. 

Population recensée : 1793 2.504 âmes. 

AnV 2.099 — 

An VIII 2.578 — 

1. Cet auteur donne peu de références; mais ses écrits sont sérieux, car «la 
famille Dompnier possédait une grande partie des archives de l'ancien chapitre 
de Dax », dit le P. Coste, Bull, de Borda, 1915, p. 440. 

2. Chroniques d'Acqs, p. 156, et Bull, de Borda, 1900, p. 55. 

3. Voyez Billaudel, Les Landes en 1826, p. 92. 

4. Arch. nat., MM 705 \ fol. 261. 



SEIGNOSSE, SOORTS . 231 

Population (suite) : 1832 2.508 âmes. 

1851 3.123 — 

1856 3.164 — 

1896 3.902 — 

1911 * 3.951 — 

Impôts des habitants : ) Et par ailleurs la redevance « 

Taille de 1707 3.497 livres. seigneuriale ou sacerdotale 

1708 3.519 - j d^meme de. fruit, de la 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes . . F. 68.412 

Dépenses. ... 61.352 

Seignosse, à 5 kilomètres et demi de la mer. Petit bourg pit- 
toresquement bâti sur les dunes primitives, près de la lagune dite 
étang Noir. Superficie, 3.617 hectares. Altitude (Dictionnaire 
Joanne), 20 mètres. 

Dans une querelle de limites entre gens de la Maremne et de la 
baronnie de Capbreton, en 1354, on trouve un témoin nommé 
Arremont de Larrigant, paroissien de Seignosse *. L'existence de 
l'endroit ne paraît pas être citée plus anciennement, mais il existe 
au musée de Mont-de-Marsan deux haches en, bronze provenant 
d'une cachette de dix-huit de ces haches découvertes au nord du 
Bouret, sur le territoire de Seignosse, ce qui dénote pour l'état 
actuel des lieux une ancienneté d'environ 3.000 ans. 

Dunes. Signal des Lues, 62 mètres (dune primitive, massif impo- 
sant). 

Population: 1793 372 âmes. 

AnV 318 — 

An VIII 329 — 

1831 420 — 

1851 511 — 

1856 523 — 

1896 639 — 

1911 601 — 

Impôts des habitants : ) Et P ar ailleurs la redevance 

T .,, Q j. ,17/^7 onft n« MD i ( seigneuriale ou sacerdotale 

Taille de 1707 806 livres ». > du dixième des fruits de la 

l'Uo 015 — 8 . ) terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes . . F. 36.784 

Dépenses. . . . 18.796 

Soorts-Hossegor. — Superficie, 1.452 hectares. Altitude (Dic- 
tionnaire Joanne), 10 mètres. 

1. Arch. de Capbreton, FF 1. 

2. « Dont sera moins imposé do 200 livres sur les quartiers incendiés. » 

3. Idem. 



232 LE LITTORAL GASCON 

Cette petite commune eut quelque importance par son quartier 
de Hossegor, où était la rade de Capbreton. En 1574, l'équipage du 
petit navire de commerce de Jeanic de Lagaillardie était de Hosse- 
gor 1 . En 1596 on trouve encore à la comptabilité de Capbreton 
un navire de mer appartenant à Duvignau, de Hossegor 2 . En 1631, 
trois commerçants de Hossegor « juridiction de Maremne » signaient 
comme témoins au Statut du Vieux-Boucau. 

Soorts est nommé au cartulaire de Dax, dans une donation de 
dîmes, le 5 juin 1239 8 . Le Bulletin de la Société de Borda de 1887, 
page xcvi, a signalé la découverte en Soorts, au fond d'un tumulus 
de 75 centimètres de haut sur autant de base, de cinq haches en 
bronze, ce qui décèle, comme à Seignosse, un état des lieux vieux 
de trois mille ans. 

Devenu complètement désert aux xvm e et xix e siècles, le quar- 
tier de Hossegor vient de secouer son sommeil de mort et de res- 
susciter sous forme de station climatérique. Les frères Marguerite 
et les frères Rosny ont contribué à cette métamorphose en venant 
s'installer au bord du lac miniature de Hossegor. 

Population: 1793 497 habitants. 

AnV 178 — . 

An VIII 177 — 

1831 246 — 

1851 294 — 

1856 290 — 

1896 421 — 

1911 400 — 

Impots des habitants : ) Et par ailleurs la redevance 

Taille de 1707 208 livres. 1 seigneuriale ou sacerdotale du 

4708 209 / dixième des fruits de la* terre 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes. . F. 18.187 

Dépenses . . . 13.566 

Capbreton. — Station importante de bains de mer. Le bourg 
est à 2 kilomètres de l'Atlantique. Superficie, 2.174 hectares. Alti- 
tude (Dictionnaire Joanne), 10 mètres. 

Ancien port de mer à l'embouchure primitive de l'Adour, port 
sur rivière après 1310 quand l'Adour vint déboucher au Vieux- 
Boucau, simple port de pêche après la percée de Louis de Foix 
pratiquée en 1578, Capbreton conserve avec orgueil le souvenir 

1. Arch. de Capbreton, CG 2. — En 1594, Janic de Lagaillardie demeurait 
«au borcq de Hossegort en Maremne ». (Arch. «le Gnpbreton, GG 1, p. 160 bis. 

2. CC 12. 

3. D. de Sauviac Chroniques d'Acqs, p. 188. 



CAPBRETON, LABENNE 



233 



d'une brillante carrière maritime soutenue par des marins de pre- 
mier ordre. En 1574, quatre ans avant que fut accomplie l'œuvre 
de Louis de Foix, Gapbreton possédnit 46 bâtiments de commerce, 
Une vingtaine d'années plus tard, en 1596, il en possédait à peu 
près autant. J'en ai donné les listes nominatives, en 1918, dans une 
brochure sur Cap-Serbun, Labenne et Capbreton, qu'il n'est pas pos- 
sible d'analyser ici à cause de son étendue *. 

Le Gouf, vaste fosse marine de Capbreton, qui commence à 
300 ou 400 mètres de la plage et est tapissée de parois de roches, 
constitue un curieux phénomène géologique vers l'extrémité sud 
de l'interminable côte plate et de sable des départements de la 
Gironde et des Landes. Là semblent prendre fin des contreforts 
des Pyrénées. 

Malgré son importance et sa population qui atteignit 3.000 à 
3.500 âmes, Capbreton ne fut au religieux, jusqu'à la Révolution, 
qu'une annexe de Labenne, chef-lieu primitif de la baronnie. Le 
Capbreton actuel ne commença à s'édifier sérieusement que vers 
l'an 1300. Les habitants vivaient pour la plupart, jusque-là, à la 
Pointe et du côté de Hossegor. En 1167, néanmoins, il y avait sur 
l'emplacement de Capbreton une chapelle desservie par le curé de 
la paroisse de Labenne-Capbreton. Au chapitre VIII, Propriété 
des Dunes, on verra par quelles vicissitudes passa Capbreton avant 
d'être admis, en 1635-1640, à pratiquer à la mer l'embouchure de 
son petit fleuve côtier. 

Population : 1793 537 âmes. 

AnV 511 — 

An VIII 625 — 

1831 915 — 

1851 1.060 — 

18i56 1.131 — 

1896 1.279 — 

1911 1.518 — 

Impôts des habitants : \ Et par ailleurs la redevance 

Taille de Capbreton-LabeDDe 1707. F. 1.073 1. > seigneuriale ou sacerdotale du 

1708 . . 1 .080 ] dixième des fruits de la terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de Capbreton pour 1914. Recettes, F. 40.555 

Dépenses. . 39.694 

Labenne, sur la route de Bayonne à Dax et à 4 kilomètres de 
l'Atlantique. Superficie, 2.447 hectares. Altitude (rail de la station), 
12 m :>7. 



1. Travail publié par le Bull, de Borda (1918), 168 pages. 



234 LE LITTORAL GASCON 

La paroisse ou baronnie de Labenne s'étendait des marais d'Orx 
à la mer, et du ruisseau de Bouret (limite de Soorts) au territoire 
d'Ondres 1 . Dans cette enclave se trouvaient l'embouchure primi- 
tive de l'Adour et le lieu qui devait devenir Capbreton. On doit en 
inférer que la constitution de la seigneurie de Labenne est anté- 
rieure à l'organisation du port de Capbreton, sinon à celle du 
port de Bayonne. 

Population ; 1793 373 âmes. 

An V . 378 — 

An VIII 435 — 

1831. ...... 504 — 

1851 575 — 

1856 619 — 

1896 759 — 

1911 801 — 

Impôts des habitants : Taille. Voir à Capbreton. 
Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes. . F. 5.549 

Dépenses . . . 5.526 



VI. — Seignanx (Landes). 

Ayant pour limites la baronnie de Labenne-Capbreton au nord et 
le milieu de l'Adour au sud, le pays de Seignanx ne connaît pas de 
dunes en dehors de la bordure de la mer, indice que l'Adour coulait 
en principe sur son territoire, vers Capbreton. 

Le Couîumier de Dax, en son article 5, n'admettait pas que le 
Seignanx fût un pays de quête et de perprise. Les habitants sou- 
tenaient le contraire. « Quoi qu'il en soit, ils s'y sont toujours main- 
tenus. Le parlement les y maintient 2 . » La Coutume du pays de 
Seignanx fut confirmée par rôle gascon du 22 mars 1255. Cette ques- 
tion reparaîtra au chapitre VIII. 

Ondresj à 4 kilomètres de la mer. Superficie, 1.508 hectares. 
Altitude (rail de la station), 6 m 54. 

Cette localité est nommée en 1167, à propos de Labenne et de 
Capbretr,n. En 1289, 12 janvier, un rôle gascon nomme également 
le lieu d'Ondres. Le château de La Boque, en territoire d'Ondres, 
bordait le lit de l'Adour ancien. Il était habité en 1589, d'après 
Cuzacq, par Louys, seigneur de Saint-Martin. 

Population: 1793 450 âmes. 

AnV 517 — 

An VIII 554 — 

1. D. de Sauviac, Chroniques (TAcqs, p. 171, apparemment d'après les archives 
de l'ancien chapitre de Dax. Voyez p. 230, note 1. 

2. Arch. nat., R 2 96, 3 sept. 1632, Mémoire, fonds du duc d'Albret. 



TARNOS, BOUCAU 235 

Population (suite) : 1831 1.003 âmes. 

1851 1.069 — 

1856 1.159 — 

1896 1.335 — 

1911 1.414 — 

Impôts des habitants : j Et P ar ailleurs la redevance 

Ta\Uprtf>iim AQO livro« > seigneuriale ou sacerdotaje 

lailieoel/U/ 49U livres. ? du dilièm e des fruits de la 

1708 493 — ) terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes . ' . F. 10.245 

Dépenses. . . . 9.695 

Tarnos, à 4 kilomètres de la mer. Superficie, 2.626 hectaies. 
Altitude (Dictionnaire Joanne), 48 mètres (sic). 

L'importance ancienne de cette localité ressort du fait que Tarnos, 
au xiK e siècle, d'après le cartulaire de Dax, payait au chapitre la 
redevance la plus élevée de toutes les paroisses du littoral nommées 
à ce sujet *. 

C'est au Trossoat de Tarnos, devenu en 1578 le Boucau-Neuf, 
qu'était établi le barrage de l'Adour pendant les travaux de détour- 
nement du fleuve. Cette palissade existait déjà en 1566, d'après 
les Registres français de la mairie de Bayonne; Louis de Foix la 
dressa sur nouveau plan en 1572. Le « quai de la brèche » d'une carte 
publiée par la Chambre de commerce de Bayonne, dans le Porf de 
Bayonne (1905), doit marquer, un peu au-dessous du Boucau- 
Neuf, l'endroit où la digue de Louis de Foix fut crevée après 1578. 

Population: 1793 1.315 âmes. 

AnV 1.225 — 

An VIII 1.327 — 

1831 2.324 — 

1851 2.937 — 

1856 3.112 — 

1857 Séparation du Boucau avec 1.495 habitants. 

1896 3.071 âmes. 

1911 3.774 — 

Impôts des habitants : j Et Par ailleurs la redevance 

Taille de 1707 1.029 livres. £*— ^ f ^t 

1708 1.035 — \ terre. 

Budget municipal (recettes et dépenses) de 1914. Recettes . . F. 13.717 

Dépenses. . . . 14.809 

Le Boucau (Basses-Pyrénées), à 3 kilomètres de la mer. Super- 
ficie, 576 hectares. Altitude (rail de la station), 4 m 22. 

Distraite de Tarnos, la section du Boucau-Neuf (ancien Trossoat, 



1. D. de Sauviac, Chroniques cUAcqs, p. 202. 



236 LE LITTORAL GASCON 

ancien Hausquette) est devenue commune autonome en 1857, avec 
rattachement au département des Basses-Pyrénées. 

Sous le nom de Forges de l'Adour, un établissement métallur- 
gique de premier ordre a été fondé au Boucau, à l'embouchure de 
l'Adour, en 1882-1884. La population attirée par cet établissement 
n'a pas pu s'installer en entier dans les limites de la commune; 
la cité ouvrière s'étend en partie sur le territoire de Tarnos (Landes). 

Population du Boucau : 1857 1.495 habitants. 

1872. .... 1.683 — 

1881 1.863 - 

1902 4.944 — 

1911 5.280 — 



Événements divers antérieurs au xx e siècle 

Faits de guerre, violences. — Nous voici réduits à revivre les 
invasions notées pages 198-199. Éléonore de Guyenne se trouvait 
seule héritière d'États allant des monts d'Auvergne à l'Atlantique 
et de la Loire aux Pyrénées. Son union à l'Age de quinze ans avec 
Louis VII, en 1137, constituait le plus beau mariage politique que 
la France pût désirer. Mais élevée à la cour brillante de Poitiers, 
belle, instruite, versée dans la poésie des troubadours, frivole, avide 
de plaisirs et de fêtes, Éléonore s'accommoda mal de la cour froide 
et de la vie à demi monacale du roi de France. Après quinze ans 
d'une existence mouvementée, le mariage fut dissous en 1152. 

En se remariant quelques mois plus tard avec Henri Plantagenet, 
héritier du royaume d'Angleterre, — à qui elle donna huit enfants, 
— Éléonore apportait la propriété do ses États à une couronne 
étrangère, ce qui eut pour résultat de déchaîner sur la France pen- 
dant trois siècles, jusqu'en 1453 (chute de Talbot), une ère presque 
ininterrompue de troubles et de guerres de domination. Les Gascons 
se plaignirent vite des exactions que faisaient peser sur eux les 
fonctionnaires anglais, et leurs réclamations parvenaient jusqu'à 
la couronne. Après plusieurs tentatives de révolte dont la première 
date de 1168, il y eut en Gascogne un intense mouvement insurrec- 
tionnel qui dura de 1249 à 1202, agitant tout le pays, mais qui 
finit par être dompté par les Anglais. La guerre de 1293-1297 entre 
Philippe le Bel et le roi d'Angleterre fut également violente. La 
flotte anglaise, remontant la Gironde, débarqua des troupes à Cas- 
tillon et à Bourg du 27 octobre au 1 er novembre 1294. Ensuite, 
pendant que la flotte cinglait sur Bayonne, — l'embouchure de 
l'Adour étant alors à Capbreton, — une partie de l'armée débarquée 



GUERRES, VIOLENCES 237 

partait de Rions par Bazas et arrivait en cinq étapes à Bayonne, 
ville qui était au pouvoir des Français et fut reprise par les Anglais. 
La guerre de Cent ans (1337-1453) ravagea particulièrement les 
terres fertiles de la vallée de la Garonne et du pays d'Armagnac. 
Comment les Anglais entendaient la faire, cette guerre, une lettre 
du prince de Galles à l'évêque de Winchester le fait savoir : « Brûler, 
piller, détruire, tel est le mot d'ordre donné aux troupes l . » Les 
guerres insensées de religion survinrent après la domination anglaise. 
Voici sur ce passé quelques faits connus pour la région maritime. 

1312, 11 juillet. Le roi d'Angleterre autorise la reconstruction, 
à Mimizan, du moulin de l'étang et de la nasse qui furent détruits 
pendant la dernière guerre du duché. (Coll. Moreau, vol. 643, 
page 218.) 

1378 (vers). Cazaux est ravagé par la guerre (page 146 ci-dessus). 

1418, 17 avril. Le prieuré de Soulac vit ses revenus diminuer du 
fait des pirates, des ennemis et de la peste. (Denifïle, La désolalion 
des églises, t. I, page 140.) 

1423, 30 avril. Supplique à la cour pontificale au sujet de Cap- 
breton, dont les revenus sont fort diminués à cause des guerres. 
(Denifïle.) 

1438. Le seigneur de Labrit et ses compagnons ravagent tout 
le Médoc jusqu'à Soulac. {Livre des Coutumes de Bordeaux, page 691.) 

1452, 18 avril. Supplique au sujet du pillage de l'église de Mimi- 
zan. (Denifïle.) 

1467, 14 août. Le capitaine de Lesparre a jeté sur Soulac une 
bande de 200 hommes. (Arch. de la Gironde, H 504, n° 8.) 

1550 à 1586. Le Vieux-Boucau est pillé trois fois (p. 229 ci-dessus). 

1585-1586. Les religionnaires parcouraient tout le pays : Lit, 
Boucau, Tartas. Les habitants vivaient «en perpétuelle langueur». 
(Arch. de Capbreton, C G 1, n° 4; — Abbé Gabarra,dans Une alerte 
à Capbreton en 1587.) 

1587. Une « compagnie de gens de guerre » se trouvait à Sau- 
busse, vivant aux dépens du pays. Pour l'éloigner, on lui compte 
trente écus de rançon. Étant à Saubrigues, cette compagnie reçoit 
l'ordre de se rendre en toute diligence à Bordeaux. A Tosse, elle 
abandonne sa route et oblique sur Capbreton, dans le but d'aller 
rançonner ou piller ce dernier lieu. Il y eut résistance, combats, 
des morts et des blessés. La compagnie ricoche sur Bouret et y 
dévalise la chapelle. (Même référence qu'à 1585.) 

l.Moisant, le Prince Noir en Aquitaine, pages 29-33, d'après Robert de 
Avestury. 



238 LE LITTORAL GASCON 

1622. Les protestants s'emparent de Soulac et s'y fortifient. 
L'occupation dura quatre mois. (Le Mercure français, t. VIII, 
2 e édition, année 1624.) 

1642. Redoutant les Espagnols, les habitants de Soulac font 
venir des munitions de guerre. (Arch. de la Gironde, H 509, n° 6.) 

Epidémies dans notre région : 

1418 (vers). Soulac est éprouvé par la peste. (Deniffle.) 

1508. Peste à Bayonne. (Enquête de 1556 sur l'Adour.) 

1519. Peste à Bayonne. La municipalité se réfugie à Anglet. (Arch. 
de Bayonne.) 

1547. Peste encore à Bayonne. (Enquête de 1556 sur l'Adour.) 

1585. La peste est à Bordeaux, Laharie, Lesperon, Linxe et Salies- 
de-Béarn. (Reg. franc, de Bayonne, t. II, p. 277.) 

1634. La peste est à Soulac. (Jurade de Bordeaux, t. III, p. 559.) 

1832. Choléra à Bordeaux. (Feret, Statistique.) 

1847. Variole à Bordeaux. ( — .) 

1849. Choléra à Bordeaux. ( — .) 

1854. Choléra à Bordeaux, à Dax et à Bayonne. On se réfugie 
aux bords de la mer, qui restent indemnes. 

1856. Variole à Bordeaux. (Feret.) 

1862. Variole à Bordeaux. (Feret.) 

1871. Variole dans toute la France, à l'issue de la guerre. 

Epizoolie. — Toute la région du littoral et de la lande fut rava- 
gée par une épidémie épizootique d'une violence extraordinaire. 
La subdélégation de Dax perdit à elle seule 12.643 bêtes à cornes. 
Des troupes furent envoyées dans les communes pour surveiller 
l'enfouissement réglementaire des animaux morts de la peste. (Arch. 
de la Gironde, C 1640, année 1775.) 

Étés à chaleur intense dans notre région gasconne : 

1719. Fortes chaleurs du 1 er juin au 8 septembre, récoltes 

atteintes; ravages de la grêle. (Feret, Statistique.) 

1729. Moins brûlant que l'été 1719, mais presque aussi funeste. 

(Feret.) 

1731. Chaleurs de fin mai au 16 juillet; orages désastreux. (Feret.) 

1744. Chaleurs excessives en juin et en août. (Feret.) 

1755. Les raisins sont atteints par la sécheresse. (Arch. du Gers, 

Registre de 1755.) Voir plus bas, aux Incendies. 
1778, 1795. Années très chaudes. (Feret.) 



HIVERS RIGOUREUX 239 

1803. Fortes chaleurs de juin à septembre. La qualité des vins 
fut excellente. (Feret.) 

1807. Vins de très bonne qualité aussi. (Feret.) 

1811. Haute température; vin de la comète. (Feret.) 

1815. Très chaud, bons vins. (Feret.) 

1822. Température moyenne de l'été, 20°6. (Feret.) 

1825. Température moyenne, 18°4. (Feret.) 

1834. Fortes chaleurs, grêles désastreuses; toutefois, bons vins. 
(Feret.) 

1841. Été très long et très chaud. (Feret.) 

1844. Chaleurs favorisant les vignes. (Feret.) 

1848. Chaleurs intenses en juin, juillet et août. (Feret.) 

1849. Chaleurs avec vents du sud. (Feret.) 
1851. Été très chaud. (Feret.) 

1858. Chaleurs prolongées. (Feret.) 

1859. Chaleurs particulièrement fortes. (Feret.) 
1861. Été très chaud et prolongé. (Feret.) 

1864. Fortes chaleurs en août et en septembre. (Feret.) 

1865. Été très chaud. (Feret.) 

1868. Chaleurs très fortes en mai, juin, juillet. (Feret.) 

1869. Juillet et août excessivement chauds. (Feret.) 

1870. Fortes chaleurs, bons vins. (Feret.) 

1873, 1874. Chaleurs intenses en juin et juillet. (Feret.) 

Hivers rigoureux de la région gasconne : 

1405. La Garonne gela devant Bordeaux. (Feret.) 
1572. avires avariés en Garonne. (Feret.) 
1615. Neiges considérables à la fin de décembre. (Feret.) 
1624. Des pauvres meurent de froid à Bordeaux. (Feret.) 
1628. En janvier, des charrettes chargées passent la Garonne sur 
la glace près de Langon. (Feret.) 

1677. La Garonne gela devant Bordeaux, en janvier. (Feret.) 
1709. On pouvait traverser l'Adour sur la glace; les chênes se 
fendirent; vignes et arbres fruitiers gelés. (Cons. gén. des Landes, 
1863, p. 65.) Mort causée par le froid d'une grande partie des pins 
des Landes. (Francisque Michel, Hist. du comm. de Bordeaux.) 
1729. Froids excessifs du 28 décembre 1728 au 20 janvier. (Feret.) 
1748. La Garonne charria des glaçons en janvier. (Feret.) 
1754. Le froid fit périr toutes les abeilles à Saint- Julien-en-Born. 
(Cons. gén. des Landes, 1862, p. 199.) 

1766. Garonne presque entièrement prise. (Feret.) 



240 LE LITTORAL GASCON 

1769-1770. Hiver très pluvieux, récoltes médiocres, grain cher. 
(Gons. gén. des Landes, 1864, p. 152.) 

1786-1787. 15 degrés au-dessous de zéro à Messanges. Tout le 
bois de vigne non recouvert par la neige périt. (Monographie de 
Messanges et Conseil général des Landes, 1866, p. 155.) 

1788-1789. La Garonne demeura prise pendant 16 jours. (Feret.) 
Pignadar gelé ou perdu dans la proportion d'un tiers à Pîssos, 
Liposthey et Richet, dans la grande lande intérieure. (Cahiers de 
doléances de 1789.) 

1794-1795. La Garonne resta gelée à deux reprises. (Feret.) 

1799. Hiver rigoureux. Pas de détails positifs. (Feret.) 

1829-1830. Froids des plus rigoureux pendant près de trois mois. 
(Feret.) J'en ai souvent entendu parler au foyer paternel, et j'ai 
retenu cette circonstance explicative que je n'ai pas rencontrée 
dans des écrits : le temps restait couvert le jour, tandis que la nuit 
était régulièrement claire avec grand rayonnement des astres. La 
nature semblait devenue inerte; le gibier ne trouvait l'énergie de 
fuir l'homme qu'à la dernière extrémité. 

1838. Froids rigoureux jusqu'en mars. (Feret.) 

1848. Hiver très froid. (Feret.) 

1855. Froid rigoureux, neiges abondantes. (Feret.) 

1870-1871. Triste et rude hiver d'une campagne de guerre. 8 de- 
grés de froid le jour et 14 degrés de froid la nuit, à Bordeaux, du 
1 er au 4 janvier. Le froid persista en février. 

1876. Froids très vifs. La Garonne charrie des glaçons. (Feret.) 

Le froid sec des montagnes ne pèse pas plus à supporter, il me 
semble, à — 20 degrés, que le froid plus ou moins humide de notre 
région gasconne à —8 degrés ou — 10 degrés. 11 est vrai toutefois, 
les périodes très froides étant rares dans notre Sud-Ouest, qu'on ne 
s'y prémunit pas contre les basses températures, auxquelles dès lors 
on est fort sensible. Sur les plateaux habités d'entre le Saut-du- 
Doubs el. Beli'ort, le thermomètre descend chaque hiver à — 23 degrés 
ou — 24 degrés, mais pour peu de temps. Les hivers 1878-1880 furent 
très durs. Je copie à ce sujet dans mes notes: «21 janvier 1878, 
visité les bassins du Saut-du-Doubs en marchant sur 35 centimètres 
de glace. Le 28 janvier, une gourde de vin blanc gèle sur mon dos 
sous une pèlerine de laine. — Du 9 au 10 janvier 1879, ronde de 
nuit sur Grand Combe et Blancheroche par — 28 degrés à — 30 de- 
grés sur le parcours, avec Laurent d'accompagnement. Temps clair, 
neige sèche et poudreuse, pas de chemins frayés. Ah 1 nos pauvres 
pieds vers le jour ! — Le 9 décembre 1879, on constate — 32 degrés 
autour du Russey : aux Guinots, au couvent des Fontenelles et à 
l'usine du Narbief. — Le 20 janvier suivant (1880), —36 degrés à 
la scierie du Narbief. » Et cependant, je le répète, cette rude tempé- 
rature ne parait pas bien plus dure que 10 degrés de froid à Bordeaux. 



INCENDIES 241 

i 

1881. Observatoire de Bordeaux. «Le froid du 16 janvier 1881, 
minima — 16°2, est tout à fait exceptionnel... Dans cette même nuit 
du 15 au 16, un thermomètre placé à l m 03 au-dessus de la neige et 
absolument découvert, est descendu à — 22°2. » (Tome II, page 156.) 

1890. « La Garonne a charrié des glaçons pendant la période des 
froids de novembre-décembre; à cette même époque, les parties 
peu profondes du bassin d'Arcachon se sont partiellement recou- 
vertes de glace. Le phénomène n'avait pas été observé depuis l'hiver 
1870-71.» (Observatoire de Bordeaux, tome VII, p. 138.) 

Incendies : 

1707 (avant). Au rôle de la taille, Seignosse est dégrevé du quart 
de cet impôt « sur les quartiers incendiés », page 231 ci-dessus. 
Sainte-Eulalie-en-Born est dégrevée du cinquième (page 218 ci- 
dessus), peut-être pour la même cause. 

1708. Pour Seignosse, même dégrèvement qu'en 1707. 

1716. La Montagne ou forêt usagère de La Teste, qui couvre près 
de 4.000 hectares d'un seul tenant, fut presque entièrement détruite 
par le feu. Ce désastre est mentionné plus haut à la page 143. 

1897. La forêt de La Teste fut encore sérieusement atteinte le 
14 juillet 1897, jour où un cyclone y détruisit près de 40.000 pins 
(chiffre du manuscrit de Félix Lacombe). L'événement fit beaucoup 
de bruit par la révolte et l'obstruction des usagers de la forêt, qui 
empêchèrent la vente des bois renversés. Le différend dura cinq 
années. — Ceci amène une rectification à la page 151 qui précède, 
où à la huitième ligne il faut lire cyclone, au lieu de incendie de pins. 

1755. 5 avril. Incendie qui embrase les pignadars de Taller à 
Linxe, Lesperon et Lévignac. Un grand nombre d'habitants et de 
bestiaux sont la proie des flammes. Incendie aussi à Majescq, à 
Rion, à Saint- Vincent et à Onesse. L'État vient au secours des 
habitants ruinés par les vastes sinistres. (Archives du Gers, Registre 
de l'intendant de 1755, fol. 28 à 197.) D'après le cahier de doléances 
de 1789 pour Linxe, cette commune perdit la moitié de son bien et 
fut déchargée de la taille en conséquence. 

1789 (avant). Cahier de doléances de Gastets-des-Landes : « L'uni- 
que ressource des habitants est dans le produit des pins. Combien 
d'incendies pendant ce siècle !... Le dernier, qui n'est pas d'ancienne 
date, a embrasé la plus grande partie de Castets et d'un grand 
nombre d'autres paroisses... Le monarque les déchargea d'impôts 
pour vingt ans. » 11 semble s'agir principalement de 1755, comme 
à l'alinéa qui précède. 

1803, 23 août. Incendie qui, en commençant sur Seignosse, anéan- 

16 



242 LE LITTORAL GASCON 

tit les forêts de la partie ouest de Soustons, celles du Vieux-Boucau 
et de Messanges. Un arrêté préfectoral du 6 floréal an XII (26 août 
1804) avait prescrit des mesures en vue de protéger les terres sinis- 
trées et d'assurer la reconstitution de la forêt. 

Les incendies sont fréquents dans les forêts de pins. On n'a pu 
présenter ici que les plus importants ou ceux qui montrent que le 
pin tapissait en bien des endroits la lande intérieure avant l'ense- 
mencement des dunes, dont le premier essai, par Brémontier, date 
de 1787. D'après le paragraphe précédent sur les hivers rigoureux, 
deux fois, en 1709 et en 1788, les pignadars furent plus éprouvés 
par la gelée que par le feu. Ils ont connu aussi l'ennemi qui suit. 

Pins et vignes atteints par des insectes. — 1756. Les vignes et 
les pins du Marensin sont attaqués par deux sortes d'insectes. Les 
premiers sont des vers qui rongent le raisin et même le bois de la 
vigne; les seconds ont la figure des charançons qui mangent les 
blés, mais ils sont plus gros, s'insinuent entre l'écorce et la tige du 
pin et le percent jusqu'au cœur, ce qui le fait mourir l . (Registre 
précité de l'intendant d'Auch.) 

Naufrages et épaves. — En se disant maîtres des dunes ou falaises 
et du rivage de la mer, les seigneurs féodaux se déclaraient proprié- 
taires des navires et des épaves diverses qui échouaient sur leur 
domaine. Les Romains avaient cherché en Vain, sur des mers diver- 
ses, à abolir cette coutume. Au moment de partir pour une croisade, 
Richard I er d'Angleterre, dans une charte du 16 octobre 1190, 
proclama que tant pour le navire échoué que pour les marchan- 
dises contenues dans le navire, le droit des propriétaires survivrait 
au bris et naufrage et qu'il n'y aurait ouverture à l'exercice du 
privilège seigneurial d'épaves qu'à défaut des propriétaires et de 
leurs héritiers 2 . A travers une restriction, le droit seigneurial d'épa- 
ves restait consacré en Gascogne. 

Ce même droit était garanti aux seigneurs normands par l'art. 596 
des Coutumes de ce pays, pour tout ce qui échouait ou arrivait 
si près de terre qu'un homme à cheval y pût toucher de sa lance. 
Par une exception surprenante, l'ordonnance de 1681 sur la Marine, 
dont il va être parlé, avait maintenu en Normandie la po>session 
de ce privilège. Les ducs de Bretagne confisquaient tout ce qui 
échouait sur le rivage maritime. Cette pratique draconienne lut 
remplacée par un droit de navigation dit brieux ou bris, exigé à 

1. A l'heure actuelle, au xx c siècle, le pin est menacé du même rongeur. 

2. Arcli. deBayonne, AA 1, p. 66. 



NAUFRAGES 243 

l'entiée et à la sortie des ports de la Bretagne sur les bâtiments de 
toute origine, dit Ph. de Tronjoly, Annuaire des Douanes, 1897. 

Le chapitre de Saint-André de Bordeaux était baron de Lège 
depuis 1027. Il paraîtra au chapitre VIII que ce n'est pas sans 
heurts avec les officiers ou magistrats du captalat de Buch que 
Saint-André recueillait les épaves. Un mémoire du lieutenant géné- 
ral de Tartas, du 15 juillet 1654, disait au sujet des naufrages : 
« Feu le Prince [de Gondé] vouloit empescher les usurpations de 
l'amirauté de Bordeaux et de Bayonne et des officiers desd. lieux, 
lesquels se saisissoient de ce qui estoit eschappé du naufrage 1 . » 
Le peuple trouvait ces pratiques peu morales et y répondait en 
enlevant, en pillant les épaves, y ajoutant parfois une rudesse sau- 
vage. Nos ancêtres, que Thore, en 1810, a montrés si inoffensifs et 
si hospitaliers, ne savaient pas apporter dans la circonstance l'onc- 
tion des riverains Picards qui disaient, à propos des épaves, aller 
cueillir « le bien de Dieu ». 

Sous la date du 7 janvier 1657, M. Morin, intendant ou corres- 
pondant du duché d'Albret, écrit sur cette question, non sans quel- 
que effroi : « Pour vos droits de naufrage, ils sont beaux, mais peu 
utiles. M. le Prince n'en a jamais rien eu, et les officiers qui sont 
sur le pays prennent tout... Ces côtes sont fort sauvages et n'y a 
guère que les habitants demi-farouches et les juges qui en profitent 2 . » 

L'ordonnance royale de 1681 sur la Marine mit fin à cette situa- 
tion. Encore en vigueur, elle prend sous la protection de l'État les 
vaisseaux, les équipages et chargements jetés sur les côtes. Les 
échouements divers non reconnus ni réclamés sont vendus au profit 
de la caisse des invalides de la Marine. L'ordre règne depuis, tant 
il est vrai que ce sont les institutions qui font les peuples. 

Au temps de la marine à voile, les naufrages étaient fréquents. 
Il ne paraît pas y en avoir eu un grand nombre de retentissants. 
Compaigne, à qui l'on n'accorde pas toujours grand crédit, cite à 
la date de 1627, en sa Chronique de Bayonne : « Deux carraques 
d'Espagne, nommées de Saint-Barthelemy et de Sainte-Helene, 
furent tellement battues de la mer et de l'orage, qu'elles périrent, 
l'une à la côte de Capbreton, et l'autre au cap de Bouchon de l'Es- 
pare. Il y avait en ces vaisseaux cinq cents personnes et des 
richesses estimées, par ceux qui se sauvèrent du naufrage, à huit 
millions. » 

Le navrant naufrage du Réveil-Matin, à Mimizan, a été men- 
tionné à la page 79. Voici d'autres détails. A 9 heures du soir du 

1. Arch. nat., R 2 116. 

2. Idem, 524. 



244 LE LITTORAL GASCON 

26 novembre 1859, le brigadier des douanes Duluc et un de ses é 
hommes voient à deux kilomètres au nord de leur poste de Mimizan, 
s'approchant des brisants, un fanal de navire tremblant au vent 
et aux vagues de la tempête. Ils se portent à hauteur du falot et 
font des signaux de feu pour annoncer du secours au navire voué 
à l'échouement. Les engins de la Société centrale de sauvetage 
n'existaient pas encore alors, en 1859, et l'on en était réduit aux 
moyens de secours primitifs : envoyer du navire des épaves atta- 
chées à un câble pour chercher à les faire arriver à terre, ou avoir 
un nageur qui pût porter une ligne, un grelin à la côte. Ce fut un 
nageur, ici, qui arriva du navire. Un va-et-vient est aussitôt établi. 
Vingt-sept personnes étaient déjà à terre, quand à 10 heures et 
demie le capitaine du navire eut la funeste idée d'arrêter le débar- 
quement et de suspendre l'usage du va-et-vient. Le Béveil-Malin, 
qui de l'Amérique du Sud revenait à son port d'attache de Bayonne, 
était un voilier comptant 133 passagers et 19 hommes d'équipage. 
Un peu après minuit, un craquement se fait entendre, le chœur 
d'un immense cri d'angoisse s'élève dans les airs, et tout disparaît 
dans les flots. Une relation dans ce sens reste consignée depuis lors 
au registre des événements douaniers de Mimizan. 

La tour du yi e siècle de l'église de Mimizan était regardée avec 
superstition par les marins d'autrefois. Tout équipage qui l'aper- 
cevait au fort de la tempête se considérait en perdition. Cela signi- 
fiait simplement que le navire avait alors plus de dérive que de 
marche et courait grand risque d'être jeté à la côte. Nos vieux 
marins ne s'embarquaient guère sans faire cette invocation : Dieu 
nous garde de la queue de la baleine, du chant de la sirène et du 
clocher de Mimizan. 



CHAPITRE VI 



GARONNE ET GIRONDE, CORDOUAN ET SOULA.C 

La Garonne prend naissance sur le territoire espagnol, au delà 
du faîte des eaux et au flanc du Nethou, sous forme d'un torrent 
qu'on voit bientôt se précipiter et disparaître dans un puits naturel. 
« La masse liquide engloutie, dit Elisée Reclus, traverse par des 
canaux souterrains toute l'arête de montagnes et reparaît sur 
l'autre versant de la chaîne, à 4 kilomètres de distance et à 600 mè- 
tres plus bas. » 

Le cours d'eau pénètre en France par Saint-Béat, recueille la 
Pique de Luchon et double vite son volume en s'unissant à la Neste, 
descendue de la vallée d'Aure. Plus de trente autres affluents de- 
viennent ses tributaires le long de son cours. Dans la longue vallée 
magnifique qu'il arrose et fertilise, et dont les hauteurs sont fré- 
quemment couronnées de demeures seigneuriales, le fleuve garon- 
nais traverse la Haute -Garonne, le Tarn-et- Garonne; le Lot- 
et-Garonne et la Gironde, change de nom en prenant celui de ce 
dernier département et se jette dans l'Atlantique entre le Verdon et 
Royan, après un parcours de 992 kilomètres, chiffres d'Elisée Reclus. 
Avant d'arriver au Verdon, la Gironde, s'épanouissant de plus en 
plus à partir de Blaye, atteint jusqu'à une douzaine de kilomètres 
de largeur, se rétrécissant à 5 kilomètres en face de Royan, quand 
s'opère la chute à la mer. 

D'après l'opinion dominante, Garonne et Gironde ne seraient 
qu'un même nom prononcé de deux manières différentes. 

A l'époque romaine, la dénomination Garonne aurait seule été 
usitée chez les lettrés bordelais. La supposition est plausible, car 
Ausone n'a parlé que de la Garonne, de la Garonne au large cours, 
de la Garonne qui vient provoquer l'océan, de la Garonne marine 
ou maritime. 

Cependant Symmaque, contemporain d'Ausone et ancien étu- 
diant de Bordeaux, a employé la forme Garunda *, traduite en 
« Gironde » par Desjardin 2 et par Malvezin 3 , dont on voit parta- 



1. ... Ssnex olim Garunde... livre IX. épître 86, p. 448. 

2. Géographie de la Gaule romaine, t. I er , p. 147. 

3. Histoire du commerce de Bordeaux, t. I er , p. 287 (1892). 



246 LE LITTORAL GASCON 

ger verbalement l'opinion par d'autres qui n'ont pas écrit sur le 
sujet. Sidoine Appolinaire, né à Lyon, mort en 489, a aussi écrit 
Garunda. ~ 

Dutrait a donné comme suit les formes anciennes du mot Garonne : 
Formes grecques : Garounas, Garouna, Garuna, Garunas, Garina, 
Garunna, Garounna ; formes latines : Garumna, Garunna, Garonna, 
Garona 1 . 

Aussi loin que portent à Bordeaux les écrits municipaux rédigés 
en gascon, on y trouve le mot Gironde presque exclusivement em- 
ployé. Il pourrait en résulter la présomption que, chez le peuple, le 
vocable Gironde serait peut-être aussi vieux que celui de Garonne. 
Pour apprécier le fait, il faudrait savoir si ces deux appellations 
avaient une signification il y a deux mille ans. Aujourd'hui on ne 
peut guère constater que ceci : Gir est la prononciation de la région 
gasconne de Bordeaux, Gar, la prononciation de la région de Tou- 
louse 2 . Mais la syllabe Gir, telle que nous l'émettons, me paraît 
trop douce pour rendre le rude parler des grands ancêtres. Je me 
figure que sur toute l'étendue de la vallée l'émission de voix était 
plus gutturale et qu'on disait : Ghir-oun, Ghar-oun, représentant 
sous deux prononciations régionales différentes l'unique nom 
soupçonné, au sens inconnu. Donc, pas d'étymologie présentable. 

Certaines opinions, celle de Scaliger, par exemple (xvi e siècle), 
voulaient que le fleuve prît le nom de Gironde à Blaye seulement. 
On fait aujourd'hui partir ce nom du Bec-d'Ambès; Claude Masse 
le notait déjà dans son mémoire des environs de 1700 : «L'embou- 
chure de la Garonne, que l'on appelle vulgairement Gironde depuis 
là où elle se joint au Bec-d'Ambès avec la Dordogne... » Ce confluent 
est à 30 kilomètres en aval de Bordeaux. 

Mais sur la même question il faut remarquer qu'à 56 kilomètres 
en amont de Bordeaux, par voie ferrée, on trouve sur le fleuve un 
bourg de 1.100 âmes nommé Gironde, et que, 5 autres kilomètres 
au delà, La Réole est dite ou a été dite sur Gironde. 

Cette dernière forme Gironde a régné bien plus loin encore dans 
le parler bordelais pour désigner la partie supérieure du fleuve, 
comme vont le montrer des écrits officiels et municipaux de la 
période gasconne; .elle régnait aussi, bien entendu, sur la partie 
inférieure. 

Un rapport au roi d'Angleterre sur de sanglants conflits qui eurent 
lieu entre marins du commerce, de 1292 à 1296, porte : « ... Et après 
meimes Normands vindrent à Ryaunt sur Gerounde ettroverent 

1. Bull. Soc. de Gèogr. de Bordeaux, 1897, p. 45. 

2. A Agen on dit Giroundo, en gascon, aujourd'hui. 



GARONNE ET GIRONDE 247 

illegues quatre bateaux de Bayone.... Et en celle manière isserent 
hors de Gerounde ensemble 1 . » 

Cette pièce n'émanait pas de Bordeaux, mais la forme Gironde 
s'y trouve clairement. 

Un demi-siècle plus tôt, elle était employée dans un acte officiel 
de 1242 transcrit par Rymer : Gyrunda, Gyriunda. 

Au Livre des Coutumes de Bordeaux, on trouve le fleuve Gironde 
mentionné un grand nombre de fois sur vingt pages différentes. En 
voici trois exemples : 

Page 424 : « Los vins devis borgues son quitis, per tota la Gironda, 
de tota enposicions. » 

Page 524, 15 avril 1214, au sujet de vins arrivant à Bordeaux ou 
en sortant par le fleuve : « Per aquam Gironda. » 

Page 683 (année 1455?) : « Sur tous les vins qui seront charges 
et menés hors de la rivière de Gironde, a qui qu'ilz soient, ne en 
quelque lieu qu'ilz soient charges en tout le pays de Gascoigne. » 

Une application fort étendue, presque générale, s'attachait ainsi 
à la dénomination Gironde, pour les Gascons du Bordelais, alors 
que Toulouse disait Garonne. 

Dans le Livre des Bouillons de la municipalité de Bordeaux, le 
nom Garonne ne figure nulle part. Privilèges royaux, concessions, 
règlements présentent le seul nom de Gironde, qui paraît une tren- 
taine de fois sur 22 pages. 

Deux exemples : 

Page 32, décembre 1295, au sujet des bourgeois de Bordeaux 
exempts d'impôts pour leurs marchandises : «... Tarn in villa Bur- 
digale quam per totam Girundam. » 

Page 150, 15 mars 1373, relativement à un impôt levé sur les 
vins et marchandises venant du Haut-Pays, de Saint-Macaire 2 et 
au-dessus : «... Tant de la rivere Gerounde de pardessus nostredite 
cite.... de tout vin que vendra en Bordeaux des paiis d'Agennoys 
et Bassadoys. » 

Aux registres des Grands jours du parlement de Bordeaux, on 
trouve à la date du 8 octobre 1459 : « In prefata Gironda, qui flu- 
mine aquae dulcis 3 . » 

Au registre des « Recettes et dépenses de la conestablie », années 
1482-1483 (Arch. du château de Marcellus en Lot-et-Garonne), on 

1. Pièce rapportée d'Angleterre par de Bréquigny et écrite au nom des gens 
de mer des Cinq-Ports d'Angleterre. 

2. Saint-Macaire est à 45 kilomètres en amont de Bordeaux, par chemin 
de fer (Chaix). 

3. Arch. hisl. de la Gironde, t. IX, p. 451. Un texte identique se trouve à 
la page 465 du même volume. 



248 LE LITTORAL GASCON 

trouve deux fois la Gironde, à l'exclusion de la Garonne. Folio 30 : 
« Recette de 5 sols bordelais dus chaque année pour une ysle... 
prinse en la rivière de Gironde près de l'Isle Saint-Georges » (à 20 km. 
au-dessus de Bordeaux). Folio 32, verso : Gironde, également, au- 
dessus et près de Bordeaux 1 . 

Par contre, les Registres de la Jurade de Bordeaux (volume de 
1406 à 1409) contiennent une lettre du maire de Libourne portant, 
page 48 : « Disen que bol bénir dauant Liborna o a Blaya ; et plus 
que se conta que por Garona... » 

Mais le document le plus intéressant sur la question, écrit en 
gascon primitif, est celui qui indique la délimitation de la Gascogne, 
pages 608 et 612 du Livre des Coutumes de Bordeaux : « E aura 
Guascoigne des montaignes d'Aure dont saillent ceste troys eaves: 
Guarona et le Rac, et la Neste, qui fiert en Gironda ; et d'ilec en la 
Grant-Mer. » La Garonne reçoit la Neste au sud-ouest de Montréjeau. 

La mise en usage de la langue française, après la domination 
anglaise, fit perdre du terrain à l'emploi du nom Gironde chez-les 
lettrés nourris d'Ausone. Delurbe, procureur et syndic de la ville, 
qui avait écrit une Chronique bordelaise en latin, donna ensuite 
une édition en français où on lit (pour ne citer que trois exemples) : 
page 3 : « Il y avait à l'embouchure de la riuière Garonne...; » — 
page 58: «La riuière de Garonne glassa devant Bordeaus;» — 
page 66 : « Les Anglais estoient tenus de s'arrester à l'entrée de la 
riuière de Garonne à l'endroict de Soulac. » 

Les documents qui viennent d'être cités permettent de croire que 
les prédécesseurs de Delurbe à la mairie de Bordeaux auraient, à 
l'alinéa qui précède, écrit Gironde en gascon, au lieu de Garonne. 

Rôles gascons. Le fleuve y est plus souvent nommé Gironde que 
Garonne, suivant les détails qui suivent : 

1° Garonne. Orthographe : Garrona, Garona, Garonna, Guarona. 

N° 176. Infra portus Garonam. (24 mars 1278.) Bémont. 

N° 938. Monastère et ville de Gondom. « Vel citra Garonam. » 
(20 juin 1285.) Idem. 

N° 1056. ... terre Agensis ultra Garonam. (14 juin 1289.) Idem. 

N° 1121. Péage. Garone et Olti (Lot). (27 juin 1289.) Idem. 

N° 1190. ... in flumine Garone (à la Réole). (21 juillet 1289.) Idem. 

N° 1393. ... inter Garonam et Dordoniam. (22 avril 1289.) Idem. 

N° 1602. La Réole et Saint-Macaire... per flumina Garone et Olti. 
(26 mai 1289.) Idem. 

1. Voyez aux Arch. hiêt. de la Gironde, t. L, pp. 22 et 28, ces deux exemples 
relevés en 1908 sur le manuscrit môme, qui a été imprimé depuis. 



GARONNE ET GIRONDE 249 

N° 1673. Idem. ... super fluminibus Guarone et Olti. (2 juin 1289.) 
Idem. 

N° 1885. Super pedagis... fluminis Garone. (24 mai 1291.) Idem. 

2° Gironde. Orthographe : Girunda, Gyrunda, Gerunda, Geronda. 

N° 181. ... aquam Gyrunde. (19 sept. 1242.) Fr. Michel. 

N° 704. Vins venant de l'Agenais... per aquam de Gyrunda (15 dé- 
cembre 1242.) Idem. 

N° 1047. ... per Gyrunda contulerunt. (5 juillet 1242.) Idem. 

N° 1139. ... usque ad mare de Gironda. (Année 1242.) Idem. 

N° 1344. ... in aqua de Gyrunda. (15 mars 1243.) Idem. 

N° 2145. ... par ascensum aque de Girunda. (6 nov. 1253.) Idem. 

N° 2148. ... Idem. (8 novembre 1253.) Idem. 

N° 2158. ... super aquam de Girunde (Agen). (9 nov. 1253.) Idem. 

N° 2589. ... in exitu fluvii Gironde versus mare. (28 mai 1254.) Id. 

N° 3284. ... in aqua Girunde. (8 juin 1254.) Idem. 

N° 4504. ... per aquam de Girunda. (6 juillet 1%55.) Bémont. 

In ore Gerunde apud Solak. (12 novembre 1257, t. I er , 
p. cxxiii.) Idem. 

N° 20. Aquas nostras de Gyrunda et Durdonia. (11 novembre 
1274.) Idem. 

N° 855. Prope ripam fluminis Gerunde. (4 juin 1285.) Idem. 

N° 921. Descente de Toulouse... per flumen Garone seu Gyrunde. 
(11 juin 1285.) Idem. 

N° 970. ... ad Gyrundam vel mare. (2 juin 1289.) Idem. 

N° 1075. ... aut flumen Geronde. (12 juin 1289.) Idem. 

N° 1216. Idem. (29 juillet 1289.) Idem. 

N° 1270. De fluviis nostris Gerunde et Dordonie. (5 avril 1289.) Id. 

N° 1289. Per Gerundam — depuis la Dordogne. (10 avril 1289.) Id. 

N° 1483. ... fluvium nostrum Gironde. (4 mai 1289.) Idem. 

N° 1511. De Lectoure par notre fleuve « Geronde ». (15 mai 1289.) 
Idem. 

N° 4077. ... in aqua de Gerunda — à Lormont. (12 nov. 1295.) 
Idem. 

La vallée de la Garonne-Gironde était creusée longtemps avant la 
fin du tertiaire, suivant ce qui a été exposé au chapitre premier, 
pages 10-11. Aux premières pages du chapitre IV sont données des 
preuves de la stabilité du pays de Soulac et de ses environs. Les 
prophéties alarmantes n'ont cependant pas manqué. En voici une 
qui provient de deux rapports officiels : « Nous avons nous-même 
trouvé, dans les Archives du département de la Gironde, un rapport 
qui semble être de 1740, où il est dit : « Qu'avant peu la mer coupera 
entre le Verdon et Soulac; par ce moyen le Verdon demeurera isle 
entourée d'eau l . » On sait déjà que Henri de La Popelinière, en 1592, 

1. Rapport d'ingénieur, à la date de 1865, transcrit dans Nolre-Damc-de- 
Soular, page 25. Rapport et livre restent imbus du péril non justifié de la mer. 



250 LE LITTORAL GASCON 

disait que les limites de la mer étaient 6 lieues plus à l'ouest 
qu'aujourd'hui sous les Romains. 

Un précieux témoignage qui compte d'abord mille ans d'ancien- 
neté va nous rassurer, pour l'estuaire de la Gironde, sur les périls 
imaginaires que devait nous réserver cette mer qui n'a pas modifié 
ses niveaux ni ses limites depuis cent siècles. Il s'agit de la remar- 
quable description topographique de la charte attribuée à Guil- 
laume le Bon, ainsi conçue : « Moi, Guillaume, ... je donne à Dieu 
et à cet autel, bâti en l'honneur de la Sainte-Croix, le village de 
Soulac 1 avec l'oratoire de la Sainte Mère de Dieu, avec les eaux 
douces depuis la mer salée jusqu'à la mer d'eau douce, avec les 
montagnes, avec les bois de pin, avec les pêcheries, avec tous les 
marais salants qui s'y trouvent, avec les serfs des deux sexes 2 . » 
Ce titre sans date fut représenté et opposé à la charte par laquelle 
Guillaume Sanche, duc de Gascogne, faisait donation de Soulac, 
en 982, aux bénédictins de Saint-Sever. 

Le triangle dont la base va de Soulac-les-Bains au chenal de 
Neyran, et qui a pour sommet l'extrême pointe de Grave, a les 
doux grands côtés formés, à gauche par l'océan ou « la mer salée », 
à droite par la partie inférieure de la Gironde ou «la mer d r eau 
douce », comme à la charte. Les trois lignes de cette figure renfer- 
ment les dunes (montagnes), les pins, les lagunes et les marais 
salants (viviers à poissons) de la donation de Guillaume le Bon 
au x e siècle. — Voyez au chapitre IV, pages 109-111, la carte 
de la pointe ou promontoire de Grave et l'ancienneté de cette 
pointe. 

La vitesse d'écoulement de la marée, en Gironde, tant en flot 
qu'en jusant, est de l m 50 à 2 mètres par seconde. Le courant des- 
cendant dure une demi-heure ou trois quarts d'heure de plus que 
le courant montant; cette durée d'excès pour le jusant f&it sortir 
du fleuve à tout jamais (sur sa largeur de 5.000 mètres, avec 20 mè- 
tres de profondeur) un volume d'eau de 150 millions à 200 millions 
de mètres cubes à chaque marée. Noter qu'il y a deux marées par 
jour. 

Ces eaux évacuées contiennent au minimum 500 grammes de 
vase en suspension par mètre cube. L'évacuation des vases peut 



1 . Villa de Soulac, dit le texte. A l'époque latine, on appelait villa les maisons 
de plaisance et les localités rurales, par opposition aux localités urbaines. 

2. Arch. de la Gironde, H 610, fol. 1. — La validité de ce don n'est pas abso- 
lue, car Guillaume le Bon ne devait pas posséder le pouvoir souverain qui est 
nécessaire pour disposer du sol. 



CORDOUAN ET SOULAC 2^)1 

donc atteindre 100.000 tonnes par marée et, pour l'année, 36 mil- 
lions de mètres cubes 1 . 

Cordouan et Soulac. — Autant l'îlot de Gordouan est célèbre 
par son phare majestueux qui éclaire les écueils situés devant l'en- 
trée de la Gironde, autant il reste obscur quand on l'interroge sur 
son passé. 

Il y a dix-neuf cents ans, le géographe Mêla notait à l'embou- 
chure de la Gironde une île du nom d'Antros, qui, «dans l'opinion 
des habitants, est suspendue sur les eaux et s'élève avec elles au 
temps de la crue » 2 . 

Une île 3 aussi mystérieuse ne pouvait qu'être exiguë et inhabitée ; 
elle devait se trouver à distance en mer et non dans le fleuve au 
milieu de rives habitées ou habitables, comme on le voit supposer 
aujourd'hui. Louis de Foix, au xvi e siècle, identifiait l'île d'Antros 
par Cordouan; Delurbe, contemporain de ce célèbre ingénieur, s'en 
fait l'écho à la page 4 de sa Chronique bourdeloise. En 1664, dans 
un recueil de poésies, les jésuites de Lyon louaient leur compatriote 
Pellot, intendant de Guyenne, d'avoir été appelé à présider aux 
travaux alors en cours à la tour de Cordouan, « à l'embouchure de 
la Gironde, dans l'île d'Antros » *. Un rapport officiel du 17 mai 1710 
dit qu'autrefois le rocher de Cordouan « formait une habitation 
appelée, selon la géografie de Pomponius Mella, l'isle d'Antras » 5 . 
Le mot « habitation » ne peut pas signifier demeures d'habitants. 

A côté de ces indications, le travail de la légende ne dormait pas. 
UAlmanach historique de la province de Guienne pour Vannée 1760 
(publication alors innovée, mais qui ne connut pas de lendemain) 
porte à la page 3 : 

« La tour de Cordouan est bastie sur une isle de rochers qui, sui- 
vant la tradition, joignait alors à la terre du Bas-Médoc; on ne peut 
en douter, et que l'on a voiture par cette langue de terre tous les 
matériaux dont cet édifice est composé; car si le terrain avoit été 
tel qu'il est aujourd'hui, il auroit été de toute impossibilité de les 



1. Pour ces deux alinéas, voyez Hautreux, Bulletin Soc. de Géogr. de France, 
1900, p. 479. et Actes de VAcad. de Bordeaux, 1908, p. 81. 

2. Description de la terre, chap. II du livre III. 

3. Les latins n'avaient pas notre diminutif îlot : ils disaient insula, île. 

4. Bibl. Nat., M. Y. C. 922; — G. Labat, Documents sur la tour de Cordouan, 
3 e Recueil, p. 121. — L'opinion de l'intendant Pellot devait sur ce point être 
celle de Louis de Foix. 

5. Arch. des ponts et chaussées de la Gironde, Service maritime, A 599; 
— G. Labat, 4 e Recueil sur Cordouan, p. 7; — Arch. hist. delà Gironde, t. XXXII, 
p. 144. 



252 LE LITTORAL GASCON 

transporter par mer, à cause de l'abord impraticable des rochers 
qui régnent aux environs de la tour. » 

Il suffit, pour répondre à ces lignes et à tout écrit semblable, de 
renvoyer au contrat passé entre Louis de Foix et les délégués du 
roi, le 2 mars 1584, lequel document porte dans ses premières men- 
tions que Cordouan est « à l'entrée de la grande mer, entre la ville 
de Royan et Nostre-Dame de Soulac, à trois lieues de terre de cha- 
que cousté » 1 . L'article 19 du même contrat stipule en conséquence, 
comme il a été dit au chapitre IV, que l'architecte fournira « les 
barques garnies et leurs voiles et équipages, les baptaulx pour 
porter les pierres et aultres matériaux » destinés à la tour de 
Cordouan. 

Le plus ancien document connu qui cite Cordouan est celui de 
l'Anonyme de Ravenne (vm e siècle), où l'îlot est nommé Cordano 2 . 
Le petit cartulaire de h> Sauve, déposé à la bibliothèque municipale 
de Bordeaux, donne à la page 120, en 1092, la même orthographe : 
Cordano. 

La version d'après laquelle le nom de Cordouan daterait seule- 
ment des rapports commerciaux que Bordeaux eut, au xm e siècle, 
avec les Maures de Cordoue et de Séville reste ainsi sans fondement 3 . 

On trouve encore Cordam dans un texte royal latin du 8 août 
1409 4 , transcrit en partie à la page 254 ci-après. 

Les documents sur Cordouan, réunis en nombre considérable, 
dans cinq recueils, par M. Gustave Labat, donnent pour l'ortho- 
graphe du nom aux xv e et xvi e siècles : 

Avec six lettres, Cordan; 

— sept — Cordoan, Cordéan; 

— huit — Cordouan, Counloan ; 

— neuf — Courdouan. 

Trois quittances de sommes reçues par les ermites de Cordouan 
et établies en français par des notaires de Bordeaux, les 5 mars 1481, 



1. Arles de VAcad. de Bordeaux, 1855, p. 485; — G. Labat, 2 e Recueil sur 
Cordouan, p. 19. — Au 4 P Recueil, p. 70, Teulère situe Cordouan «à 12 kilo- 
mètres et quart de distance de Royan ». — En Nostre-Dame de Soulac il faut 
voir le port du Verdon. 

2. Camille Jullian, Revue universitaire du Midi, t. III, p. 248; — G. Labat, 
4 e Recueil sur Cordouan, p. vin. 

3. Il existe d'ailleurs un hameau de 58 habitants nommé Cordouan dans la 
Mayenne, et un autre de 55 habitants nommé Corduan dans l'Aube, départe- 
ments où les Maures n'ont pu avoir aucune influence directe. 

4. Rymer, Fœdera, IV, p. 156. 



CORDOUAN ET SOULAC 253 

5 janvier 1489 et 30 septembre 1509, portent l'orthographe Cordan, 
celle de lettrés encore très nourris de latin 1 . 

Entre les deux périodes latine et française, on ne trouve en 
fait de pièces comptables qu'un texte en idiome gascon. Il donne à 
la date de 1410, aux Comptes des Trésoriers de France : « Paguat 
à JaufTrion de Lesparre, hermitan de N a D a de Cordoan, la somme 
de dos francs 2 . » 

Un registre officiel des « Recettes et dépenses de la conestablie » 
pour 1482-1483, cité six pages plus haut, donne de Gordouan, à sa 
partie centrale et à des dates assez rapprochées, trois orthographes 
différentes entre elles : 

« La coustume de Cordan; 

» Aux hermites de la tour Nostre Dame de Courdam; 

» Hermites de Nostre Dame de Cordam 3 . » 

Est-il possible de connaître l'étymologie de Cordouan? Je vais 
en proposer une en m'appuyant : 1° sur l'orthographe Cordan, Cor- 
dano, qui dans ces 34 dernières lignes est présentée : au vm e siècle, 
en 1092, à un Recueil de Gustave Labat, aux trois quittances de 
notaire de 1481-1509 et à un registre officiel de la Comptablie; 
2° sur Pierre Garcie, notre plus ancien écrivain hydrographe connu 
qui ait fréquenté les pilotes et autres marins du Verdon. 

Les vieux écrits et les vieilles cartes désignent par « Asnes de 
Bordeaux » les bancs de sable qui découvrent ou découvraient — 
montrant leur dos d'âne — entre la Goubre, Gordouan et le voisi- 
nage de celui-ci. Le capitaine marin Pierre Garcie, dit Ferrande, 
qui naviguait sur nos côtes, a écrit son Routier de la Mer vers 1480. 
Il nomme souvent les « Asnes de Bordeaulx » et la tour de « Cor- 
danne » : 

« Si tu veulx aller quérir le bout de l'Asne et entrer dedens, va 
tant amont que apportes la tour de Gordanne. » — « Saches quand 
tu seras le travers d'elle [banc de la Mauvaise], tu trouveras la 
tour de Cordanne au suest. » — « Et se tu faux [manques] à trouver 
les Asnes, tu iras entour Cordâne, qui est une grant tour. » 

Ce dernier exemple, avec à et un seul n, est pris à l'exemplaire 
de la bibliothèque de Bordeaux; les deux autres sont du volume 



1. Ces quittances sont transcrites aux pages 3, 4 et 5 du 3 e Recueil sur Cor- 
douan, de G. Labat, et aux Arch. hist. de la Gironde, t. XXVIII, pp. 172-173. 

2. Bévue de Gascogne, t. IX, 1868; — G. Labat, 2 e Recueil sur Cordouan, p. 3. 

3. Voyez Arch. hisi. de la Gironde, t. L, pp. 78 et 145, d'après le manuscrit 
cité plus haut pp. 247-248, note 1. 



254 LE LITTORAL GASCON 

de la bibliothèque de Niort. Je propose comme étymologie, comme 
signification, de lire : Cor d'asnes 1 , l'îlot étant pour ainsi dire situé 
au cœur, au centre des bancs et des écueils redoutés des naviga- 
teurs. Comparez avec le Musdeloup de la page 213. 

L'îlot était au loin en mer. Le texte royal du 8 août 1409 est 
bien précis à cet égard et porte : « Sachez que notre grand oncle 
Edouard, prince de Galles, fit établir et édifier dans la grande mer, 
à l'entrée de la Gironde, une tour avec une chapelle dédiée à la 
Vierge, ainsi que d'autres maisons et dépendances en pierre pour 
diriger la sécurité des vaisseaux 2 . » 

Le 15 avril 1472, dans une supplique reçue par maistre Naudin, 
notaire, les ermites de Cordouan disaient : « Comme il soit ainsi que 
de bonne mémoire, saint Grégoire neufvesme, pour le temps de son 
pontifice, edilfia et construa une belle tour dedans la mer près des 
limites et des rivages de Soulac... Tellement qu'iceux hermites 
n'ousent habiter en icelle tour, et pour chacune fois qu'ilz passent 
ou repassent la mer pour aller à icelle tour, il leur convent payer 
ung escu... Aussi qu'il est de nécessité à iceux pauvres suppliants 
avoir ung petit vaisseau pour passer et repasser à ladicte tour 3 . » 
Ainsi, d'accord avec le texte royal de 1409 qui précède, les ermites 
de Cordouan avaient à traverser la mer pour gagner la côte fluviale 
de Soulac- Verdon, et ils rappellent que Grégoire IX, dont le ponti- 
ficat s'exerça de 1227 à 1241, édifia un phare «dedans la mer)) au 
même lieu de Cordouan. On ne connaît pas encore de bulle fixant 



1. De cor, cœur, et de asinus, âne, ce que l'époque romane rendait par Cordan, 
Cordano, dans le jargon ou langage du peuple alors qualifié : lingua gallicana, 
rustica romana. Cela est plausible, m peu enclin que je sois aux étymologies. 

2. Rymer, Fœdera, IV, 126. — Claude de Châtillon, « topographe du roi *, 
envoyé à Cordouan par Sully, a relevé en 1606 la ligure de la tour de Louis 
de Foix et, en même temps, de celle du Prince Noir, dite Tour des Anglais. Il 
existe de beaux exemplaires de cette gravure. — Tassin en a donné la repro- 
duction réduite dans son album, dont une édition est datée de 1644; une autre 
édition sans date et de moindre volume serait, croit-on, des environs de 1630. 
La gravure hors texte placée ci-contre est conforme à celle de l'album de Tassin, 
dans son dessin et ses proportions. La chapelle et les autres bâtisses en pierre 
sont adossées à la tour des Anglais; elles y sont attenantes et consolident sa 
base. On voit seulement, un peu isolées de cette tour, deux ou trois construc- 
tions provisoires de Louis de Foix, dont l'une ne présente que la charpente, 
l'ossature nue d'un hangar tout en bois. On a exagéré, imaginé en disant qu'un 
village a existé à Cordouan. Quand on verra plus loin les formidables défenses 
dressées en principe à la base du phare actuel pour résister aux grosses mers, 
on comprendra que Louis de Foix ne trouva pas d'abris à Cordouan en dehors 
de la Tour des Anglais. 

3. Bibl. Nat, ms. 20855 des Fonds français, fol. 117;— G. Labat, 2« Recueil 
sur Cordouan, p. 4. — De ce temps, on appelait mer une eau quelconque; 
mais le terme grande mer du texte royal de 1409 et du contrat de Louis de Foix 
(1584) mentionne bien l'océan Atlantique. — Voyez Mer douce, à la Table. 



CORDOUAN ET SOULAC \V>."> 

ce point d'histoire, mais le texte des ermites permet de dire qu'en 
1472 et aussi au xin e siècle l'îlot de Cordouan était aussi isolé du 
continent et aussi battu par la mer qu'à l'heure présente. Le même 
indice paraîtra plus loin pour l'an 1088. 

Le contrat de 1584, déjà cité, dressé par Louis de Foix et signé 
contradictoirement par lui et quatre commissaires royaux, dont 
l'un était Michel Montaigne 1 ,,montre que l'architecte de la tour de 
Cordouan voyait la côte de Soulac et la pointe de Grave se profiler 
dans la direction actuelle de Royan. En disant dans ce contrat 
que Cordouan est « à l'entrée de la grande mer, entre la ville de 
Royan et Nostre Dame de Soulac, à trois lieues de terre de chaque 
cousté et à vingt-cinq lieues de ladicte ville de Bordeaulx » 2 , Louis 
de Foix se servait de la lieue de Paris. 

Le célèbre architecte dit ailleurs au sujet de la position de l'îlot : 
« Il plaira au Roy et à Messieurs les Commissaires considérer que 
le lieu de Cordoan est si affreux qu'à peine y peut-on aller ny ha- 
biter; estant à trois grandes lieues de terre, au milieu de la mer, 
en un peu de sec qu'elle laisse deux fois en vingt-qualre heures 3 . » 

Six experts envoyés par ordre du maréchal de Matignon pour 
procéder à l'estimation des travaux exécutés à Cordouan, et qui 
séjournèrent à la tour douze ou treize jours, en décembre 1591, ont 
consigné vers la fin de leur rapport : « Nous susd. expertz disons 
et déclarons que lad. tour est bastie en lieu inaccessible et à trois 
[lieues] dans la mer océane, il est très nécessaire au préalable... 
L'isle de Cordouan laquelle est submergée deux fois en 24 heures 
et ne demeure à sec que environ trois ou [quatre heurjes chacune 
marée 4 . » 



1. En mettant ainsi sa signature à côté de celle de Louis de Foix, Montaigne 
a, par rapport à ce qui se produit depuis, contredit le propos suivant, qu'il 
avait recueilli : « Les habitants disent que, depuis quelque temps, la mer se 
poulse si fort vers eulx, qu'ils ont perdu quatre lieues de terre. » Propos bizarre, 
infirmé par les fours de potiers préhistoriques qui existent, à la limite sud du 
Lilhan, sur les petites dunes riveraines de la mer. — Voyez plus haut, pp. 3 et 50. 

2. Actes de VAcad. de Bordeaux, 1855, p. 485; — G. Labat, 2 e Recueil cité, 
p. 19. 

3. Arcli. mun. de Bordeaux, EE 227, signalé par Gaullieur. 

4. Titre inédit atteint en 1862 par l'incendie de l'hôtel de ville de Bordeaux 
et que M. l'archiviste Gaston Ducaunès-Duval a découvert en 1909 et déposé 
au carton EE 227 de la note précédente. Ce document vidimé porte, sous la 
signature du notaire Bernage (5 janvier 1592), que l'original est demeuré par 
devers de Foix. Les six experts étaient : Louys Baradier, Ardoin, Arnauet, 
Jaques Guillermain, Louys Cothereau et François Gabriel. — M. Gaullieur, de 
son côté, avait trouvé dans les restes de l'incendie le procès-verbal des quatre 
commissaires royaux placés à la tête de ces six experts de décembre 1591 et 
qui étaient : de Nesmond, président du parlement de Bordeaux, de Geneste, 
trésorier en Guyenne, Dussault, avocat du roi, Francon, premier jurât de Bor- 



256 LE LITTORAL GASCON 

Henri de La Popelinière, qui, en décembre 1591, accompagnait 
à Cordouan les quatre commissaires royaux dont il vient d'être 
parlé en note, a dit dans une relation de sa visite au Médoc (Bibl. 
Nat., ms. 20782, f° 585): «Du Verdon qui a une ance laquelle 
droict au nord-est tire à Royan et a leur entredeux se faict la con- 
jonction de la mer et Gironde 1 . » C'est la côte de Grave se profilant 
sur Royan comme aujourd'hui. 

En 1630, un visiteur de Cordouan écrivait : « La tour d'apresent 
est assize sur le vif d'une roche que l'on a creusée de neuf ou dix 
pieds... Les bastardeaux qu'il (Louis de Foix) fit faire avoient plus 
de 400 pieds de circuit; les forêts de Xaintonge et des environs 
furent dépeuplées pour cet effet; mais bien qu'on eut des arbres 
d'environ quarante pieds de haut fortement palissés, bien joints 
les uns aux autres et terrassés de glaises, l'effet des vagues estoit 
d'ordinaire si grand, que les machines qui alloient incessamment 
et le travail continuel de quantité d'homes avoient bien de la peine 
a en tirer l'eau quy s'y gettoit 2 . » 

L'ingénieur Teulère disait dans un rapport du 27 février 1800 : 
« La tour de Cordouan est située à 12 kilomètres un quart de dis- 
tance de Royan, sur une masse de rochers que la mer couvre de 
26 décimètres de hauteur à chaque marée, et laisse la tour à sec 
pendant environ quatre heures 3 . » Voir page suivante, note 2. 

Il est indéniable qu'on ne trouverait pas, au cours de notre ère, 
une preuve notoire de modifications appréciables survenues dans 
l'état et la position de Cordouan, toujours battu par la mer et 
envahi par la marée. Cette remarque se trouvera fortifiée encore 
quand il sera question des constructions élevées dans l'îlot. 

Toutefois, dans cette région où il y a conflit perpétuel entre les 
éléments, les comblements par atterrissements de sable et les éro- 
sions viennent d'alterner par longues périodes. En 1595, deux jurats 
de Bordeaux, Pierre de Brach, avocat à la Cour du parlement, et 

deaux. Mais comme le procès-verbal de ceux-ci ne fut signe que le 6 avril 1592, 
l'ancien archiviste se trouva induit en erreur en disant (Bull. Soc. de Géogr. de 
Bordeaux, 1892, p. 565) que les commissaires ne purent se rendre à Cordouan 
qu'au printemps de 1592. Ils y arrivèrent le jeudi 19 décembre 1591, d'après le 
rapport bien précis des experts qui, eux-mêmes, précédant les commissaires, 
débarquèrent à Cordouan le lundi 16 décembre. 

1. Et. Clouzot, Bibl. de l'École des Chartes, Revue de juillet-août 1905, 
p. 419. 

2. Bibl. Nat, Fonds français, vol. 4600, fol. 225; — G. Labat, 2 e Recueil 
sur Cordouan, p. 63. 

3. Ponts et chaussées; — G. Labat, 4 e Recueil sur Cordouan, p. 76; — 
Arch. hisl. de la Gironde, t. XXXIII, p. 23. 



CORDOUAN ET SOULAC 257 

Gracien d'Olive, envoyés en mission à la tour de Gordouan, consi- 
gnaient dans leur rapport officiel : « Serions arrivés le mardy 19 sep- 
tembre 1595 sur le bout d'un grand banc de sable porté et laissé 
par la mer depuis quelques années seulement, distant de la tour 
de Gordouan de envyron deux mille pas l . » 

Cet amas de sables n'était pas passager; il paraît avoir aug- 
menté d'une manière constante et dans de telles proportions que, 
deux siècles plus tard, l'ingénieur Teulère, affecté à la tour de Cor- 
douan depuis janvier 1776, écrivait dans un rapport officiel de 
1782 : « Les rochers qui entourent la tour de Gordouan 2 et le banc 
de sable du côté de l'Est ne permettent de l'approcher qu'aux épo- 
ques des nouvelles et pleines lunes et avec des vents et des mers 
favorables. Il a donc toujours été très difficile d'aller à cette tour, 
et aujourd'hui les difficultés sont au point qu'on craint de ne pou- 
voir pas l'aborder si le banc de sable d'atterrage, qui s'est considéra- 
blement étendu, ne finit pas par se partager 3 . » La côte de l'îlot 
augmentait démesurément. 

Ces deux siècles d'encombrement à Gordouan (1580-1782) coïn- 
cident, autour de l'estuaire girondin, avec les atterrissements qui 
ont ensablé la basilique de Soulac. De cette période date à la passe 
Nord de la Gironde le déplacement ou la disparition partielle des 
« Asnes de Bordeaux », bancs et barres de sables qui montraient 
leurs dangereux dos d'âne en dehors des heures de pleine mer et 
qui vinrent, semble-t-il, accumuler leurs débris sur les deux rives 
de la passe Sud, entre Cordouan et Soulac 4 . 

1. Arch. mun. de Bordeaux, EE 227; — G. Labat, 3 e Recueil sur Cordouan, 
p. 41; — Arch. hist. de la Gironde, t. XXVIII, p. 209. 

2. Plus tard, le 3 ventôse an VIII, comme il a été dit en partie, Teulère 
écrivait dans un devis : « La tour de Cordouan est située à 12 kilomètres un 
quart de distance de Royan, sur une masse de rochers que la mer couvre de 
26 décimètres de hauteur à chaque marée et laisse le pied de la tour à sec pendant 
environ quatre heures Sur un rayon d'environ 400 mètres. Cette masse se pro- 
longe sous l'eau, du côté nord, dans environ 5 kilomètres; du côté ouest, un 
myriamètre; du côté sud ; 6 kilomètres; et dans la partie de l'est, qui regarde 
la terre, le sable se prolonge jusques à 4 kilomètres de distance. » (Port de Bor- 
deaux. Marine; — G. Labat, 4 e Recueil sur Cordouan, p. 76; — Arch. hist. de 
la Gironde, t. XXXIII, p. 23. 

3. Ms. original de Teulère, en possession de sa famille; — G. Labat, 2 e Recueil 
sur Cordouan, p. xxv. 

4. « Les plus anciennes cartes marines, datées du xvi e siècle, nous montrent 
qu'il existait une suite de bancs qui prolongeaient la pointe de la Coubre et 
la côte d'Arvert jusqu'à l'alignement qui joint le phare de Cordouan et la pointe 
de Suzac; ces bancs découvraient à marée basse et portaient le nom de bancs 
des Anes. — Masse nous les indique (1706-1723) comme déjà très réduits; 
ils découvraient encore et portaient le nom de bancs du Mathelier sur une 
longueur de huit kilomètres. » (Hautreux, Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, 
1898, pp. 321-323.) 

17 



258 LÉ LITTORAL GASCON 

En effet, analysant en 1874 les vieilles cartes marines, sans 
toutefois pouvoir en garantir l'exactitude absolue, l'ingénieur hydro- 
graphe Manen a dit : « Carte de 1677. Cette carte est certainement 
la plus complète qui ait été publiée avant M. Beautemps-Baupré... 
La passe Sud était très étroite.*. Elle était en quelque -sorte fermée 
par les deux bancs des Olives et du Ghevrier l . La côte s'avançait 
de près d'un mille à l'ouest de sa limite actuelle et la pointe de 
Grave occupait la place où se trouve aujourd'hui le Platin. — Carie 
de 1767 (de Kéarney). La forme générale des passes et des bancs 
est à peu près la même que dans la carte de 1677... Une barre réunit 
le Ghevrier à la terre et ferme l'ancienne passe de Grave que longeait 
la côte du Médoc. — Carte de 1772 (Magnin). La passe de Grave 
reprend son ancienne position parallèle à la côte du Médoc; il n'est 
plus question de la barre que donnait la carte de M. de Kéarney 2 . » 

S'il y a lieu de tenir grand compte de la difficulté des opérations 
géodésiques en vaste espace, il est permis aussi d'examiner les cartes 
au point de vue de la valeur testimoniale qui peut leur être attri- 
buée. Trois points ne se sont pas déplacés et devraient toujours être 
présentés avec la même distance entre eux : la tour de Gordouan 
et la basilique de Soulac, qui sont deux bases de triangulation, et 
le Verdon 3 . A leur égard cependant (colonnes 2 et 4), comme à 
celui des deux autres colonnes de chiffres, le tableau qui suit montre 
une confusion réelle. 

De l'examen comparatif de ces diverses cartes et des indications 
rapportées de MM. les ingénieurs Teulère et Manen, il reste un fait 
manifeste et bien acquis : le grossissement des bancs et l'accumu- 
lation des sables sur la côte de Soulac-Grave et sur celle de l'îlot 
de Gordouan, c'est-à-dire l'obstruction de la passe Sud qui s'opéra 
progressivement de 1580 à 1782. 

La rupture désirée en 1782 à Gordouan s'opéra l'année suivante 
selon les vœux de Teulère, qui nous l'apprend ainsi : « Avant cette 
époque (1783), le sable de Gordouan formait un banc qui s'étendait 
à quatre kilomètres de distance dans la partie la plus éloignée de la 



1. Le banc de roches des Olives est à gauche de Soulac et près de (cric: 
celui du Ghevrier est un peu à droite de la même ville et plus au large que h 
précédent. 

2. Recherches hydrographiques, 9 e cahier, pp. 38 et 42. — M. Manen ne paraît 
pas avoir connu les documents de Teulère relatifs aux énormes dépôts de >iil>l< 
sur les 4 kilomètres est de Cordouan, ce qui laisse incomplet son examen de la 
passe Sud. 

3. Les rivages de la Pointe-de-Grave au Verdon et à Saint- Vivien ne se son! 
pas modifiés par rapport à la carte de Masse, d'après M. Hautreux, Bull. Soc, 
de Géogr. de Bordeaux, 1896, p. 553. 



CORDOUAN ET SOULAC 



259 



CARTES 
de 



1590. Waghenner 
1677. (Sans nom) 
1700. Masse. . . 
1751. Belin. . . 
1767. DeKéarney 
1772. Magnin. . 
1798. Teulère. . 
1874. Manen . . 



DISTANCE 

de la 

tour de 

Cordouan 

à la 

basilique de 

Soulac 1 



Informe 
9.000°» 
8.500 
9.000 
9.700 

10.300 
9.200 
9.300 



A HAUTEUR DU VERDON 

en aboutissant à la 

partie la plus large de la Pointe 

(par mer haute) 

DISTANCE 
de la tour de Cordouan 



à la côte 
de Grave 2 



et sans 
5.300 m 
5.670 
6.000 
7.200 
7.200 
7.200 
7.200 



à l'extr. Est 
de la Pointe 



échelle. 
10.500 m 
9.920 
12.400 
10.700 
11.800 
10.600 
10.900 



LONGUEUR 

de la 

Pointe 

à partir 

de la 

basilique de 

Soulac 



8.100 
7.500 
8.100 
9.000 
10.000 
9.200 
8.100 



tour 3 ; cette masse ne couvrait pas et celle la plus proche était assez 
élevée pour rester à sec dans les petites marées. Ce banc formait 
une anse dans la partie Sud-Est 4 . » 

Le début de l'extension de la plage n'est pas connu d'une manière 
aussi positive pour la rive de Soulac-Grave que pour la rive de Cor- 
douan; mais puisque les agglomérations ont grossi en même temps 
et se sont réduites ensemble des deux côtés, il est permis de supposer 
qu'elles débutèrent presque à la même époque, vers 1580. 

Il s'opéra donc sous les yeux de l'ingénieur de Cordouan un ren- 
versement subit de courants qui, dès 1783, agirent par érosion. 
Celle-ci se dessina non seulement sur les 4 kilomètres avoisinant 
la tour, mais bientôt encore sur la côte et la pointe de Grave. Dans 
un mémoire du 13 mars 1800, Teulère constate que la «pointe de 
Grave a été rongée depuis deux mois d'environ deux encablures 5 », 
soit de 400 mètres. Ce devait être l'heure du fort de la réaction. 
Néanmoins, cette érosion devait porter en bonne partie, comme 
à Cordouan, sur les amas survenus qui couvraient plus ou moins 
à marée haute, et non sur la pointe de dunes qui existait 
en 1580, si l'on apprécie au tableau ci-dessus la longueur et la lar- 
geur confuses que les ingénieurs hydrographes attribuaient à la 

1-2. Ces deux distances sont données avec précision probable trois pages 
plus loin, sous les tableaux du feu d'horizon de Cordouan : basilique, 9.020 mè- 
tres; côte de Grave, 6.935 mètres. 

3. Du côté est, comme il vient d'être dit d'après Teulère même. 

4. G. Labat, 4 e Recueil sur Cordouan, p. 77 (Arch. des ponts et chaussées). 

5. G. Labat, 4 e Recueil sur Cordouan, p. 99. 



260 LE LITTORAL GASCON 

même et étroite pointe 1 . Les uns s'arrêtaient aux atterrissements 
nouveaux, d'autres non, sans doute. 

M. Manen, dont l'autorité a déjà été invoquée, a dit en 1874 que 
depuis 1853 la passe Sud « conserve les mêmes limites » 2 . 

L'équilibre était rétabli dans ce déplacement de poids et de forces, 
qui eut pour conséquence de modifier aussi la passe Nord de l'em- 
bouchure de la Gironde. 

En définitive, les diverses indications officielles qui précèdent 
donnent une idée assez précise du mouvement de va-et-vient qui 
s'est produit entre Gordouan et Soulac, dans la région constamment 
tourmentée de l'estuaire girondin. Le renversement de courants 
survenu en 1783 a érodé dans une soixantaine d'années ce qu'un 
autre régime de courants avait accumulé pendant deux siècles, sur 
la rive ouest et la rive est du bras de mer qui isole Cordouan. 



L'estuaire de la Gironde sépare le département de ce nom (rive 
gauche) de celui de la Charente-Inférieure (rive droite). Située au 
sud de l'axe du fleuve, la Tour de Cordouan est en regard de la pointe 
de Grave, territoire girondin. 

Le volumineux Tableau général des propriétés de l'Elal l'enre- 
gistre de la manière suivante : « N° 2222. Embouchure de la Gironde. 
Phare de Gordouan, bâti sur le rocher de ce nom. » 

Au lieu de l'attribuer à une commune, ce qui a lieu régulièrement 
pour les autres « propriétés », le Tableau officiel se borne à placer le 
phare de Cordouan à l'embouchure de la Gironde. On peut dire 
toutefois que Gordouan a toujours relevé de la commune de Soulac. 
Aujourd'hui il appartient à la commune du Verdon, ancien quartier 
de Soulac qui a obtenu son autonomie en 1875. C'est ainsi que la 
mort d'un ouvrier qui a péri accidentellement à la Tour de Cordouan, 
où il travaillait, dut être déclarée à l'état civil du Verdon. 

Au point de vue du service administratif, Cordouan fut un ins- 
tant détaché de la Gironde, ainsi que nous l'apprend la note D sui- 
vante de Masse, feuille 75-76 de sa carte : « Gonche de Saint-Palais 
où il n'entre communément que des chaloupes, c'est là où se retirent 
et se tiennent les pilotes qui entrent et sortent les vaisseaux qui 
entrent dans la Garonne, c'est aussi dans ce mauvais port qui n'est 
qu'une plage de sable d'où partent les chaloupes de ceux qui ont 
soin de la tour de Cordouan ; c'est ce qui donna lieu en 1703 de mettre 

1. Différence entre les colonnes 3 et 4. 

2. Recherches hydrographiques, 9 e cahier, p. 49. 



CORDOUAN ET SOULAC 261 

cette tour de l'Intendance de Saintonge et de la Généralité de La 
Rochelle, car anciennement elle dépendait de Bordeaux et elle 
était effectivement de la province de Médoc. » 

D'après l'Almanach historique de 1760, déjà cité, Claude Boucher, 
intendant de Guyenne, reprit possession en 1720 de la Tour de Cor- 
douan, où un récollet de Royan allait dire la messe tous les jours de 
fête et les dimanches, quand l'état de la mer le permettait. On sait 
que la chapelle se trouve au deuxième étage de la tour de Louis de 
Foix. 

Quatre gardiens sont affectés au phare de Cordouan et ont rési- 
dence sur la Charente-Inférieure, soit à Royan leur port d'attache, 
soit aux environs. Trois sont toujours présents au phare, le quatrième 
étant de repos pour quatorze jours. Ce service alterné donne ainsi 
à chaque gardien 42 jours consécutifs de présence à Cordouan et 
14 de repos à terre, tous les 56 jours. Le ravitaillement du personnel 
est fait toutes les deux semaines par le gardien qui, après son repos 
à terre, va relever un de ses trois autres camarades. 

Le foyer lumineux entretenu par ces gardiens était alimenté 
autrefois par du bois de chêne. La pyramide ou foyer en pierre de la 
tour de Louis de Foix se trouvant calcinée, le feu dut être descendu 
de 22 pieds en 1719, ce qui provoqua de la part des navigateurs 
des réclamations répétées 1 . L'ingénieur en chef de Bitry substitua 
à l'ancien foyer « une lanterne en dôme de fer supportée par quatre 
forts piliers » de même métal, et en 1727 le feu put être remonté 
de 22 pieds, à la satisfaction des marins, qui aperçurent le phare de 
deux lieues plus loin que les années précédentes. De ce moment le 
charbon de terre fut substitué au bois: le réchaud en contenait 
225 livres que l'on allumait au coucher du soleil et qui durait toute 
la nuit. L'ancien réchaud chargé à bois était petit et sa flamme ne 
durait que trois heures. — En 1782, le feu de charbon lut remplacé 
par l'éclairage à l'huile 2 . 

On eut plus tard le feu tournant à éclat et éclipse. 

Les signaux actuels du phare de Cordouan sont donnés aux deux 
tableaux suivants : 



1. 1723. Nombre d'ofïiciers de vaisseaux du Roy se plaignirent de cet 
abaissement de 22 pieds, ce qui causait un grand préjudice à la navigation par 
les naufrages plus fréquents qu'auparavant. — Le 20 août 1724, les pilotes 
de Royan et de Saint-Palais demandaient que le feu fût remonté de 22 pieds 
• comme il estoit il y a quelques années ». (G. Labat, 2 e Recueil sur Cordouan, 
pp. 76 et 78.) 

2. Almanach historique de 1760, déjà cité; — G. Labat, 2 e Recueil sur Cor- 
douan, pp. xv, 76, 78 et 84; — Delfortrie, Nouveaux documents sur les côtes de 
Gascogne, p. 9. 



262 



LE LITTORAL GASCON 



FEU FIXE D'HORIZON A SECTEURS COLORÉS 



COLORATION 
DES SECTEURS 


AMPLITUDE 


RELÈVEMENT DU FEU 
AUX LIMITES 


Blanc .... 


75° 


192° 


267° 


Rouge. . . . 


107° 


267° 


14° 


Blanc. . . . 


104° 


14° 


118° 


Vert .... 


21° 


118° 


139° 


Blanc (avec 
renforcement!. 


6° 


139° 


145° 1 


Rouge. . . . 


47° 


145° 


192° 



N. B. — Le feu est occulté 
à l'intérieur do la Gironde 
par la Pointe de Grave, au 
sud de son relèvement appro- 
ximatif à 285°. 

Le feu actuel a été mis en 
service le 1 er mai 



Secteurs blancs . 
Secteurs rouges . 
Secteur vert. . . 



Sect r renforcé blanc . 



Puissance 

lumineuse 

du feu 

en bougies 

décimales 



• 20.000 
4.000 
2.500 

120.000 



Portées lumineuses 
en milles, atteintes ou 
dépassées pendant les 



50% 
de l'année 



19 

16,5 

16 

25,5 



90% 
de l'année 



6,5 



10,5 



OBSERVATIONS 



\ Incandescence par le 
{ pétrole. — Allumé le 
I 1" mai 1896. 

! Incandescence par le 
pétrole. — Allumé le 
18 novembre tN9.*>. 



Phare. Sa distance : 

De la côte du Médoc (à la racine de l'épi Saint- 
Nicolas) 6 . 935"» » 

Du clocher de Soulac 9 . 020 » 

de Saint-Pierre de Royan 12.464 » 

Hauteur du feu au-dessus des hautes mers 60 » 

— — de la cour intérieure. 58 » 

— — du rocher 63 » 

— — du zéro local 65,60 

du niveau Bourdaloue. 63,25 

— — du nivellement géné- 

ral «-allemand 62,73 



CORDOUAN 263 



Combien de phares Cordouan a-t-il connus? 

L'album publié en 1630-1644 par Tassin 1 (voir ci-dessus page 
254) contient sur Cordouan, a-t-il été dit, une vue conforme, sauf 
les proportions, à celle de Claude de Châtillon. Au premier plan, la 
tour de Louis de Foix; au second plan, un peu vers l'intérieur et le 
nord-ouest de l'îlot (d'après Manen, page 266, note 1, ci-après), le 
phare précédemment érigé par le Prince Noir et dit Tour des Anglais, 

La gravure de Châtillon a été imitée dans son développement, 
en 1705 par de Fer. vers 1730 par Selis; mais ce dernier l'a modi- 
fiée en donnant à la plate-forme les dimensions qu'elle a reçues en 
1606-1611, après la disparition de Louis de Foix. Maurice, imprimeur 
en taille douce à Bordeaux, en a donné une autre édition, passable- 
ment défectueuse, en 1790. Chacune de ces trois dernières reproduc- 
tions 2 a reçu par surcroît et presque dans les mêmes termes, la 
mention suivante : « La tour de Cordouan, située dans la mer Océane, 
au golfe de Gascogne, et à l'embouchure de la Garonne, est d'une 
si grande antiquité que le temps de sa fondation est inconnu. On 
croit cependant qu'elle fut bâtie sous le règne de Louis le Débonnaire 
Empereur et Roy de France, au même lieu où était autrefois l'isle 
d'Andros, qui, suivant quelques-uns, fut engloutie par les flots 
dans un épouvantable tremblement de terre arrivé en 1427, et selon 
d'autres fut ensevelie sous des montagnes de sable élevées et pous- 
sées par la violence des vents... » 

Cette mention fait ressortir la confusion qui régnait à l'égard de 
Cordouan chez les éditeurs, de même que V Almanach de Guienne 
pour 1760 a montré plus haut combien on vivait dans l'ignorance 
des documents officiels ou authentiques exhumés depuis et rapportés 
dans la présente étude. Ce fut alors l'ère propice à la vigilante 
légende, dont le règne reste tenace. 

Il est impossible, au sujet des phares de Cordouan, de sortir de 
cette conclusion que la Tour du Prince Noir, commencée en 1360, 
et celle de Louis de Foix, commencée en 1584, sont les seules dont 
l'existence reste établie. 



1. Plans el profils des principales villes et lieux considérables de France. — 
Il existe de Tassin une édition datée de 1644 et une autre sang date. Un exem- 
plaire de cette dernière, déposé aux Archives municipales de Bordeaux, porte 
la mention manuscrite : Vers 1630. — Manen (9 e cahier, p. 54) a vu une autre 
édition de cet album, donnant «la tour élevée à son premier étage ». 

2, On les trouve aux Archives municipales de Bordeaux, 



264 LE LITTORAL GASCON 

Autres phares dont on a supposé l'existence : 

1° Des Sarrasins, en 732; 

2° De Gharlemagne (fin du vin e siècle) ; 

3° De Louis le Débonnaire (ix e siècle); 

4° Du pape Grégoire IX (xm e siècle). 

On ne cite ici que pour mémoire « l'ancienne tour du temps de 
Jules César, ruinée rez pied de terre », ainsi qu'un manuscrit de 
1645 nomme la tour des Anglais *. 

A l'égard des Sarrasins, Tamisey de Larroque dit avec raison : 
« Les Sarrasins, dans leurs invasions en France, démolirent beaucoup, 
mais ne construisirent point. Arrivés devant Bordeaux en mai ou 
juin 732, ils furent pour la plupart écrasés en octobre suivant 2 .» 
On pourrait ajouter que dans leur séjour de six mois dans la région, 
les Sarrasins n'auraient pas eu le temps de chercher un architecte 
et de faire dresser un devis. 

L'attribution d'un phare à Charlemagne résulte d'un texte qui 
a été incomplètement examiné. Une chronique relative aux incur- 
sions des Normands, traduite au xme siècle en dialecte poitevin, 
porte ce passage sur l'inhumation d'un architecte sous les marches 
de l'autel de l'une des églises par lui construites : « A Saint-Nicholas 
de Grava sevelirent la lur ou degrez de l'outer, e qui giest li bons 
hom qui fit l'église de Solac, e de Grava e de Cordan per lo coman- 
dement Karla 3 . » Rapprocher ce Cordan de l'étymologie page 2)3. 

On sait positivement, par le Recueil des chartes de l'abbaye de 
Cluny (A. Bruel, Impr. nat., 1888, p. 101), que trois ermites choi- 
sirent l'îlot « sauvage et désolé » de Cordouan pour s'y retirer du 
monde en 1088. Des termes du document on peut inférer que ces 
ermites furent les premiers habitants de Cordouan. Mais l'île de 
Mêla (i er siècle) restait aussi inhospitalière qu'elle fut mystérieuse. 
Les ermites, dont les constructions ne devaient pas être à même 
d'affronter les fureurs des mers agitées, « fuyant le tumulte des 
tempêtes, » se retirèrent bientôt sur la côte continentale pour s'ins- 
taller à la Grave en 1092 4 . L'emplacement de leur prieuré est 
marqué, à hauteur du Logis, sur la carte de la page 109 5 . D'autre part, 



1. Pour cette pièce, voyez G. Labat, 3 e Recueil sur Cordouan, p. 66. 

2. Revue de Gascogne, t. V, 1864, p. 427. 

3. Bibl. Nat, ms. fr. 5714; — G. Labat, 2 e Recueil sur Cordouan, p. 1. 

4. Bibl. Nat., Fonds des Bénédictins de Saint-Germain-des-Prés; — abbé 
Mesuret, Noire-Dame-de-Soulac, pp. 29 et 270. 

5. En 1780, l'abbé Baurein (Variétés bordelaises) transmettait l'écho, trop 
retenu, que l'emplacement de Saint-Nicolas de Grave se trouvait au nord de 
Soulac, en pleine mer, sur la presqu'île érodée qu'on supposait avoir existé 
dans la direction de Cordouan. On lit sous ce rapport au Bull, de la Soc. de Géotjr. 




CORDOUAN 



Tour de Louis do Foix en 1606, et Tour des Anglais de i3Go, d'après l'album de Tassin. 

Conforme au dessin de Claude de Chàiillon « topographe du roi -, 
envoyé a Cordouan par Sully. 




COHDOUAÎs 



Tour de Louis de Foix exhaussée par Teulère. 
Plate- forme de Beuschcr. 



CORDOUAN 265 

une donation de la comtesse Ama montre que la basilique de Soulac 
fut édifiée aux environs de 1040 *. Le maçon enterré à Saint-Nicolas 
a ainsi très bien pu, dans une carrière de cinquante ans de travail, 
concourir comme ouvrier ou comme entrepreneur à la construction 
des trois chapelles ou églises de Cordouan 2 , de Grave et de Soulac. 
Le grand Karle, disparu de la scène du monde depuis près de trois 
siècles lors de la première des trois constructions, n'intervient là 
que comme la personnification de l'autorité souveraine, avec la 
synonymie de roi ou d'empereur. 

Quant à Louis le Débonnaire, le phare qu'on lui attribue n'est 
pas plus établi que celui de Charlemagne, son père. 

La supposition d'une tour du pape Grégoire IX présente plus 
d'intérêt par le commencement de preuve qui résulte, on l'a déjà 
vu, de la requête que déposèrent en 1472, par-devant notaire, les 
ermites de Cordouan : « Gomme il soit ainsi que de bonne mémoire, 
saint Grégoire pape neufvesme, pour le temps de son pontifice, 
ediffia et construa une belle tour dedans la mer près des limites et 
des rivages de Soulac es pays de Guyenne et en icelle institua deux 
hermites qui vacant nuit et jour en oraisons... et aussi icelle tour 
est guide et conduite à tous les navires 3 . » L'édification d'un ermi- 
tage à Cordouan avec feu à signaux, tentée peut-être ou entrevue 
en 1088, était poursuivie et ne sera plus abandonnée. Il serait dési- 
rable que des recherches fussent faites pendant le pontificat de 
Grégoire IX (1227 à 1241), sur l'institution signalée par la requête 
de 1472. En tout cas, n'oublions pas la somme de reconnaissance 
qui est due, au point de vue humanitaire, aux courageux premiers 
occupants de Cordouan. 

Avec la Tour des Anglais, nous arrivons sur le terrain solide de 
faits établis. On a vu, page 254 ci-dessus, d'après une lettre d'Hen- 

de Bordeaux, 1885, p. 482, sous la signature de Gaullieur : « On sait que l'église 
Saint-Nicolas, située plus au nord que celle de Soulac, vers l'extrémité de l'épe- 
ron formé par l'embouchure de la Gironde, a complètement disparu sous les 
flots de l'Océan, avec des paroisses entières. » — ■ Heureusement que l'ingénieur 
militaire Masse avait, vers l'an 1700, vu et noté sur sa belle carte les ruines de 
la chapelle Saint-Nicolas, chapelle mentionnée aussi à la carte de 1677 repro- 
duite par Manen et dont il est parlé plus haut. Voyez : Saint-Nicolas, p. 105. 

1. Cartulaire de Sainte-Croix, Bibl. nat., d'après Notre-Dame-de- Soulac, 
p. 196, et Arch. hist. de la Gironde, t. XXVII. p. 109. On sait que la basilique 
de Soulac a été construite sur l'emplacement du vieil oratoire de sainte 
Véronique, qui remonterait, croit-on, aux premiers âges de l'introduction du 
christianisme, à peu près au temps d'Ausone. On n'a toutefois là-dessus 
aucune précision sérieuse. 

2. Il faut entendre la première construction des moines de 1088. 

3. Bibl. Nat, ms. fr. 20855, fol. 117; — G. Labat, 2* Recueil sur Cordouan, 
p. 4. 






266 LE LITTORAL GASCON 

ri IV d'Angleterre, du 8 août 1409, que ce phare fut construit par 
le Prince Noir, C'est de 1360 à 1368 ou 1371 que les travaux, à ce 
qu'on estime, furent exécutés. La lettre d'Henri IV est intitulée ; 
« En faveur de l'ermite de la tour de la chapelle de Cordouan. » 
L'idée née des moines était réalisée. La Tour des Anglais avait 
48 pieds d'élévation, d'après l'article 9 du devis-contrat établi en 
1584, par Louis de Foix, pour l'édification du phare actuel; elle 
était à quelque 60 pas de celui-ci 1 , et construite «sur pilotis et 
seulement de brique », dit un manuscrit précité de 1645 2 . En 1581 
déjà, la Tour des Anglais était compromise par les ravages des 
tempêtes et des mers démontées. 

De ce moment (1581) plane sur Cordouan une grande figure, 
personnification d'un long épisode à la fois glorieux et douloureux. 
Après quelques mois de séjour dans l'îlot, Louis de Foix, déjà connu 
dans la région par le détournement de l'Adour, et qui s'était préoé« 
demment signalé en Espagne comme ingénieur et mécanicien, était 
nommé architecte de la tour de Cordouan par décision royale du 
6 juillet 1582 3 . Le 2 mars 1584, il signait à Bordeaux, contradic~ 
toirement avec quatre commissaires royaux : le maréchal de Mati- 
gnon, le président du parlement de Nesmond, le trésorier général 
de Gourgues et Michel Montaigne, maire de Bordeaux, le devis- 
contrat relatif au nouveau phare. Ce contrat, qui comprenait vingt- 
huit articles, portait engagement, de la part de l'architecte, de ter- 
miner l'œuvre en deux ans et de la remettre, clé en main (art. 23), 
moyennant 38.000 escus sol. Un grand batardeau à triple palissade 
(art. 1 er ) devait (art. 4) « couvrir et défendre ladite tour des vagues 
et impétuosités de la mer » et servir « de défense et protection du 
corps et édifice de ladite tour et plateforme d'icelle à l'encontre de 
l'injure du temps et de l'eau ». La plate-forme (elle recevra plus 
tard de plus vastes proportions) devait avoir 300 pieds de circuit et 
20 de haut; la tour, 40 pieds de haut au-dessus do la plate-forme, 
on tout 60 pieds (art. 9), et 30 pieds de diamètre de dehors en dehors, 
soit 90 piods de circuit (art. 10). 

On retiendra que seize jours aprèj le contrat, le 18 mars 1584, 
le maréchal de Matignon, pour essayer de prévenir désormais les 
difficultés éprouvées et non vaincues au sujet du premier acompte 
à payer, soumettait au roi l'avis suivant : u II me semble qu'il n'est 

1. Et «en tirant sur l'Orient,» a dit un visiteur de 1630 (G. Labat, 2 e Recueil, 
p. 63); «dans la direction nord-ouest,» dit au contraire l'ingénieur hydrographo 
Mancn, e cahier, p. 54. 

2. G. Labat, 3 e Recueil, p. 66. 

'A. Pour Cette nomination, Arch. dép. do la Gironde, C, recr. du bur. dos finan- 
ces; — G. Labat, 2 e Recueil sur Cordouan, p. 15, 



CORDOUAN ET LOUIS DE FOIX 267 

besoing que les debniers passent par tant de mains, et qu'il suf- 
fira, puisque c'est un prix faict et par contract, que le recepveur 
général les paie au dit maistre Loyz, par quittances de luy, endos- 
sées sur le contract 1 . » 

Louis de Foix ouvrit ses chantiers sans tarder. On ne le taxera 
pas ici d'avoir amorcé l'œuvre avec l'arrière-pensée de présenter 
par la suite des imprévus et des plus-values. Son ardeur ne comptait 
pas avec les difficultés et les obstacles, et les vingt-huit articles du 
contrat semblaient tout prévoir. Cependant, on peut trouver étrange, 
au lendemain des mécomptes qu'il venait d'éprouver à l'embou- 
chure de l'Adour, que l'habile ingénieur, après son séjour de 1581 
à 1584 à Gordouan, se fût engagé à construire en deux années le 
nouveau phare sur un rocher difficilement abordable et presque 
inhabitable, où il devait tout transporter avec une flottille lui ap- 
partenant. 

A Bayonne, pour le détournement de l'Adour, Louis de Foix 
avait contracté l'engagement d'effectuer l'œuvre en deux ans ei 
moyennant 30.000 livres 2 . Il lui fallut six ans et des crédits consi- 
dérables. « La totalité de la dépense de la digue, y compris les divers 
dons offerts à l'habile architecte, s'éleva, suivant les mémoires du 
temps, à la somme de 1.384.000 francs de monnaie actuelle 3 ,» 
c'est-à-dire de l'an 1897. 

La déception fut plus grande à Cordouan : au lieu des deux ans 
prévus, les troubles des guerres civiles aidant, Louis de Foix con- 
sacra une vingtaine d'années à l'œuvre. La dépense convenue au 
contrat fut triplée, à peu près. 

Louis de Foix partagea ces longues années entre la caresse de sa 
belle œuvre architecturale et la lutte contre les éléments, aux- 
quelles s'ajoutait l'obstacle invincible et écrasant d'une incessante 
force d'inertie rencontrée du côté financier de l'entreprise. Cette 
dernière difficulté fut trop sensiblement cruelle. 

Dès 1585, l'architecte fut réduit, après avoir engagé sa fortune 
personnelle, à s'adresser à ses amis pour les dépenses des chantiers 
et pour avancer, en dehors de son devis, le montant des réparations 
urgentes à la Tour des Anglais ; car, dit-il lui-même, « la mer esbran- 
loit si fort le reste de l'antienne tour, de laquelle il en estoit renversé 
la moitié, que le reste estoit aussi sur le point de tomber. » Des 
experts, envoyés en 1585 à Cordouan, estimèrent de 12 à 13.000 écus 

1. Arch. hist. de ta Gironde, t. III, p. 211. 

2. Contrat du 19 juin 1572, Registres français de la ville de Baijnnne, t. I er , 
p. 325. 

3. A. Descande, L'Adour, p. 47 (1897). 



268 LE LITTORAL GASCON 

le batardeau qui venait d'être construit pour défendre la vieille 
tour contre les ravages de la mer 1 . 

L'extrait suivant d'une lettre de Louis de Foix au maréchal de 
Matignon, du 29 janvier 1590, peut donner une idée de la détresse 
financière qui écrasait l'architecte : « J'ay entendeu l'afection que 
vous avez que l'œuvre de Gordoan soict continuée suyvant la volonté 
du Roy, ce que je désire infiniment tant pour me tirer hors d'une 
sy fâcheuse entreprise que pour estre acquité envers plusieurs per- 
sonnes qui me molestent, par chacun jour, pour recouvrer les som- 
mes que leur doibz, comme le capitaine Sainct Aulady, pour 
1.250 escuz à luy deubz du reste de 1.750 escuz dont il en a faict 
ung transport à ung marchant de ce pays, pour raison duquel il 
tache me fere mètre en prison, comme faict aussy le Rousseau, pour 
1.000 escuz, un Menault de la Vie pour 700 escuz, le tout pour 
danrrée et marchandise... et à tous lesquelz, comme à plusieurs 
autres, pour raison de ce que je suis obligé par corps... D'ailleurs 
une infinité d'ouvriers, pour leurs sallaires, me tiennent en procès, 
tant en la court du Parlement que ailleurs et me font consumer en 
frais et dépenses 2 . » 

M. Gaullieur a cité à ce sujet 3 les interminables tribulations de 
l'architecte. Requêtes, informations et lettres patentes se succé- 
daient à propos de Cordouan sans faire avancer les questions pécu- 
niaires au milieu desquelles Louis de Foix se débattait péniblement. 
L'architecte avait d'ailleurs eu à dépasser dans les premiers travaux 
certaines prévisions du devis de 1584, et il en attendait l'estimation 
définitive 4 . Quatre commissaires royaux et six experts (voir page 255, 
note 4) se rendirent à la tour de Cordouan et procédèrent, du 16 
au 29 ou au 30 décembre 1591, à la reconnaissance et à l'estimation 
des travaux effectués. Le rapport des experts, visant le côté sensible 
de la question, donne quelques indications pour « espargner les 
frais ». Il « treuve estre deU aud. de Foix led. nombre de 587 piedz 
qu'il a faict comme dessus est dict et par dessus led. contract... Lad. 

1. Arch. mun. de Bordeaux, EE 227, Gaullieur. 

2. Arch. du palais de Monaco; — G. Labat, 4 e Recueil sur Cordouan, p. 2; — 
Arch. hist. de la Gironde, t. XXXI, p. 456. 

3. Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, 1892, p. 563. 

4. Par la lettre du 20 juillet 1885, les commissaires Michel de Montaigne, 
Ogier de Gourgues et François de Nesmond demandaient à Louis de Foix 
d'avoir à modifier ses plans : Attendu la force du fondement, ils le priaient 
de faire les retraites moindres, afïin d'y asseoir ung plus grand édifice que celluy 
porté par son premier modclle du 3 mars », lui promettant de tenir la main à ce 
qu'il fut récompensé de cette augmentation par Sa Majesté. (Gaullieur, Bull. 
Soc. de Géogr. de Bordeaux, 1892, p. 562, d'après les Archives municipales, 
EE 227.) « Retraites moindres» signifie augmenter l'épaisseur des murs. 



CORDOUAN ET LOUIS DE FOIX 269 

tour nouvelle ne sera que de seize piedz plus haulte que celle dénom- 
mée au contract... Lad. plate-forme est très nécessaire pour empes- 
cher que le [flux] et reflux ne puissent ataindre au corps de lad. 
[tour] veu d'ailleurs que le bastardeau contenu par le contract [est 
trop] petit pour la conservation dud. ediiïice lequel ne pourroyt... 
dans peu de temps la violance de la mer ne reportast [grand dom- 
ma]ge au corps de lad. tour au moyen de quoy lad. plateforme... 
est très nécessaire. » 

Ces dernières mentions émanant d'hommes indépendants et 
désintéressés sont précieuses en ce qu'elles nous montrent, dans 
les mêmes conditions que Louis de Foix, la fureur des flots à l'îlot 
de Cordouan. 

Les experts expliquent qu'il y eut « interruption advenue en 
ladite œuvre à cause de ladite prinse de Royan », et que pendant 
ce laps de temps le grand chenal creusé par Louis de Foix pour 
abriter sa flottille fut comblé par les sables, ce qui rendit inutile 
un pont établi au même endroit pour décharger les grosses pierres. 

D'après la première partie de leur procès -verbal, les mêmes 
experts avaient en mains «le rap[port] d'autre visite cy-devant 
[faicte] par autres experts le xm e novembre 1587 » 1 . 

Cette expertise de 1587, effectuée deux ou trois ans après le 
commencement des travaux de Louis de Foix, ne paraît pas avoir 
été publiquement connue jusqu'ici. L'indication, jointe à la note 4 
de la page 255, fait croire qu'un dossier de Cordouan fut presque 
entièrement détruit à l'hôtel de ville de Bordeaux par l'incendie 
de 1862. 

Aux quatre commissaires royaux de décembre 1591 et déjà nom- 
més, Louis de Foix déclara qu'il lui était impossible de continuer 
l'œuvre aux conditions stipulées le 2 mars 1584, et il montra la 
nécessité d'ajouter de nouveaux travaux pour l'amélioration du 
batardeau et de la plate-forme. Les commissaires laissèrent percer 
l'état d'esprit des autorités bordelaises à l'égard de Louis de Foix: 
ils lui adressèrent des représentations, tout en faisant intervenir 
l'intérêt du service du roi, sur la nécessité de songer au soulagement 
du peuple. Froissé, Louis de Foix répond aux commissaires qu'il 
n'a « espargné son industrie, ny veoire hazardé maintefois sa vie; 
en manière que au lieu qu'il debvroit estre riche de cent ou deux 
cents mille escus, il n'a pas un sol; il si est en debte de grandes 
sommes envers plusieurs de ses amis, qui lui assistent en ses dictes 



1. Pièce découverte en 1907 par M. Gaston Ducaunnès-Duval et mentionnée 
p. 255, note 4.. Elle appartient aux Arcli. mun. de Bordeaux. 



270 LE LITTORAL GASCON 

entreprinses, ayant toujours espoir comme il fait encore que Sa 
Majesté le récompensera » 1 . 

Louis de Foix avait la volonté ferme des hommes de génie qui 
savent ce qu'ils veulent et n'entendent pas subir de résistance. À 
Bayonne, pressé par la municipalité, impatiente de voir activer les 
démarches du projet de détournement de l'Adour, Louis de Foix 
lui écrivait à la date du 15 juin 1571 : «... Et me semble que telle 
entreprinse ne soit pas des frivolles qui les faille porter à la voilée. 
Et pour ce ne me importunez pas davantaige, s'il vous plaict, jus- 
ques à ce que je vous advertiray de ce que je vouldrai faire 2 . » Les 
rapports furent un moment peu cordiaux entre les Bayonnais et 
l'ingénieur, qui devait avoir le ton impérieux à ses heures. 

Ce ton impérieux de l'architecte de Cordouan dut également être 
peu goûté des commissaires de 1591, car dans leur procès-verbal 
du 6 avril 1592 ils n'estimèrent qu'à 15.000 écus les sommes de 
toutes sortes dues jusqu'à ce jour à Louis de Foix, qui réclamait 
au contraire 66.630 écus. En présence de pareille situation et du 
manque d'argent, les travaux de la tour de Cordouan furent inter- 
tompus de nouveau par l'architecte. 

A la suite de longues démarches à la cour, Louis de Foix obtint 
des lettres patentes par lesquelles il lui était alloué 36.000 écus 
pour travaux et dédommagements du passé, plus 50.000 écus paya- 
it I»- à mesure de l'avancement des travaux, de manière à terminer 
l'oeuvre en trois ans. La plate-forme devait être portée à 63 toises 
(378 pieds) de circuit, avec talus de 18 pieds de haut. Au cas où les 
quartiers des 86.000 écus ne lui seraient pas exactement payés, 
Louis de Foix avait le droit de suspendre les travaux; les vins et 
matières destinée à Cordouan étaient affranchis de tout impôt 
ou subside; en cas de mort de l'architecte, son fils Pierre de Foix 
le remplacerait avec tous les droits dans les créances et le marché 3 . 

En septembre 1595, deux jurats délégués (page 256 ci -dessus) 
à une nouvelle visite à Cordouan établissaient un procès-verbal 4 
où rien d'agréable ou d'avantageux n'était dit sur la tour à l'adresse 
de l'architecte, 1 qui, on le sent, n'était pas sympathique à la muni- 
cipalité. En dehors des rapports personnels un peu froids, trouvait* 
on que Louis de Foix poursuivait une œuvre architecturale trop 

1. Arch. mun. de Bordeaux, EE 227. — Voir G. Labat, 2 e Recueil sur Cor- 
douan. p. 38. 

2. Registres français de In ville de Bayonne, t. 1 er , p. 302. 

3. Contrat du 18 juin 1594, Arch. nat., ras. 18159, ratifié par le roi le 
9 juillet 1594, Arch. mun. de Bordeaux, DD 227; — G. Labat, 2 e Rec., p. 29. 

4. Voir la pièce au 3° Recueil de M. G. Labat, page 41; — Arch. hisl. de la 
Gironde, t. XXVIII, p. 209. 






CORDOUAN ET LOUIS DE FOIX 271 

somptueuse pour un rocher perdu *, trop coûteuse en tout cas, ou 
entendait-on lui faire subir les conséquences de la non-exécution 
du contrat primitif, qui ne prévoyait, clé en main, que deux ans de 
délai et 38.000 écus sol de dépenses? Il y avait certainement chez 
la jurade de tous ces griefs, qui s'ajoutaient pour l'entrepreneur au 
mauvais vouloir des trésoriers, ou à leur impuissance devant un 
empêchement supérieur. 

Le phare, néanmoins, s'élevait et paraissait déjà de la côte. 
En 1596, il était arrivé à la troisième voûte; mais l'argent faisait 
toujours défaut. Chose incroyable, une nouvelle ordonnance royale 
du 21 janvier 1599 2 prescrivait le payement des 36.000 écus men- 
tionnés plus haut en 1594, plus diverses sommes dues depuis, et 
Louis de Foix ne fut pas plus avancé ! Plus il s'acharnait à pour- 
suivre les travaux en empruntant, plus on s'obstinait à éluder tout 
payement des sommes stipulées, fixées par ordonnances royales. 
Désespéré, Louis de Foix, en sa qualité de valet de chambre et d'in- 
génieur du roi, écrivait à Henri IV, le 6 septembre 1599, une lettre 
pleine de dignité et d'énergie, demandant d'être mis en mesure, 
pour le bien commun, de terminer « le plus beau phanal de l'Eu- 
rope » 3 . Mais la force d'inertie ne désarmait pas : les guichets des 
trésoriers des finances restaient fermés. 

Aux Registres de la jurade de Bordeaux, délibération du 12 avril 
1601, «il est notté que, par le contrat que le Roy avait passé avec 
Louis de Foix, entrepreneur des traveaux de Cordouan, il lui avait 
été accordé 36.000 écus sur les deniers et l'imposition faite à Bor- 
deaux, sans que ledit de Foix eût pu en être payé, quoiqu'il eût 
obtenu des lettres patentes 4 . » Le parlement refusait-il d'enregistrer, 
c'est-à-dire de rendre valables les décisions royales, et tenait-il 
rigueur à Louis de Foix, lui aussi, de n'avoir pas simplement exé- 
cuté le devis de 1584? Probablement que oui. Dans ce cas, le sens 

1. Un manuscrit de 1645, déposé à la Bibliothèque Nationale, porte dans 
une description de la tour : « La construction de la tour de Cordouan est une 
des merveilles du monde admirée de toutes les nations... Ladicte tour est enri- 
chie par dedans et dehors des quatre ordres qui sont dorique, ionique, corniches 
et composites, suivant les antiquités. Et est ledict bastiment de pierre de Tail- 
lebourg, semblable à la pierre desliez dont est basti le Louvre. » (G. Labat, 
3 e Recueil sur Cordouan, pp. 66 et 67.) — Masse a écrit dans les notes de sa carte 
(feuille 70 ou 71) : « Cet édifice est un des plus superbes peut*être au monde de 
son espèce et l'on peut le regarder comme un chef-d'œuvre de l'art pour l'en- 
droit où il est situé. » A la feuille 75*76, note A, il dit : « C'est un des plus somp- 
tueux bâtiments de l'Europe pour son espèce. » 

2. Bibl. Nat, ms. 18163; — G. Labat, 3 e Recueil, p. 59; — Arch. hist. de 
la Gironde, t. XXVIII, p. 227. 

3. Tamisey de Larroque, Revue de Gascogne, 1864; tirage à part, p. 28, 

4. Inventaire Sommaire des Registres de la Jurade, 1 er volume. 



272 LE LITTORAL GASCON 

exalté du beau et du somptueux chez l'artiste entraîna la perte 
et la fin de Louis de Foix. 

Pour comble d'ironie et de déception, Louis de Foix se vit pour- 
suivre par le fisc, en dépit de la franchise assurée par le contrat de 
juin-juillet 1594, pour le payement de divers droits sur 60 tonneaux 
de vins destinés à ses chantiers 1 . Il protesta en 1602 par acte 
notarié 2 . C'est, jusqu'ici, la dernière fois qu'on trouve trace de 
son existence. 

Qu'était-il devenu? On sait par son contrat du 19 juin 1572 
(havre de Bayonne) qu'il naquit à Paris 3 . Arrivé à une renommée 
immortelle par le détournement de l'Adour, précédemment pour- 
suivi sans succès pendant plus d'un siècle, et par l'érection du 
« plus beau phanal de l'Europe », il a disparu ignoré, découragé, 
à l'état d'homme ruiné; après avoir dompté par son énergie inlas- 
sable les flots révoltés du fleuve bayonnais, et avoir bravé pendant 
plus de vingt ans (depuis 1581) l'estuaire de la Gironde et le rocher 
battu de Gordouan, on ignore en quel coin il s'est étendu pour fermer 
les yeux. Étrange et pénible destinée ! Son fils, malgré les droits 
qui lui étaient garantis par le contrat royal de juin-juillet 1594 (ci- 
dessus, page 270 et note 3), s'éloigna d'une ingrate succession qui 
lui tuait son père, et Pierre de Foix ne parut plus à Gordouan. 

Gomme un faible écho de faits ou d'incidents déjà lointains, on 
recherchait en octobre 1614 les personnes capables de « recognoistre 
l'escripture et seing de feu maistre Loys de Foix, vivant ingénieur 
du Roy 4 ». Ce fut l'épitaphe du grand homme. Les créanciers et les 
liquidateurs de la succession devaient s'agiter pour recouvrer les 
sommes dues à l'architecte de Cordouan depuis trente ans. 

Louis de Foix dut mourir peu de temps après sa protestation 
de 1602. La tour était arrivée au faîte, mais la plate-forme prévue 
au marché précité de 1594 n'était pas construite. 

En 1606, le 7 décembre, il y eut une adjudication publique aux 
fins de certaines réparations aux défenses et de l'achèvement de la 
plate-forme, qui aurait 390 pieds de circonférence par le bas, avec, 
au sommet, un parapet de six pieds d'épaisseur et six autres pieds 
de hauteur 5 . François Beuscher, ancien contremaître de Louis de 

1. Cependant, sous la date du 9 mars 1601, on trouve aux Archives de la 
Gironde, C 3873, un « laisser passer librement, franchement et quittement le 
nombre de 60 tonneaux de vin ». Voyez G. Labat, 3 e Recueil sur Cordouan, 
p. 62; — Arch. hisl. de la Gironde, t. XXVIII, p. 230. 

2. Signalé par Gaullieur, Bull. Soc. de Géogr. de Bordeaux, 1892, p. 588. 

3. Registres français de la ville de Bayonne, t. I er , p. 325. 

4. Arch. de la Gironde C 3893; — G. Labat, 3 e Recueil sur Cordouan, p. 64. 

5. Bibl. de la ville de Bordeaux; — G. Labat, 2 e Recueil sur Cordouan, 
p. 56. — Un mémoire de Teulère du 23 juin 1787 porte : «Au pourtour du 



CORDOUAN ET LOUIS DE FOIX 273 

Foix, fut déclaré adjudicataire au prix de 26.000 livres pour les 
réparations et 55.000 pour la plate-forme *. 

Les travaux de Beuscher furent reçus en 1611, et il est très pro- 
bable que, Louis de Foix n'étant plus là, le nouvel entrepreneur 
fut régulièrement payé à mesure de l'avancement des travaux. 
Aucune preuve de difficultés n'est du moins connue à cet égard. 

L'énorme masse formée par l'assise ou plate-forme terminée par 
Beuscher avait moins pour but de consolider le phare, dont on verra 
plus bas la solidité, que de l'empêcher d'être battu par les flots. La 
trouvant, dès 1591, insuffisante à 300 pieds de circuit, et reconnais- 
sant en même temps la nécessité d'améliorer le batardeau txté- 
rieur servant à « couvrir et défendre la dite tour des vagues et 
impétuosités de la mer » 2 , Louis de Foix nous a montré une fois 
de plus, avec les experts de 1591, après les ermites de 1088 « fuyant 
le tumulte des tempêtes 3 », et leurs successeurs de 1472 « n'ousant 
habiter en icelle tour 4 », que Cordouan était autrefois, comme de 
nos jours, un îlot que chaque marée recouvrait. Deux conseillers 
du roi, étant en mission à Cordouan, consignèrent eux-mêmes dans 
leur procès-verbal du 19 septembre 1596 que « oultre le principal 
de l'œuvre de ladicte tour, il est besoing audict de Foix d'avoir 
de grandes estoffes et matières pour l'entretenement des deffenses 
et bastardeaux qui sont à l'entour d'icelle, que la mer rompt jour- 
nellement par son impétuosité 5 ». Ces répétitions nécessaires démon- 
trent qu'il ne saurait être question d'un village ayant existé là. Les 
deux conseillers avaient constaté l'emploi à Cordouan de 78 ouvritrs, 
7 chevaux, 6 bateaux et» 27 mariniers, le 19 septembre 1596. 

La tour reçut d'importants travaux entre 1661 et 1665, sous 
l'intendant Pellot. 

Au sujet de la solidité du phare, l'ingénieur Teulère a dit : « J'ai 

i 

parapet d'enceinte sont établies onze chambres servant de magasins pour ali- 
menter le phare, pour les outils et effets des entrepreneurs, cuisine et quelques 
logements. » (G. Labat, 5 e Recueil, p. 20; — Arch. hisl. de la Gironde, t. XXXV, 
p. 104. 

1. Plus tard, l'ingénieur Teulère, ignorant ce marché de 1606 portant modi- 
fication et revêtement de la base de la tour, croyait à tort que « le massif du rez- 
de-chaussée, ainsi que celui du sol sur le rocher tel qu'il est aujourd'hui, sont 
un ouvrage bien antérieur au projet de Louis de Foix ». (Mémoire de Teulère, 
G. Labat, 2 e Recueil sur Cordouan, p. xxxi.) 

2. Termes du contrat de 1584, art. 4. 

3. Voyez le texte cité aux pages 29 et 270 de Notre -Dame- de -Soulac, et 
G. Labat, 3 e Recueil, p. x. 

4. Page 254 ci-dessus. 

5. Arch. mun. de Bordeaux, EE 227; — G. Labat, 3 e Recueil sur Cordouan. 
P- 51. 

18 



274 LE LITTORAL GASCON 

prouvé que les anciens murs sont capables de supporter un exhaus- 
sement seize fois plus considérable que celui exécuté, sans crainte 
qu'il s'écrasât sous la surcharge, et démontré, conformément à la 
théorie du choc des fluides, que la masse de cet édifice a une résis- 
tance quatorze fois plus considérable que ne pourrait être le choc 
du plus terrible ouragan connu jusqu'à ce jour 1 . » 

Aussi, lorsque fut agité le projet de surélever de beaucoup le feu 
de la tour de Louis de Foix, aucune préoccupation ne resta quant 
à la question de surcharge. En conséquence, en 1788 et 1789, Teu- 
lère exhaussa de 60 pieds la tour de Cordouan. sur un plan qui lui 
fut imposé (cône tronqué uni), c'est-à-dire qu'il en doubla la hau- 
teur 2 . La partie supérieure de l'œuvre de Louis de Foix, par suite, 
s'est trouvée modifiée et amoindrie dans son style architectural 
et sa beauté artistique. On trouvera ci-devant hors texte l'image 
de ce qu'est aujourd'hui la tour exhaussée par Teulère. 

L'idéal poursuivi à l'îlot de Gordouan est entièrement atteint. 
Gigantesque sentinelle dressée vers le ciel, la tour de ce nid de ro- 
chers journellement submergés projette dans le lointain, tant que 
dure la nuit, ses puissants rayons de feu. A l'opposé des autres phares 
qui devant les ports indiquent la voie au nautonier en l'appelant 
droit à eux, le fanal de l'embouchure de la Gironde a pour mission 
de tenir à distance les navires et de leur lancer sans trêve, comme 
signal d'alarme, le cri salutaire que sa vue avait arraché à Michelet : 
« Malheur ! malheur ! » 

Et l'ombre de Louis de Foix plane là-dessus. 

1-2. Mémoire du 23 juin 1787, Paris, dépôt des cartes et plans de la marine; 
— ms. de la Bibl. de Bordeaux; — G. Labat, 1 er Recueil sur Cordouan, p. 32, 
et 5 e Recueil, pp. 3 et 20. 



CHAPITRE VII 



LADOUR ET SES EMBOUCHURES ANCIENNES 

Nom et genre de l'Adour. — Pour le fleuve Adour, existe-i-il 
une étymologie? Ce beau et poétique eours d'eau est-il du genre fé- 
minin, souvent employé, ou du genre masculin? 

Dans Lucain et dans Ausone, on le trouve orthographié Alurrus, 
qui au point de vue de la versification française présente un son 
final dur et masculin. Par cette orthographe les Romains ont pro- 
bablement latinisé le mot basque ur, ura (oura, l'eau), qu'on retrouve 
de nos jours à Urt, port de pêche sur l'Adour. Parvenir à une rivière, 
c'était rencontrer l'eau [ura), ici l'Adour; actuellement encore, 
la mer se dit: ura handi, la grande eau 1 . Seulement, le Basque, 
qui fut le gardien des bords de l'Adour, n'a pas de genre, et quand 
nous disons : un homme, une femme, lui énonce en son idiome : 
homme un, femme un. 

A un rôle gascon du 20 janvier 1313, on trouve: de la Dore; 
l'intendant d'Auch, dans un rapport du 25 août 1740 qui paraîtra 
au chapitre VIII, dit deux fois : la Dour. Soit, au xiv e et au 
xvm e siècles, des formes féminines souvent imitées depuis. Malte- 
Brun dit de l'Adour, au féminin : « Elle se jette dans l'Océan. » Et 
Elisée Reclus, au masculin : « Adour considéré... Adoui détourné. » 

Il est certain qu'avec la marquise de Pompadour on a un célèbre 
spécimen féminin; mais avec troubadour nous avons un robuste 
masculin. Une règle précise ne peut pas découler d'origines contra- 
dictoires; l'usage en pareille matière fait loi, à l'occasion, contre 
une règle prônée. La langue latine emploie serpent au féminin 
aussi bien qu'au masculin; et pendant que le français veut lièvre 
et serpent au masculin, ces deux noms restent féminins en gascon : 
ùe lèbe, ùe sérp. Également, le sel et le lait, masculins en français, 
sont féminins en gascon. Mais spécialement sur le genre attribuable 

1. Les Gascons avaient des expressions semblables, tout en appelant mer 
une eau quelconque : « Bert la mar maior », Abbadie, Livre Noir de Dax, p. 404- 
405; — « Bocau de la grand mar », Etablissement de Bayonne, n° 278; — « Mar 
petite qui va de Bayoune au Bocau », Arch. de Capbreton, GG 21. — On trouve 
fréquemment: mer d'eau douce, mer d'eau salée: A Soulac, x° siècle, «de 
mare salissâ usque ad mare dulce », Arch. de la Gironde, H 640; — « Pescadors 
de mar salade, pescadors de mar douce », Etabl. de Bayonne, n°» 3 et 380. 



276 LE LITTORAL GASCON 

au cours d'eau en question, voici la comparaison entre la Seine 
« fleurie » et l'Adour au masculin, tracée par un poète gascon qi 
maniait supérieurement la langue française et qui fut un helléniste 
marquant. 

Séné flouride é bagabounde, 
Séné qui bagnes de toun ounde 
Paris, la merbeille é l'âounou 

Dou mounde, 
K'es bére ! mé n'es pas per jou 

L'Adou ! 

Dans une autre pièce, le même auteur nous montre, près di 
confluent de la Marne et de la Seine, comment 

Un Troubadou tristemén s'aseitabe; 

Lous goueils en plous, tout jamé ke cantabe : 

« O bords dou Gabe, o ribes de l'Adou, 

B'es loueng de bous lou prâoube Troubadou ! l . » 

Après ces rimes masculines portant sur J'Adour, voici deu: 
formes qu'on peut hardiment dire masculines aussi : 

1242, 20 octobre. Aqua que vocatur l'Ador 2 ; 
1300. « Depuis le port d'entre Cuen jusques à la rivière du Dor, 
dans le diocèse Dax 3 . » 

Pour marquer mon opinion au sujet du fleuve dacquois-bayon- 
nais, je me place au point de vue phonétique et, obéissant à l'oreille, 
je dis qu'aucun poète français, pas plus que le poète gascon Péde- 
gert, ne fera entrer Adour dans une rime féminine, ni « l'Ador », 
ni le « Dor » qui précèdent. 

Par conséquent, je crois pouvoir toujours dire en prose, pour 
désigner ce fleuve : l'Adour ancien, l'Adour prolongé, au masculin. 

L'Adour dans son parcours. — Les cimes qui dominent la 
vallée de Gampan, dans les Hautes-Pyrénées, donnent naissance 
à l'Adour. 

Ce fleuve a particulièrement captivé l'attention, les efforts et 
même la passion de l'homme. On en verra plus loin de longues indi- 
cations en ce qui regarde sa partie inférieure et maritime. 

Dans la partie supérieure, ses eaux furent déjà canalisées au 
v<* siècle par Alaric, sur une quarantaine de kilomètres, en aval 

1. L'abbé Pédegert, Lous bers gascouns, pp. 34 et 35. 

2. Rôles gascons, Francisque Michel, et Supplément par Bémont, p. 59 (table). 

3. Arch. de la Gironde, fonds de Malte, H 488, fol. 161, et H 468. 



l'adour dans son parcours 277 

de Bagnères-de-Bigorre 1 . Au-dessus de la même ville, grâce à des 
travaux hydrauliques de l'époque actuelle qui comprennent un 
tunnel, l'Adour est alimenté en temps de sécheresse par le lac 
Bleu. Il peut ainsi en toute saison assurer l'activité industrielle de 
Bagnères et rouler des flots abondants et rapides par Tarbes, les 
coteaux du Gers et ceux de la Ghalosse, où il devient navigable 
à Saint-Sever. 

Plus bas, après avoir recueilli les eaux de la Midouze quand elles 
sortent de baigner Tartas, l'Adour se replie à gauche, retarde son 
cours, comme par regret de s'éloigner des montagnes et des cascades 
qu'il laisse derrière lui, et serpente lentement sur Dax. A partir 
de Saubusse,il fait un crochet nouveau et plus accentué au sud pour 
aller s'allier aux gaves impétueux de Pau et d'Oloron qui, déjà 
réunis, ont un débit d'eau plus abondant que celui du fleuve dac- 
quois, par lequel ils sont cependant absorbés, tout en perdant leur 
nom, au Bec-de-Gave 2 . 

Servant dès lors de démarcation aux départements des Basses- 
Pyrénées et des Landes, le fleuve Adour, accru chemin faisant de 
la Bidouze et de la Joyeuse, grossi de la Nive qui lui apporte son 
important tribut dans les murs mêmes de Bayonne, va s'épancher 
dans le sein de l'océan Atlantique à 7 kilomètres au nord-ouest de 
cette dernière cité labourdine, après un parcours total de 301 kilo- 
mètres, dont la moitié sur le département des Landes. 

Des peuplades de langue basque occupaient les rives de l'Adour. 
Au premier siècle de notre ère, Pomponius Mêla écrivait au livre III, 
§ 2, de sa Géographie : « Les Ausciens tiennent le premier rang 
dans l'Aquitaine. La ville la plus florissante des Ausciens est Elim- 
berrum, » nom basque ou ibère latinisé, aujourd'hui Auch. A l'ouest 
de ce peuple venaient les Tarusates, assis sur l'Adour à Aire, et 
ensuite les Tarbelles. 

De tous les petits Etats, au nombre d'une quinzaine, compris 
entre la Garonne et les Pyrénées au temps de la Gaule indépendante 3 , 
on peut dire que le plus puissant après les Ausciens était celui des 
Tarbelles, qui avait pour frontière est, d'après Tartière, le gave de 

1. En 1623, les États de province assemblés à Saint-Sever ordonnaient de 
rechercher les moyens de rendre l'Adour navigable. En 1825, le Conseil général 
des Landes se prononçait pour l'exécution d'un canal parallèle à l'Adour. Dans 
un mémoire imprimé la même année 1825, le général Lamarque s'efforçait de 
montrer l'urgente nécessité, surtout au point de vue de la défense nationale, 
d'ouvrir ce canal parallèle qui aurait eu un développement de 75 kilomètres. 

2. Autrefois Hourgave, du gascon hourcq, fourche, bifurcation. 

3. Douze peuples avaient envoyé des otages à Crassus, d'après César; Strabon 
parle en tout de vingt peuples, la plupart petits et inconnus; Pline en nomme 
vingt-cinq ou vingt-six. 



278 LE LITTORAL GASCON 

Mauléon, Orthez et Sauveterre, englobant ensuite tout le Labourd 
jusqu'à la Bidassoa et l'océan. Au nord, les Tarbelles étaient limités 
vers la grande lande par les Cocosates, sur une ligne restée ignorée 
ou fort indécise, du fait que ce dernier petit peuple, simplement 
nommé dans les Commentaires de César parmi ceux qui se rendirent 
après les succès de Grassus, perdit son autonomie au lendemain de 
la conquête romaine. 

Dax était la capitale des Tarbelles, sur la route que les trafiquants 
phéniciens, croit-on, suivaient en venant d'Espagne par Roncevaux. 
L'Adour a formé sa première ceinture de défense contre les Celtes 
qui avaient franchi la Garonne et parvinrent à pénétrer en Espagne; 
les poètes dacquois ont chanté les bords riants et les ondes fugi- 
tives du fleuve tarbellien. Dax a dû être longtemps la reine et peut 
être la maîtresse de la partie maritime et navigable de l'Adour. 

Bayonne, qui devait devenir une ville importante au milieu d'un 
beau site, ne jouait qu'un rôle fort effacé au commencement de 
notre ère. L'inscription de Hasparren, due au flamine-duumvir 
Vérus, chef du pagus, semble montrer que cette dernière petite 
ville, qui reste la plus peuplée de toutes les localités de notre pays 
basque, était alors le chef-lieu du Labourd. Deux historiens bayon- 
nais disent : « Ce fut seulement sous les empereurs que Bayonne 
devint une place forte ; jusque-là il est probable que son emplacement 
actuel avait été couvert, par les conquérants de la Gaule, d'une sorte 
de camp retranché. Mais plus tard, elle est commandée par un tribun, 
et une cohorte entière y tient garnison à la fin de l'empire l . » — 
«Bayonne ne fut jamais, sous les maîtres du monde, qu'une ville 
de fort peu d'importance et l'une des plus obscures de la Novempo- 
pulanie 2 . » 

Mais il est certain que la ville de Bayonne, assise au confluent 
de la Nivn et de l'Adour, (Mit de tout temps ses nnns baignés par 
les eaux de <•<■ dernier fleuve, comme aujourd'hui. Aux pages 50-51 
(b; Cap-S?rbun, Labennc ri Capbrelon 3 , j'ai montré des traditions 
ducs à L'imagination qui attribuent dix-neuf lits Buccessifsà l'Adour. 
On fait tomber ce fleuve directement de Dax sur Soustojgs, ensuite 
sur Tosse et Gapbreton (à L'exclusion de Bayonne); en 1164 on le 
montre débouchant tous Bayonne ; puis on Le fait aller jusqu'à Léon, 



1. Balasqur, Eludes historiques sur Bayonne, Y. I. p. 10; — Duceré, Rayonne 
à Veau forte, cliap. I, 3 e parnt:raph<\ 

2. Balasquo, t. I, p. 2G; — Ducéré, Histoire de la marine militaire de Bayonne, 
p. 51. 

3. Bull, de Borda, 1918. 



l'adour dans son parcours 279 

jusqu'à Saint-Julien; précédemment, au tertiaire, on a montré sa 
chute probable dans la Garonne à Langon; on lui prête d'avoir eu 
logement dans la Leyre. Il serait inutile de reproduire en détail ces 
récits fabuleux. Comment, depuis la plaine des Landes, l'orifice 
marin aurait-il rétrogradé pour aller tourner la montagne de Saint- 
Étienne, du Saint-Esprit et de la citadelle de Bayonne? Cette haute 
barrière permet de constater que le lit du fleuve était étroit et n'a 
jamais présenté au quaternaire la très vaste largeur qu'on veut 
lui supposer 1 . A ce sujet, il y a à Soustons un plateau de sable 
fauve de la Chalosse, par conséquent tertiaire, non recouvert par 
l'a s use quaternaire de la lande, certifiant qu'aucun cours d'eau 
de quelque puissance n'a labouré ce sol. Il en a été parlé aux 
pages 18 et 21. 

Quatre mois après que j'eus rapporté publiquement ce qui pré- 
cède sur les dix-neuf prétendus lits de l'Àdour, un fonctionnaire, 
dans un travail par lui soumis à l'Académie de Bordeaux et où il 
dit avoir présenté partie de son œuvre à l'Institut, écrit les lignes 
suivantes, en 1919 : 

« L'Adour, tant vanté par les troubadours, qui lui donnèrent la 
réputation d'un des plus beaux fleuves, avait plusieurs embou- 
chures et suivait une ligne parallèle à l'océan. Les étangs landais 
en font foi. Les embouchures principales étaient celles du Boucau- 
Neuf, de Capbreton, de Vieux -Boucau, d'Uchet, de Contis, de 
Mimizan, d'Arcachon. L'Adour était même relié à la Garonne, et 
on peut certifier que, par adduction des eaux de la mer, la région 
du littoral de l'Aquitaine était canalisée.» 

L'Adour a eu l'embouchure déplacée une fois par l'œuvre violente 
des éléments de la. nature, une seconde fois par la volonté et l'effort 
de l'homme; mais il reste surprenant que ce fleuve surexcite ainsi 
l'imagination jusque chez des membres de l'enseignement. Au cha- 
pitre III, pages 82-83, formation des étangs, on a pu comprendre 
que les eaux des lacs du littoral gascon n'ont rien de commun 
avec celles de l'Adour. 

1. « Après le retrait des glaces wurmiennes de la région pyrénéenne, les ter- 
rasses moyennes de chacun de ces fleuves (Garonne et Adour), si l'on en juge 
par leurs témoins éloignés, ont peut-être môme des points de contact correspon- 
dant aux plus grandes crues de l'époque. » (Ann. de Géographie, 1916, p. 34.) — 
On admet bien pour les Alpes quatre périodes glaciaires, mais elles ne sont nul- 
lement établies pour les Pyrénées. Ensuite, en 1912, M. le géologue Welsch a 
dit à propos du Centre-Ouest de la France, au Bull, de la carie géologique, n° 133 : 
« Les phénomènes de creusement des vallées ne se sont pas poursuivis par sac- 
cades successives et générales, analogues aux périodes glaciaires alpines... Les 
phénomènes climatériques sont toujours amortis sur le littoral des océans; 
il en a été de même pour leurs conséquences. » 



280 LE LITTORAL GASCON 

La vallée inférieure de la Gironde était creusée au tertiaire au 
point où nous la voyons actuellement. J'ai pu en donner des preuves 
tertiaires par le bri des débordements 1 . Les indices ne sont pas les 
mêmes pour l'Adour, mais son lit se trouvait creusé certainement 
par Dax et Bayonne, avec embouchure à Capbreton, à la fin du ter- 
tiaire. Les dunes, du moins, en portent témoignage au quaternaire 
moyen. On a vu que la chaîne des dunes maritimes, formée de sables 
rejetés en bloc par une révolution géologique et un cataclysme 
marin qui en fut l'accompagnement, date de dix mille ans environ. 
Cette chaîne ne commence franchement, et sans interruption 
ensuite vers le nord, qu'à Hossegor, rade de Capbreton. Donc, 
si l'embouchure de l'Adour n'eût pas été à Capbreton en principe, 
il y aurait jusqu'à quatre ou cinq kilomètres à l'intérieur, sur les 
territoires d'Ondres et de Tarnos, des dunes pareilles à celles qui 
existent sur Soorts- Hossegor, côté nord, puis sur Blancpignon de 
Bayonne et Anglet, côté sud. Elles y font entièrement défaut à 
partir du lit de l'Adour ancien, qui sur cette côte coulait parallè- 
lement à la mer, à 1.500 mètres en moyenne de la plage. 

Lucain, dans sa Pharsale, a consacré deux vers à la partie infé- 
rieure do l'Adour, mais personne n'a pu trouver dans leur rythme 
harmonieux l'endroit de la chute du fleuve à la mer. Les disserta- 
tions contradictoires survenues là-dessus ne portent pas leur preuve. 

Le plus ancien texte connu sur la navigation inférieure de l'Adour 
est une ordonnance de 1170 relative à un tarif de magasinage et 
de transport, où on lit ce passage : « Si le passedgeyre o lo pinassot 
va passadge de capbreton a baione o de baione acapbreton, negun 
no deu pager saup médaille morlane de passadge per sa personne 2 . » 

Descendant depuis Bayonne en contournant la base sud des 
hauteurs de la citadelle et de Saint-Bernard, l'Adour continuait, 
depuis le banc de Saint-Bernard, à décrire une courbe vers le nord. 
Un peu en aval de ce dernier point, dans le lit actuel du fleuve 
(côté do la rive gauche), les roches des Gasquets 3 forment un îlot 
à hauteur du Boucau-Neuf. On les appelait la Roque d'Igasc au 
Moyen-Age. d'après les Etablissements de Bayonne. Elles dénon- 
cent une ossature et une sorte de rempart qui ont pu, des raisons de 
niveau aidant, faire infléchir le fleuve, dès le tertiaire, vers la fosse 

1 . Soulac d'après textes et preuves, pp. 8 et 28 ; — Le Sable des landes et ses eaux, 
p. 22-24, dans la Revue historique de Bordeaux, 1917; — et ci-dessus, p. 10. — 
Les dunes maritimes de Soulac sont à cheval sur ce bri, dont la couche se voit 
sur la plage jusqu'aux flots de la mer, et à l'est dans les plaines de Soulac et 
du Vcrdon. 

2. Arch. de Bayonne, AA", p. 52. 

3. Casquets, aux Instructions nautiques de la marine. 



l'adour prolonge son cours en 1310 281 

de Capbreton. Ces constata tions concordent avec le témoignage que 
le manque de dunes à Tarnos et* à Ondres vient de porter sur le 
cours ancien de l'Adour. 

Aux environs de 1210, l'Acte de Société des navigateurs bayon- 
nais désigne le lieu du débouquement de l'Adour sous Capbreton 
par le nom de port de la Pointe. Le même port ou lieu de la Pointe 
(de Capbreton) est nommé encore parBayonne à ses établissements 
de février 1255, 19 mars 1289, 27 octobre 1296, 18 janvier 1298, 
1 er août 1304, 29 juillet 1307. Bayonne, tout en évitant de nommer 
Capbreton, pour ne lui reconnaître aucun droit, avait aussi, dans 
ses établissements, désigné l'embouchure de l'Adour par : Boucau 
de la Pointe, Boucau, les 27 octobre 1296, 18 janvier 1298, 1 er août 
1304, 19 novembre 1306, 29 juillet 1307. L'orifice marin de l'Adour 
était bien à Capbreton. 

En 1167, le petit noyau de Capbreton possédait une chapelle 
relevant de l'église mère de Labenne. Il y avait tendance à bâtir 
sur l'emplacement qui devait devenir Capbreton, mais empêche- 
ment aussi. On ne sait pas bien sous quelle forme se présentaient 
les obstacles. Le chanoine Pierre-Arnaud de Vie, clerc du roi et 
intermédiaire entre les autorités bayonnaises et le sénéchal de 
Gascogne, reçut de la couronne, le 2 mai 1287, l'ordre de favoriser 
l'accroissement de l'endroit et de concéder à « Caberton » des ter- 
rains pour y construire des habitations, moyennant un cens annuel 
à verser entre les mains du bayle local. Cet ordre, suivi d'une pro- 
longation de texte datée de Bayonne 20 octobre 1300, relative à 
des concessions, se trouve aux Archives de Bayonne, AA 11 , page 11. 

C'est au moment où il était en train de s'édifier, que le bourg de 
Capbreton fut subitement séparé de la mer par une catastrophe. 

L'Adour prolonge son cours vers le nord en 1310 environ. 

— Comment un cours d'eau est oblitéré ou détruit à son orifice 
marin, on l'a vu page 85, carte d'Uchet 1 . L'embouchure de l'Adour, 
à ce qui ressort des événements, ne connaissait pas de travaux de 
protection sous Capbreton; le petit promontoire qui s'interpose, 
sur notre côte gasconne, entre la mer et l'embouchure non protégée 
poussée au sud devait être arrivé à de fortes dimensions sur la plage 
capbretonnaise. Une énorme mer de tempête va, pour le malheur de 
Capbreton et du pays, niveler tout cela et transformer en un grand 

1. On croyait que les grandes tempêtes débarquaient des masses de sables. 
Ce n'était là qu'un préjugé, car les sables atterrissent en été et sont rasés, enlevés 
par les fortes mers d'hiver. Voir pp. 62 et 66. 



282 LE LITTORAL GASCON 

plateau de sable l'orifice de l'Adour. Le phénomène a aussitôt sa 
répercussion vers la limite du Marensin jusqu'au territoire de Mes- 
sanges, à son humble quartier du Plecq, situé à l'embouchure du 
petit fleuve côtier de Soustons. 

Sur le point ignoré du vieux Plecq, où depuis plusieurs milliers 
d'années rien ne bougeait en deçà des vagues que quelques grains 
de sable, va se produire un événement inouï, tenant du merveilleux, 
ou du rêve, ou du tragique. Dans ce pays aux sables secs et faible- 
ment ondulé par les dunes, où l'on connaissait le gonflement lent 
et sournois de l'eau débitée par des étangs, mais où une crue vive 
de rivière était chose inconnue, arrive d'une manière subite et impé- 
tueuse une masse épouvantable d'eau, un fleuve, l'Adour grossi 
d'une marée et d'une crue de montagne, qui, se déplaçant de 16 ki- 
lomètres du sud au nord, vient substituer sa large et puissante 
ouverture à celle du chenal débouchant à la mer sous le quartier 
du Plecq, chenal qui, absorbé, disparaît pendant que le hameau va 
se transformer. Là prend naissance le Boucau ou Port-d'Albret, 
aujourd'hui le Vieux-Boucau. 

Aucun contemporain du cataclysme n'a fiché en terre la pierre 
noire destinée à renseigner là-dessus la postérité; aucun texte admi- 
nistratif ou privé ne nous a transmis la date de ce phénomène 
extraordinaire. Il a été l'objet de longues, nombreuses et contradic- 
toires dissertations. Quatre pages plus haut, il a été question des 
19 ou des 24 lits qu'on prête à l'Adour; les faits du passé étant fcrop 
peu connus ou iusulïisamment examinés, on a assigné presque autant 
d'époques différentes à l'arrivée de l'Adour au Plecq en Marensin : 
9Q7, 1360, 1525 1 , 143G 2 , 1300», K>00 4 , fin du xiv« siècle 5 , 1420- 
1430 6 , 1400-14107. 

A l'enquête officielle de 1491 tendant à ramener l'Adour ù Cap- 
breton, «il avoit encores gens vivans qui avoient veu led. boucault 
cl havre dudict Bayonne plus près de deux lieues et demi dudict 
Gapbreton quil n'est apresent. Et plusieurs dieeulx quy ostoient 
illecqucs disdrent quils avoient oy dire a leurs pères quilz avoiml 
oy dire ;< leurs autres pères que led. boucault souloit estre ancienne-* 



1. Laborde, architecte à Bayonne, pour ces trois différents déplacements, 
d'après Bartro, Annales de Capbrelm. 

2. Oïhénart, d'après Thore. 

3. Mascin, Essai historique sur Bayonne. 

4. Chambre die commerce de Bayonne. h aussi Bailsc et Moral, historien! 
bayonnais. 

5. Poydenot, historien hayonnais. 
<i. Ga barra. 

7. Descande. L'Adour. 



l'adour prolonge son cours en 1310 283 

ment aud. Gouf . » Concilie cela qui pourra. On n'était d'accord 
qu'à trois générations près. 

A la seconde enquête officielle de 1556, l'écart va s'élargir. Le 
témoin Augier de Lahet déclare avoir souvenance de 65 ans (jus- 
qu'en 1491, date de la précédente enquête) et par despuis a veu que 
ledit bouccal et entrée s'est esloigné de la dicte ville. (!) 

Un autre témoin est plus étrange encore. Agé de soixante ans, il 
« dict avoir veu du temps de sa mémoire, que le boucal et entrée de 

la mer estoit plus prochain de ladicte ville (de Bayonne) et alors 

y abordoit grand nombre de navires de quelque grandeur qu'ils 
feussent. » Lors de l'enquête de 1491, époque à laquelle le déclarant 
n'était pas né, on ne voyait plus à Bayonne que des navires de 
80 tonneaux, disait-on; depuis, le présent témoin y en avait vu du 
plus grand tonnage. Les deux enquêtes se valent. A la dernière 
(1556), les témoins demandaient principalement, comme remède, 
des franchises commerciales pour faire vivre Bayonne *. 

Lors de l'enquête de 1491, présidée par l'évêque de Bayonne et 
le seigneur de Gramont, la présence de l'Adour est bien constatée 
au Boucau d'Albret, d'où ce cours d'eau fut détourné plus tard en 
1578. De cette date de 1491, il s'agit maintenant de remonter le 
cours des ans à la rencontre du moment où l'orifice marin du fleuve 
des anciens Tarbelles cessa d'exister à Capbreton. De 1170 à 1307, 
Bayonne évitait de nommer Capbreton, dans le but de l'exclure. 
Elle disait : port de la Pointe, la Pointe, boucau de la Pointe, d'au- 
tres fois : Bouret, Labenne 2 . Dans les mêmes vues, elle ne nommait 
pas directement le Boucau d'Albret (Vieux-Boucau), qui était 
désigné par : Le Plecq, boucau de la grand mer, boucau de Bayonne, 
Messanges, Marensin 3 . Ces dénominations vont permettre de re- 
monter avec sûreté vers l'heure du cataclysme de Capbreton. 

1482, 25 octobre. Au tome I er des Registres gascons, page 126, 
n° 104, on trouve une délibération ordonnant que l'on avise à Cap- 
breton les maîtres et marchands de tous navires bretons, anglais... 
de manière que eux et les habitants de Capbreton et de Messanges 
connaissent que la ville de Bayonne entend maintenir ses privilèges. 
Il s'agit du droit d'octroi à la sortie dû à cette ville. — Le Marensin, 
dans le langage bayonnais, c'était le Boucau ou Port-d'Albret, 
l'ancien Plecq, 

1. J'ai rapporté les parties essentielles de ces enquêtes dans Port-d'Albrel, 
pp. 261 et 276. Poydenot les donne en entier dans Récits et Légendes. 

2. Cette question, je l'ai indiquée en détail dans Cap-Serbun, Labenne cl 
Capbreton. {Bull, de Borda, Dax, 1918, pp. 58-59.) 

3. Livre des Etablissements et Registres gascons. 



284 LE LITTORAL GASCON 

1447, 8 octobre. Etablissement n° 441 : Que nulle personne au 
monde n'ait la hardiesse de charger des vins quelconques, ou de 
Bouret, ou de Gapbreton, ou de Marensin, ou de nulle autre part, 
autrement que sur des navires de Bayonne. — Même remarque 
qu'au paragraphe précédent pour Port-d'Albret. 

1392, 18 janvier. Etablissement n° 393 : « Ni voisins de Bayonne, 
ni étrangers, ne pourront entier vins ou cidres par le Boucau de 
Bayonne, ni autrement, dans le port ; c'est-à-dire depuis ledit Boueau 
jusqu'à Hourgave. n A l'enquête de 1491 et aux .Registres gascons 
de Bayonne, l'embouchure de l'Adour est fréquemment désignée 
par le boucau de Bayonne. L'emplacement qu'elle occupait sous 
cette dénomination est celui du Boucau (Port-d'Albret), localité 
née après que le boucau de la Pointe eut cessé, en 1307, de paraître 
sous Cap-Breton. 

1378, 21 août. Edouard III, roi d'Angleterre, écrit à Amanieu 
de Maubec (dit de Noyé), bailli du Marensin : « Ne troublez plus 
les Bayonnais dans la culture des vignes qu'ils possèdent, sinon je 
vous ferai subir un châtiment exemplaire 1 . » Un langage aussi 
absolu n'est pas soumis à la signature d'un souverain au début d'un 
différend. Celui-ci devait exister de longue date, et il y avait 
de beaux jours que les Bayonnais possédaient à Port-d'Albret 
des vignes en plein rapport. On le verra bien un peu plus bas, à 
l'année 1333. 

1353. Dax, autrefois chef-lieu de la sénéchaussée des Lannes, 
dont relevait Bayonne, prétendait qu'en vertu de ses privilèges 
les Dacquois pouvaient descendre leurs vins par « le fleuve qui 
passe devant Bayonne », les embarquer sur navires de mer et s'en 
revenir avec leur nouveau chargement sans payer aucun droit. 
Bayonne entendait être en possession de droits contraires à l'égard 
de Dax. La querelle était analogue à celle qui, en 1302, divisait 
Gapbreton et Bayonne, et qu'on verra tout à l'heure. Toutefois, 
le 19 novembre 1353 intervint entre Dax et le chef-lieu du Labourd, 
pour une période de vingt ans, un « Traité de commerce » où cha- 
cune des deux cités favorisait les habitants de la ville voisine comme 
ses propres citadins. Dans le corps de l'acte on trouve que «les 
gens de la ciutat dAx pusquen passar en totz temps e en totes 
hores, totz binx de lors heretatz et d'autres locx ont los playra 

1. Balasque, t. III, p. 375, d'après les Arch. de Bayonne. 



APPORT DU POISSON A BAYONNE 285 

en bert lo Bocau e carquar acquetz en naus o en baschets bert la 
mar maior... Item de les marcadeyries que bieyren per lo Boquau 
de Baione que fossen de gens dAx... 1 » Voilà bien encore les termes 
«Boucau», «vers la grande mer», «Boucan de Bayonne », déjà 
cités comme se rapportant à Port-d'Albret et à son estuaire. 

1335-1336-1312. Dans son testament daté de 1335-1336, le car- 
dinal Godin, enfant de Bayonne et d'humble origine, léguait à son 
neveu de Beyries, « devenu gentilhomme par la grâce du Saint- 
Père 2 , » une pièce de terre qu'il possédait à Messanges. Guillaume 
Godin fut créé cardinal en 1312 3 . Parmi les innombrables legs de 
son testament, donné par Balasque, il ne se trouve d'autres biens 
fonds que ceux dont il est ainsi disposé : « Je lègue à mon neveu 
Barthélémy de Beyries, outre le legs que je lui fais dans mon tes- 
tament, ma maison paternelle de Godin, située rue Bourgneuf de 
la ville de Bayonne, un verger à la banlieue de Bayonne et une pièce 
de terre à Saint-Clément de Messanges, diocèse d'Ax 4 . » 

Selon des présomptions très plausibles, le père du futur cardinal 
avait à se déplacer jusqu'à Port-d'Albret, par le cours prolongé de 
la rivière, pour son travail ou son petit commerce. Le cardinalat 
obtenu en 1312 dispensa la famille Godin de travailler, et par le 
fait le lopin de terre de « Saint-Clément de Messanges » ne reçut 
pas la petite construction qui avait certainement dû être projetée. 
Il paraît nettement ressortir des dispositions testamentaires du 
cardinal une double indication : l'Adour était déjà au Vieux-Boucau 
en 1312; antérieurement à la même date, il avait été concédé ou 
vendu du sol de Messanges, aux environs de la nouvelle embouchure, 
à 36 kilomètres de Bayonne par le cours du fleuve. 

1333. Le règlement municipal du 3 juillet 1292 portait : « Tout 
voisin (citadin) de Bayonne aura la liberté absolue d'introduire 
en ville, quand il le voudra, les vins récoltés par lui à Bouret, 
Labenne, et dans le rayon territorial autour de Bayonne qu'un piéton 

1. Fr. Abbadie, Livre Noir et Etablissements de Dax, formant le 37 e volume 
des Arch. hisl. de la Gironde, pp. 404-405. 

2. Tome III, p. 202, des Etudes historiques, où Balasque explique, en même 
temps, « que les obscurs bourgeois de Bayonne avaient dénié la qualité de voisin 
à de Beyries, avant sa fortune. » Le droit de cité ou de voisinage, en effet, 
n'était acquis qu'aux habitants ayant une certaine surface, ce qui n'était pas 
le cas, d'après Balasque, de la famille Godin jusqu'au jour où elle eut l'honneur 
de compter dans son sein un digne et savant cardinal. 

3. Balasque, t. III, p. 203, et Trésor de chronologie, p. 1196. 

4. Le Boucau ou Port-d'Albret resta toujours, sous l'ancien régime, une 
annexe de la paroisse de Messanges au religieux, mais pas au civil. 



286 LE LITTORAL GASCON 

peut parcourir en un jour (aller et retour), à la condition qu'au mo- 
ment de les introduire il jurera qu'ils provenaient de ses vignes 1 . » 
Le privilège des Bayonnais ne fut pas appliqué sur un périmètre 
plus étendu vers le nord, parce que l'embouchure de l'Adour, ne 
dépassant pas alors Gapbreton, ne permettait pas aux habitants 
de Bayonne de se livrer plus loin à la culture de la vigne. Quarante 
ans plus tard, Y établissement du 13 novembre 1333, n° 207, sur les 
taverniers, s'occupe de la vente du vin et du privilège ci-dessus, 
qui se trouvait cette fois étendu aux vignes que les Bayonnais 
cultivaient à Bouret et à Messanges : « ... Lo quoau establiment e 
ordonancion uolen que sie jurât per todz e sengles los seinhors e 
daunes dous bins, tant per aquets qui an les uinhes e bins dou 
terratori de la biele quant per aquets quius an a Boret o a Massanges 
o en las apartienses debert lo sable. » Ce qui se traduit ainsi mot 
pour mot : « Lesquels établissement et ordonnance veulent que le 
serment soit prêté par tous — et individuellement 2 — les pro- 
priétaires et les maîtresses des vins, tant par ceux qui ont les vignes 
sur le territoire de la ville, que par ceux qui les ont à Bouret ou à Mes- 
sanges, ou dans les propriétés du côté des sables. » Messanges, paroisse 
dont Port-d'Albret relevait malgré son importance assez appré- 
ciable, étant nommée naturellement, normalement, au sujet d'un 
droit bien connu, ce texte officiel ne permet pas de douter que, en 
1333, les Bayonnais, pour jouir du privilège d'introduire hors tour 
et en tout temps le vin de sable dans leur ville, fussent propriétaires 
de vignes sur le territoire de l'ancien Plecq. Si donc, en 1292, les 
Bayonnais ne cultivaient le vin de sable que jusqu'à Gapbreton, 
la raison en est que l'Adour ne les conduisait pas 16 kilomètres 
plus au nord. Par conséquent, s'ils possédaient des vignes en plein 
rapport, en 1333, à Messanges, à l'ancien Plecq, l'Adour y débouchait, 
et c'est leur privilège de l'introduction hors tour chez eux, à Bayonne. 
que le juge du Marensin voulait combattre en faveur des vignerons 
de son district, dont la vente se trouvait retardée. (Voyez 1378.) 

1328-1332. Capbreton, ayant cessé depuis longtemps de se con- 
former à l'ordonnance de 1255 sur l'apport obligatoire du poisson à 
Bayonne 3 , eut un grand différend avec cette ville, qui entendait 

1. Balasque, t. II, p. 496. 

2. Sengles. Au Marensin, avec une orthographe moins latine, on a conservé 
ttencles, signifiant un chacun ; N'an sencles, ils en ont un chacun. 

3. La certitude de cette abstention ressort d'un jugement du sénéchal de 
Bordeaux du 17 octobre 1328, favorable aux pêcheurs de Capbreton et reproduit 
aux Rôles gascons, dans une lettre d'Edouard III du 13 février 1330/31. — 
Au Bull, de Borda, 1918, voyez Saint-Jours, Cap-Serbun, Labenne et Capbreton, 
p. 70, où cette question est présentée avec plus de détails. 



APPORT DU POISSON A BAYONNE 287 

maintenir le droit séculaire qu'elle s'était octroyé. Une troupe armée 
partie de Bayonne vint même saccager des barques de pêche de 
Capbreton, fait constaté, aux Rôles gascons, dans deux lettres 
d'Edouard III des 1 er et 2 avril 1329. Balasque s'est demandé 
si ce n'est pas Loup-Bergond, dont le commandement militaire 
s'étendait jusqu'à Capbreton, qui avait conseillé aux Capbretonnais 
de fouler aux pieds des règlements de police auxquels ils obéissaient 
depuis plus d'un siècle. Au lieu de trames machiavéliques entraînées 
par une rancune qui existait entre des autorités bayonnaises 1 , il 
faut voir dans la résistance des pêcheurs capbretonnais une cause 
plus directe et plus naturelle. L'ordonnance de 1255 était établie, 
dans sa première partie, pour l'embouchure de l'Adour, qui se trou- 
vait alors à la Pointe de Capbreton. Cette ordonnance, versée d'ail- 
leurs au débat et reproduite en entier dans le corps de la lettre 
d'Edouard III du 9 février 1329, débutait ainsi : « Tout homme qui, 
entré dans la mer salée pour pêcher, en sortira avec des poissons, 
doit arriver à la Pointe devant les cabanes du côté du Labourd.» 
Ce côté du Labourd, c'était la rive gauche. L'Adour ayant passé 
au Plecq, Capbreton dut considérer comme frappée de déchéance 
à son égard l'obligation d'apporter à Bayonne le fruit de sa pêche 
en mer. Il existe trois périodes successives et bien tranchées où 
Bayonne 2 a dit pour l'embouchure de Capbreton : Port de la Pointe 
(avant 1216), la Pointe (1216-1289), boucau de la Pointe (1289- 
1307). On remarquera le langage nouveau qui apparaît ci-après 
dans un exposé du sénéchal de Guyenne en date du 9 octobre 1328, 
introduit à l'instigation du maire de Bayonne et reproduit dans la 
lettre précitée d'Edouard III du 9 février 1329; la comparaison, 
par rapport au premier paragraphe de l'ordonnance de 1255, qu'on 
vient de lire, devra notamment porter sur le soin mis dans l'exposé 
du sénéchal, le 9 octobre 1328, à rendre cette idée de mouvement : 
quel que soit le chemin que l'on prenne à Capbreton pour entrer 
dans la mer : 

« Sachez que lorsque entre les sages hommes, le maire et les jurats 
de la cité de Bayonne, en leur nom et au nom de la communauté 
de leur ville, d'une part, et les habitants des lieux de la Benne, de 
Capbreton et de Boret, d'autre part, le débat s'agita devant nous au 
sujet de l'apport des poissons pris par les pêcheurs quels qu'ils soient 
qui, pour y pêcher, entrent dans la mer soit par le canal de le punte, 



1. Il y avait division entre le connétable, le maire et le châtelain prévôt. 
(Balasque, t. III, p. 172.) 

2. Livre des Etablissements. 



288 LE LITTORAL GASCON 

soit par la petite fosse, ou qui de la mer retournent vers le lieu de le 
punte ou vers Bayonne. » 

jô-eA*. b ct£stAje^r£us^ eut h**hi&vjl&. V~Cc iÔt*c(&, Ae^a 

Chaque mot a son poids dans les trois dernières lignes de ce l'ac- 
similé, directement relevé à Londres sur les parchemins des Rôles 
gascons et présentant les abréviations de l'époque. 

Qui entrent dans la mer par le canal de le punie. On sait que 
canaou, chenaou, dans de vieux titres gascons, désignaient l'Adour 
en tant que rivière : « Si las naus son fore du poun (de Bayonne) 
cargades en lechenau prestes à debarar l . » Et la pointe de terre qui 
existait entre l'Adour et la mer jusqu'à Capbreton s'était, sans chan- 
ger de nom, prolongée d'autant que le cours de la rivière qui la des- 
sinait, c'est-à-dire jusqu'à Port-d'Allwvt. Elle est clairement nom- 
mée au rôle gascon du 26 mars 1450, par lequel le roi concède à 
Gratian de Luez les épaves survenant de la pointe du Boucau de 
Bayonne jusqu'à Fontarabie : A punclo de Boucawe de Bayone 
usque Fonlarabye. On' la trouve encore au tome I er des Registres 
gascons de la mairie de Bayonne, page 471, 14 mai 1511 : « Ne botar 
aucune especi de bestiar... despuch Los Gausserans de qui à le punie 
deudit Bocaou debert la grand mar océane. » Elle est tout aussi 
nettement désignée dans la délibération du -21 mars 1516 {Reg. 
gascons, t. II, p. 106), portant défense de mettre aucun bétail dans 
les sables et terres appartenant à la cité « despuch los Gosseranz, 
de qui à le Punte deu Vocau, enter la grand mar et l'arriueyre 
l'Ador ». Ainsi, la pointe dont il est question dans tout le présent 
alinéa, c'est la langue de terre allant de Bayonne à Port-d'Albret, 
et le canal qui la longeait, c'était l'Adour, nommé encore Vichenau 
dans la délibération du 13 août 1447 2 et dans N celle où fut décidée 

1. Anciennes Coutumes de Bayonne, 1273, art. 109. — On trouvera ichenau 
à la fin de la présente page et au sommet de la p. 307. 

2. Voyez Balasque, t. III, p. 487, et la note précédente sur 1273. 



APPORT DU POISSON A BAYONNE 289 

en 1510 une expédition armée contre Capbreton 1 . Les Gausserans 
étaient les pâturages d'Ànglet et de Bayonne. 

Soit par l'alveolus. C'est-à-dire soit par la petite fosse. Où était 
celle-ci? Hossegort, de hosse (fosse) et peut-être de l'augmentatif 
hort (très, beaucoup, fort), dégénéré en gorl pour la prononciation, 
était la Grande fosse du remous que l'Adour formait avant de revenir 
sur lui-même tomber à l'océan sous Capbreton, tout comme plus 
tard l'étang de Moïsan fut creusé par le même remous 3 kilo- 
mètres au nord de la nouvelle embouchure de l'Adour tombant au 
Vieux-Boucau. Par opposition, on avait plus bas, à Capbreton, 
au sud-ouest de Hossegort, formant un autre coude beaucoup moins 
accentué, la Petite fosse. Il paraît tout indiqué qu'elle se trouvait 
au lieu dit Manguenau. Après 1578 (les eaux du pays de Maremne 
continuant à s'écouler à la mer par le Vieux-Boucau), le trafic de 
la pêche à Capbreton contribuait, à l'aller et au retour des marins, 
à faire combler, ensabler le lit de l'Adour « à l'endroit du lieu appelé 
Manguenau, à cause de l'abordement que ceux qui vont à la pêche 
du Goulf font illec » 2 . Manguenau et la Petite fosse devaient repré- 
senter un moignon ou reste de l'Adour détruit à la plage de Cap- 
breton vers 1310, moignon ou cul-de-sac par lequel on voulait relier 
enfin les eaux douces à l'océan. De la Petite fosse, dans d'intervalle 
de 330 ans allant de 1310 à 1640, les pêcheurs capbretonnais avaient 
à se rendre « par-dessus les sables » 3 à la plage, avec barques et 
engins, cause compréhensible de leurs aspirations anciennes, consi- 
gnées dans l'enquête de 1491, à reconquérir le débouquement de 
l'Adour. Cette Petite fosse de Manguenau, c'est la seconde des deux 
voies dont parle le titre royal; la première, c'étaient les eaux de 
l'Adour tombant à Port-d'Albret, car le texte d'Edouard TU indique 
d'une manière formelle, en 1328, deux chemins pour gagner l'Atlan- 
tique depuis Capbreton. Manguenau et la Petite fosse ont certaine- 
ment disparu dans le lit du chenal (le petit havre actuel de Cap- 
breton), autorisé en 1635 et ouvert en 1640 4 . 



1. Voyez Bull, de la Soc. des Sciences et Arts de Bayonne, 1884, p. 216. 

2. Arch. de Capbreton, BB 2 (1594). — Hossegort prenait jadis le / final. 

3. L'ordonnance royale du 6 février 1511 confirme aux Capbretonnais la 
faculté de « pescher en mer sans aucun empeschement et retirer leurs prinseb, 
filletz et pinasses par dessus les sables depuis la mer jusques audit Capbreton ». 
Elle paraîtra plus loin, au paragraphe Juridiction de Bayonne. 

4. Bayonne s'opposait à ce travail sans cesse recommencé. En 1604, les 
Bayonnais viennent encore voir et visiter le nouveau canal au lieu appelé 
Manguenau... Et en 1611, 1612 et 1613, les officiers de la ville de Bayonne se 
transportent sur le lieu de Manguenau au sujet du creusement de la rivière. 
(Voyez Saint-Jours, Cap-Serbun, Labenne et Capbreton, p. 126, et Propriété 
des dunes, pp. 22 et s.) 

19 



290 LE LITTORAL GASCON 

OU QUI IDE LA MER RETOURNENT VERS LE LIEU de le punie. Les 

trois mots gascons de le punie ont ici une signification autre qu'à 
l'avant-dcrnier alinéa ci-dessus. Il s'agit cette fois du lieu, de la 
petite localité de la Pointe de Capbreton, ainsi que le rédacteur du 
texte Officiel s'est attaché à le faire ressortir : versus partem de 
le punie, de cette Pointe (localité) jadis bâtie au bord de l'embou- 
chure du fleuve bayonnais et où, d'après l'ordonnance de 1255, 
devait arriver, du côté du Labourd, «tout homme qui, entré dans 
la mer salée pour pêcher, en sortira avec du poisson. » On ne reve- 
nait plus de l'Atlantique, en 1328. par l'issue qui se trouvait pré- 
cédemment à la Pointe même de Capbreton : la tombée à la mer 
était passée 16 kilomètres plus au nord, au Plecq, devenu Port- 
d'Albret. En 1255 on disait : « Tout pêcheur qui sortira de la mer 
doit arriver à la Pointe devant les cabanes du côté de Labourd. » 
En 1328 on dit : « Les pêcheurs qui de la mer retournent vers le lieu 
de la Pointe. » Ces derniers mots paraissent impliquer tout un trajet 
à parcourir dans ce mouvement de retour vers la petite localité de 
la Pointe, rive droite, les cabanes étant sur la rive gauche. 

Il est naturel de trouver pour seule cause du conflit de 1328-1332 
l'exigence de Bayonne à recevoir sur sou marché le poisson péché 
sur la partie de sa côte qui avait été prolongée vers le nord par le 
déplacement de l'Adour, alors arrivé au IVÎarensin; car juste deux 
siècles plus tard le Qorpa de ville, persistant dans Bes revendica- 
tions anciennes, rendait deux nouvelles décisions sur l'apport obli- 
gatoire du poisson à Bayonne. Le 3 février 1627, il était l'ait «inhi- 
bition et défense)) de vendre ailleurs qu'à Bayonne le poisson pris 
dans l'Adour et la Nive, juridiction de la dite cité, qui s'étend du 
Boucau à Hourgave. En octobre de 1;» même année 1527, il était 
défendu de jeter des Mets au Boucau près de l'embouchure de 
l'Adour, pour ne pas effaroucher le poisson qui entrait, et il était 
mandé à tous les pêcheurs qu'ils eussent à porter le poisson de vente 
à Bayonne, suivant Les établissements sur la matière 1 . 

1315, G oetob. Sous cette date, j'avais enregistré dans Port-d'Albret, patres 
211-215, et au Bulletin de Borda, 1903, page 17, une plainte portée auprès 
d'Edouard II d'Angleterre, par Pierre 'If Castelnau. relativement à une localité 
que Thomas Carte, dans ses Rôles gascons, nomme Bucoo, en l'identifiant par : 
«Boucaut aux grandes landes. » A la table, Carte écrit le nom : Bucoum. Comme 
d'autres avant moi, j'avais vu là le Boucau oVAlbret, malgré rembarras d'y 
trouver le seigneur de Castelnau-Tursan. M. l'abbé V. Foix me mit efl garde 
contre ce Bucoo, dans lequel il voyait plutôt Boucoue en Tursan. Plus tard, en 
effet, en m'occupant d'écrire La bastide de Geaune en Tursan, j'ai trouvé dans 
les Glanages de Larcher, volume XXI, bibliothèque de Tarbcs, une estimation 

1. Registres gascons de Bayonne, t. II, p. 478 et 488. 



l'adour prolonge son cours en 1310 291 

dressée en 1339 par ordre de Philippe de Valois et portant ce passage : « In 
herbadgio Boconœ extimato XV solidos morlanorum... » Ce Boucoue était un 
quartier de Pimbo, domaine de Pierre de Castelnau-Tursan. Le texte ne se rap- 
porte donc pas à l'Adour. 

1313. On trouve en 1313 deux lettres d'Edouard II ^relatives à 
l'Adour. L'une, du 20 janvier (De obstructione de la Dore...), a été 
considérée par erreur comme intéressant le débouquement de l'A- 
dour, alors qu'elle se rapportait à des nasses ou pêcheries empê- 
cha njt les vivres de descendre du haut pays vers Bayonne. La seconde 
lettre, du 13 mai, est relative à une nasse ou pêcherie « qu'un 
certain Pierre-Arnaud de Villa a récemment construite dans les 
eaux de l'Adour et qui gêne en bien des manières l'entrée des navires 
vers la cité de Bayonne » l , 

1313 aussi. « L'entrée de l'Adour commençait déjà à être fort 
embarrassée par les sables. Edouard II, en 1313, ordonna quelques 
travaux de précaution. On attribuait dès lors les progrès de cet 
encombrement aux mêmes causes qu'aujourd'hui, c'est-à-dire au 
peu de pente des eaux 2 . » — L'embouchure de l'Adour ayant été 
complètement détruite sous Gapbreton, il semble qu'elle n'était 
nullement protégée par des travaux d'art. Cette rude épreuve 
éveilla la sollicitude de l'autorité administrative et du pouvoir 
royal, et pour cette raison, il semble bien qu'en 1313 l'orifice marin 
du fleuve se trouvait au Boucau d'Albret, où il était l'objet de 
mesures préventives. 

1312. Il ne peut être présenté à cette date qu'une présomption, 
mais il y a présomption très sérieuse, au vu du testament du car- 
dinal Godin, qu'avant 1312 et à 36 kilomètres de leur ville, il fut 
concédé des lots de terrain à des Bayonnais, sur Messanges. Dans 
ce cas, l'Adour était déjà au Boucau d'Albret antérieurement à la 
promotion du cardinal Godin, qui date de 1312. (Voyez 1335, plus 
haut.) 

Au sujet de la partie inférieure de l'Adour, il y eut neuf établisse- 
ments bayonnais espacés et se rapportant aux neuf années 1210, 
1255, 1273, 1289, 1292, 1296, 1298, 1304 et 1306. Ensuite, subite- 
ment, comme si l'on se fut réveillé d'un cauchemar, on trouve trois 
établissements du même jour 29 juillet 1307 : 

N° 157, défense de construire des navires au-dessous de cent 
tonneaux; 

1. Rôles gascons, pour ces deux lettres d'Edouard II. 

2. Nouvelle chronique de Bayonne, p. 58, par Bailac (1827). 



292 



LE LITTORAL GASCON 



N° 158, monopole du fret réservé aux navires de Bayonne (anv- 
plifîcation d'un établissement de 1298, n° 100, sur le bois à l'expor- 
tation) ; 

N° 166, interdiction de couper du gourbet et d'arracher du chien- 
dent sur les dunes littorales; la circulation des deux mêmes végé- 
taux est interdite entre Bayonne et Capbreton. 

Soit trois choses qui ont un lien dans les préoccupations de garder 
le trafic maritime pour Bayonne et la nécessité de conserver jusqu'à 
Capbreton les dunes longées par le fleuve, dont on espérait ramener 
l'embouchure vers le sud. 

Il faut ensuite, de 1307 en deçà, franchir plus de cent numéros 
et arriver à Y établissement n° 278 pour entendre, comme venant du 
lointain, le nom de l'Adour inférieur prononcé dans cette forme 
nouvelle quasi sombre et sans date : « Bocau de la grand mar. » Cette 
expression désignait Port-d'Albret. 

Le déplacement de l'Adour pouvait donc être déjà effectué lors 
des trois établissements du 29 juillet 1307; la tempête d'équinoxe 
de mars avait peut-être, cette année-là, rasé et nivelé la plage en 
comblant l'estuaire capbretonnais. 

La rencontre poursuivie par recherche ascendante des années est 
atteinte : l'embouchure de l'Adour est passée de Capbreton au Vieux- 
Boucau (Port d'Albret) en 1307 ou en 1310. On sait positivement 
qu'elle n'y était pas encore le 15 juin 1300, date du statut de 
Maremne, dans lequel on lit que ce petit pays s'étend du ruisseau ou 
arriou de Bouret (Capbreton-Soorts) au ruisseau de Pinsolle (petit 
fleuve côtier du Vieux-Boucau). 



A quelle allure et dans quel espace de temps le prolongement du 
fleuve et le déplacement de son embouchure s'efïectuèrent-ils? 

S'il a existé un écrivain respectable, c'est bien le chanoine Veillet, 
de Bayonne. On le voit préoccupé du soin d'indiquer les références 
et de porter des preuves tant qu'il en existe. Mais, né en 1639, 
soixante et un ans seulement après le détournement de l'Adour, il 
resta imprégné de la légende alors vivace et qui persiste à le rester. 
Elle est formée d'ingratitude et de dénigrement. « Cette rivière de 
l'Adour allait, dit Veillet, en serpentant vers le nord autour de 
montagnes de sable, se déboucher à sept lieues de distance, à un 
endroit appelé le Boucau vieux... Il ne pouvait entrer que de très 
petits vaisseaux de 25 à 50 tonneaux... Durant que l'embouchure 



l'adour prolonge son cours en 1310 293 

de l'Adour était au Boucau vieux... cette rivière ne venait qu'en 
serpentant et par une petite ouverture 1 . » 

La tradition verbale ne fut pas seule à informer Veillet dans ces 
six lignes datant des environs de 1700. Plus d'un demi-siècle avant, 
deux grands écrivains des Basses-Pyrénées en publiaient autant : 

« Il y a deux cents ans que d'immenses tas de sable apportés par 
les vents et la mer qu'agitait une tempête 2 , encombrèrent l'embou- 
chure de l'Adour, qui se jetait dans l'Océan à trois milles de Bayonne 
et arrêtèrent son cours comme l'aurait fait un môle... Cependant, 
le fleuve s'ouvrit peu à peu une nouvelle embouchure près du village 
de Messanges, connu maintenant sous le non de Vieux-Boucau 3 .» 

« Cette embouchure était, du temps de ces anciens écrivains (Stra- 
bon, Lucain, Ausone), courbée et repliée du côté de Cap-Breton, et 
se dégorgeait dans l'Océan en serpentant doucement par V étendue de 
six lieues depuis Baione jusqu'à ce bourg du Boucau, qui en retient 
encore le nom 4 . » 

Depuis Veillet, la tradition légendaire ne s'atténue pas : « Ces 
digues de sable obstruèrent le cours de l'Adour, inondèrent Bayonne 
et les campagnes voisines; les moissons furent perdues; le bétail 
et les marchandises périrent sous les eaux; enfin, tout le pays aurait 
été englouti dans un naufrage commun, si le courroux du ciel n'eût 
été désarmé par les prières publiques. La Barre, qui depuis trois 
cents ans était navigable, resta fermée pendant deux siècles. Les eaux, 
qui submergeaient une vaste étendue de terrain, prirent d'elles- 
mêmes leurs cours, et s'ouvrirent un passage près le village de 
Cap-Breton. Ce lieu, où les eaux trouvèrent une issue, s'appelle 
actuellement le Vieux-Boucau 5 . » 

Puis on nous montre les eaux de l'Adour « courant parallèlement 
à la côte, et plus ou moins parzsseusemenl jusqu'au delà de Cap- 
breton... Depuis trente ans (en parlant de 1556), le trafic maritime 
est à peu près interrompu, les eaux de l'Adour ne trouvant plus 



1. Recherches sur Bayonne, pp. 179 et 181,édit. de 1910. Veillet (mêmes pages) 
considérait l'Adour comme étant passé directement de Bayonne au Vieux- 
Boucau. 

2. Sur ce préjugé, voir plus haut pages 62, 66 et 83-85. Les sables atterrissent 
pendant la belle saison; ils sont rasés et enlevés par les tempêtes. 

3. Oïhénart, qui écrivait en 1636, cité par Thore, Promenade, p. 118. — 
Oïhénart, copié par Veillet, ignora le port de Capbreton. Il en fut de même 
pour Marca. 

4. Marca, qui écrivait en 1640, Histoire de Béarn, p. 28: Ce «courbée et 
repliée » est certainement inspiré par la description de Lucain dans ses deux 
vers consacrés à l'Adour. 

5. Masein, Essai historique sur la ville de Bayonne, édit. 1792. — Passage 
déplorable 1 






294 LE LITTORAL GASCON 

qu'un écoulement irrégulier qui rend la navigation impossible 1 . » 
La phrase est imaginaire. 

A l'heure actuelle, plus de six siècles après qu'eut lieu la catas- 
trophe de Gapbreton, et contrairement à ce qu'on vient de lire, il 
y a preuve matérielle d'ordre géologique, au Vieux-Boucau, de la 
subite arrivée de l'Adour à allure torrentueuse et à large front. 

Le fait se lit principalement aux lias du Vieux-Boucau, qui com- 
mencent franchement à 300 ou 350 mètres au nord de la mairie. 
Lias est un terme géologique anglais désignant les couches mar- 
neuses et argileuses. Depuis 1310, sans doute, époque du régime 
anglais, ce nom de lias se dit au Vieux-Boucau de jardins d'une 
quinzaine d'hectares d'un seul tenant qui sont remarquables. Sur 
ce point, le sol de dune et de lande fut tellement rasé, puis aussitôt 
comblé et fécondé par l'alluvionnement marneux du haut Adour, 
qu'on est émerveillé de voir chaque été les cultures plantureuses 
de nos lias, lesquels, malgré la baisse générale des eaux douces qui a 
amaigri des terres voisines, restent d'un rendement rémunérateur, 
notamment par une espèce d'oignon rouge doux et de conserve très 
demandé. Nulle autre part il n'y a sur la côte de lias pareils à ceux 
du Vieux-Boucau, qui se prolongent un peu sur Messanges. LeÈ 
lieux parlent clairement. On n'y trouve aucune dépression de ter- 
rain ni aucun petit ruisseau pouvant faire soupçonner l'existence 
d'une ancienne lagune, dont le limon, d'ailleurs, n'aurait ni coloré, 
ni Fertilisé le sable de la manière qui se voit aux lias. Je crois en 
avoir acquis l'exacte conviction en examinant à ce point de vue, 
à Soustons, le sol plus léger des jardins laissés à l'ouest de ce bourg 
par le retrait de l'étang, depuis que l'arrivée de l'Adour ouvrit aux 
eaux un libre et large cours. Les eaux de l'étang se maintiennent 
basses, aujourd'hui, grâce à la protection assurée à l'orifice marin 
du Vieux-Boucau par la jetée dite digue à la carte ci-contre. 

On voit déjà ce qui a dû se passer. A 1.200 mètres de l'Atlantique, 
les torrents de l'Adoifr débordé tombèrent dans la vallée du petit 
fleuve côtier des eaux de Soustons, à Fray, en Pinsollr -. A cette 
rencontre ou cette chute 1 les flots de l'Adour se cabrèrent et le 
bouillonnement fut tel, en apparence, que sur le lieu il reste un trou, 
un semblant d'étang comme on n'en trouve pas de pareil sur les 

1. Registres franc, de la ville de Bayonne, préface, pp. xxxi et xxxv (1901). 

2. Voyez la carte de la page 33 pour la situation actuelle. Antérieurement, 
les eaux de Soustons coulèrent vers et par l'étang de Pinsullc jusqu'en 1739. 
A cette date, elles furent conduites plus directement du côté de la mer, depuis 
l'angle droit inférieur de la carte ci-contre, par le creusement du « chenal ro\ al », 
qui partait de la Barthasse, au moulin du Plecq ou de Pinsolle. (Voyez p. 352.) 







» > 



"33 <d 
m en 

T5 fl 



-co o "^ 

t a êïs 

.S ^ 4> <L> .03 
-< g t< tn 

- -a 5 S g 

CT | "fi T3 S 
o I 



2 & 

t-i o 



o ^_ 



ODCun « 
» S n § ^ 

S sot; 

o — * >a> as 

ai C" û^ 

P ° g § ^ 

9 « ■*> S .S 



T3 fl CD — ' S 

"S -2 ° -2 .2 



O s- s- 



fc, ^ v X xi 



3 co 
o '- 1 



<u o 



■o-Sg 



2 S * % 



c — 



■S d ^ T5 .« 

8 - m ° 

M bc </> , 1 

c „ "S I 

« - s . . 

ï -CO >v S O 

Cî -T £> -2 73 

£ « « c c 

£ S C 3 



Échelle rrôôô 



296 LE LITTORAL GASCON 

16 kilomètres du fleuve prolongé. Tandis que les flots en migration 
dépassaient aussitôt l'obstacle de 2 kilomètres droit au nord, ce 
qui montre leur élan et leur poids, il y eut, vers l'ouest, commen- 
cement d'appel à la mer, le cataclysme s'arrêta vite et les eaux 
décrivirent un remous en s'incurvant à gauche et en arrière pour 
venir choir à l'orifice marin de Soustons, déjà agrandi. C'est en décri- 
vant ce premier mouvement de coude et de retour que l'Adour 
rejeta au tournant d'arrêt l'alluvion qui a fécondé nos lias, dont 
la fertilité dure depuis six siècles. S'il n'y avait pas eu tempête, s'il 
n'y eut pas eu descente torrentueuse des eaux, nous n'aurions pas, 
au Vieux-Boucau, les lias, nom conservé au seul terrain d'alluvion, 
pendant qu'au bourg les carrés de terre à légumes se nomment sim- 
plement jardins (cazaoas). Nos lias disent encore qu'à l'heure où il 
se prolongeait depuis Hossegor, l'Adour avançait en torrents tenant 
un assez large front. Son lit désordonné, se tassant, dès le premier 
arrêt, vers la gauche (ouest), abandonna sur la droite un espace de 
300 à 350 mètres est-ouest, dont les trois quarts sont restés lias 
(partie orientale), le reste étant devenu une grève ou butte formée 
par le flux marin. L'assise supérieure de cette ancienne grève est 
formée de sable mêlé de coquilles, de gravier et de petits cailloux 
qui ont dans la question, à l'égard des lias simplement composés 
de terre à couleur foncée, la valeur de fossiles survenus peu après 
le cataclysme et portant témoignage. Cette butte ou grève séparant 
les lias de la rade fut et reste en bonne partie complantée de vignes 
et montre que l'abondant alluvionnement, isolé à l'intérieur, date { 
du premier moment de l'arrivée du fleuve bayonnais. 

Le vin de sable a le bouquet de violette ou de framboise appro- 
chant du volnay ou du pommard de Bourgogne. Sur la butte mêlée 
de cailloux et de coquilles il a, par stricte exception, un petit goût 
de terroir tirant sur la pierre à fusil. C'est encore là un indice, soit 
pour la bande dite butte, soit pour la terre des jardins-lias, que 
chacune des deux parcelles représente une assise de sol nouveau, 
survenue il y a six siècles. 

Dans le bourg du Vieux-Boucau, jusqu'à son extrémité orientale 
marquée par la voie ferrée, quand on creuse des puits ou qu'on 
fouille le sol, on rencontre à très faible profondeur des coquilles et 
des cailloux comme ceux du bord de la rade, mais ce n'est que plus 
loin, plus au nord, qu'on trouve l'alluvion rejetée au coude par le 
mouvement d'arrêt des eaux de 1310. Cette absence de dépôt en 
route confirme qu'il n'y eut ni lenteur ni indécision dans la phase 
du déplacement du fleuve. 
Après le premier mouvement qui vient d'être expliqué, le remous 



JURIDICTION SUR l'âDOUR 297 

de descente de l'Adour creusa lentement la rade du Vieux-Boucau, 
à l'image de celle de Hossegor, jusqu'à plus de 3 kilomètres au 
nord du bourg et de l'embouchure, ce que montre la carte ci-contre. 

Au lieu de serpenter, le lit de l'Adour prolongé est en ligne droite 
depuis Gapbreton. Ceux qui ne l'ont pas parcouru peuvent voir son 
tracé sans courbes appréciables à la carte de Cassini, dont les pre- 
miers travaux de triangulation sur notre littoral datent de 1737 1 : 

Cette l'orme de la rade de Capbreton se reproduisant à environ 
neuf mille ans d'intervalle au Vieux-Boucau, sur une même super- 
ficie et à égale distance de la mer, est un phénomène remarquable. 
Il témoigne de la fixité de la côte, comme le font beaucoup plus au 
nord les fours de potiers préhistoriques. 

Deux constatations ressortent du l'ait qu'il y eut débordement 
torrentueux de l'Adour en 1310 : 

1. Si le fleuve bayonnais n'était pas ainsi arrivé subitement au 
Vieux-Boucau, ses eaux auraient atteint en deux jours au plus tard 
un niveau assez élevé pour être ramenées à la mer, sur la plage de 
Capbreton, en une journée ou deux de travail, soit le troisième 
jour de l'oblitération ou dès que la mer se serait un peu apaisée. Il 
est évident qu'un orifice marin (voyez la carte de la page 85) ne 
peut être détruit par le plateau de sable nivelé qu'au moment où 
la marée approche de son point culminant; l'oblitération accom- 
plie, des vagues, s'il y a mer grosse, passent pendant deux ou trois 
flux encore par-dessus le plateau de sable et vont se déverser dans 
le bassin emprisonné et comblé d'une marée. 

2. Le débordement subit et rapide vers le nord, tout en laissant 
voir pourquoi Capbreton n'avait pas péri sous les eaux, montre 
que, entre les dunes riveraines de la mer et les dunes primaires 
perpendiculaires, la vallée où se prolongea le fleuve était ouverte 
et plate, comme elle l'est ensuite plus au nord sur Messanges et 
Moliets, le long de la région où la mer ne dépose plus que des sables 
de calibre lourd, lesquels ne franchissent guère les premières buttes 
littorales (carte de la page 32). 

Rasé par le torrent impétueux de 1310, l'emplacement du bourg 
du Vieux-Boucau devint très vite grève de sables marins avec 
cailloux et coquilles, puis sol habité. 

Juridiction de Bayonne sur l'Adour. — Bayonne resta pauvre 
et peu peuplé jusqu'au moment où, en 1120-1121, la ville fut affran- 
chie du servage à l'instigation de l'évêque Raymond de Martres. 

1. Lettre de l'intendant Claude Boucher, Arch. de la Gironde, C 2411. Cité 
par Cuzacq. 



298 LE LITTORAL GASCON 

En devenant besins ou voisins, c'est-à-dire citadins, les artisans et 
les commerçants, accourus en partie du dehors, ouvrirent dans la 
ville une ère de prospérité. Un autre événement considérable datant 
de 1152, celui de la domination anglaise à la suite du second mariage 
d'Éléonore de Guyenne, permit à Bayonne de se mettre en marche 
« d'un pas rapide dans la voie de la prospérité matérielle et de la 
culture morale» 1 . L'Angleterre devint un grand débouché pour la 
marine et le commerce bayonnais. 

De ce jour, avec une hardiesse extraordinaire, la ville de Bayonne 
mit en œuvre toutes ses forces pour devenir une cité puissante et 
riche. Par quatre établissements municipaux de 1255, 1289, 1296, 
1298, qui paraîtront plus loin, elle s'attribua nettement toute auto- 
rité sur l'Adour, sur les pêcheurs d'eau salée et d'eau douce, sur le 
fret, et aussi sur la vente des grains et des victuailles, laquelle ne 
pouvait s'effectuer que sur le marché de Bayonne. 

En 1302 se déroula un retentisssant procès. On était à l'époque 
où les Bayonnais s'en donnaient « à cœur joie de légiférer en toute 
matière indistinctement, selon leur bon plaisir, sans même respecter 
les droits du roi » 2 . 

«Selon leur bon plaisir! »' C'est un magistrat de Bayonne qui le 
dit. Capbreton, où il était désormais permis de bâtir, voulait, tout 
on se développant, conserver sur l'Adour et à Bayonne les privilèges 
dont il jouissait. Loup-Bergond de Bord eu tenait alors le château 
et le gouvernement militaire de Bayonne. Il délégua à la prévôté 
son adjoint Pélegrin deBordeu. Celui-ci, dès son entrée en fonctions, 
prétend assujettir les gens de Capbreton au payement de la cou- 
tume, dont les voisins ou citadins de Bayonne BOnt affranchis. Cap- 
breton résiste. Ses prétentions finissent par être portées devant 
des juges réunis à la rive droite, au Saint-Esprit, sur la terre de 
Seignanx, suivant prescription d'Amauri de Créon, Sénéchal de 
Gascogne. Le tribunal, qui offrait toutes les garanties désirables 
pour sauvegarder les intérêts de Bayonne, «'-lait composé de : 

Loup-Bergond de Bordeu, gouverneur militaire de Bayonne; 
Dominique de Mans, évêque de Bayonnr : 
Raymond Durand, maire de Bayonne; 
Vital de Sen>s, bayle de Labenne. 

1. Voyez Balasque, Etudes historiques, I, pp. 01 et, 139. L'essoï que prit alors 
Bayonnr se trouve marqué en 1174 dan^ une charte du duc d'Aquitaine, qui 
parle dé 1120, « quent Baione comensa a hedificar. » (Arch. de Bayonne, A A 1 1 , 
p. 7; — Balasque, 1, p. 415.) 

2, Balasque, t. II, p. 660. 



juridiction sur l'adour 299 

Devant ces arbitres, soixante-douze témoins capbretonnais, munis 
pour tous titres de la foi vive de leur serment de partie intéressée, 
vinrent jurer d'une voix unanime que de temps immémorial ils 
étaient en possession du droit de charger et de décharger leurs 
navires au lieu de Gapbreton sans payement (au demandeur) d'au- 
cune redevance, et qu'à Bayonne également, pour leurs ventes et 
achats, ils jouissaient de la franchise comme les citadins de Bayonne. 
Leur sincérité fut reconnue, ils obtinrent gain de cause et la ville 
de Bayonne fut déboutée de ses prétentions. 

Sur les trois plus hautes autorités de Bayonne, deux, sinon les 
trois, condamnaient par le fait les prétendus droits que leur ville 
s'arrogeait sur les eaux de l'Adour et les populations voisines 1 . Il 
faut souligner ce fait capital, souligner aussi que Bayonne ne tint 
aucun compte de la sentence solennelle de 1302 et continua à s'al- 
tribuer sur la région un pouvoir souverain. 

Le premier règlement municipal connu sur la juridiction et la 
police de l'Adour en faveur de Bayonne est celui de février 1255 
(établissement n° 31). Il débute en disant que les dispositions de 
cette ordonnance municipale découlent de franchises accordées à 
la ville de Bayonne par un ancien seigneur de Bayonne. En celui-ci 
on a voulu voir Bertrand, vicomte de Labourd 2 , qui exerça son 
autorité de 1123 à 1169. Mais Bertrand a laissé des chartes, dont 
un accord des environs de 1130 avec l'abbé de Sordes sur la pêche 
du port d'Urt, une sorte de règlement sur ce que chaque habitant 
devait, à sa mort, laisser à l'église, ensuite la coutume du droit de 
magasinage 3 . Pourquoi en un sujet autrement grave et s'étendant 
à la police absolue de l'Adour, le seigneur n'aurait-il donné à Bayonne 
que des concessions et des garanties verbales? On dut ainsi, en 
1255, aller invoquer vaguement telle autorité seigneuriale un siècle 
en arrière, parce que Bayonne n'avait plus de vicomte depuis 1178, 
date à laquelle cette ville fut rattachée directement à la couronne, 
les habitants se trouvant déjà qualifiés de chers citoyens par le pou- 
voir royal aux environs de 1170, comme il paraîtra à la page sui- 
vante. Il restait bien un vicomte des autres terres du Labourd, mai** 
Richard d'Angleterre acheta ce reste de vicomte du Labourd au 
dernier titulaire, Guillaume Bertrand de Sault, le 9 avril 1193 4 . 

1. Voyez Arch. de Capbreton, AA 2, et Balasque, t. III, pp. 4 et 5. 

2. Voyez Balasque, I, p. 142. 

3. Cartul. de Sordes, p. 29; — Balasque, I, pp. 120 et 397. 

4. Voyez Etablissements de Bayonne, n 08 5 et 10; — Balasque, t. I, pp. 179 
et 412; — J. de Jaurgain, Vasconie, t. II, p. 249, et L'èuâché de, Bayonne, pp. 59-60; 
— Etablissements de Bayonne, p. 16. 



300 LE LITTORAL GASCON 

Enfin, une charte du 19 avril 1215 (Livre des Etablissements, page 16) 
érigea Bayonne en commune. 

Ensuite, Bertrand était vicomte du Labourd. En cette qualité 
il possédait seulement la rive gauche de l'Adour et les eaux jusqu'à 
moitié largeur du fleuve. Les commissaires délégués du roi de Na- 
varre, chef de la maison d'Albret, l'ont rappelé sur les lieux, avec des 
critiques, en mai 1579 : « Bien que la baronnie de Seignaux soit 
limitée jusques à moitié largeur de ÏAdour, les blés, vins et marchan- 
dises que les habitants charrient par terre en lad. baronnie, les 
Bayonnais les contraignent à payer la coutume et s'appuient sur 
les commodités depuis Hourgave jusqu'au Boucal 1 . » 

Cette mention de confrontation est conforme au Livre d'or de 
Bayonne, où l'on trouve qu'en 1137 l'évêché de Dax avait l'Adour 
pour limites; conforme aussi au synode de Bayonne de 1577, où 
il est démontré que l'évêché de Bayonne reste borné au nord par 
l'Adour 2 . 

La question des droits revendiqués est facile à apprécier aujour- 
d'hui, grâce aux Bayonnais des générations présentes ou récentes 
qui, avec un soin filial dont on ne saurait trop les louer, ont public 
les archives locales les plus importantes, dans le but d'en assurer 
la conservation. Les privilèges accordés en l'objet à Bayonne par 
l'autorité souveraine se réduisent à ce qui suit : 

I. En 1120, Guilhem IX, duc d'Aquitaine, accorde aux voisins 
toute liberté de circulation sur une étendue de terriroire dont les 
limites furent fixées par approximation, d'après le trajet probable 
(aller et retour) que pouvait accomplir un piéton du lever au coucher 
du soleil. A la cathédrale Sainte-Marie, Guilhem octroie : 1° le droit 
de pâturage extra muros sur toutes les terres cultes ou incultes, avi c 
facilité d'y fonder toute sorte d'établissements agricoles; 2° le droit 
de pêche sur les eaux douces ou salées et celui de mouture, empor- 
tant le privilège d'établir des nasses ou pêcheries et de bâtir des 
moulins 3 . 

II. En 1170, environ, Richard, duc d'Aquitaine, octroie cette 
charte : « J'ai donné et concédé pour toujours, à mes chers citoyens 

1. Arch. nationales, R 2 93. — La Bidassoa, l'Adour, le ruisseau de Bouret, 
les fleuves côtiers de Soustons (Vieux-Boucau) et de Contis, autant de limites 
séparatives d'anciens pays, étaient des confrontations mitoyennes. On en trouve 
pour Contis une double preuve dans deux aveux et dénombrements du Marensin, 
Arch. nationales, R 2 105 et 112, et un autre témoignage dans un arrêt du 
parlement de Bordeaux rendu le 10 juin 1619. (Élection civ. Dax, au tribunal 
de Dax, sans date, mais du lendemain de la Révolution.) 

2. Voyez Balasque, t. I, pp. 116 et 285. 

3. Livre d'Or, p. 7; — Balasque, t. I, pp. 91, 92 et 402. 



JURIDICTION SUR i/ADOUR 301 

de Bayonne, les coutumes et les droits que Guilhem comte de Poi- 
tiers leur accorda lorsqu'il commença à édifier Bayonne, à savoir : 
Quiconque est déjà venu à Bayonne, ou y viendra dans la suite 
pour s'y établir, sache que toute franchise lui est octroyée, sur terre 
et sur mer, dans les landes et les forêts, tout autant qu'il pourra en 
parcourir (aller et retour) en une journée, sous la condition qu'après 
une résidence continue d'un an et un jour, il acquitte les droits 
accoutumés au maître du sol qu'il occupe, si toutefois il n'en est 
pas le propriétaire... J'octroie encore à tous les Bayonnais qu'ils 
puissent apporter leur pêche partout où ils voudront, sans payer 
de coutume, à moins qu'ils ne soient en société avec des étrangers, 
auquel cas ils acquitteront la coutume 1 . » 

En fait de navigation et d'autorité sur les eaux en général, les 
habitants de Bayonne obtenaient donc simplement : 1° le droit de 
pêcher en eaux douces et salées (ce qui ne peut pas impliquer un 
monopole ni une autorité à l'égard des pêcheurs non Bayonnais) ; 
2° droit de circuler sur un parcours qui peut s'effectuer aller et 
retour dans une journée, et cela en franchise, ce qui ne peut signi 
fier que ceci : sans payer aucuns droits de coutume ou de pacage, 
droits dus, toutefois, après un an de résidence; 3° droit de porter 
le produit de la pêche où bon semblera à tout pêcheur bayonnais; 
et s'il n'est pas associé avec des étrangers, il ne payera pas de 
coutume (droit d'octroi) aux endroits où le poisson sera débarqué. 

Mais si les habitants de Bayonne recevaient les faveurs person- 
nelles qui précèdent, le pouvoir souverain montre dans les quatre 
paragraphes suivants qu'elles ne devaient pas engendrer des pré- 
tentions préjudiciables à qui que ce soit. 

1. En 1276, malgré les résistances de Bayonne et les prétentions 
de cette ville sur les eaux et les vacants, le pouvoir souverain 
confirmait à Luc de Tanney, sénéchal de Gascogne, l'autorisation 
ou l'ordre de donner à fief ou à cens, autour de Bayonne, les eaux, 
îles et îlots vacants, lais et relais des rivières, à charge par les con- 
cessionnaires d'en verser la redevance annuelle à la caisse royale 2 . 

2. Edouard I er avait autorisé Guillaume-Arnaud de Saubaignac 
à établir une nasse à tel lieu de son choix, sur l'Adour, entre Hour- 
gave et Lahonce, à charge de payer à la caisse royale 15 livres bor- 
delaises par an. Les protestations et les démarches de Bayonne au 

1. Etablissements de la ville de Bayonne, n 08 5 et 10; — Balasque, I, pp. 179 
et 412. 

2. Bémont, Rôles gascons, n° 69, 5 juin 1276; — Balasque, Eludes historiques, 
U, p. 414. 



302 



LE LITTORAL GASCON 



sujet de Saubaignac et des autres bourgeois bayonnais qui reçurent 
de Luc de Tanney, à titre de fief, des pêcheries ou des emplacements 
au bord des rivières furent repoussées par le roi. A la même époque, 
d'autres empiétements du maire de Bayonne s'étant produits, 
Edouard d'Angleterre écrivait à ce magistrat municipal : « Nous 
vous engageons à vous contenter de vos droits, et à ne point em- 
piéter sur les nôtres. Si vous n'obéissez pas, Jiotre sénéchal, je vous 
en avertis, saura vous y contraindre *. » 

3. Une enquête de 1311 fit ressortir que dans le Labourd le roi 
avait la propriété directe des eaux et forêts, des déserts et vacants, 
et que les habitants ne pouvaient prétendre que des droits d'usage, 
consistant dans le pacage de leurs bestiaux et la coupe du bois 
nécessaire pour leurs habitations. Furent entendus plusieurs témoins 
nobles; «la plupart, paraît-il, avaient exercé la fonction de bailly 
royal en qualité de fermiers, ce qui, sous certains rapports, garantis- 
sait la sincérité de leurs aveux 2 . » 

4. En août 1409, une décision royale octroyait à Carlos de Beau- 
mont un droit de péage à percevoir sur l'Adour au passage des 
draps, vins, froments, bétail, cuirs. Bayonne en frémit de colère et 
de désespoir, dit Balasquc. Près de sept ans plus tard, en février 
1416, le roi donnait encore ordre de ne pas troubler ledit seigneur 
Carlos de Beaumont dans la perception de son péage sur l'Adour, 
près de Guiche 3 . 

On voit ce que pouvait peser la juridiction que la ville de Bayonne 
prétendait posséder sur l'Adour. 

Le droit de parcours ou de pacage en dehors des murs de la ville 
date de 1120 et doit être apprécié à celte date, le texte n'ayant pas 
reçu de modification. Ce texte ne prévoit que la simple circulation, 
sans laisser soupçonner aucun transport par eau, aucun passage 
sur eau. Je demande dès lors comment les Bayonnais auraient reçu 
la faculté de faire circuler leur bétail en pays de Seignanx et de 
(rosse, puisque la faveur, prévue sur l'étendue de territoire qu'un 
piéton peut normalement parcourir du lever au coucher du soleil, 
aller et retour compris, fut concédée au temps où il n'existait pas 
encore de pont sur l'Adour, au temps où le Petit Bayonne n'était 
pas construit. Le privilège ne devait être valable que pour le pays 
de Labourd; il ne pouvait, à défaut de complément de texte, avoir 

1. Bémont, Rôles gascons, n 08 384, 477 et 4062, des 29 mai 1280, 8 juin 1281 
et 15 nov. 1295; — Balasque. Etudes historiques, II, pp. 414 et 444. 

2. Balasque, t. II, pp. 305-309. 

3. Thomas Carte, Rôles gascons, pp. 193 et 200; — Balasque et Dulaurens, 
Etudes historiques, III, pp. 439, 444 et 454. 



JURIDICTION SUR L'ADOUR 303 

eu en vue que le pays de Labourd, d'après le § 3 de la page précé- 
dente. Le projet d'un pont sur l'Adour naquit seulement en 1124. 

En recevant le droit de pêche, Bayonne prétendait avoir obtenu 
un monopole et l'autorité de réglementer à son profit la pêche de 
tout le pays, en mer et sur l'Adour. En appliquant le même raison- 
nement à la tolérance du parcours exlra muros, le seul bétail des 
Bayonnais aurait eu le droit de parcours, à une journée de marche 
à la ronde ! Il n'y a rien d'excessif à présenter cette remarque, la 
tolérance du parcours et la tolérance de la pêche ayant été concé- 
dées par la même charte de 1120. 

C'est donc avec une hardiesse déconcertante que la munici- 
palité bayonnaise dressa les règlements groupés aux quatre para- 
graphes ou quatre catégories qui suivent : 

I. — Quand les pêcheurs reviennent de la mer, les marchands peu- 
vent leur acheter le poisson à la Pointe, sur le bateau. Mais défense 
est faite aux pêcheurs de vendre du poisson après avoir quitté la 
Pointe; ordre de le porter à Bayonne directement. Défense aux reven- 
deurs d'aller au-devant des poissonniers et d'acheter en route le pois- 
son de rivière ou de mer péché depuis Sordes, Dax et Hourgave, 
Fontarabie, Saint- Jean- de- Luz et Biarritz. (Etablissement n° 31, 
février 1255.) 

Tout poisson péché à la Pointe et à Biarritz sera porté à Bayonne. 
(Etablissement n° 90, 19 mars 1289.) 

L'apport du poisson au marché de Bayonne est obligatoire pour 
tous les produits de la pêche en mer depuis l'embouchure de l'Adour 
(Vieux-Boucau) jusqu'à Biarritz, et de la pêche en rivière depuis 
Hourgave et Sordes jusqu'à l'embouchure de l'Adour. (Corps de Ville, 
3 février 1527, 27-31 octobre 1527; Registres gascons de Bayonne, t. II, 
pp. 478 et 488) 1 . 

Défense de jeter des filets près de l'embouchure de l'Adour, pour 
m' pas effaroucher le poisson qui entre; tout poisson de vente doit 
être porté à Bayonne. (Registres gascons de Bayonne, t. II, p. 488, 
oct. 1527.) Remarquer que l'embouchure de l'Adour était alors à 
'M\ kilomètres au nord de Bayonne, en suivant le cours du fleuve. 

IL — Défense à toute personne d'acheter, pour la revente, froment, 
millet, seigle ni avoine, ni vin, ni aucune victuaille : de Bouret et du 
Boucau de la Pointe à Bayonne, de Hourgave, de Mouguerre, d'Usta- 
ritz et de Saint-Jean-de-Luz à Bayonne, de Saint-Martin-de-Seignanx 
à Bayonne. (Etablissement n° 70, 27 octobre 1296.) 

Défense à toute personne d'acheter poules ni chapons, ni oies, ni 
fromage, ni nulle autre viande alimentaire, pour les revendre, entre 
Bayonne et Saint-Jean-de-Luz, Ustaritz, Cap-de-Crabe (Landes), Urt, 
Hourgave, Saint- André-de-Seignanx et Bouret. (Etablissement n°.141, 
5 juillet 1315.) 

1. L'ordonnance royale du 6 février 1511, donnée page 307, paraît méconnue 
là au détriment de Capbreton, en ce qui regarde la pêche en mer par les barques 
passant par-dessus les sables. 



304 LE LITTORAL GASCON 

III. — Tout blé introduit par le boucau de la Pointe doit être 
déchargé à Bayonne. (Etablissement n° 105, 1 er août 1304.) — Une 
ordonnance royale régularisa et rendit obligatoire l'exécution de cet 
établissement pour les blés entrant par le Boucau ou descendant par 
l'Adour depuis Hourgave. (Juillet 1498.) 

Tous les couralins et bateaux portant des grains ou du froment 
doivent se rendre à Bayonne au port de Bertaco ou de Suzée. (Etablis- 
sement n° 128, 19 nov. 1306.) 

Nota. Aux Registres gascons de Bayonne, page 384, 27 mars 1504, 
on trouve que l'évêque de Dax, « et asso de graci especiau, » put 
obtenir de débarquer des barriques de vin de dîmes sur la rive droite, 
au Saint-Esprit, au lieu d'avoir à aller les déclarer et présenter sur 
la rive gauche. Aux mêmes Registres gascons, pages 220, 236, 256 et 
404 du tome II, 16 avril 1519, 11 janvier 1520 (nouveau style), 
1 9 mai 1 520 et 1 er octobre 1 524, figurent quatre autorisations octroyées 
à l'évêque d'Aire aux fins de mettre du blé et du vin en circulation 
sur l'Adour, rives du Labourd. L'évêque d'Aire fit appuyer certaines 
de ses demandes par de puissants seigneurs. 

IV. — Que nul voisin de Bayonne ou étranger ne sorte par le boucau 
de la Pointe des bois d'aucune sorte autrement que sur des bâtiments 
appartenant à des voisins de Bayonne ou affrétés par eux. (Etablis- 
sement n° 100, 18 janvier 1298.) 

Défense de charger du bois ou autres marchandises sur des navires 
étrangers tant qu'il reste des navires de Bayonne non affrétés. (Eta- 
blissement n° 158, 29 juillet 1307.) 

Que nulle personne au monde n'ait la hardiesse de charger des vins 
quelconques, ou de Bouret, ou de Capbreton, ou de Marensin, ou de 
nulle autre part, autrement que sur des navires de Bayonne. (Eta- 
blissement n° 441, 8 oct. 1447.) 

En 1770, deux ans avant l'arrivée de Louis de Foix, l'Adour 
est barré dans presque toute sa largeur au Trossoat (Boucau-Neuf), 
à l'occasion des travaux de détournement du fleuve. Les Capbre- 
tonnais présentent une supplique pour pouvoir décharger sur allèges 
à Capbreton, Bayonne refuse sèchement et entend que tous les 
navires se présentent au Trossoat avec leur chargement. Capbreton 
faisait cependant de grands sacrifices pour Bayonne en cette année 
1570, qui reparaîtra plus loin. 

En droit, la mainmise de Bayonne sur l'Adour entier, sur Gosse 
et S3ignanx, manque de base et reste injustifiable. Une décision 
municipale ne peut faire autorité que dans les limites de la cité. 
Sinon les localités voisines ont la faculté d'agir de même, et alors 
c'est l'anarchie, état dans lequel le droit n'existe que pour celui 
qui possède la plus grande somme de force brutale. 

C'est à l'ombre de cette loi du nombre que la mairie de Bayonne, 
qui pesa de tout son poids (même parfois à main armée) sur Cap- 






JURIDICTION SUR L'ADOUR 305 

breton *, édicta contre toute une région, sous sanctions pénales 
d'amende, de confiscation et même de destruction 2 , des règlements 
municipaux nombreux, dont les principaux viennent d'être énu- 
mérés. 

Avec un zèle et une énergie farouche remarquables et qui ne se 
relâchèrent jamais, Bayonne ne négligea donc rien pour — de son 
seul bon vouloir — : 1° s'attribuer juridiction et autorité absolue 
sur l'Adour depuis la mer jusqu'à Hourgave (Bec-de-Gave) ; 2° ré- 
server à ses navires le monopole des transports ; 3° faire de sa ville 
l'unique port et l'unique marché d'une région étendue. 

Par son établissement n° 441, du 8 octobre 1447, pages 416 et 417, 
Bayonne faisait défense à qui que ce fût de charger des vins de 
Bouret, ou de Gapbreton, ou de Marensin (Boucau d'Albret) sur 
des navires autres que ceux de Bayonne, en ajoutant : « Fo establit 
que si los dits de Gapbreton, de Boret, o de Marensin poden mustrar 
privilegi que ayen dou Rey. » 

La base du droit était là. Mais Bayonne se bornait à l'indiquer 
aux populations, tout en les asservissant jusqu'à 40 kilomètres de 
ses remparts et sans se soucier, au sujet de ses actes, s'il existait 
un pouvoir souverain. Le Livre des Etablissements de Bayonne, 
page in de sa préface, marque bien cette situation en nous mon- 
trant la « cité bayonnaise sous la domination le plus souvent nomi- 
native des rois d'Angleterre ». 

Un texte cité ci-dessus, page 300, précise qu. 1 l'Adour était une 
limite mitoyenne dont les eaux appartenaient jusqu'à moitié de 
leur largeur au Labourd (rive gauche), et aux pays de Gosse et de 
Seignanx (rive droite). Cependant Bayonne frappait d'interdictions, 
de formalités et de droits fiscaux la circulation le long de la rive 
droite. Sur cette question de circulation, Gapbreton soutint des 
procès contre Bayonne. L'évêque de Dax lui-même, on vient de le 
voir au groupement des règlements bayonnais, dut se pourvoir, 
en 1504, d'une autorisation de Bayonne pour faire circuler des 
récoltes sur la rive droite (eaux de Gosse et Seignanx) et les débar- 
quer sur son diocèse. Difficultés, contestations, procès se présen- 

1. Rôles gascons, l er -2 avril 1329; — Registres gascons, 25 octobre 1482; — 
Registres français, 10 novembre 1570, et novembre 1588, n° 118; — Arch. de 
Bayonne BB 6, p. 112, 25 juillet 1557: — BB 17, p. 60 (1601); — CG 305, p. 23 
(1601). 

2. « Lo baisset seri ars et peciat, » dit à son second alinéa rétablissement de 
février 1255, n° 31. — Deux rôles gascons des l er -2 avril 1329 nous montrent 
la mise à exécution de cette menace. La mairie de Bayonne envoya à Capbreton, 
pour protester contre des ordres du sénéchal, les sergents de la mairie et une 
troupe armée, «lesquels (Balasque, t. III, p. 174) s'emparèrent des barques des 
pécheurs et les mirent en pièces. » 

20 



306 LE LITTORAL GASCON 

taient fréquemment. Et Bayonne se maintenait « en possession ». 
Mais si cette ville avait dû, dès le xiv e siècle, être défenderesse au 
pétitoire contre les intéressés résolus de Gosse, de Seignanx et de 
Labenne-Capbreton, fortement cantonnés sur leur rive droite, sur 
leurs propres eaux allant jusqu'à moitié largeur du fleuve, et sur 
lesquelles ils naviguaient de tout temps, dans le passé et le présent, 
journellement et sans interruption, je demande où elle aurait pris 
et montré titre 1 . 

Les conflits marqués en deux notes de la page précédente se 
réveillèrent gravement au début du xvi e siècle. Les travaux qui, 
en conséquence de l'enquête de 1491, devaient ramener à Capbreton 
l'embouchure du fleuve ayant échoué, les Gapbretonnais, déçus, 
mais songeant, d'autre part, à leurs droits méconnus' de 1302, devin- 
rent entreprenants, voulurent faire port et charge chez eux et 
s'affranchir de la police des eaux de l'Adour telle que la compre- 
nait Bayonne. Il se produisit en 1510 des conflits très sérieux : 
« 4.000 hommes armés de la milice et des communes environnantes 
partirent pour Capbreton, escortés de petites pièces de campagne por- 
tées par des bateaux couverts. Le tout « pour réprimer les habitants 



1. Au sujet d'un jugement du gouverneur de Bayonne {établissement n° 29, 
11 octobre 1294), rendu par défaut contre les gens de Gosse et de Seignanx 
sur des questions de coupes de bois, de parcours de bétail, d'exploitations 
d'écorces pour tanneries, en territoire de ces deux petits pays, Balasque, qui 
était magistrat, dit à son tome II, page 526 : « Nous avons parlé avec détail 
des prétentions de Bayonne sur les pays de Labourd, de Gosse et de Seignanx, 
et de ce fameux privilège de Guilhem de Poitiers, confirmé par Richard Cœur 
de Lion, qu'elle opposait non seulement au roi, mais encore à tous ses voisins. » 
— En mars et avril 14G4 (établissements n 08 449-450), Bayonne envoyait, contre 
la souveraineté de la maison d'Albret, exercer le droit de juridiction sur Saint- 
Esprit et Saint-Étienne. — Par un acte de décembre 1584, Bayonne acheta 
de la maison d'Albret le droit de justice des deux mêmes paroisses du pays de 
Seignanx (Registres français, pp. xxx et 263-265). Cette fois il y avait titre. 
On voudrait voir titre aussi des droits de Bayonne sur l'Adour. Dans ce cas, 
Capbreton, toujours exaspéré et en procès, se fût sans doute calmé. — La ville 
de Bayonne n'avait, avant 1310, aucune prétention au nord du port de Cap- 
breton. Le fleuve ayant prolongé son cours à cette date, elle s'annexa la bande 
occidentale des territoires correspondants de Seignosse, de Soustons et du 
Vieux-Boucau, parce que l'Adour s'était ainsi allongé. Lorsque, en 1578, l'Adour 
fut détourné, c'est-à-dire supprimé sur Tarnos, Ondres, Labenne, Capbreton, 
Soorts, Seignosse, Soustons et Vieux-Boucau, la ville de Bayonne, parce que 
le fleuve fut ainsi supprimé par sa volonté, garda tout : ancien territoire, ancien 
lit de l'Adour et juridiction sur l'ensemble de ce 6ol dont Anglet, do son côté, 
revendiquait la langue de dunes, depuis des siècles, jusqu'à Capbreton. C'était 
de la part de Bayonne une suite de la logique observée depuis la mise au jour 
de rétablissement abusif de février 1255. Et Capbreton continua, jusqu'aux 
approches de la Révolution, à plaider contre la municipalité bayonnaise ou à 
recevoir d'elle des sommations, des «inhibitions et défenses ». 






JURIDICTION SUH L'ADOUR 30? 

de. Gap breton et de Marensin de leurs entreprises sur Yichenau 1 » 
(le cours de l'Adour). Les marins de Capbreton avaient à leur ser- 
vice de grosses pièces d'artillerie venues d'Espagne. Un navire 
chargé de marchandises aurait été brûlé, des pinasses furent enle- 
vées et il y eut d'autres dommages encore, du fait des Bayonnais. 
Le gouvernement — français alors — * intervint, mais en mécon- 
naissant les droits confirmés à Capbreton en 1302 (page 298). 

Tout en condamnant les Bayonnais à une réparation, il fut or- 
donné par le roi, le 6 février 1511, que les habitants de Capbreton 
ne pourraient, sans la permission de la mairie de Bayonne, et sans 
avoir payé les droits dus au roi et à la ville, charger ni décharger 
dans leur havre des navires soit à eux appartenant, soit étrangers, 
ni les y laisser séjourner et s'arrêter; que lesdits habitants auraient 
cependant la faculté de tirer de Bayonne les provisions qui leur 
seraient nécessaires, de charger et décharger, mais toujours en 
payant les droits, sur leurs propres navires ou ceux de Bayonne, 
les productions de leur sol, comme gemes, résine, encens, térében- 
thine, liège, tables (planches) de pin et cire 2 . Les considérants de 
l'ordonnance portent que « néanmoins les habitants de Capbreton 
avaient gecté plusieurs laetz dedans la rivière, fect peschières et 
naces sur icelle pour empescher que les navires ne peussent monter 
jusques à la ville de Baione ». 

Sur la pêche, la même ordonnance du 6 février 1511 porte «que 
ceux dudit Capbreton pourront pescher en mer sans aucun empes- 
chement et retirer leurs prinses, fîlletz et pinasses par-dessus les 
sables depuis la mer, jusques audit Capbreton », mais non aucune- 
ment en la rivière de l'Adour, ni y faire nasses et engins sans le 
congé et permission de la mairie de Bayonne, sous les peines en tel 
cas accoutumées. 

Dans l'application de l'ordonnance dont il Vagit, on voit par les 
neuf exemples suivants que Bayonne ne se piquait pas de généro- 
sité, même envers son maire. 

1° 6 mai 1511. La ville refuse à plusieurs maîtres de navires 
espagnols de charger des planches de pin et de la gemme à Cap- 
breton 3 . 

2° 15 janvier 1512. Esteben de Glairac, du Boucau, est condamné 
par Bayonne à une amende de cinq livres guianes pour avoir, à 

1. Bull. Sciences et Arts de Bayonne, 1884, p. 216, d'après Arch. de Bayonne, 
GC 340. (Voir p. 288, note 1.) 

2. Ordonnances des rois de France de la 3 e race, t. XXI, et Registres gascons 
de Bayonne, t. I, p. 574. 

3. Registres gascons, t. I, p. 466, n° 121* 



308 LE LITTORAL GASCON 

Gapbreton, embarqué au Gouf « cent et oeyt crestons », en passant 
ce troupeau par la rivière d'abord, par les sables ensuite 1 . 

3° 21 mars 1512. Autorisation de radoubera Capbreton le navire 
Nicolas, de Gapbreton, sous réserve qu'il sera ensuite ramené à 
Bayonne et mis à l'ancre selon les privilèges 2 . 

4° 12 mai 1513. J. de Baile, de Gapbreton, est autorisé à char- 
ger des marchandises sur le navire Barbe à Hossegor et non 1 à Gap- 
breton, sous réserve d'aller présenter à Bayonne lesdites marchandises 
sur baleaux de rivière, pour être ensuite ramenées à Hossegor 3 . 

5° 29 septembre 1517. Johan de Ponteilhs, de Soustons, est con- 
damné par la même ville à une amende « de dus escutz au soreilh, 
per so que a cargat dejus Gapbreton, 'en lo nabiu apperat la Michèle, 
de Baionne, lo nombre de XII tonetz de bin de Marensin contre lo 
édit et défense deu Rey » 4 . 

6° 25 juillet 1557. Les Bayonnais viennent s'emparer à hauteur 
du Plecq (Port-d'Albret) de trois navires capbretonnais charges, 
qu'ils emmènent à Bayonne 5 . 

7° 21 octobre 1570. En l'absence du chevalier Anthoine de Gra- 
mont, maire de Bayonne, les échevins firent arrêter, avec saisie d< 
leurs bateaux, blés et vins, des marins de Bidache, Game, Labas- 
tide et Urt, sujets du même chevalier de Gramont, parce qu'ils 
quittaient l'Adour pour s'engager dans la Bidouze. Sur les remon- 
trances du maire, le conseil délibéra à part et décida de maintenir 
les privilèges de la ville. « Par ainsi ne peuvent rien accorder ni 
discorder 6 . » 

8° 10 novembre 1570, « fut ordonné que le galion qui fut confis- 
qué à ung de Gapbreton sera vendu jeudy prochain à son de trompe 
pour evicter qu'il ne se périsse et se gaste, et l'argent employé aux 
affaires publicques 7 . » 

9° 1504-1524. Plus haut, page 304, on a vu cinq autorisations 
obtenues à titre exceptionnel par les évêques de Dax et d'Aire, à 

1. Registres gascons, t. I, p. 506. 

2. Idem, p. 511. 

3. Idem, p. 514, n° 171. — Un Bayonnais, Dominjon Daguerre, s'était vu 
imposer la même obligation pour un trajet double de celui de J. Baile. Le 
26 janvier 1612, il fut autorisé à charger au Plecq (lisez Vieux-Boucau) trente 
chars de résine, mais après que ladite résine aura été transportée sur barque <l 
chalands à Bayonne pour y faire port et charge, et sous réserve qu'ensuite le 
chargement sur navire s'opérera au Boucau en pleine rivière, sans qu'il soit 
fait port ni touché terre. (Mêmes Reg. gasc, p. 506, n° 161.) Voir p. 313, note 1. 

4. Idem, t. II, p. 120. 

5. Arch. de Bayonne, BB 6, p. 112; — abbé Gabarra, L'Ancien port de 
Capbreton. 

6. Registres fonçais, t. I, p. 25'2. 

7. Idem, p. 255. 



JURIDICTION SUR L'aDOUR 309 

l'effet de pouvoir transporter par eau leurs denrées de dîmes sans 
aller les présenter à Bayonne même. 

Avec l'ordonnance de 1511, Capbreton se vit juguler légalement 
dans les simples conditions où il se trouvait jugulé depuis deux 
siècles par la volonté discrétionnaire du plus fort. Mais cette fois 
il ne devait plus rester aux Capbretonnais qu'à s'incliner, puisque 
le pouvoir souverain s'était prononcé. En effet, l'ordonnance royale 
du 6 février 1511 laissait Bayonne en possession de la juridiction 
sur les eaux de l'Adour, des Gaves et de la Bidouze qui « vont 
entrer à la grande mer au lieu appelé le Voucault, par l'entrée duquel 
Voucault viennent et ont accoustumé venir les grands navires de mar- 
chandises en ladite ville et cité de Baionne, et que sur lesdites rivières 
les eschevins, manans et habitans ont la juridiction tant que le flot 
de la marée s'extand, depuis le lieu appelé Orgave, qui est à quatre 
lieues ou environ au-dessus d'icelle cité ». Ce fut l'aboutissement 
ou la conséquence inévitable d'une prise de possession abusive, illé- 
gale, qui ne fut pas détruite en temps voulu sous la domination 
anglaise. — Bayonne motiva en 1511 : Je reçois les grands navires. 

Capbreton, néanmoins, songeant toujours à la sentence à lui favo- 
rable de 1302, ne se résignait pas et lutta contre Bayonne jusqu'à 
la Révolution. Ce que Capbreton y gagna? La réponse relève de la 
moralité de deux fables populaires : Le pot de terre contre le pot de 
fer : Le loup et V agneau. Et rien ne rendrait mieux la physionomie 
de cette longue lutte que le colloque suivant de 1570, entre le duc 
de Gramont, gouverneur de Baronne, et Capbreton : 

Le duc de Gramont dit : Cette sentence de 1302 n'a pas été exécutée. 
— Réponse de Capbreton : Parce que, alors, Capbreton ne payait 
rien : donc il n'avait rien à exécuter, mais à continuer les traditions. 

Gramont dit : La confirmation de cette sentence n'a été ni publique 
ni enregistrée à la Chambre des Comptes. — Réponse : Il n'y en 
avait pas alors. 

Gramont dit : Il y a prescription. — Réponse de Capbreton : La 
communauté des habitants est « comme ung pupil contre lequel ne 
court prescription ». (Arch. de Capbreton, GC 7.) 

L'agneau du fabuliste répondait sur ce ton humble. Le loup puis- 
sant avait tendu l'oreille, mais répondu en croquant l'agneau. 

Toutefois, pour apprécier la rudesse et l'opiniâtreté intéressée de 
Bayonne, il faut se reporter aux mœurs d*u temps et à l'insuffi- 
sance d'organisation gouvernementale qui favorisaient l'égoïsme 



310 LE LITTORAL GASCON 

entreprenant du plus fort et laissaient trop souvent le faible désarmé. 
Si donc on scrute le degré moral des siècles lointains, il laisse voir 
qu'on ne se faisait pas scrupule en ce temps-là, pour le bien de la 
maison, de parler et d'écrire en méconnaissant la vérité et les 
notions de la justice. Bayonne civil s'était forgé des privilèges 
et des juridictions comme ailleurs on fabriquait des chartes fausses, 
telle la charte d'Arsius, pièce apocryphe qui figure en tête du 
cartulaire de Sainte-Marie de Bayonne (x e siècle), puis la charte 
de la soi-disant fondation de l'abbaye de Sorde par Charlemagne, 
la charte, fausse aussi, de Divielle. L'abbaye Sainte-Croix de Bor- 
deaux et l'abbaye de Saint-Sever se battirent à coups de chartes 
pour la possession de Soulac, vers la fin du x e siècle. Sur cette 
affaire {Bulletin de Borda, 1 er trimestre 1913), l'abbé Degert signale 
d'étranges chartes, remaniées ou fabriquées, lancées par Saint-Sever 
en sus de son vrai titre de donation signé en 982 par Guillaume 
Sanche, duc de Gascogne. 

Fonctionnement de l'Adour à Port-d'Albret. — Toute récri- 
mination sera, autant que possible, laissée de côté ici. Autant que 
possible encore, il ne sera pas trop insisté sur le dénigrement, les 
procès de tendance, les choses obstinément ingrates qu'on a fait 
peser en choeur, jusqu'à ce jour, sur l'estuaire de Port-d'Albret, 
sur la chute et la soi-disant disparition du port de Bayonne, dont 
le commerce aurait été transporté à Saint-Jean-de-Luz, enfin sur 
ces pauvres eaux mortes qui, arrivant des Pyrénées par Dax et 
Bayonne, se perdaient en serpentant péniblement à travers les 
plaines de sables des Landes, dit-on encore au xx e siècle. 

Mais, d'autre part, comme s'il s'agissait d'une dette sacrée, je 
vais, une fois de plus, présenter la réhabilitation des fières ondes 
de notre fleuve Adour au temps de Port-d'Albret. 

Descendant de Capbreton sans s'éloigner des dunes littorales (1 .200 
à 1 .800 mètres de la grève), l'Adour aboutissait au Boucau d'Alluet, 
au quartier du Plecq (de coude, tournant), où les chenaux de Sous- 
tons et de Messanges se joignaient pour choir à la mer. Le fleuve 
allait décrire vers le nord un remous expliqué, pages 296-297, et 
revenait se déverser à la mer au Plecq. C'est ce remous qui main- 
tenait, après l'avoir creusée, une rade absolument sûre, le bassin 
entier mesurant 3 kilomètres 500 mètres de longueur sur 300 mètres 
de largeur. Qu'on admire ici l'œuvre de la nature, autrement 
généreuse qu'à Bayonne : l'Adour venait, du sud, et o'esl au nord 
de son embouchure, du côté de Messanges et à l'abri des dunes, 
qu'était la rade où les navires attendaient paisiblement l'heure de 



FONCTIONNEMENT DE l'aDOUR A PORT-D'ALBRET 311 

prendre la mer ou de faire route sur Bayonne *. Le navire Moïsan, 
resté à sec, dit-on, en 1578, à la partie nord-ouest de la rade, lors 
du détournement de l'Adour, marque cette indication et a laissé 
son nom aux eaux du petit étang qu'est devenu le bassin du port. 
Le Moïsan reparaîtra plus loin. 

L'appellation Port-d'Albret ou Boucau d'Albret n'existe pas dans 
les archives de Bayonne ni dans celles de Capbreton 2 , mais elle 
était assez courante dans la maison d'Albret, qui reçut dans ses 
terres, en 1310, l'embouchure de l'Adour. Il convient d'en faire 
la preuve. 

Dans un rapport du 8 mai 1579, des commissaires du roi de 
Navarre, duc d'Albret (Henri IV), ont écrit: «que audit port et 
bocal vieux du Plecq, autrement dict le havre d'Albret »; « en notre 
lieu, havre et boucal vieux du Plecq, autrement appelé le port 
d'Albret»; «embouchure dud. boucal vieux d'Albret 3 .» Lettre 
d'Henri IV, du 4 juin 1584 : « ... et avoir l'œil à la conservation 
de mon port d'Albret 4 . » Autre lettre d'Henri IV du 28 octobre 
1584 : « D'aultant que nous espérons passer dans peu de jours en 
notre ville de Tartas allant à notre port d'Albret 5 . » Thore rapporte 
avoir copié sur l'aveu et dénombrement du 14 mai 1613 que l'en- 
droit, à cette époque, était désigné « sous le nom de V ieux-Boucau 
ou Port-d'Albret, indifféremment » 6 . — L'aveu et dénombrement 
du 25 mai 1683 dit plusieurs fois : Boucau vieux appelé le port 
d'Albret 7 . — L'aveu et le dénombrement du 7 décembre 1740 
nomme encore quatre l'ois « le Boucau vieux ou port d'Albret» 8 . 

Les navires et vaisseaux de tout tonnage de l'époque se mou- 
vaient aisément dans la belle rade de Port-d'Albret. Seulement, 
pour les causes déjà dites, le havre local n'existait pas, commer- 
cialement parlant, et ne fut jamais que l'avant-port de Bayonne. 

1. Primitivement, la disposition était la même à Capbreton, avec le bassin 
de Hossegor sis au nord de l'embouchure de Bouret. 

2. Il y a cependant à Capbreton, en dehors des Archives municipales, dans 
un cadre appendu à un mur, une lettre d'Henri IV nommant le port d'Albret 
et qui est mentionnée aux lignes suivantes. 

3. Arch. nat., R 2 93. 

4. Mairie de Capbreton, missive encadrée. 

5. Arch. de Tartas, EE 1. 

6. Promenade, p. 105. — Dénombrement de dame Dumonceau de la Barre. 

7. Arch. nat., R 2 112. — Dénombrement de messire Jean de Régnier, baron 
du Marensin. * 

8. Archives du château de Marcellus en Lot-et-Garonne. Dénombrement du, 
comte de Marcellus, baron du Marensin. 



312 LE LITTORAL GASCOTM 

La batellerie fluviale avait de l'importance, les produits des forêl 
et toutes autres marchandises de sortie par mer devant être préa- 
lablement transportées à Bayonne pour y être embarquées sur les 
navires, sauf autorisation spéciale. 

Les deux volumes des Registres gascons du Corps de ville de 
Bayonne embrassent la période de 1481 à 1530. Dans cet espace 
de cinquante ans, on ne trouve pour toutes autorisations de manu- 
tention de marchandises sur navires de mer, à Port-d'Albret, que 
les mentions suivantes, dans lesquelles on fait aussi entrer les excep- 
tions consenties pour la batellerie de rivière et les fins de non- 
recevoir opposées à des demandes. 

2 mars 1501. Anthoni de Glairac est autorisé à charger « quoatc- 
vingtz cars de taule au loc deu Plec ». Taule signifie planche de pin. 

27 août 1509. Autorisation au sieur Dalbaitz de faire passer 
du port de Hausquette au Boucau seize pipes de cidre pour le 
Marensin l . 

20 juillet 1509. Il est donné congé à Saubat, du Plecq, et à ses 
compagnons, de décharger à Capbreton treize tonneaux de froment 
qu'ils avaient acheté en Picardie et transporté sur le navire Marie. 
Provision locale. — Équipage du Boucau d'Albret, déchargement 
à Capbreton. 

14 février 1511. Autorisation d'alléger un navire chargé de sar- 
dines « au dret deu Plecq deuert Anthoni », sans toucher terre aux 
extrémités de la rivière, ni faire port aucunement. Motif : trop 
peu d'eau à la passe. 

6 mai 1511. Esteben de Glayrac, « damoran au Bocau, » est 
autorisé à charger de planches de pin et de résineux cinq navires 
espagnols «audit loc deu Bocau, juridiction de ladite ciutat » de 
Bayonne. Motif: Bayonne n'était pas approvisionné des produits 
demandés. 

13 mai 1511. Rejet d'une demande d'autorisation <le chargement 
à Hossegor ou au Plecq. 

26 janvier 1512. Il a été donné congé à Martin Darsoletche de 
décharger « à Anthoni dou Plec, près le Vocau », 23 barriques de 
baleine qui ont été embarquées à Bayonne sur le navire de Mathieu 
Biran. Également, il a été donné congé à Dominjon Daguerre, de 
Bayonne, de charger au Plecq trente chars de résine en lieu et place 
de baleine, mais après que ladite résine aura été transportée sur 

1. Si le cidre était parti sur bateau de rivière de Bayonne pour le Boucau, 
on n'aurait pas trace de ce transport; on n'en aurait pas non plus pour un trans- 
port quelconque par bateau de rivière à destination de Bayonne même. Tout 
devait partir de Bayonne ou y aboutir, sauf autorisation spéciale. 






FONCTIONNEMENT DE L'ADOUR A PORT-D'ALRRET 313 

barques et chalands à Bayonne pour y faire port et charge, et sous 
réserve qu'ensuite le chargement sur navire s'opérera au Boucau 
en pleine rivière, sans qu'il soit fait port ni touché terre 1 . Les 
23 barriques de baleine devaient représenter un approvisionnement 
d'huile des marchands de Port-d'Albrct et de ses environs. 

2 juin 1513. Autorisation de charger sur navire, au Vocau, des 
bois et des résines. 

20 septembre 1516. Johan de Ponteilhs, de Soustons, est autorisé 
à charger près du Boucau « bin tonetz de bin de Marenssin en nabiu ». 

31 mars 1520. Autorisation d'alléger au Boucau la Marie, de 
Bayonne, chargée de minerai de fer. « A cause de les grantz chorres 
no es possible montar à Bayonne. » Pour la même raison, le navire 
demande à prendre charge à Hossegor 2 . 

1 er octobre 1522. Autorisation d'effectuer un chargement de 
résineux entre Capbreton et le Çoucau. — Par conséquent, opé- 
ration hors de la rade du Boucau. 

20 août 1524. Demande de décharger sur allèges, « labas vert 
le Bocau, » un navire de 120 tonneaux chargé de sel. L'autorisation 
de décharger au large est accordée, mais pour avoir son effet aux 
environs de Capbreton. Soit, rejet d'une demande présentée pour 
le Boucau. 

Voilà notre actif pour cinquante ans. 11 équivaut, comme opéra- 
tions maritimes d'embarquement et de débarquement, à l'exclu- 
sion complète de Port-d'Albret, qu'on voit désigner parfois sous le 
nom de boucau quand il faut préciser et désigner l'embouchure de 
l'Adour 3 , sous celui de Plecq le plus souvent. Or, l'emplacement 
du Boucau ou Port-d'Albret. était absolument celui de l'ancien 
Plecq. Le Plecq, quartier de Messanges, marquait la naissance du 
pays de Marensin. Le territoire de Soustons (Maremne) passe d'est 
en ouest à moins de 600 mètres au sud de l'église du Vieux- 
Boucau. Cette dernière commune dut même, vers 1855, pour se 
donner un peu d'air du côté de la mer, acheter à la commune de 
Soustons une portion de jonca, sur la partie sud de l'ancienne rade. 
Il n'y avait donc pas un port du Plecq sur l'Adour autre que celui 
du Boucau d'Albret, puisque le territoire de Maremne arrivait 
jusqu'aux maisons de cette cité et jusqu'à hauteur de l'em- 

1. On trouve pareille exigence de transport préalable à Bayonne, sur bateaux 
de rivière, de produits devant être chargés sous Capbreton à bord du navire 
Barbe (12 mai 1513), plus haut p. 308. 

2. Simples prétextes. Plus y il a fort courant de jusant, plus il y a poids d'eau, 
et plus aussi il y a de profondeur au flux, à la manière dont on verra, tout à 
l'heure, fonctionner l'Adour. 

3. C'est notamment dans l'enquête de 1491 qu'on voit ressortir ce fait. 



314 LE LITTORAL GASCON 

bouchure antique et actuelle du courant, qui était aussi celle de 
l'Adour. A la carte de la page 295, l'extrémité sud de la commune 
du Vieux-Boucau est marquée par la ligne pointillée et la métairie 
de Not, qui est en Soustons ; du côté nord, la ligne pointillée marqu< 
les confins de Messanges : en tout, pour le Vieux-Boucau, la faible 
étendue de 1.470 à 1.480 mètres sud-nord. Le lopin de jonca acheté 
à Soustons se trouve sur la rive droite du cours d'eau, le long de 
la ligne pointillée. 

Dans le Boucau de 1310-1578, nous avions un bel enfant engendré 
par l'Adour. Fière de l'avoir dans ses domaines, la maison d'Albret 
lui donna son nom. Mais chez ses tuteurs on lui reprochait d'être 
né; on s'appliquait à ne pas le nommer. 

Après cette revue spéciale au Boucau d'Albret, on va pouvoir 
apprécier si dans la période dont \1 vient d'être question (1481-1530) 
le fonctionnement de l'Adour laissait à désirer. De grands navires 
vont paraître. D'autre part, la mention suivante fait croire que 
parmi les bateaux en général venant à Bayonne, il n'en était pas de 
plus petits que dans les autres ports de l'époque : « Le tonnage des 
navires qui opéraient le transport entre Bordeaux et l'Angleterre 
était habituellement, et cela jusqu'au xv e siècle, de 30 à 40 ton- 
neaux... Le Livre de la Jurade n'indique pas de navires d'un plus 
fort tonnage 1 . » 

Pour les cinquante ans dont il s'agit, on ne trouve dans les Regis- 
tres gascons de Bayonne que dix- sept autorisations de décharge- 
ment au-dessous de cette ville et de llausqiïette 2 , en y compre- 
riant ceux qui viennent d'être donnés pour Port-d'Albret mêm«-. 
Sur les dix-sept navires de mer, quatre se rapportent à l'année 1519, 
pendant laquelle la peste sévissait à Bayonne et avait réduit le 
Corps de ville à se réfugier à Anglet. Il n'en reste que treize à ivlr- 
nir, Les voici d'une manière détaillée, propre à faciliter un contrôle. 

1506, 20 oct. Déchargement à Capbreton d'une pinasse de 

myne de fer pour Mosscnh. de Seul Martin. 

1508, 27 mai. Déchargement de blé à Capbreton, Pelitz marey- 
latges. 

1. Malvezin, Jlisi. du commerce de Bordeaux, ouvrage commandé au concoure 
et payé par la Ville et la Chambre de commerce de Bordeaux, i . I, p, 875 et 330. 

2. Par acte du 25 novembre 1 T.'io, Bayonne signifiait a Capbreton Lei droits 
de propriété et «le juridiction de la ville lur les Bablet, marais, eaux et terrains 
autant qu'il y m a dans la partie nord, depuis le lieu appelé llausquèlr. BU 
Boucau-Neuf, et au-dessous jusqu'au Vieux-Boucau. (Bartro, p. 103, d'après 

les Areh. .le ( '.;i pbret on.) llausquette se trouvait ainsi au TftMBOat, devenu le 
Bouoau*Neuf 



FONCTIONNEMENT DE LADOUR A PORT-D ALBRET 



315 



1509, 9 juill. Déchargement de blé à Capbreton. No pot moniar 

cap sus. 

1509, 20 juill. Déchargement de blé à Capbreton pour provision 
locale. 

1509, 27 août. Déchargement à Capbreton de 150 conques de. 
sel, ce qui ne peut pas constituer l'allégement 
d'un navire, mais seulement une provision 
locale. 

1511, 14 fév. Allégement de sardines au Plecq. Pauciïai oVaij- 

gue qui a le passe. 

1511, 7 déc. Déchargement à Capbreton de sept quiniaus pebe 

et lane. Lo nabiu no pot passar. Le quintal 
devait être alors de 50 kilos. On appréciera si 
pour continuer sa marche un navire a besoin 
d'être allégé de 350 kilos de poivre et de laine. 

1513, 27 mai. Déchargement à Capbreton de vin pour provision 
locale. 

1515, 23 janv. Allégement à Capbreton de vin pour provision 

locale. 

1516, 14 mars. Allégement à Capbreton d'un navire trop grand. 
1520, 31 mars. Allégement au Boucau à cause des trop grands 

courants. 

1523, 31 mai. Déchargement au-dessus ou au-dessous de Cap- 

breton, et non devant ledit lieu, d'un navire 
de 100 tonneaux. 

1524, 20 août. Allégement d'un navire de 120 tonneaux aux 

environs de Capbreton. 



Pendant que 17 seuls navires de mer furent autorisés à s'alléger 
ou à décharger au-dessous de Bayonne et de Hausquette, 182 autres 
obtenaient l'autorisation (entre 1481 et 1530) de prendre charge 
comme suit, après avoir quitté Bayonne : 10 aux environs de Port- 
d'Albret, 2 à Ondres et 170 à Capbreton ou aux environs. 

D'une manière à peu près générale, les 182 chargements consis- 
taient en produits du pays : bois de pin, résineux, vins de sable, 
lièges. 

La pétition soumise à chaque demande d'autorisation spéciale 
était rédigée de manière à flatter les prétentions de Bayonne et à 
montrer qu'on s'inclinait devant leur légalité. La Ville répétait sans 
cesse qu'elle accordait la faveur de grâce spéciale et sous réserve 
de tous ses droits. 

Les autorisations d'effectuer le chargement étaient souvent mo- 



316 LE LITTORAL GASCON 

tivées, mais pas toujours selon la réalité : pas de marchandises en 
quantité suiïisante à Bayonne (2 mars 1501) ; pas de cidre à Bayonne 
(21 juillet 1514): paucital d'aygues, petites aïgues (6 juillet 1517 et 
12 mars 1521), motif souvent répété, hiver comme été; à cause de 
la peste (année 1519); à cause de les grans aïgues et chorre qui son 
de presen (6 novembre 1529). 

On ne retrouve pas à l'Adour, dans ce dernier cas, ces pauvre? 
eaux mortes ou indécises sur lesquelles se sont tant attendris des 
protecteurs posthumes du fleuve. Le 6 novembre 1529, J. de Bidârd, 
marchand bayonnais, demande à charger à Capbreton son navire, 
qu'il lui est impossible de conduire à Bayonne à cause des grandes 
eaux et du fort courant; la Marie, de Bayonne, avait invoqué lo 
même motif des grands courants, le 31 mars 1520 : trop d'eau pour 
les uns, pas assez pour les autres, quand il s'agissait simplement 
de prendre des produits résineux de Capbreton et du Marensin. 
« Vist maioremen le chorre qui es de presen, » disait une autre auto- 
risation du 14 janvier 1523, relative à des résineux aussi. Pour tout 
dire, on tenait à motiver les autorisations. (Voyez, note 2, p. 313.) 

Soit donc, d'après ce qui a été publié des Registres gascons, 17 au- 
torisations de décharger ou d'alléger à l'entrée, et 182 autorisations 
de charger à la sortie, dans le bas du fleuve, des produits du pays 
sans aller les présenter à Bayonne, ou avec cette exigence. 

En 1574, quatre ans avant le détournement de l'Adour par Louis 
de Foix, Capbreton possédait 46 navires de commerce. J'en ai donné 
la liste nominative dans Cap-Serbun, Labenne et Capbreton, p. 111 l . 
Le Boucau d'Albrct devait en posséder quelques-uns. Les preuves 
manquent, mais on trouve dans la vieille comptabilité de Capbreion, 
pour les droits d'octroi : 1586, 23 mars, M e Jehan de Magieu, du 
Bocau, pour un voyage à Terre-Neuve, une partie de l'équipage 
étant de Capbreton (CC 7); 1586 aussi, un galion du Boucau va 
porter à Saint-Jean-de-Luz 34 .barriques de vin (CG 7); 1597, 
12 juillet, chaloupe du Boucau, montée par Est. de Ponteils, v;i 6 
Fontarabie (CG 12); 1605, « ung navire du Boucau Vieulx » va à 
Cadix (CC15); 1605 aussi, M« Jehan de Laparade, du Boucau 
Vieulx, va en Barbarie avec son navire (CC 15). 

Mettons que Bayonne et le Boucau d'Albret avaient ensemble 
un nombre de navires égal à celui de Capbreton, et l'on aura en 
tout 92 bâtiments. En modérant d'une manière excessive le trafic 
de chacun de ces navires à deux voyages par an à Bayonne, l'un 
dans l'autre, pendant 50 ans, ou : 92 X 50 x 2 cela donnera 9.200 

1. Bull, de Borda, 1918, 



FONCTIONNEMENT DE i/aDOUR A PORT-d'aLERET 317 

entrées (15 par mois), sur lesquelles 17 seulement, d'après les Reyis- 
ires gascons, firent l'objet d'autorisations de laisser tout ou partie 
de la cargaison à deux résidences importantes du bas du fleuve. 
A cette statistique, il faudrait ajouter l'arrivée des navires des 
autres ports français, espagnols et anglais, qui ne font pas augmen- 
ter le chiffre des 17 exceptions constatées sur 9.200 entrées. Je dis 
dès lors qu'en l'an 1500, deux siècles après l'arrivée de l'Adour à 
Port-d'Albret, tous les navires montaient ou pouvaient monter avec 
leur chargement jusqu'à Bayonne. Depuis l'an 1500, il en était 
de même; ou si l'Adour était barré par les ingénieurs au Trossoat, 
sous Bayonne, les navires chargés remontaient jusque vers la palis- 
sade, où ils étaient transbordés. Il en est porté témoignage par 
l'ordonnance bayonnaise du 27 juin 1569, donnée plus loin, pages 
329-330, et la tradition ingrate et malveillante se trouve ainsi 
contredite par la mairie même de Bayonne. 

Voici maintenant le défilé des flottes devant Port-d'Albret. 

1337. L'amiral Pès de Puyane, vicaire et maire de Bayonne, eut 
je commandement de trente navires armés par la ville, et sa con- 
duite brillante dans la Manche lui valut en don les revenus des ports 
de Biarritz et de Bédorède. Le roi d'Angleterre écrit à cette occasion 
une lettre de remerciements à la ville de Bayonne 1 . 

1340. Pès de Puyane, qui va se joindre à la flotte anglaise en 
Hollande, sort de Bayonne avec tous les navires de trente tonneaux 
et au-dessus 2 . Notons en passant qu'en 1307 l'établissement n° 157, 
du 29 juillet, portait défense de construire à Bayonne des navires 
au-dessous de cent tonneaux. On voit qu'il n'en fut pas tenu compte. 
Le lit inférieur de l'Adour n'entrait pour rien dans la question, car 
les navires restaient petits pour la majeure partie parce que c'était 
l'usage du temps, d'après des indications précises qui viennent de 
paraître, page 314, pour Bordeaux. 

1345. Chargé de venir réduire les provinces du Pérîgord et de 
l'Agenais, le comte de Derby s'embarque à Southampton avec une 
armée qui comptait 300 chevaliers et écuyers, 600 hommes d'armes 
et 2.000 archers. Ses vaisseaux, dit Froissard, « singlèrtnt tant au 
vent et aux étoiles qu'ils arrivèrent au havre de Bayonne... Là 
prirent-ils terre et déchargèrent toutes leurs pourvéanecs, et -furent 
liement reçus et recueillis des bourgeois de Bayonne. Si y séjour- 

1. Morel, Vues historiques, p. 33; — Balasque, III, p. 240; — Rôles gascons ; 
— Rymer. 

2. Bailac, p. 65; — Balasque, III, p. 252. Cette Hotte prit part à la bataille 
de L'Écluse. 



318 Le littoral gascon 

nèrent et refraîchirent eux et leurs chevaux sept jours. » Le hui- 
tième, le comte de Derby et ses troupes se dirigèrent sur Bordeaux, 
où un accueil enthousiaste leur était réservé. « Et allèrent ceux de 
Bordeaux à la rencontre dudit comte, à grant procession, tant 
aimaient-ils sa venue 1 . » Ces derniers mots portent suffisant témoi- 
gnage que les environs de Bordeaux et la partie inférieure de la 
Garonne étaient assez sûrs pour permettre à la flotte anglaise de 
gagner le chef-lieu de la Guyenne sans avoir à combattre 2 . Mais 
non, elle passe à pleines voiles vers Port-d'Albret, en franchit le 
boucau et ne débarque troupes, chevaux et bagages qu'à Bayonne, 
selon le texte d'un contemporain de l'événement, Froissard lui- 
même. 

1346. Au commencement de l'année, à la veille du siège de Calais, 
les Bayonnais envoyèrent en Angleterre, sous la conduite de Pierre 
Bonyau, la flotte la plus nombreuse et la mieux équipée qui fût 
encore sortie de Jeur port 3 . — Depuis lors, et jusqu'à mon interven- 
tion, qui date de 1900, personne n'avait établi que l'Adour débou- 
chait au Boucau d'Albret lors du passage des flottes de 1337, 1340, 
1345 et 1346. Le fleuve était trouvé parfait et cité pour tel 
quand on parlait de ces temps-là : on faisait ainsi, sans s'en douter, 
l'éloge de l'embouchure de Port-d'Albret (Vieux-Boucau), tant 
dénigrée pourtant ! 

1377. «En ce temps tenait siège, à bien vingt mille Espaignols et 
Catalans, le roi de Caslille devant la cité de Bayonne, et l'assiégea 
très en hiver; et y fut toute la saison, et y eut maintes grands apper- 
tiscs d'armes par mer et par terre; car Damp Radigo de Roux et 
Damp Ferrant de Séville et Ambroise Bocanegra et Pierre Velasco 
étaient à l'ancre devant Bayonne à bien deux cents vaisseaux et 
donnaient trop à faire à ceux de Bayonne. » On était alors vers la 
fin de l'année 4 . — La flotte du comte de Derby entrait en plein 
été (juin ou juillet 1345), disposant des pilotes lamaneurs et de 
toutes les tutfeà ressources en possession des autorités boucalaises 
et bayonnaises. Les deux cents navires de guerre espagnols pas- 
saient à Port-d'Albret au cœur de l'hiver de 1377-78, en ennemis, 

1. Lachcvaulaye, Guerre des Français et des Anglais, t. I, p. 151; — Frois- 
sard (contemporain du comte de Derby), livre I er , § 206; — Histoire de Lan- 
guedoc, t. IX et X, pp. 573 et 84; — Bailac, p. 73;— Balasque, t. III, p. 305; — 
Cuzacq, Les Grandes Landes, p. 129. 

2. Henri Ribadieu a supposé que le comte de Derby était entré en Gironde 
au lieu d'aller à Bayonne grossir ses troupes de celles de cette ville. Il reste seul 
de son avis. 

3. Bailac, p. 73; voir Balasque, t. III, p. 312. 

4. Froissard, livre II, chap. XXVIII; — Balasque, III, p. 374; — Bailac, 
p. 76. 



FONCTIONNEMENT DE L'ADOUR A PORT-d'aLBRET 319 

par conséquent sans disposer d'aide ou de secours 1 . Le chroniqueur 
Froissard, qui vivait et écrivait à cette époque, enregistre le l'ait 
comme chose naturelle n'ayant pu être susceptible d'aucune pré- 
vision d'accident. Quel plus éloquent témoignage pourrait démon- 
trer le bon fonctionnement de l'embouchure de TAdour à Port- 
d'Albret? 

1392-1404. « C'est l'opinion de deux célèbres géographes fla- 
mands (Vvitster et Magin) que l'on est redevable de la découverte 
de l'Amérique septentrionale aux Basques du Cap-Breton, près 
Bayonne, et à quelques autres pêcheurs de la même province... 
Selon nos géographes flamands, ce fut l'un de ces pilotes biscayens 
qui donna avis de cette découverte à Christophe Colomb en l'an 
1492, suivant d'autres en 1504. Ce qui peut rendre cette opinion 
encore plus probable, c'est qu'en effet l'une des îles de cette partie 
de l'Amérique porte encore le nom de Cap-Breton, qu'une autre 
est nommée Baccaleos, qui signifie morue en langue biscayenne 2 , 
et que la colonie française de ces îles n'est presque composée que 
de Basques et de quelques Normands 3 . » 

Valin, dans son Commentaire de l'Ordonnance de la marine de 
1681, dit que ce qui précède «est une opinion qui passe pour cer- 
taine ». On trouve le même langage dans les relations de la pêche 
de la baleine données par Cleirac, qui écrivait en 1647. Le manuscrit 
n° 17329 de la Bibliothèque Nationale (f os 424-427) en dit autant aux 
environs de 1650. A noter aussi que la mappemonde dressée en 1569 
par Gérard Mercator, et reproduite par Jomard, de l'Institut, dési- 
gne tout le pays de Terre-Neuve par Terra de bacallaos, Terre de 
morues. 

Dans ces mémorables souvenirs, marquons que notre PorWAl- 
bret équipait ou voyait passer les navires qui, les premiers, ont 
touché au Nouveau-Monde ! Le sommet de leurs mâts n'atteignait 
à cette place comblée par les hautes dunes, qu'à 30 mètres au- 
dessous des chalets de la station balnéaire du Vieux-Boucau, station 
sise presque au centre de l'ancien estuaire 4 . 

1. Quelques mois avant, le 20 avril 1377, le maire de Bayonne avait renouvelé 
la défense d'exercer l'office de pilote lamaneur à qui n'avait pas commission 
du maire (Balasque, t. III, p. 370). — Les ennemis espagnols n'avaient cure 
<!'• pilotes. L'embouchure de l'Adour n'était-elle pas absolument praticable? 
On le saura bien avec Pierre Garcie, dit Ferrande. 

2. C'est-à-dire en langue basque. Le golfe de Gascogne ayant eu nom golfe 
de Biscaye, le nom de Biscayens englobait les Basques, les Bayonnais, les Cap- 
bretonnais et les BouCalais, qui naviguaient de conserve, peut-on dire. 

3. Lamare, Traité de police, t. III, pp. 56 et 66 (1719). 

4. Thore, passé au Vieux-Boucau en 1809, avait estimé à 60 mètres au-dessus 
du lit de l'Adour la hauteur de la dune survenue. 



320 LE LITTORAL GASCON 



1419. Les chantiers de Bayonne construisent pour le roi d'An- 
gleterre un vaisseau de mille tonneaux, mesurant 180 pieds de long 1 . 
On doit admettre que si l'Angleterre commandait pareil vaisseau 
à Bayonne, c'est qu'il en pouvait sortir sans difficulté. N'aurait-il 
été chargé ou lesté qu'à moitié pour prendre la mer, ce navire aux 
proportions rares pour l'époque montre jusqu'à quel point l'em- 
bouchure de l'Adour à Port-d'Albret était navigable sans être pro- 
tégée par des travaux d'art sérieux. 

1449. La domination anglaise était battue en brèche, et l'heure 
approchait où elle allait prendre fin. « En 1449, le sire de Lautrec 
et le bâtard de Foix s'avancèrent jusqu'à Guiche et assiégèrent le 
château. Le connétable Charles de Beaumont, qui commandait 
alors Bayonne, ne fut pas plutôt informé de l'entreprise des Fran- 
çais, qu'il fit embarquer sur un grand nombre de bateaux environ 
quatre mille hommes. Pendant la nuit, à la faveur de la marée, cette 
flotte remonta l'Adour et la Bidouze jusqu'auprès de Guiche. Une 
partie des troupes était déjà à terre, lorsque les Français se mon- 
trèrent tout à coup avec des forces supérieures... Le château capi- 
tula le lendemain 2 . » 

L'historien Jean Chartier, l'un des continuateurs des Grandes 
Chroniques de Sainl-Denis, rapporte ainsi le même événement : « En 
ce temps-là » (c'est-à-dire à l'époque de la mort d'Agnès Sorel, sur- 
venue le 9 février 1449), « le comte de Foix dressa une grosse armée 
et assemblée de gens de guerre, et lit mettre le siège par le seigneur 
de Lautrec, son frère, et par le bas tard de Foix, devant le chasteau 
de Guissen 3 , qui est une place très forte assise à quatre lieues prèa 
de Bayonne. Quand les Anglais le sceurent, ils se mirent sur le 
champ jusques au nombre de trois mille combattants, dont était 
chef le connétable de Navarre, et avec lui estoient le maire de 
Bayonne Georges Salteriton ou Soltinton, et plusieurs autres, les- 
quels se mirent et chargèrent en des vaisseaux sur une rivière qui 
passe au travers de Bayonne... Le lendemain le chasteau se rendit, 
et tout le pays entre là autour de Bayonne 4 . » 

Hourgave (Bec-de-Gave), Guiche et le confluent de la Bidouze 
et de l'Adour forment un triangle équilatéral. Le flot, en plein 

1 . Ducéré, Bull, de la Soc. des sciences et arls'de Bayonne, 4 e trim. 1 893, d'aprè s 
Hislory of the Boyal nauy et d'autres documents anglais. 

2. Bailac, Nouu. chron. de Bayonne, p. 87. 

3. Guiche est ainsi nommé Guissen dans l'ordonnance royale du 9 février 
1511, au catalogue des Bôles gascons, n° 20, p. 127, etc. 

4. Histoire de Charles VII, p. 192, éditée en 1661. — Les relations indiquent 
que les Anglais furent écrasés, exterminés par des forces supérieures. — Dans 
son Histoire de Navarre, p. 549, éditée en 1612, Favyn parle du même fait d'armes. 






FONCTIONNEMENT DE L'ADOUR A PORT-D'ALBRET 321 

hiver et malgré les eaux lourdes de eelte saison, remontait doue 
au delà de Hourgave, à 65 kilomètres de Port-d'Albret. Jamais, 
ni avee l'embouchure à Capbreton, ni avec l'embouchure ouverte 
au droit par Louis de Foix, l'impulsion de la marée ne fut plus 
vigoureuse. Une figure ou tableau dos marées indiquera pourquoi, 
plus loin, à la page 343. 

1151. Siège de Bayonne, aux derniers jours de la domination 
anglaise. « Les vivres étaient en quantité suiUsantc chez les Fran- 
çais; dans la place ils se faisaient rares. Impossible de se ravitailler 
par mer : la rivière était occupée par douze pinasses armées et une 
grande nef que les Biscaycns avaient fait entrer dans l'Adour jus- 
qu'à une demi-lieue de la ville K » Les pinasses de Biscaye n'avaient 
guère que 50 pieds de long sur 12 de large. La pinasse se matait et 
se gréait en goélette ou en sloop. Cleirac (Us et coutumes de la tuer) 
classe ces bâtiments dans les « moyens vaisseaux ». Mais veut-on 
savoir ce qu'était une nef? Balasque va nous le dire : « La nef était 
un bâtiment ponté, haut de bord, aux flancs larges, et n'ayant 
généralement qu'un seul mât pour le jeu des voiles. La nef armée 
en guerre portait des châteaux de combat à la poupe et à la proue, 
et un troisième plus léger au-dessus de la vergue 2 . » On voit que 
la grande nef de 1451 devait avoir un tirant d'eau respectable, ce 
qui ne l'empêcha pas, sans le secours de pilotes, d'arriver sous 
Bayonne pour bloquer cette ville. 

1511. Par son ordonnance du 6 février 1511, déjà citée, Louis XII 
précise que « par l'entrée duquel Voucault viennent et ont ac^ous- 
tumé venir les grands navires de marchandises en ladite ville et 
cité de Baionne, et que les eschevins, manans et habitans ont la 
juridiction tant que le flot de la marée s'extand, depuis le lieu appelé 
Orgave, qui est à quatre lieues ou environ au-dessus d'icelle cité, 
auquel lieu lesdites rivières de l'Adour et de Gaves se joignent jus- 
ques audit Voucault ». Au vu des pages 309 et 317 ci-dessus, cela 
signifie nettement que, à l'heure où paraissait l'ordonnance de 1511, 
Bayonne fit valoir que les « grands navires », dans le présent comme 
dans le passé, avaient accès à son port. Rapprochez de cela que, 
pour demander le détournement de l'Adour, la même ville disait 
le contraire dans les enquêtes de 1491 et de 1556. 

1517. Au tome II des Registres gascons, page 181, on trouve une 
étrange facétie dont voici la partie essentielle : « En l'an de N. S. 
1517, par un hiver rigoureux et pluvieux, six fois les soubernes 
entrèrent dans la ville et les rues de Bayonne. Et à cause des grandes 

1. Balasque, t. III, p. 498. 

2. Idem, t. II, p. 70. 

21 



322 LE LITTORAL GASCON 

soubernes et des crues d'eau venant des montagnes, et aussi par 
l'impétuosité de la grande mer, il se fit des ouvertures dans les 
sables de la cité entre Gapbreton et le Boucau Vieux, en trois ou 
quatre endroits... Et quant à la vieille embouchure, il se trouve 
que la marée y passe encore, mais non aucun navire... Ceci a été 
écrit pour mémoire. » — Aux pages 88 à 92 de Cap-Serbun, Labenne 
et Gapbreton, qu'il serait trop long de rapporter ici, j'ai dit et 
démontré : au point de vue historique, le fait n'est pas exact; au 
point de vue scientifique, il est impossible. Il se peut que la note 
de 1517 soit due à un mystificateur qui aura voulu railler après 
coup les échecs essuyés sous Gapbreton, lors des travaux tendant 
à ramener l'orifice de l'Adour à cet endroit, à la suite de l'enquête 
de 1491. Elle fut certainement écrite bien postérieurement aux 
actes municipaux ci-après des Registres gascons imprimés, qui nom- 
ment normalement le Boucau d'Albret ou de Marensin, siège de 
l'embouchure de l'Adour, les : 15 décembre 1517, page 134, — 
10 juin 1518, page 166, — 17 juillet 1518, page 175, — 18 février 
1519, page 242, — 31 mars 1520, page 240, — 22 avril 1520, page 
252, etc. — Le travail de la légende se fait partout où l'homme, 
qui ne veut pas vivre dans le vide, n'est pas instruit des faits du 
passé. Il meuble alors ce vide au gré de ses inspirations, à défaut 
de maître pour l'instruire. Mais les traditions légendaires sur l'Adour 
ont, depuis des siècles, un autre caractère, elles sont dérivées d'un 
proverbe bien connu : Quand on veut tuer le chien inoiïensif du 
voisin, on dit qu'il est enragé. 

1523. «Le 17 septembre, plusieurs grandi vaisseaux espagnols 
(ingénies), dit Beaucaire, entrèrent dans l'Adour. Les Bayonnais 
furent assiégés par mer et par terre. A la première apparition des 
Espagnols, le gouverneur fit tendre des chaînes à l'entrée du port 
intérieur pour en fermer le passage aux vaisseaux... Pendant trois 
jours consécutifs, les Espagnols assaillirent à chaque marée les 
ostacades des deux rivières, livrèrent des assauts, attaquèrent avec 
furie tous les fronts de la place, particulièrement du côté des Cor- 
deliers. Le quatrième jour, leur flotte mit à la voile malgré les 
vents contraires, et l'armée de terre reprit le chemin d'Iruu l , » 
Beaucaire, mort en 1591, a écrit en latin une histoire de France, 
relative à l'époque où il vivait. Il désigne les vaisseaux de 1523 
par ingénies grands, gros. En espagnol, l'adjectif ingénie répond à 
notre 1res grand. Les lettres patentes par lesquelles Charles VIII 
prescrivait l'enquête de 1491 montrent que précédcnminil. aies 

1. Compaigne, Chron. de Buyonne, p. 47 (1063): — Bailac, Nouv. chron. de 
Bayonne, p. 51. 



FONCTIONNEMENT DE L'ADOUR A PORT-D'ALBRET 323 

rivières doulces de Bayonne portaient navyres de sept à huit cents 
tonneaulx. » En admettant, pour rester au-dessous de la réalité, 
que les gros vaisseaux de guerre ne fussent pas alors plus volumi- 
neux que les navires marchands visés par Charles VIII, nous n'en 
aurons pas moins ce fait bien établi : l'embouchure de l'Adour est 
à Port-d'Albret depuis plus de 210 ans, et une puissante flotte 
ennemie peut venir guerroyer sous les murs de Bayonne et se retirer 
superbement, malgré les vents contraires. Et voici encore, 25 ou 
28 ans plus tard, une nouvelle flotte ennemie : 

1550 (environ). Déposition faite par des magistrats de Dax à des 
commissaires députés par le parlement de Bordeaux, en 1557 : 
« Donc pou voit auoyr six ou sept ans, vingt cinq ou trante navires 
dits galions espagnols nos ennemis armes et esquipes de toutes 
sortes darmes seroient venus au bocal de la grand mer et auroient 
prins terre pour courir le pays, piller et saccager nos subieetz et 
estant advertis nos officiers dacqs auroient mande aux gentilhommes 
des terres Dalbret et autres dassembler le peuple et icelluy conduire 
tant audict boucal pour chasser nos ennemis que en la ville Dacqs 
pour la défendre, ce quavoit esté faict, de sorte que dans vingt- 
quatre heures se trouvèrent dans la ville Dacqs de trois ou quatre 
milhomes en armes et audict boucal douze ou quinze cens hommes 
du pays armes pournostre service, lesquels bientost après chassèrent 
lesdietz ennemys qui furent contraintz prendre la route par où ils 
estoient venus, mais non tous, car plusieurs demeurèrent par les 
chemins 1 . » 

1557, 25 juillet. Les Bayonnais viennent s'emparer à hauteur du 
Plecq (Port-d'Albret) de trois navires capbretonnais chargés, qu'ils 
emmènent sur Bayonne 2 . Pour qu'ils aient fait cette expédition 
au nom de leurs privilèges, les Bayonnais devaient savoir que l'Adour 
était navigable et que la mention de 1517 était une facétie. 

Les faits historiques qui viennent d'être rapportés s'espacent sur 
presque toute l'existence de Port-d'Albret. Leur authenticité est 
parfaitement établie. Il ne manque pour chacun d'eux qu'une chose 
introuvable, l'indication des obstacles que chaque flotte avait 
éprouvés à pénétrer jusqu'à Bayonne. 



dépendant, on trouve aux Archives de Oapbreton un texte publié 
par Bartro sur des privilèges confirmés ou étendus par Louis XI, 

1. Arch. nat., MM 705 1 , foL 19. 

2. Arch. de Bayonne, BB 6, p. 112. 



324 LE LITTORAL GASCON 

en 1461, en récompense des services des marins capbre tonnais. Il y 
est dit que les navires entrent par le Boucau, « mais non sans péri 
parce que cette embouchure est toujours tourmentée par le peu 
de fond qu'il y a, et par les flux et reflux qui y forment des bancs 
de sables qui changent chaque jour etcausentla perte des navires... 
qu'il s'en perdrait davantage s'ils ne sondaient chaque jour les 
passes... et n'y restaient pour les indiquer aux navigateurs. » 

A travers une part de vérité, cela s'appelle motiver une demande, 
motiver une faveur. On sait qu'on y met souvent large mesure. 

J'aime mieux demander la vérité au capitaine marin Pierre Gar- 
cie, qui, au xv e siècle, fréquentait sur nos côtes les ports français 
et espagnols. Lui laissait de côté le langage à effet pour s'arrêter 
au langage positif. Dans son Routier de la Mer, livre dont le manus- 
crit fut terminé en 1483, à en croire dix vers qu'on trouve dans 
une au moins des nombreuses éditions de l'ouvrage 1 , ce marin 
donne pour l'Adour les instructions pratiques suivantes : « Bou- 
cault de Bayonne. De Fontérabie à Sainct-Jehan-de-Lux y a deux 
lieues et y a ung rocher entre deux. Et saches bien que quant la 
mer rompra plus de deux rumbles du plain de la mer, ne va pas 
quérir le Boucault, garde toi bien, car il ne vaut rien; et se ledit 
rocher ne rompt point, va seulement... Et tu trouveras prez de 
terre, bort à bort, get de canon, 20 et 24 brasses. » Soit, à l'entrée, 
plus de 30 métrés de profondeur d'une rive à l'autre, qui étaient 
séparées par une portée de canon d'alors. A l'heure actuelle, on 
voit encore, en effet, que l'orifice de l'Adour mesurait de 1.000 à 
1.200 mètres d'ouverture au Vieux-Boucau. 

Pierre Garcie ne parle pas des bancs de sable qui certainement 
devaient passer ou s'accumuler un peu au large. Ils ne devaient* 
pas être bien dangereux ou gênants, si l'on remarque les précautions 
que ce marin expérimenté dicte pour franchir les plages sous- 
marines de l'entrée de la Gironde, dites Asnes, où l'on ne devait ^ 
approcher de nuit «combien qu'il face beau temps, autant qu'il 
est possible de vent de mer... Et si tu faux (manques) à trouver 
les Asnes, tu iras entour Cordàne qui est une grande tour; mais il 
y a de grands dangers au dehors d'elle, et entre elle et les Asnes ». 

A Port-d'Albret (Boucau) il recommandait seulement de ne pas 
manquer la large passe par le mauvais temps, parce qu'alors « tout 
navire qui abandonne et frappe a la coste, il frappe en gouffre : 
tout est perdu et mort ». Pareil naufrage reste assez étranger à l'état 






1. Bull, de Gèogr. hislor. el descriptive, 1900, p. 135. — Le Routier de lu Mer 
n'a pas eu moins d'une trentaine d'éditions. 






FONCTIONNEMENT DE l'aDOUR A PORT-D'ALBRET 325 

de l'embouchure et n'atteint pas celle-ci dans la valeur de son fonc- 
tionnement. 

Plateau de Fontarabie-Saint-Jeau-de-Luz. « A 800 mètres envi- 
ron dans le N.-E. de la pointe Sainte-Anne se trouvent les Roches 
Noires, qui découvrent à mer basse, » disent les Instructions nauti- 
ques, lesquelles portent aussi : « A 1.400 mètres environ au nord de 
la même pointe gisent des roches dangereuses appelées les Briquets. 
La plus haute tête assèche de 2 mètres. » 

Le rocher dont parle Pierre Garcie ne peut être que les Roches 
Noires, dites Roche Noire à la carte renommée de Beautemps- 
Beauprès (1829) et par les gens du pays. 

A l'approche d'un vent du sud, dans cette région de Fontarabie- 
Saint-Jean-de-Luz-Bayonne, sur la grande côte de dunes aussi, il 
se produit accalmie ou embellie de la mer. Quand la mer et le temps 
y sont mauvais, c'est le vent du S.-O. au N.-O. qui règne, comme 
les Instructions nautiques le montrent de leur côté. Cette remarque 
va aider à faire comprendre le capitaine marin Pierre Garcie. 

Dans son Routier, en parlant de la mer qui rompt plus de deux 
rumbles sur le rocher, Pierre Garcie n'entend pas dire que la mer 
est. plus ou moins mauvaise, que les brisants sont plus ou moins 
forts. Lorsque la mer est grosse, c'est mer grosse qu'il l'appelle. 
Deux exemples : A Santander il dit : Et saches que si la mer esioit 
si grosse qu'elle barrast entre l'isle et la terre... » Au cap Priour : 
«... et lui donnes bon rin, car de grosse mer elle est dangereuse. » 

Le terme anglais rumbte signifie : grondement sourd. Quand le 
tonnerre rumble, il a des grondements sourds et continus; quand 
le vent rumble, il souille en tempête. Par conséquent, lorsque la 
mer à son plein rompt plus de deux rumbles, fait entendre sur la 
Roche Noire plus de deux grondements sourds, c'était en 1480 et 
c'est encore aujourd'hui pour les habitants un signe ou une annonce 
de mauvais temps et de grosse mer; et ce phénomène du rumble, 
il faut bien le remarquer, ne se produit que par fort vent d'ouest 
ou de nord-ouest et quand la mer est déjà grosse. 

La loi physique qui régit notre vaste côte longée de dunes se 
traduit en un courant marin nord-sud qui charrie des sables le long 
du rivage et fait dévier, à leur tombée à la mer, les embouchures des 
cours d'eau. Un peu à l'image des autres cours d'eau de la côte, 
l'orifice de l'Adour, à Port-d'Albret, par suite du régime de la côte, 
était forcément incliné ouest-sud-ouest, mais pas davantage, à en 
juger par le Routier de la Mer de Pierre Garcie, qui faisait arriver 
les navires, depuis Biarritz, jusqu'en face des plus hautes dunes du 
côté d'Azur pour se présenter à l'entrée. 



326 LE LITTORAL GASCON 

L'état des lieux se trouve suffisamment indiqué lorsque Garcie 
dit qu'en arrivant « prez de terre n'y a nul repos ne nul abry, si ce 
n'est quand le vent vient de dessus terre, et y a tel lieu où il y a 
80 brasses et 60 brasses » d'eau, ce qui est énorme, la brasse mesu- 
rant l m 624. A côté de cette seconde mention d'eau profonde, favo- 
rable à la forte impulsion du flux, on ne trouve — fait à retenir — 
aucun indice de bancs de sable ou de barre de sable, grand avan- 
tage sur Bordeaux d'alors et actuellement sur Bayonne. 

De sorte que par fort vent d'ouest ou de nord-ouest et la mer 
grosse qui en est l'accompagnement habituel, on risquait de mal 
s'engager dans la passe et d'aller « frapper en gouffre » sur la rive 
gauche de l'estuaire. C'était le côté défavorable qui ressort claire- 
ment du Routier de la Mer de 1483. 

Le côté favorable se présente ensuite : Hors de là, «va seurement ! » 
dit Pierre Garcie. Il en résulte que par tempête du sud et aussi du 
sud-ouest, comme par vent d'est, triple état atmosphérique où ne 
se manifestent pas les rumbles de la Roche Noire, on entrait, par 
raison d'orientation ou d'abri de la passe, sans danger sérieux. Par 
brise du nord, soit sans rumbles à Hendaye, l'entrée étant large et 
profonde de bord à bord, on pouvait entrer en louvoyant. Mais un 
navire à vapeur aurait passé par tous les temps, sous tous les vents, 
avec l'embouchure de 1 kilomètre de large et de 30 mètres de 
profondeur. 

Pierre Garcie nous vaut de savoir que l'embouchure de l'Adour 
était infiniment plus praticable à Port-d'Albret (pie depuis 1578 
sous Bayonne; le lioulier de ce marin fait tomber les traditions 
ingrates. 

Il a été expliqué combien étaient parfaites les rades de Capbreton 
et du Vieux-Boueau, au nord de l'embouchure, à l'abri des dunes 
littorales de Hossegor et de Moïsan. 

Pour remonter la Gironde, Pierre Garcie signalait des dangers à 
éviter et des précautions à prendre à Meschers, à Mortagne et le 
long des bancs existant de Blaye au Bec-d'Ambès. Il n'indiquait 
ni obstacles ni difficultés pour remonter l'Adour depuis Port-d'Al- 
bret, d'où une présomption très favorable à la facilité du trajet. 
Aucune tradition ne peut prévaloir contre le guide de mer de ce 
capitaine marin qui fréquentait nos ports entre 1450 et 1500. 



Anglet considérait la pointe de dunes de la rive gauche de l'Adour, 
jusqu'à Capbreton, comme un prolongement de son territoire. 



FONCTIONNEMENT DE L'ADOUR A PORT-D'ALBRET 327 

Bayonne prétendait purement et simplement être propriétaire des 
mêmes dunes. L'acuité des rapports entre les deux localités reste, 
à ce propos, marquée par un procès qui dura plus de cinq cents ans, 
qui paraîtra au chapitre VIII sur la Propriété des dunes et que l'ar- 
rivée de la Révolution seule put éteindre. Il se produisait cepen- 
dant des éclaircies. En 1519, la municipalité bayonnaise, fuyant 
la peste qui sévissait dans ses murs, devint l'hôte d'Anglet. En 1525 
fut passé un acte qui portait : « Plus se réservent MM. du Corps de 
Ville (de Bayonne) qu'au cas que par le Roy, les officiers, éche- 
vins, etc., fut ordonné que le Boucau serait meilleur en un autre 
endroit que celui où il est à présent, il serait permis à la dite ville 
de le changer en quelque endroit qu'on le jugerait à propos, quand 
même ce serait dans les limites des habitants d'Anglet 1 . » 

Il suffît de songer à la ténacité avec laquelle Bayonne a conservé 
jusqu'à la Révolution toutes ses prérogatives, justes ou injustes, 
sur la rivière et sur les territoires de localités circonvoisines, pour 
comprendre que si l'embouchure du port avait existé sous cette 
ville et eût gagné le nord ensuite, jamais Bayonne n'aurait permis 
à Anglet d'empiéter sur le lit desséché de l'estuaire, pas plus qu'elle 
n'aurait eu, en 1525, à solliciter l'agrément du même Anglet pour 
conduire l'Adour sur un point quelconque de cette commune. 

La convention de 1525 montre que le gouf de Gapbreton, seul 
en vue dans l'enquête de 1491, était désormais laissé de côté, en 
attendant la nouvelle enquête de 1556 sur l'opportunité de détour- 
ner l'Adour et de lui creuser un nouveau lit sur le territoire nord 
d'Anglet. C'est bien ce qui se produisit. 

En 1564-1565, la municipalité bayonnaise suivait « avec une 
douloureuse anxiété, au moment du voyage de Charles IX à Bayonne, 
les travaux du havre tant de fois commencés, interrompus et repris 
depuis la fameuse enquête de 1491... Vers 1540, quelques tenta- 
tives durent Hre faites, on demanda du moins des plans à un ingé- 
nieur de Saint-Sébastien. Mais en 1561, le roi fait venir de Marseille 
à la cour et envoie à Bayonne un ingénieur, Claude Trimart, dit 
le capitaine Flayol, qui visite Hausquette, le Gouf et le Trossoat... 
Il est probable que c'est le capitaine Flayol qui, en 1561, commença 
les travaux du nouveau havre en cet endroit que nos Archives 
appellent indistinctement Trossoat Trossouat, Troussoual 2 . » 

Cet endroit est devenu le Boucau-Ncuf en 1578. 

Les registres des délibérations municipales de Bayonne sont pleins 
de ce sujet et montrent l'impatience qu'avait la ville à voir «ache- 

1. Manuscrit de Veillet, édité en 1910. 

2. Registres français de la mairie de Bayonne, préf., pp. xxx-xxxi. 



328 LE LITTORAL GASCON 

ver le port neuf dict Boueault... A ordonné aussi Sa Majesté que 
ledict Boueault sera achevé en la plus grande diligence que faire se 
pourra. >; Ce texte, résultant d'un arrêt du Conseil du roi, est trans- 
crit aux Registres français à la date du 17 août 1565. Les détails 
antérieurs sur l'œuvre manquent, car, «malheureusement, les 
registres de 1530 à 1565 sont perdus 1 . » 

Le 11 novembre 1566, le Corps de ville « est adverti que Ton veult 
lever la main à l'œuvre, et il est à craindre que les eaulx ivernales 
emportent par faulte de conduite l'œuvre desjà faicte quy couste 
quatre vingtz ou cent mil livres. Et par ce moien la rivière qu'est 
aujourd'hui navigable se perde, la ville demeure submergée d'eaulx, 
à cause desdictes innondations, veu que la rivière est desjà fermée 
bien avant, qui fait regorger lesdictes eaulx si ledict canal n'est 
faict 2 . » Relisez ces sept lignes étranges ou embarrassées. 

Mais les fonds manquent, et le surintendant de Fontenay, délégué 
du roi, '< dict et déclaira que pour le reguard de l'ouverture dudict 
canal il estoiteonstrainct de lever main à l'œuvre par faulte de fons 3 .» 

Voilà donc les travaux encore suspendus, la rivière fermée par 
un barrage dans le genre de celui qui sera plus tard renouvelé par 
Louis de Foix, et près de cent mille francs nouveaux dépensés 
depuis l'arrivée, sans doute, de l'entrepreneur actuel. 

Le 14 novembre 1567, « le cappitaine Flageol seroict prié de 
venir demain pour bailler raison de Testât de la dicte œuvre, aiïin 
que s'il tenoict par faulte d'hommes que lesdietz sieurs luy en 
fournissent en paiant 4 . » 

Trois jours après, des remontrances sont faites au surintendant 
de Fontenay, présent, sur « le grand doumaige que le peuble recep- 
voit de ce que le havre n'estoit pas plus advancé » 5 . Et le 30 no- 
vembre le roi ajourne la question des subsides à accorder pour le 
havre 6 . 

Bayonne insiste et écrit au roi, le 11 janvier 1568, pour ]'«ad- 
vertir que le havre qui tant a cousté est en tel estât, que le sieur 
de Fontenay demeure aujourd'hui sans fons, aiant faict traverser 
le cannai puis l'eau doulce jusques à la grand mer. Toutefïois s'il 
n'est pas continué et entretenu, les ventz qui nous sont prochaine 
recombleronl, tost ledict cannai 7 ». 



1. Registres français, t. I er , p. 12, noie. 

2. Idem, p. 69. 

3. Idem, p. 70. 

4. Idem, p. 124. 

5. Idem t p. 124. 
fi. Idem, p. 126. 
7. Idem, p. 136. 



FONCTfONNEMENT DE L'ADOUR A PORT-D'ALBRET 329 

On ouvrait bien la tranchée jusqu'à la mer, mais on ne parvenait 
pas, malgré le barrage de l'Adour, à vaincre le poids des eaux 
s'échappant vers Port-d'Albret. C'est aux chantiers de Capbreton 
et du Trossoat que furent inconnues ces eaux mortes, indécises et 
sans pente dont on se plaît à parler encore ! 

Malgré la situation difficile, la ville de Bayonne entend conserver 
toutes ses prérogatives sur l'Adour. Il est ordonné, le 27 juin 1569. 
que ceux qui demanderont congé de charger ou de décharger leurs 
navires au-dessus ou au-dessous de Capbreton viendront droit à 
Bayonne. S'ils n'y peuvent venir, le commissaire qui sera député 
appréciera, en son honneur et conscience, s'il est possible de faire 
monter le navire plein ou vide; s'il ne peut monter, le délégué 
donnera telle permission qu'il avisera, pourvu qu'au préalable elle 
soit présentée à la mairie de Bayonne. Et ne pourra ledit commis- 
saire donner congé de charger ou décharger que sur des bateaux 
et avec des hommes de cette ville 1 . 

C'est-à-dire que le barrage de l'Adour nécessitait le transborde- 
ment des cargaisons arrivant par mer, et que là encore les Bayon- 
nais entendaient réserver aux ouvriers et aux allèges de leur ville 
la manutention et la suite du transport. 

1570. La flotte des protestants s'empara, en 1568, de dix navires 
pêcheurs de Capbreton, qui revenaient de Terre-Neuve avec leurs 
chargements de morue. Certaines autres prises auraient été faites 
encore sur les Capbretonnais en 1570. La même année 1570, comme 
suite à un précédent avis de Montluc, Capbreton envoyait six cha- 
loupes armées et équipées de 150 hommes pour garder la rivière de 
Bordeaux ; 30 hommes périrent dans cette campagne. Sur la demande 
du gouverneur de Bayonne, les Capbretonnais envoyaient en même 
temps à leurs propres frais 25 hommes pour aider à garder la ville 
de Bayonne ; en outre, ils armèrent deux galions montés par 100 hom- 
mes pour protéger le cours de l'Adour contre les religionnaires 
béarnais. 

Ces divers événements figurent aux Annales de Capbreton, par 
Bartro, et au Dictionnaire géographique d'Expilly; ils sont confor- 
mes aux lettres patentes de Charles IX, du 25 novembre 1570, 
relatives à Capbreton. En présence de tant d'épreuves accumulées, 
et vu les durs sacrifices par lui consentis pour concourir à assurer 
la sécurité de Bayonne, Capbreton peut espérer que les Bayonnais 
vont s'attendrir, cette fois, et se souvenir un instant des droits 
solennellement reconnus aux Capbretonnais, en 1302, par le gou- 

1. Registres français, t. I er , p. 184. 



330 LE LITTORAL GASCON 

veraeur, l'éveque et le maire de Bayonne (page 298). Par suite, 
Gapbreton, pour motiver sa supplique, n'hésite pas à médire foi 
sur l'état de navigabilité de l'Adour et demande, malgré la défense 
de l'année précédente, que les navires, à leur montée, puissent être 
allégés chez lui et leurs marchandises transportées « en gallions el 
petits vaysseaulx vers lad. ville de Bayonne ». Les Bayonnais ripos- 
tent qu'ils ont « la jurisdiction sur la rivière de l'Adour, ports el 
havres d'icelle avec toute authorité despuys le lieu de Horgave 
jusques à l'entrée de la grand mer... Ses privilèges très anciens 
défendoient aux habitans de Capbreton de ne charger ni descharger 
aulcunes marchandises ne faire port ailleurs qu'en lad. ville de 
Bayonne, puis le lieu de Horgave jusques au habre du Boucault 
vieulx et le long de la rivière de l'Adour, toute laquelle estandue 
estoict de leur jurisdiction 1 . » 

Il y a là un texte officiel qui doit bien, de même que l'ordonnance 
précitée du 27 juin 1569, signifier quelque chose et mériter quelque 
crédit. Si la réponse fut dure envers les Capbretonnais, elle nous 
vaut toutefois de la part de la mairie de Bayonne confirmation 
nouvelle, à un an d'intervalle, de ce qui est dit pages 317 et 329, 
à savoir que l'Adour de Port-d'Àlbret, en dépit du barrage et des 
dénigrements, devait pousser les navires chargés jusqu'à la palis- 
sade ou aux approches de la palissade du Trossoat, qui était à 
plus de 30 kilomètres de l'embouchure. On en sera même convaincu 
en voyant, page 335, la panique de 1579. 

8 février 1571. Remontrances présentées au mi par le Corps de 
ville. Bayonne demande au souverain que les travaux du nouveau 
havre soient continués en toute diligence et qu'une somme nouvelle 
de quatre-vingts à cent mille francs soit levée sur les cinq séné- 
chaussées d'Armagnac, d'Agenais, de Condomois, (h 1 Bazadais et 
àes bannes i compris 1rs gardaiges de Thoulouse en ce qui est de 
(inyenne, cy «levant contribuables audict Boucault, pour être em- 
ployés à l'entier parachèvement d'içelui ». Si la somme est insuffi- 
sante, la ville terminera l'oeuvre de. ses deniers. On expose encore 
au roi que «la plus grand part des habitans et espeeiallement les 
artisans et gens de meslier habandonnent la ville, aymant mieulx 
y délaisser comme ilz disent leurs biens immeubles que aussi par 
inundacions et desbordement d'eau sont, pardues et gastées a 
chasque fois, sans les pouvoir cultiver » -. 

Réponse du roi (8 février 1571) : « Le Roy... estant ladicte rivière 
à demi close et empeschée par les ouvraiges imperfaieti à cause des 

1. Arch. de Capbreton, BB 1. 

2. Registres français, t.. I'' r , p. 282. 



FONCTIONNEMENT DE L'ADOUR A PORT-n'ALRRET 331 

troubles survenus, a ordonné sur une offre faicte par escript par 
M e Louys, ingénieur françois estant à présent en Espaigne, qu'il 
sera mandé à Monsieur de Forquebaulx de le faire venir incontinant 
aux despans du Roy par deçà pour communiquer avec luy et 
entandre, pour la grande expériance qu'il a, son desseing sur la 
perfection du Boucault 1 . » 

Sous les dates des 3 et 30 décembre 1566, on trouve aux Regis- 
tres français, pages 74 et 78, que l'impôt pour la réfection de 
l'embouchure de l'Adour était levé sur les cinq sénéchaussées de 
la région depuis une dizaine d'années. En 1571, après quinze ans 
de prélèvements d'impôts et de travaux plus ou moins ininterrom- 
pus, la réponse du roi constate que le cours ordinaire de l'Adour 
n'est qu'à moitié barré, des troubles étant survenus aux ouvrages 
imparfaits, c'est-à-dire impuissants. Vers la mer, l'œuvre nouvelle 
n'a donné encore aucun résultat, et Bayonne fait valoir que son 
pays souffre de la hauteur constante des eaux et d'inondations 
fréquentes. 

On est fixé, cette fois, sur ces inondations d'autrefois tant nom- 
mées et attribuées au fonctionnement soi-disant défectueux de 
l'Adour à Port-d'Albret. Elles étaient occasionnées à certaines 
périodes, depuis 1491, par le barrage sous Capbreton et sous Bayonne 
de ces eaux venant des Pyrénées, qu'on ne pouvait ni intercepter 
ni détourner de leur cours, et qui protestaient d'une manière impé- 
tueuse en crevant les obstacles opposés par les ingénieurs. Sur les 
conséquences, de cet étranglement officiel du fleuve par les ingé- 
nieurs, on nous présente encore deux catégories de mentions que 
la logique ne relie guère l'une à l'autre : 

1° Louis de Foix reçut le don d'une conque de froment ou sa 
valeur sur chaque arpent de terre conquis sur les eaux, par suite 
des travaux de la nouvelle embouchure sous Bayonne 2 . (Terre 
conquise dans le haut pays, bien entendu.) 

2° Au pays de Bayonne ainsi présenté avec eaux grosses, rues 
et terres inondées, on veut nous offrir ce contraste que de faibles 
bateaux seuls pouvaient y flotter avant 1578. 

Au milieu des difficultés et des embarras exposés, Louis de Foix, 
venant de Madrid, arrive à Bayonne en mai 1571 et s'y arrête, avant 
de se rendre auprès du roi. En juin, la municipalité le presse de se 
diriger vers la cour : « A cette cause l'ont prié et requis et néanl- 

1. Registres français, t. I er , p. 284. — La date donnée (8 février) est celle du 
registre des délibérations de Bayonne. 

2. Idem, préface, p. xxxn. 



332 



LE LITTORAL GASCON 



moings sommé de s'en voulloir partir avec leur depputé pour s'en 
aller trouver sa Majesté 1 . » 

Ce délégué des représentants de Bayonne, nommé Dollius, est 
réduit à partir seul pour la cour, et les rapports avec Louis de Foix 
restent peu cordiaux. « Qu'il soit escript au Roy par ledict Dollius 
auquel fut enjoinct de partir vers sa Majesté après diner, la façon 
de laquelle M e Loys de Foix, ingénieur, a usé à leur endroict depuis 
son arrivée en ceste ville, et que sans le ministère d'aultres ingé- 
nieux que ceulx qui sont en ceste ville, lesdictz sieur parachèveront 
le havre, s'il plaict à Sa Majesté leur faire bailler soixante mil livres, 
et de ce faire se chargeront sur leurs vyes et honneurs 2 . » 

C'était simplement manifester la volonté de repousser les ser- 
vices de Louis de Foix. 

De son côté, le 22 juin 1571, Louis de Foix écrivait à la munici- 
palité : « ... Et vous fault estimer qu'il n'y a qu une quatriesme 
partie de vostre œuvre faicte pour vostre Boucault, lequel pourroit 
tumber entre les mains de tel ingénieur, que après qu'il auroit 
despandu et gasté ung milion de franxs, toute son œuvre ne vaul- 
droit pas cinq solz... Et si je vous entretiens de jour en jour est 
qu'il me semble qu'estes ennuyés de quoy je suis plus d'ung mois 
en ceste ville... Et me semble que telle entreprinse ne soit pas des 
frivolles qui les faille porter à la voilée. Et pour ce ne me impor- 
tunez pas davantaige, s'il vous plaict, jusques à ce que je vous 
advertiray de ce que je vouldrai faire 3 . » (Voyez pages 269-270.) 

L'après-midi du même jour 22 juin, «le maire remontre au conseil 
qu<î M e Loys de Foix, ingénieur, estoit allé ce matin au havre et 
avoit trouvé que ce que restoit à faire estoit moins que le premier 
toysage trente toyses de murailles et que à ce moien lui convenoit 
faire nouveau desseing 4 . » 

L'architecte-ingénieur qui venait de construire l'Escurial enten- 
dait donc changer le plan et la direction des travaux de l'Adour. 

L'année suivante, le 19 juin 1572, était passé entre le roi et 
Louis de Foix, par-devant deux notaires du Châtelet, à Paris, un 
contrat pour régler les conditions de la percée du Trossoat à la mer. 
Le premier paragraphe de la convention était consacré aux détails 
de la « fermeture de la rivière, contenant 150 toises de large ». Le 
développement de la percée était ainsi indiqué dans le corps du 
traité : « Plus fault ouvrir le cannai, contenant neuf ceni, toises ou 



1. Registres français, t. I er , pp. 298 et 300. 

2. Idem, p. 301. 

3. Idem, pp. 301-30?. 

4. Idem, p. 302. 






FONCTIONNEMENT DE l'.\DOUR A PORT-d'aLBRET 333 

environ de longueur, en largeur de six toises par le bas *. » Un peu 
au-dessous de l'église du Boucau-Neuf, le barrage de l'Adour et le 
commencement de la tranchée se trouvaient ainsi à environ 
1.800 mètres de la mer, au « quai de la brèche », mentionné page 235. 
A la Bibliothèque de l'Arsenal, le lieu est ainsi désigne au dossier 
6139: plan 1320, 18 septembre 1731 : «digue Foix, ruinée;» plan 
1325, de Touros, 1732: «vestiges de la digue de Foix 2 .» 

L'original du « portraict (devis) qui a esté faict et dressé par 
ledict maistre Loys de Foix pour le faict de la perfection du havre 
dudict Bayonne » se trouve déposé aux archives de cette ville. 11 
lut remis le 3 juillet 1572, à Paris, à Sorhaindo, « soubz maire de 
la dicte ville de Bayonne 3 . » 

« Louis de Foix, dit Poydenot, se mit à l'œuvre sous le règne de 
Henri 111 : après avoir fait creuser le nouveau lit du lleuve jusque 
près de la mer, il fit établir une forle digue à l'endroit où il se déviait 
au nord, appelé Trossoat, de façon à obliger les eaux à suivre le 
nouveau chenal. Ce travail fut des plus difficiles, à raison de la 
force des eaux et de la nature du terrain sablonneux, où les pilotis 
n'avaient pas d'assiette solide : trois fois il fut entièrement détruit, 
et Louis de Foix revint toujours à la charge avec une indomptable 
énergie 4 . » 

Entre temps, Capbreton, qui sentait l'approche de sa chute, 
aurait voulu opposer de la résistance à la confection de l'œuvre, 
d'après un témoignage conservé aux archives municipales de 
Bayonne : * Auxquels ledict scindic remonstra que ceux de Cap- 
breton taschaient par tous moiens de remettre la cause du havre 
ez mains de la cour de Parlement, soubz prétexte de voulloir leur 
faire entendre qu'on voullait sçavoir sy le havre se pouvoit faire 5 . » 

Enfin, les travaux de déviation touchent à leur fin. Le 28 octo- 
bre 1578, Louis de Foix, soudainement aidé par une tempête et une 
formidable crue d'eau provoquée par le barrage du fleuve et qui 
faillit, dit-on, inonder Bayonne 6 , voit le lit nouveau déverser les 

1 . Registre français, t. I er , pp. 325-327. 

2. Ces deux plans doivent exister à la Chambre de commerce de Bayonne. 

3. Registres français, p. 328. 

4. Récits et Légendes, p. 333. 

5. Registres français, 5 mars 1576, p. 448. 

6. « Une tradition dramatique, dont le chanoine Vcillet s'est fait l'écho, 
rapporte qu'un moment les bas quartiers de la ville furent inondés et les navires 
amarrés au premier étage des maisons jusqu'à ce qu'enfin les eaux fussent se 
déverser dans le nouveau "canal. » (Registres français, I, préface, p. xxxi). — Il 
s'agit d'un fait impressionnant, mais simplement dramatisé. Par les grandes 
crues coïncidant avec les fortes marées, les eaux s'élèvent presque, actuellement, 
au niveau de la place d'Armes et des Allées-Marines. Si par l'imagination on 



334 LE LITTORAL GASCON 

flots de l'Adour à la mer par le Trossoat, devenu le Boucau-Neuf, 
et consacre ainsi une erreur, oui ; — et qu'on ne se cabre pas ! — 
une erreur, pour l'époque du moins. Le parcours de l'Adour est 
abrégé de près de 32 kilomètres; Gapbreton et Port-d'Albret, sur 
ce lit inférieur supprimé, sont morts au grand commerce maritime, 
et Bayonne voit ses vœux accomplis. C'est ce qu'on gagnait au 
chef-lieu du Labourd, à ce moment-là. 

Mais les flottes du commerce, auraient-elles un port d'accès 
facile, ne vivent pas de chauvinisme et de sentiment, elles vivent 
de fret; et sous ce rapport on voit vite ce qu'elles perdaient ici: 
le pays forestier, pays d'échange par excellence, qui fournissait six 
fois plus de tonnes de marchandises que le haut pays, région agri- 
cole. Nos produits forestiers, dont Bayonne se séparait, ne deman- 
dent pas des moyens de transport rapides, mais des moyens puis- 
sants et à bon marché, ceux que l'eau seule peut fournir. A cet 
égard, le canal tant projeté de la Garonne à l'Adour serait encore 
plus profitable au pays du littoral que toutes nos lignes perpendi- 
culaires de voies ferrées, avec leur marche accélérée et leur tarif 
onéreux. 

Sous le rapport de la science économique, les ports sont d'autant 
plus recherchés et appréciés qu'ils ont plus de pénétration dans 
l'intérieur du territoire. Le trajet de Bayonne à Messanges équi- 
valait à une pénétration de plus de 40 kilomètres dans les 
terres, par l'avantage de toucher à un pays forestier alors unique 
en Europe pour ses produits nécessaires à toutes les régions. Poyde- 
not a dit avec raison que c'était une anomalie de voir un fleuve 
prolongeant son cours parallèlement à la mer. On n'en trouve 
guère d'exemple, en ciîet, à part celui du Congo; mais il s'agit de 
savoir si la difformité géographique était, ici, préjudiciable ou non. 
Elle était favorable à la marine de Bayonne cl à la région du nord. 
Celle-ci étant sacrifiée,, celle-là périclitera. 

On va d'ailleurs pouvoir apprécier, par comparaison avec les 
faits et les passages de flottes dont il vient d'être fait mention, ce 
que l'entrée du port, tout entière cette fois à Bayonne, devint et 
donna pendant trois siècles. 

L'Adour depuis l'œuvre de Louis de Foix. — Janvier l. r >7 ( .>. 

voyait leg eaux plus élevées en 157^, elles se seraient déversées vers Capbreton 
par-dessus le barrage du Trossoat, comme elles devaient le faire journellement. 
Au vu de l'ordonnance de Bayonne du 27 juin 1569 (page 329 qui précède), 
de sa réponse de 1570 à Gapbreton (page 330) et de l'alinéa : 1583, 7 janvier 
(page 336 qui suit), on peut supposer que les bateaux plats dits allèges pouvaient 
passer par-dessus le barrage au moment de la pleine mer. 






l'adour depuis louis du l'oix 335 

— Lettre de Louis de Foix à la municipalité de Bayonne : ? J'ay 
monstre le lieu le plus nécessaire où il convient mectre à présent 
ladicte piarre qui est de fortiiïier et asseurer la fermeture et œuvre 
faicte en l'année passée 1578. Et pour le reguard de la chaussée 
que j'ai cy devant ordonné estre faicte pour garder que l'eau qui 
vient du vieux BouCault ne nous rompe ladicte œuvre comme elle a 
cy dcvanl jaicl, laquelle chaussée est très nécessaire estre achevée... 
Faict à Bayonne, le 26 janvier 1579. r> De son côté, la municipalité 
bayonnaise écrivait au roi, le 7 mars 1579 : « Tant que comme la 
rivière a esté fermée par une nouvelle construction dudict havre, 
l'ancien ne s'est pas tari tout d'un coup et la marée d'iceluy vient 
jusques à la palissade et est à craindre qu'il la myne s'il n'y est 
promptement pourveu 1 . » Ainsi, par la partie amputée de l'Adour, 
le flot arrivait encore du Vieux-Boucau avec l'allure d'un bélier 
qui allait, après 30 kilomètres de parcours, saper et mettre en 
danger l'œuvre de Louis de Foix. Pour croire à pareil phénomène, 
il faut, comme ici, le trouver dans un texte officiel, dans un cri 
d'alarme adressé à la couronne et dans un aveu de Louis de Foix. 

9 mai 1579. « Aussi qu'il estoit adverty que aucuns particuliers 
de ceste ville, Gapbreton et ailleurs se voulloient ingérer de passer 
par la palissade et bresche du havre, qu'il avoit délibéré d'en faire 
une ordonnance prohibitive 2 . » 

26 juin 1579. « Ledict sieur de Naguille remonstra que ces jours 
passez il avait esté au havre, sur l'advertissement qu'il avoit eu 
que les caisses se mynoient par le derrière, et que si cella se conti- 
nuoit estoit à craindre qu'il n'y arrivast ung inconvénient irrépa- 
rable, et mesme sur l'hyver prochain 3 . » 

3 juillet 1579. « Ledict de Naguille remonstra que suyvant la 
charge qui luy avoit esté baillée pour aller visiter l'œuvre du nou- 
veau havre, en compaignie de Monsieur le gouverneur et deux 
depputés de chacun office... et après l'avoir veue et visitée, ledict 
sieur gouverneur auroit amplement remonstré ausdietz depputés 
du peuble qu'il estoit requis et nécessaire de trouver ung prompt 
moien de trouver argent pour remédier que une œuvre si haultc 
et qui a tant cousté se perdist pour peu d'occasion et moiens. Et 
que le plus propre estoit de croistre le priz du vin, sçavoir est de 
ung sol pour lot, jusques à la fin d'octobre seullement 4 . » 

1580, 9 juin. Le gouverneur a baillé congé à ceux de Gapbreton 

1. Registres français de la ville de Bayonne, L. I er , pp. 531 cl 59<>. 

2. Idem, p. 544. 

3. Idem, p. 550. 

4. Idem, pp. 550-551. 



336 LE LITTORAL GASCON 

de passer par la brèche avec leurs bateaux, denrées et marchan- 
dises, et de charger leurs marchandises au havre vieux. Le Corps 
de ville entend « cmpescher cclla par toutes les voies qui sont per- 
mises par le droict » *. 

1580, 17 juin. 11 est prohibé à ceux de Capbrcton et autres de 
passer par la brèche du nouveau havre 2 . 

1580, 10 et 11 juillet. Augier du Bois, « du lieu du Voucault, » a 
fait passer par « les bresches de la palissade du nouveau havre » 
son galion chargé de dix pipes de vin à destination du « Boucault 
Vieux ». Il est condamné à 15 écus d'amende 3 . 

1582, 1 er août. Devis de Louis de Foix pour la fermeture de la 
brèche de la palissade 4 . 

1582, 16 août. Excès commis par les gens de Ma remue et de Cap- 
brcton contre les travaux du havre, de nuit et à main armée 5 . 

1582, 24 septembre. Deux contrôleurs sont nommés pour sur- 
veiller les réparations de la brèche du havre 6 . 

1583, 7 janvier. Un des châssis posés à la brèche a cédé. Ceux 
de Capbrcton passent et repassent par-dessus les caisses renver 
sées, à quoi il est besoin de pourvoir par voie de justice et non 
de force 7 . 

1584, 1(> juin. Nouvelle brèche. «Lequel dict de Foix dict et 
propose que si la dicte bresche nouvellement advenue n'estoit aydée, 
réparée et secourue, il estoit en grand dangiers... et que s'il n'y 
estoict pourveu de bonne heure il estoit à craindre que toute la 
besogne se perdroict et la rivière retourneroict à son ancien canal 
vers le lieu de Capbrcton 8 . » 

1588. La nécessité porte que Sa Majesté soit suppliée de leur per- 
mettre lever pour deux années vingt sols par barrique de vin pour 
parachever la fermeture de la brèche et fortifier du côté nord le 
reste du havre 9 . Ainsi, l'Adour est détourné depuis dix ans, et une 
partie de ses eaux coule encore vers le Vieux-Boucau en crevant 
le barrage. 

1578-1589. Pendant l'espace de onze années, on exécuta une 
digue basse sur la rive gauche 10 . 

1. Registres français, l. II, p. 19. 

2. Idem, p. 20. 

3. Idem, pp. 23-24. 

4. Idem, p. 157. 

5. Idem, p. 160. 

6. Idem, p. 166. 

7. Idem, p. 183. 

8. Idem, p. 231. 

9. Idem, t. II, pp. 411-412. 
10. Descande, L'Adour, p. 55. 






l'adodr depuis louis de foix 337 

1586-1634. Les vieux guides ou «Miroirs» el «Flambeaux» de 
la navigation sont rares ou introuvables en France. Amsterdam! et 
La Haye, qui les produisaient autrefois, n'en ont plus dans leurs 
bibliothèques publiques. Il existe cependant six de cefs ouvrages 
aux Archives d'Etat de Hollande, où j'ai pu en obtenir copie pour 
les côtes allant d'Areachon en Espagne, grâce à des aboutissants 
et par l'intermédiaire du ministère de la marine des Pays-Bas 1 . 
Quatre donnent des détails sur la nouvelle embouchure de l'Adour, 
qui dut être très praticable les premières années de son existence : 
1586, Luca, Bruges, ouvrage en latin : la passe de Bayonne présente 
assez vite, au' flux, quatre ou cinq brasses d'eau (6 m 50 à 8 m ). — 
1591, Luca, fils de Jean Ghartier, Anvers, en langue française : l'em- 
bouchure de l'Adour offre quatre toises d'eau (7 m 80) à mi-rnarée. — 
Elle va devenir mauvaise. Le troisième et le quatrième des guides 
précités, plus détaillés que les deux premiers et écrits en hollandais 2 , 
auteurs Golom 1632, Golom et Jovis Garolus, 1634, donnent : Passe 
entre deux plages et changeant souvent de place à cause du mou- 
vement des sables; haute mer, trois brasses d'eau (4 m 872); basse 
mer, trois pieds (moins d'un mètre, le pied hollandais étant plus 
petit que le nôtre); brisants sur les bancs de la passe, d'après l'édi- 
tion de 1634. Que nous voilà loin de l'embouchure de Port- 
d'Albret, profonde de 30 mètres « bort à bort » ! 

1669, 17 avril. « Se negerent tous à la fois en la Barre de Bayonne 
Saubat de Gontis, Jean de Gaule, Bertoumiou Foussetz, Mathieu 
Deslix. Etienne Dufau et Etienne de Laccmme. En foi de quoi j'ai 
signé : Debourg, curé 3 . » L'Adour détourné ne reconnaissait plus 
les siens d'autrefois; il engloutissait sans distinguer. 

1684. L'embouchure de l'Adour déviait fortement vers le sud 
et semblait menacée d'être obstruée. Elle atteint la Chambre- 
d'Amour 4 . 

1693-1696. L'ingénieur Ferry ramène la barre au nord, mais n'y 
persiste pas. L'Adour revient sur la côte d'Anglet et forme près de 
Biarritz une passe tortueuse qui occasionne beaucoup de naufrages 5 . 

1699, 20 août. Ordonnance du roi, qui impose une nouvelle con- 
tribution de 34.500 francs à Bayonne, à l'élection des Lannes et au 
pays de Marsan, pour faciliter l'entrée de l'Adour du côté de la mer 6 . 

1. Ce ministère possède lui-même quelques ouvrages dont il s'agit, mais ils 
ne sont pas antérieurs à 1640. 

2. Traduction due à l'obligeance de M. P. Perrière, de Bordeaux. 

3. Etat civil du Vieux-Boucau. 

4. Poydenot, p. 338; — Morel, Bayonne, Vues historiques, p. 97. 
■ >. Morel, p. 98; — Bailac, Nouv. chron. de Bayonne, p. 218. 

<i. Arch. de la Gironde, G 1959. 

22 



338 LE LITTORAL GASCON 

1725. L'entrée du Boucau-Neuf est si difficile qu'on ne peut la 
tenter sans appréhender presque un péril évident; la sortie est aussi 
dangereuse; les naufrages, les échouements sont très fréquents; 
ceux qui chaque jour exposent leur vie n'apprennent que trop cette 
vérité 1 . 

1727-1729. M. de Touros reprend le projet de Ferry et décide la 
construction de jetées en pierre. Les travaux commencent en 1729 2 . 

1737. Les ingénieurs décident le rétrécissement de l'Adour 3 . 

1743. Cent toises courantes de pilotis construites sur la pointe 
sud sont enlevées par la mer 4 . 

1758. Les fonds manquent; les travaux sont abandonnés 5 . 

1762. Entraînant la région du nord dans leur ruine, Capbreton 
et Port-d'Albret ne sont plus. Que ces deux humbles Carthages 
soient détruites ! Et c'est ce qu'accomplit l'intervention de Louis 
de Foix. Qu'on juge de la prospérité que son œuvre fit rejaillir sur le 
chef-lieu du Labourd : « L'Espagne, qui avait créé à Bilbao et Saint- 
Sébastien des ports francs, attirait à elle le commerce de Bayonne... 
Ce fut une époque de souffrance et de lutte pour le commerce bayon- 
nais. Sa population, dit M. Bailac d'après les registres de la ville, 
était réduite à 9.453 habitants. De 940 maisons, 123 étaient en 
vente et 250 sans locataires 6 . » L'intendant de Guyenne en dit au- 
tant dans un long Mémoire que j'ai rapporté au Bulletin de Borda, 
Dax, 1918, page 103, dans « Cap-Serbun, Labenne et Capbreton ». 

1777-1778. Construction du crochet sud 7 . 

1780-1781. La jetée basse est prolongée 8 . 

1784. Bayonne devient port franc, grâce à l'appui de l'intendant 
Dupré de Saint-Maur. Le commerce se relève un peu 9 . 11 faut donc 
faire vivre Bayonne artificiellement. — .Mais il manque à ses navi- 
res le fret du pays forestier, ainsi qu'une entrée de port praticable. 

1792-1813. Armée des Pyrénées. «Quelquefois aussi des vents 
contraires empêchaient les navires de franchir la barre si difFicul- 
tueuse de Bayonne, et alors, condamnés au supplice de Tantale, 
nous voyions de dessus les pics des montagnes la mer couverte 
d'approvisionnements dont nous manquions. Je n'exagère pas, plus 

1. V Ancien porl de Capbreton, p. 32 (1897), d'après les Archives de Bayonne 
DD 65, n° 38. 

2. Morel, p. 98; — Bailac, p. 221. 
3-4. Morel, pp. 100 et 101. 

5. Morel, p. 102. 

6. Morel, p. 115, et Bailac. 

7. Morel, pp. 103 et 116. 

8. Idem. 

9. Idem. 



L ADOUR DEPUIS LOUIS DU FOIX 



339 



de trente mille hommes périrent ainsi en peu de mois, consumés 
par les privations de tous genres et par les maladies qui en furent 
la suite... En 1813, le maréchal Soult éprouva les mêmes difficultés 
et dut pour ces raisons se priver de garder la cavalerie *. » On voit 
dans quelles conditions les travaux de Louis de Foix concouraient 
à la défense nationale, particulièrement invoquée cependant, à 
cause du voisinage de FEspagne, dans l'enquête de 1491. 

1808. Napoléon décrète : Le lit de l'Adour dont la largeur, à son 
embouchure de la mer, est de 290 mètres, sera réduit à 152 mètres. 

1810-1811. Les travaux ci-dessus sont exécutés. Résultats : «La 
barre est rejetée vers le sud et n'offre l'hiver suivant qu'un chenal 
étroit et dangereux 2 . » 

1812 On construit au sud 78 mètres de jetée basse, et la passe 
revient à son lit 3 . 

1815. Nouveau déplacement vers le sud 4 . 

1816. Prolongation de 100 mètres de la jetée basse du sud. Les 
travaux exécutés à cette occasion durèrent jusqu'en 1819 5 . 

1819-1836. La barre a subi une foule ' de modifications, mais 
aucune d'elles n'a compromis d'une manière absolue les intérêts 
du port 6 . 

1820-1825. Relevé des bâtiments de 100 tonneaux et au-dessus 
appartenant au quartier de Bayonne, d'après la Nouvelle chronique 
de Bayonne (1827), tableau 5. 







NAVIRES DE 






ANNÉES 


400 tonneaux 

et 

au-dessus 


300 

à 

400 tonneaux 


200 

à 

300 tonneaux 


100 

à 

200 tonneaux 


Total 


1820 


» 


1 


3 


21 


25 


1821 


» 


1 


3 


20 


24 


1822 


» 


2 


5 


18 


25 


1823 


» 


1 


3 


19 


23 


1824 


» 


» 


5 


16 


21 


1825 


» 


» 


3 


18 


21 



1. Général Lamarque, Mémoire sur un canal parallèle à l'Adour, p. 38 (1825). 

2. Morel, p. 104. 

3. Idem. 

4. Morel, p. 104; — Descande, p. 66. 

5. Idem. 

6. Idem. 



340 LE LITTORAL GASCON 









Et c'était avant les chemins de fer et à l'époque où les grandes 
maisons de Bayonnc étaient redevenu** maîtresses du marché 
espagnol. Et quatre cents ans auparavant, avec l'embouchure de 
l'Adour à Port-d'Albret, les navires de huit cents tonneaux attei- 
gnaient Bayonne, même d'après les lettres patentes du 22 juin 
1491, prescrivant l'enquête de cette année-là. Et l'on disait aux 
deux grandes enquêtes, et on le répète sans cesse depuis, que 
Bayonne ne pouvait pas avoir anciennement de gros navires parce 
que l'embouchure de l'Adour était à Port-d'Albret ! Voyez 
page 318, millésime 1346, au sujet des flottes. 

1826. « La barre n'a pas cessé d'être un écueil effrayant pour 
les navigateurs. On sait que la prime d'assurance est plus élevée 
pour les marchandises qui vont de Bordeaux à Bayonne, que pour 
celles qui sont dirigées vers un des ports de l'Amérique l . » 

1857-1873. De 1857 à 1864, les ponts de service et les passerelles 
furent plusieurs fois enlevés. En 1865, on perdait, par la violence 
des lames, 37 mètres de jetées et 247 mètres de passerelles. L'em- 
bouchure de l'Adour se boucha plusieurs fois, notamment en 1864, 
1868, 1872 et 1873 2 . 

1852-1875. Dans un rapport du 1 er août 1874, M. l'ingénieur 
Stœcklin dit : « Il est regrettable certainement d'avoir à constater 
à la barre une centaine d'interruptions par an; en 1872, il y a eu 
119 jours sans entrées ni sorties, en partie par absence de navires; 
en 1873, il y en a eu 85; dans les six premiers mois de 1874, il y en 
a eu 42. » Dans un autre document de la même époque, le même 
ingénieur constate, dans la période des 17 dernières années, 36 nau- 
frages arrivés à l'embouchure même et sur la barre de Bayonne. 
La brochure Le présent du porl de Bayonne (1875) donne un tableau 
officiel de 65 naufrages arrivés dans la période de 1852-1875 à la 
barre, dans le voisinage immédiat de la barre ou à cause de l'im- 
possibilité de la franchir. 

1870. Le nouveau système «1rs piles métalliques ne tardera pas 
à être complété par un vannage intermédiaire, et lorsque les nou- 
velles jetées ainsi prolongées auront dépassé le bourrelet de la barre 
d'une quarantaine de mètres, il est permis d'espérer que l'entrée 
du port de Bayonne sera placée dans des conditions très satisfai- 
santes 3 . 

1872. La barre de Bayonne reste fermée à la navigation pendant 

1. Billaudel, ingénieur à Bordeaux, Les Landes en 1826, p. 79. 

2. Descande, L'Adour, p. ^75; — Le présent du porl de Bayonne. 1875. d'après 
«lo<. documents officiels, p. 15 (anonyme). 

3. Rapport de M. l'ingénieur Stoecklin, 16 mai 1870 (Poydenot, p. 3G0). 



l'adour depuis louis de foix 341 

vingt-six jours, en automne; de grands dégâts sont occasionnés à 
la passerelle et aux piles 1 . 

1880. « La barre de Bayonne, mot terrible autrefois, dont il reste 
injustement encore quelque chose. La barre de Bayonne, il nous 
souvient des terribles tableaux qui nous en étaient faits à bord du 
vaisseau-école par maître Franco, ce type du maître de manœuvre... 
Les descriptions qu'il faisait de la barre nous la montraient comme 
une sorte de cataclysme répandant ses effets d'épouvante et de 
destruction sur tout ce qui approchait... Son récit était terrifiant 2 . » 
Et en dehors des forts vents d'ouest et de nord-ouest, le vieux 
marin Pierre Garcie donnait au xv e siècle cette simple indication 
sur l'estuaire de Port-d'Albret : « Va seurement. » Et si la navigation 
à vapeur eût existé, le passage y aurait été praticable par tous les 
temps, a-t-il été dit, par l'orifice de 1 kilomètre de large et de 30 mè- 
tres de profondeur, chiffres de Pierre Garcie. Cette remarquable 
embouchure de jadis, aussi privilégiée par la nature que celle de 
Bayonne est précaire, devient compréhensible par l'examen des 
lieux. Actuellement, à Bayonne, le jusant est constitué par le retour 
d'un grand poids d'eau qui a gonflé l'Adour pendant le flux. Mais 
cette force liquide descend d'une pièce en une cadence régulière, 
entre deux jetées. A Port-d'Albret, à l'heure présente encore, on 
voit autre chose du passé : succédant au flux qui avait plus d'am- 
plitude qu'à Bayonne, le jusant arrivait à la fois du sud par le 
puissant lit de l'Adour, et du nord par le bassin de 3 kilomètres 500 
de long qui formait la rade; peu avant de choir à la mer, les deux 
masses liquides se heurtaient et se confondaient en un choc qui 
avivait leur force et occasionnait un affouillement très favorable 
au dégagement et au creusement de l'orifice du fleuve; le remous 
se poursuivait encore un certain temps contre l'élément marin et 
entretenait « prez de terre », sur le côté sud, un gouffre de plus de 
100 mètres d'eau. — La carte de la page 295 montre le lit du jusant 
de l'Adour; le jeu du flux et du reflux forma un îlot où l'on construit 
actuellement. Que l'Adour ancien, dont on a tant médit, soit com- 
plètement réhabilité ! 



Le douloureux bilan de l'Adour dont il vient d'être donné, pour 
ces trois derniers siècles, un large aperçu, résulte de causes tout à 

1. Descande, p. 76; — Le présent du porl de Bayonne, 1875, d'après des docu- 
ments officiels (anonyme). 

2. Marquis de Folin, capitaine de port a Bayonne, Les Explorations sons- 
marines de l'aviso « Le Travailleur ». 



342 LE LITTORAL GASCON 

fait inhérentes à l'endroit où le fleuve a été jeté en 1578. A la 
page suivante, on verra encore au xx e siècle une situation très 
défavorable. 

Les Instructions nautiques du service hydrographique de la marine 
disent de la barre de Bayonne, placée au fond et à l'angle du golfe: 
« D'après ce que nous avons dit sur la faible distance à laquelle les 
lignes de profondeur de 200 et même de 300 mètres passent du 
littoral du golfe de Gascogne, on conçoit comment la mer, soulevée 
au large par les grands vents d'Ouest et de N.-O., se propage 
avec toute sa force jusqu'au fond de ce golfe... C'est cette mer du 
large qui produit la lame de fond, beaucoup plus forte que celle 
qui est due aux vents locaux, et qui donne à la côte d'énormes 
vagues, souvent par des temps calmes et même avec des vents de 
terre. i 

Donc, les lames de fond convergent vers l'angle de Bayonne et 
tourmentent ce point. Elisée Reclus rend ainsi le fait : « Lorsque 
la bouche de l'Adour s'ouvrait à Capbreton, elle avait son prolon- 
gement naturel en mer par la grande rade du Gouf, tandis que de 
nos jours elle donne sur une des régions les plus dangereuses de 
l'Océan cantabre 1 . » 

« Du bassin d'Arcachon au port de Capbreton, la mer monte sur 
le littoral de 4^70 dans les vives-eaux d'équinoxe, de 4 m 20 en vive- 
eau ordinaire, et de 3 m 10 en morte-eau ordinaire 2 . » C'est-à-dire 
que ces chiffres se rapportent au temps normal. 

L'amplitude de la marée est moindre de beaucoup sur la côte 
de Bayonne, à l'angle du golfe : « Elle n'est, par rapport au zéro de 
l'échelle de l'ancienne tour des signaux, que de 3 m 60 dans les 
grandes marées d'équinoxe, de 3 m 30 dans les vives-eaux, et de 
2 m 10 en moyenne dans les mortes-eaux 3 . » Il convient de dire que 
le zéro de l'échelle de l'ancienne tour des signaux se trouve élevé 
de 30 centimètres au-dessus du zéro des cartes, et que ces m 30 
doivent être ajoutés aux chiffres qui précèdent avant de procédai 
à une comparaison avec les marées du littoral du Marensin et du 
Médoc. 

La figure suivante, relative à l'élévation des marées aux diverses 
phases de la lune, va rendre sensible la différence — toute en défa- 
veur de Bayonne — qui existe sur les différents points du golfe 
dans l'impulsion du flux. Les chiffres donnés sont officiels et em- 
pruntés aux Instructions nautiques et à V Annuaire des marées. Ils 

1. Géographie, t. II, p. 112. 

2. Instructions nautiques de la marine, édit. de 1895 et de 1898. 

3. Mêmes Instructions nautiques. 



L A.DOUR DEPUIS LOUIS DE EOIX 



343 



font ressortir que l'embouchure de l'Adour (on ne put le prévoir) 
fut portée en 1578 sur le point le plus défavorable de la région. 



4»50. 
4 30 
3 30 



Boucau-Neuf 
de Bayonne 



Vieux-Boucau 



Cordouan 



3»90., 
3 60 
2 40 



4 D 70. 
4 20 



3 10 



Niveau général 



5»50... 



3 70 



Oceao 



Xèto 



d.es 



i^"****r a 



On conçoit maintenant pourquoi l'embouchure de Port-d'Albret, 
à l'état de nature, pouvait envoyer régulièrement le flot à 65 kilo- 
mètres à l'intérieur, quand celle du Boucau-Neuf de Bayonne, pro- 
tégée et maintenue par plusieurs kilomètres de digues et de jetées, 
ne l'envoie qu'à 50 kilomètres, ceci, toutefois, et en bonne partie, 
à cause de l'élévation du lit de l'Adour en amont de Bec-de-Gave. 

D'après les Instructions nautiques déjà citées, la hauteur d'eau sur 
la barre de Bayonne n'était, en 1895, à mer basse, que de 2 mètres 
dans les petites marées et de 3 m 70 en grande marée. En 1897, 
la même hauteur à mer basse atteignait de 5 à 6 mètres aux mortes- 
eaux et 7 mètres aux eaux vives, à la suite des travaux de rem- 
plissage des jetées et de dragages. 

L'amélioration était sensible. Malheureusement elle ne fut que 
passagère, à ce qui ressort de la déclaration suivante du président 
de la Chambre de commerce de Bayonne : « Les 3, 4 et 6 mars 1906, 
loi sondages exécutés sur la barre, par le capitaine du remorqueur 
Adour n° 3, accusaient des profondeurs de 3 m 70 seulement. Le 
9 décembre 1910, la profondeur de la barre n'était que de 3 m 60, et 
en mars 1912 les fonds s'étaient relevés jusqu'à la cote — 2,50, 
paralysant la navigation pendant plusieurs jours. 

» De pareils à-coups apportent des perturbations dans les affaires 
et provoquent, de la part des armateurs, des conditions fort oné- 



314 LE LITTORAL GASCON 

reuses pour le fret à destination de Bayonne. D'autre part, il résulte 
des relevés effectués par M. Follin, courtier maritime, au cours des 
quatre derniers hivers, que durant les six mois de la mauvaise 
saison (octobre à mars), pendant lesquels les marées de nuit sont 
presque toujours inutilisables, le port de Bayonne est accessible 
moins d'une marée sur trois 1 . » 



Revenons maintenant à l'heure du détournement de l'Adour. 

Au lendemain du 28 octobre 1578, le réveil dut être poignant à 
Port-d'Albret. Les eaux de l'Adour n'y arrivant plus en se déver- 
sant par-dessus la digue de Louis de Foix, la rade ne se remplissait 
guère désormais que par le jeu du flux marin. Un navire, ou un 
des navires qui s'y trouvaient, le Moïsan, ancré à terre à l'abri des 
dunes de Messanges, à l'extrémité nord-ouest du bassin, pendant 
la tempête probable du 28 octobre 1578, ne flotta plus, dit-on. Il 
serait resté là comme un témoignage ostensible, comme une preuve 
évidente de la fin d'une existence maritime. Cela ressort de la tra- 
dition. Si elle est exacte, la vénérable épave n'eut qu'à attendre 
des ans sa disparition. Les sables, toujours d'après la tradition, 
ont formé sur sa coque un monticule bien distinct, son mausolée 
ombragé de pins. Les générations se transmettent le souvenir de 
l'événement comme si depuis trois siècles on lisait, gravé sur le 
sable: lou lue de Mouïsan. On dit aussi lue blu, de la couleur qu'a- 
vaient à cet endroit les eaux profondes. 

Une version accueillie par les historiens et les chroniqueurs sur 
le Moïsan ne peut être retenue qu'avec réserve. On prétend que 
le capitaine de ce navire aurait reçu de ses armateurs bayonnais, 
en même temps que l'avis du détournement accompli de l'Adour 
sous le Trossoat, une injonction de gagner la mer en toute hâte, 
ce qu'il ne fit pas, s'obstinant à prétendre impossible la nouvelle 
annoncée. Un capitaine en cours de route ne se refuse pas à prendre 
la haute mer, mais des armateurs n'imposent pas volonté pareille 
au fort d'une tempête comme celle, présumée, de fin octobre 1578. 
Le Moïsan, s'il a existé, ne s'aperçut que trop vite, sans avis tardif 
et inutile, de l'heure où ses flancs cessèrent d'être baignés par les 
eaux des Pyrénées; l'injonction soi-disant partie de Bayonne ne 
pouvait donc pas avoir été reçue et accueillie dans la Tonne jus- 
qu'ici indiquée. Cette nouvelle est de celles que laissent derrière 

1. Service hydrographique de la Marine, dix-neuvième cahier (191 1-1011); — 
Gischia, Création d'un porl à Capbreion, p. 4. 



l'.ydour depuis lotis df foix 345 

eux les grands événements qui impressionnent et remuent l'âme : 
à Bayonne, on conte que les navires étaient amarrés au premier 
étage des maisons, en octobre 1578, ce que j'ai dit, page 333, être 
impossible; à Por.t-d'Albret, le détournement de l'Adour se trouve 
personnifié par un équipage qui serait resté à sec sur son bâtiment. 

Il a été montré avec quelle vigueur, après le détournement de 
l'Adour, le flux allait, depuis le Vieux-Boucau, miner à plus de 
30 kilomètres la digue du Trossoat sous Bayonne. On doit ad- 
mettre que, les premières angoisses passées, les cœurs se raffermi- 
rent et reprirent courage au Vieux-Boucau, en face de l'océan qui 
ne les abandonnait pas. Son flot puissant venait deux fois par jour 
raviver les espérances. On aura des navires d'un tonnage restreint 
et d'un tirant d'eau en rapport avec les fonds qui restent; on se 
passera de l'Adour ! 

Des encouragements ne manquèrent pas. Blessée du détourne- 
ment de l'Adour, la maison d'Albret cherchait à adoucir les effets 
du désastre. Henri de Navarre, chef de la maison d'Albret, le futur 
Henri IV, avait envoyé ses « commissaires depputez » au Vieux- 
Boucau et à Gapbreton en mai 1579 1 . Lui-même arrivait au Vieux- 
Boucau le 22 octobre 1583 2 . Peu de mois après il adressait aux 
jurats de Gapbreton, par le capitaine Dulac, une lettre autographe 
en date du 4 juin 1584, conservée avec un légitime orgueil à la 
mairie du lieu, laquelle porte les passages suivants : «... Ainsi s'il 
survenait quelque chose qui méritât que j'en fusse adverti... et ne 
faudra que bailler vos lettres audit Dulac, qui me les fera tenir 
sûrement, l'ayant envoyé en vos quartiers pour veiller et avoir 
l'œil à la conservation de mon port d'Albret et ce qui en dépend... » 

Le secrétaire Pelletier fut aussi envoyé par Henri IV, en 1583, 
visiter « le lieu appelé le Port d'Albret ». (Arch. Trésor de Pau.) 

Henri IV revint au Vieux-Boucau, d'après ce passage des archives 
de Gapbreton, C C 7 : « 1585, lundi 1 er avril. Payé à Janicon de 
Baile 10 sols pour faire boire les compagnons quy alarent au Bocau 
dabecq une chaluppe esquipée pour recepvoir le Roy de Nabarre 
qui bint par mer depuis le Bocau jusques à ce lieu 3 . » 

Si à ce moment on avait soupçonné que la pierre de taille peut 
se fabriquer à volonté sur nos dunes, si Henri IV avait reçu les 
conseils d'un ingénieur tant soit peu entreprenant, le port d'Albret, 
dont la maison de ce nom s'enorgueillissait toujours, pouvait être 

1. Arch. nat., R 2 93, fonds de Bouillon, due d'Albret. 

2. Recueil des lettres missives (V Henri IV, t. II, p. 2C>3. 

3. Par le flux de l'Adour ampute, certainement. V. mer petite, p. 2 7f» , note. 



346 LE LITTORAL GASCON 

sauvé, en dépit de la perte de l'Adour. Le havre existant et étant 
pratiqué, la couronne n'aurait probablement pas mis d'empêche- 
ment à des travaux de préservation faits par l'autorité seigneuriale, 
que des liens étroits de parenté rattachaient au souverain. Au 
moyen de deux mille pins de l'endroit et d'un navire ou deux de 
ciment et de chaux hydraulique, il était temps encore, en 1584, 
d'établir à la grève deux jetées entre lesquelles le flux aurait 
continué de venir baigner le vaste bassin de 4 kilomètres qui se 
voit encore; la masse d'eau de chaque marée, au reflux, aurait 
assuré la chasse des bancs mobiles survenus à l'embouchure. Avec 
le sable ordinaire, de la chaux et du ciment, on moule maintenant 
des cubes de béton qui permettent de bâtir avec rapidité sur la 
dune littorale des maisons ayant la solidité des constructions en 
pierre dure de carrière. Ce moyen est d'ailleurs couramment em- 
ployé par les ponts et chaussées. 40.000 francs de l'époque, faciles à 
couvrir par l'impôt ordinaire que supportent les navires, auraient 
accompli le vœu d'Henri IV et des localités intéressées. 

La vaste rade laissée à l'état de nature résistait néanmoins. «Le 
chef-lieu de la baronnie du Marensin était le vieux Boucan ou port 
d'Albret. ('/est là qu'en 1613 la dame Cécile Dumonceau, dame de 
la Barre, baronne du Marensin, tenait, dans une maison de pierre, 
couverte de tuiles, son poids pour peser les marchandises qui se 
débitaient dans sa baronnie et s'embarquaient à ce havre *. » 

Un titre officiel montre donc qu'en 1613 le petit port de com- 
merce du Vieux-Boncau existait avec une autonomie qui ne fut 
jamais entrevue, avant 1578, sous la tutelle de Bayonne. 

Six ans plus tard, en 1619, Cap breton, La benne, Ondres, Benesse 
et Soorls consacraient 600 journées de travail au récurage de 
L'Adour, suivant l'état, conservé, des noms des travailleurs. Le flux 
et le reflux avaient faibli. Néanmoins, Capbretpn et le Vieux-Boucau 
luttaient activement, de concert cette fois, pour la prolongation 
de leur existence. En dehors du trafic maritime, les deux petits 
ports avaient la ressource de la pêche locale et de la capture 1res 
rémunératrice de la baleine '-'. 



1. Dompnier de Sauviac, Chron. (ïAcqs, Aveux et dénombrement de la 
baronnie do Marensin (14 mai 1613). On trouve ce titre aux Arcbives nationales, 
R 2 105, fonds du duc d'Albret. 

2. « Les pescheurs de Capbreton et du Plech ou Boucau vieil, les Basques... 
vont hardiment et avec grand adresse harponner et blesser les balenes en 
pleine mer. » (Cleirac, Us et Couslumes de la mer, édition de 1647.) — Plus tard, 
quand les baleines eurent disparu de nos côtes, les Caplm-lonnais continuèrent 
la pêche de ces gigantêtqueg cétacés vers le Spitzberg, connut' leurs tneêtres, 
jusque vers 1860. 



SIÈGE DE I.'lI.E DE RÉ 347 



Le détournement de l' Adour date de cinquante ans ; des événe- 
ments graves se préparent. Dans le but de soutenir ses coreligion- 
naires séparatistes de La Rochelle, le roi d'Angleterre leur envoya 
un secours de dix mille hommes. Le duc de Buckingham, qui le leur 
apportait, mouilla, le 20 juillet 1627, sur la rade de l'île de Ré avec 
90 navires, se mettant aussitôt en devoir de faire le siège de la cita- 
delle de Saint-Martin et d'investir l'île. Peu après, cette ceinture 
de grands vaisseaux était renforcée de 120 petits bateaux armés 
en guerre x . 

L'île de Ré au pouvoir des Anglais, c'était La Rochelle séparée 
de la France. Il s'agissait de secourir et de ravitailler à tout prix 
la forteresse de Saint-Martin-de-Ré. 

« Les vivres achetés, réunis en dépôt dans les ports, le plus difficile 
restait à faire : il fallait introduire ces vivres dans la citadelle ' 
investie. Richelieu eut alors une inspiration de génie. Il se souvint 
d'avoir entendu vanter par un gentilhomme, qui avait fait jadis 
le voyage d'Espagne, des vaisseaux de Bayonne et de Saint-Jean- 
de-Luz. Ces vaisseaux, connus sous le nom de pinasses, étaient, au 
dire du gentilhomme, aussi adroits à la voile qu'à la rame. De la 
pensée à l'exécution, le cardinal mettait généralement peu d'in- 
tervalle 2 . » 

15 pinasses bien armées de piques et de mousquets, placées 
sous le commandement de Valin, partaient de Saint-Jean-de-Luz 
et atterrissaient aux Sables-d'Olonne le 27 août 1627. Valin ne fut 
pas heureux en premier lieu et eut, par la seule faute de ses équi- 
pages, son amour-propre soumis à une pénible épreuve : « Débau- 
chés par les huguenots, les matelots, huguenots eux-mêmes, dirent 
tous qu'ils ne s'embarqueraient point. Ils voyaient aussi plusieurs 
corps jetés par la mer à la côte, ayant un bras lié avec une jambe, 
qui étaient nos matelots pris par les Anglais et jetés en mer 3 . » 

C'était bien fait pour glacer les cœurs. 

« Valin fit emprisonner 15 maîtres et 7 matelots, qui étaient ce 
qu'il put trouver des 240 qu'il avait amenés 4 . » 

Cependant, le 7 septembre, Valin put introduire à l'île de Ré 
un convoi de vivres pour sept ou huit jours et quelques munitions. 

1. Le Mercure français de 1627, t. XIII, p. 801. 

2. L'amiral Jurien de La Gravière, Siège de La Rochelle, p. 184. 

3. Le Mercure français do 1627, t. XIV, p. 24. 

4. Idem. 



348 LE LITTORAL GASCON 

Le Mercure français ne dit pas comment Valin remplaça les marins 
qui firent défection; il est seulement mentionné qu'il embarqua 
des soldats. 

« Par lettre du 14 septembre, 10 autres pinasses furent deman- 
dées d'urgence. Elles furent envoyées sous le commandement d'An- 
douin, de Bayonne, qui les groupa à Saint-Jean-de-Luz et mit à 
la voile le 27 septembre à destination des Sables -d'Olonne, où il 
arrivait le 29 septembre 1 . » 

Gela fait 25 pinasses. Il y en eut d'autres. Ni Le Mercure français, 
ni les contemporains des faits, ni les ouvrages historiques n'en 
disent mot. « Silence aux humbles ! » ai-je dit à ce propos dans 
Port-d'Albrel, lieu intéressé en l'affaire. Mais les humbles agirent 
et ils feront parler d'eux après le retour à la paix. 

Les 15 pinasses de Valin arrivaient aux Sables-d'Olonne le 27 août 
1627; le cardinal demandait les 10 d' Andouin le 14 septembre, 
et il écrivait six jours après au gouverneur de Bayonne : « Le roi 
désire que M. de Gramont lui envoie cent ou six-vingts matelots 
basques pour trois ou quatre mois, avec 12 ou 15 pinasses. Si on 
en peut avoir jusques à vingt et deux cents matelots, ce serait un 
grand coup,.. Ce 20 e septembre 1627 2 . » 

L'envoi de vivres au départ des Sables-d'Olonne ne réussissait 
qu'avec les bateaux du golfe de Gascogne. Et qu'on ne l'oublie 
pa-, dit l'amiral Jurien de La Gravière, l'emploi des pinasses de 
Bayonne était une inspiration de Richelieu. 

L'action du Bayonnais Andouin au siège de l'île de Ré fut celle 
d'un héros. Au lieu de lancer les pinasses en ordre dispersé pour 
passer à travers les mailles du blocus, il prôna et fit adopter un 
projet de partir et de naviguer en masse, de manière à franchir de 
vive force la ligne anglaise. C'est ainsi que 35 « bateaux », dont 
était Andouin, partirent le 7 octobre au soir; 27 arrivèrent 
à l'île de Ré le 8 octobre avant le jour, 2 furent pris, les autres 
relâchèrent 3 . 

Ce ne fut pas le pays basque, mais bien le Marensin, qui fournil 
le dernier et principal groupe de pinasses demandé par Richelieu 
le 26 septembre. C'est à l'ancienne embouchure de l'Adour que 
revient l'honneur d'avoir envoyé une flotte de vingt pinasses mon- 
tées par des équipages dont la valeur peut être comparée à celle 
des marins de Saint-Jean-de-Luz et, de Capbreton. Port-cVAlbret 

1. Le Mercure fronçai s do 1627. t. XIV. p. 124. 

2. Lettres diplomatiques du cardinal Richelieu. 

W. Le Mercure français de 1027, t. XIII. p. 872, .1 I. XIV. p. 132. 



SIÈGE DE L'ILE DE RÉ 349 

où ce qui en restait fut, on va le voir, royalement récompensé pour 
la part qu'il prit à la campagne de guerre de 1627-1628. 

En 1631, un magistrat de la sénéchaussée des Lanncs au siège 
de Tartas, Hélie de Martin, vint au Vicux-Boucau notifier des 
lettres patentes de Louis XIII octroyant des franchises muni- 
cipales, et en môme temps installer les premiers jurats, approuver 
les statuts de la communauté et dresser acte des diverses opéra- 
tions, qui durèrent trois jours, les 11, 12 et 13 juillet. Le procès- 
verbal de la dernière vacation du magistrat de Tartas porte ce 
passage : « Et avoir de quoy employer environt deux cent mariniers 
qui vivent actuellement aud. lieu et qui ont rendu si devant de 
bons services au roy, tant en deux voyages que les pinasses ont 
fait à la citadelle de Réc l , — conduite des vingt chaloupes et des 
vaisseaux de guerre 2 , — à la digue 3 , — et généralement en tout 
ce que sa majesté et messieurs ses gouvernants en ce pays leur ont 
commandé. » 

Voilà les services longs, divers et périlleux invoqués dans l'ob- 
tention des lettres patentes de Louis XIII. De sacrifices d'hommes, 
il n'en est pas question, os braves marins de l'ancienne embou- 
chure de l'Adour, appelés partout, envoyés partout, ont partout 
passé, comme Andouin, de Bayonne. 

Les restes de la cité de Port-d'Albret goûtaient, lors de la pré- 
sence du magistrat de Tartas, une heure de joie bien compréhen- 
sible. Il s'agissait de la consécration de services qui font l'honneur 
d'une localité. 

Les pinasses qui ont ravitaillé, par conséquent sauvé, l'île de Ré 
en attendant l'arrivée de l'armée préparée par le maréchal Schom- 
berg, étaient, dit le docteur Ke îmerer, « des bâtiments légers, cons- 
truits en bois de pin, portaient une voile devant et pouvaient con- 
tenir quinze hommes d'équipage qui ramaient quand le calme les 
surprenait. Ces pinasses pouvaient porter douze tonneaux 4 . » 

1. Voilà donc bien deux voyages de ravitaillement effectués à la citadelle 
investie, celle qu'il s'agissait de sauver. 

2. Nos marins, après les deux voyages de ravitaillement par leurs pinasses, 
paraissent avoir été utilisés sur d'autres bateaux moins légers, probablement 
sur la flotte qui transporta dans l'île de Ré l'armée française commandée par 
le maréchal Schomberg, et qui la rapatria ensuite. 

3. Digue construite par Richelieu. Elle ferma l'accès de l'océan à La Rochelle. 
A la partie la plus profonde, entre les deux bras des murailles, furent coulés, du 
21 janvier 1628 au 15 mars suivant, 76 vaisseaux murés à l'intérieur et presque 
tous fournis par Bordeaux. Dans ces travaux, on eut à essuyer des attaques de 
petits vaisseaux appuyés par l'artillerie de La Rochelle. Le tome XIV du 
Mercure français de 1628, p. 744, donne un beau plan général très détaillé des 
opérations du siège de La Rochelle : ville, rade, digue, flotte anglaise, etc. 

4. Histoire de Vile de Ré, t. I er , p. 401. 



350 



LE LITTORAL GASCON 



Gallot, qui accompagnait Louis XIII à La Rochelle, a fait entrer 
une trentaine de nos pinasses du golfe de Gascogne, toutes du même 
modèle, dans son eau-forte du siège de l'île de Ré. On en voit le 
spécimen fidèlement reproduit ci-après. Ce dessin a été relevé sur 




Callot à l'intention du présent travail, à la Bibliothèque Nationale, 
par mon ami et camarade d'enfance P.-G. Saint-Laurent, l'artiste 
qui a ilécoré la salle des fêtes du casino de Dax. Le bateau n'est 
pas ponté. A l'avant, un iillac; à l'arrière, semble-t-il, un gaillard 
ou poste d'équipage. Ce gaillard arrière sert de dunette à un chef 
probable d'escadrille, coiffé du tricorne d'officier de marine et qui 
donne ses ordres au pilote tenant la barre franche. Le mât unique 
porte une voile quadrangulairc que permet de tendre une perche 



l'adour depuis louis de foix 351 

nommée livarde, aussi forte que le mât. C'est sur ces frêles esquifs 
que nos vaillants compatriotes firent la campagne de 1627-1628. N'y 
a-t-il pas lieu de conserver quelque admiration pour ces braves gens? 

A travers l'allégresse que trahit le cahier des statuts du Vieux- 
Boucau, on voit signaler aux jurats la préoccupation capitale qu'ils 
ne doivent pas perdre de vue : la conservation du port ! « Et le 
lendemain jour de lundi 13 e du mois de juillet 1631... sçavoir à 
veiller curieusement à la conservation de leur habre lequel puis 
dizant en sa s'est fermé deux fois. » La force du flux avait fléchi, 
est-il dit un peu plus haut en 1619. On n'en voit que trop la preuve 
en 1631. L'eau d'un Adour, ou au moins d'une Leyre, n'était plus 
là pour maintenir une embouchure creuse et droite. La passe du 
havre se comblait, le sable la nivelait. 

Cependant, les droits d'octroi créés par les statuts de la petite 
commune désormais libre permettaient de veiller dans une certaine 
mesure, probablement, à l'entretien du port. En 1650, lorsque la 
Fronde, ayant transporté son siège à Bordeaux, pactisait avec 
l'Espagne, M. de La Vie, délégué du roi et de Mazarin, écrivait le 
2 juin de la capitale de la Guyenne : «... Votre Eminence saura, 
d'ailleurs, qu'on donne jalousie à Bayonne et à Dax, qu'il s'assem- 
ble des troupes d'Espagne dans la haute Navarre et des vaisseaux 
à Saint-Sébastien. Je ne sais s'ils descendront au Bocau-vieux et si, 
sachant le triste état de notre ville, ils prendront la pensée d'y 
venir par terre ou par mer *. » 

Un papier d'État nous montre ainsi, 72 ans après le retrait de 
l' Adour, que l'ancien Port-d'Albret paraissait encore vulnérable 
pour une flotte ennemie chargée d'une armée de débarquement. 

Il fallait cependant avancer vers la mort maritime, sans résis- 
tance possible. 

A Capbreton, la natalité était de 1 naissance sur 33 habitants ; 
au Vieux-Boucau, de 1 naissance sur 38 habitants. 

En 1596-98, Capbreton comptait encore une moyenne de 82 nais- 
sances, accusant une population de 2.706 âmes. 

En 1625, le Vieux-Boucau eut 32 naissances qui 
correspondent à 1.216 — 

Ses registres de catholicité ne remontent pas plus loin. 

Vieux-Boucau. 32 naissances comme en 1625: 1.216 ha- 
bitants. 
1 Capbreton. 22 naissances (moyenne de 1666, 1667, 1668) : 
726 habitants. 

1. Arch. nat., KK 1218, p. 295; — Arch. hisl. de lu Gironde, t. IV. 



352 LE LITTORAL GASCON 

Cela signifie que l'embouchure ancienne fonctionnait encore con- 
venablement au Vieux-Boucau 88 ans après l'œuvre de Louis de 
Foix, mais que les navires de mer ne remontaient plus le lit du 
lleuvc détourné et que le port de Capbrcton était déjà tombé. Sur 
ce dernier point, l'information suivante n'est que trop positive. 

8 juillet 1643. Des riverains du lit de l'Adour se plaignent de 
ce que les eaux ne s'écoulent plus librement entre les quartiers de 
la montagne et de Bacquès, en deux endroits, « par le moyen des 
sables et arames mouvans. » Ils demandent que défense soit faite 
aux habitants de « conduire le bétail dans les sables mouvans », 
c'est-à-dire dans les dunes blanches riveraines de la mer l . Il en 
résulte que gens et animaux franchissaient à gué les restes des 
eaux de l'Adour. 

En 1683, il y eut au Vieux-Boucau 27 naissances accusant environ 
1.026 habitants. Situation assez satisfaisante. 

Dès 1700, la chute s'accentue. L'année 1720 ne présente au regis- 
tre des baptêmes du Vieux-Boucau que 11 naissances, qui équi- 
valent à 418 âmes. Le port de l'endroit est absolument atteint. 

En 1723, l'intendant de Lessevillc ordonne que 66 hommes par 
jour soient fournis par Soustons, Messanges et Moliets à l'effet de 
travailler avec ceux du Vieux-Boucau à rouvrir le havre de ee lieu. 
Soustons en fournira 40 2 . 

Peu après se produit un dernier effort de préservation. Un devis 
dressé par Razaud, directeur des ingénieurs à Bayonne, est relatif 
à « la construction d'un nouveau canal proposé pour conduire plus 
directement les eaux de l'étang de Soustons dans le bassin du 
Vieux-Boucau, afin d'entretenir l'ouverture de son havre». Ce 
canal commencera au-dessus du moulin de Pinsolle. Il aura 750 
toises de long. Lorsque ce nouveau canal sera creusé, on fermera 
celui de Bacqués 3 à l'endroit de la p;iisscllc. — Le 6 décembre 1738, 
le sieur B. Lestage est déclaré adjudicataire, par l'intendant Contest, 
de la construction du chenal « pour dix mille livres en quatre mois ». 
— Pour la taille et la capitation de 1739, un arrêt du roi en son 
conseil taxe Gapbreton à 7 livres 12 sols 6 deniers d" « imposition 
du nouveau canal du Vieux-Boucau » *. 



1. Caule, notaire à Dax (élude Borie, actuellement). 

2. Arch. des Landes, C 13. 

3. Il n'est pas facile de discerner w qu'était ici ce canal de Bacquès, quartier 
situé plus au sud et où passait le véritable lit de l'Adour. A la carte do Cassini, 
toutefois, on voit deux faibles ruisseaux venant du côté de Bacquès en direc- 
tion N.-N.-E. et aboutissant à la digue de la Barthasse, où fut barré I»' chenal 
de Soustons et où commence le «canal royal » ouvert au droit en 1730. 

4. Arch. de Capbreton, DD 1 et CG 6, pour tout cet alinéa. 



ARCHIVES DE RAYONNE 353 

Soustons, dans le but de faire baisser ses eaux, récure plusieurs 
fois le nouveau chenal, dit « canal royal », et l'ancien lit de l'Adour 1 . 
Tous ces efforts restent stériles, à défaut de jetées protectrices à 
l'embouchure marine du déversoir. 

En 1770, 7 naissances au Vieux-Boucau, soit 266 âmes comme 
population totale. 

Enfin, le recensement de 1806, nettement établi en jolie calli- 
graphie et parfaitement conservé à la mairie du Vieux-Boucau, est 
arrêté en toutes lettres à cent soixante-dix-neuf habitants : 179 âmes ! 
Il n'y en avait même que 162 en 1796 (page 229). 

L'anéantissement de Port-d'Albret est accompli. 

L'ancienne embouchure de l'Adour a fini de disparaître vers les 
approches de la Révolution. Sur l'emplacement de sa partie nord 
est survenue automatiquement, par le simple jeu ou régime normal 
de la côte, la haut^ dune dont il a été parlé plusieurs fois dans ce 
travail; à la partie sud, le «ruisseau de Pinsolle », du statut de 
Maremne du 15 juin 1300, a repris sa place et son rôle de déversoir 
à la mer des eaux de Soustons. Pour rendre sa dénomination com- 
préhensible parmi les autres courants du littoral, il est dit : petit 
lleuve côtier du Vieux-Boucau. La carte de la page 295 montre 
l'image de sa partie inférieure, telle qu'elle est aujourd'hui. 



# * 

Archives de Bayonne. — J'ai déjà présenté dans Port-d'Albret, 
il y a vingt ans, et à peu près dans la même forme et les mêmes 
détails, la présente relation sur l'Adour, sa documentation la plus 
importante étant puisée dans les Etablissements, les Registres gas- 
cons et les Registres français de la ville de Bayonne. 

En 1918, il y a deux ans à peine, j'ai écrit au sujet des préfaces 
de ces précieuses publications municipales, après avoir rendu un 
hommage d'admiration aux Bayonnais des générations présentes 
ou récentes qui, avec un soin filial dont on ne saurait trop les 
louer, ont publié les archives locales les plus importantes, dans le 
but d'en assurer la conservation : 

«La ville de Bayonne est fîère de son passé. Elle a plein droit 
de le faire valoir, de le faire ressortir. Mais le passé est le passé; 
il doit rester fixé par les textes du temps, auxquels il ne faut pas 
loucher. Cependant, les préfaces des trois précieuses publications 
de la Ville appartiennent à la Ville de nos jours; elle en est maî- 

1. Étude Segas, de Soustons, 2G octobre 1749, 18 mai 1760, 28 septem- 
bre 1760, 5 octobre 1761. 

23 



354 LE LITTORAL GASCON 

tresse et ne doit pas y laisser introduire ou exister des communi- 
cations ou des informations qui dénaturent l'histoire rétrospective 
de la région. Je relève à ce sujet assez d'exemples avec leurs consé- 
quences. 

» Bayonne devrait ramener les trois préfaces aux limites de la 
vérité. C'est une doléance que j'ai l'honneur de respectueusement 
lui soumettre dans l'intérêt de l'histoire et de la science. 

» Pareille doléance pourrait lui être présentée au sujet d'articles 
du Dictionnaire historique de Bayonne, récente publication muni- 
cipale, plus facile à consulter que les autres volumes officiels et 
qui, pour cette raison, sera plus demandé à la bibliothèque de 
la ville... 

» De sorte que des archivistes de Bayonne, absorbés, d'un côté', 
par leur travail savant, ardu, minutieux du dépouillement des 
textes, ont vécu, d'autre part, dans l'atmosphère de traditions 
imaginaires ou légendaires comme s'ils avaient ignoré l'existence 
des documents officiels objet de leur patient labeur 1 . » 

# 
# # 

Adour, Garonne, et ta rotation de la terre. — Il parait être 
admis comme une loi générale que « tous les fleuves de l'hémi- 
sphère boréal tendent à ronger leur rive droite et à atterrir leur 
rive gauche; tous ceux de l'hémisphère austral, au contraire, ten- 
dent à ronger leur rive gauche et à atterrir leur rive droite... Cette 
vérification est manifeste et éclatante sur la Gironde*.» 

On ne peut guère examiner cette question en ce qui regard» 1 
['Adour, où 1rs fortifications romaines de Bayonne ne présentent 
pas une base d'appréciation suffisante. Lorsque les vallées se ereu- 
sèrent an tertiaire, les eaux mordaient et s'appuyaient certaine- 
ment contre les rochers cl, les hauteurs, qui offraient un point 
d'appui et de résistance, provoquant affouiljement, creusement et 
profondeur d'eau. 11 se trouve que P Adour à Bayonne et la < baronne 
à Bordeaux ont les berges élevées en grands remparts près de la 
rive droite (nord), pendant que la rive gauche (sud) présente 
souvent, en Gironde Burtout, des grèves basses, CHa pourrait con- 
duire à croire, pour ces fleuves, à la loi indiquée qui \^> ferait peser, 
appuyer à droite et ne s'arrêter que pour ronger aujourd'hui lente- 
ment le rempart rencontré. 

1. « Cap-Serlmn, Labenne et Capbretc-n, » clans le Bull, de Borda, 191S. 
pages 63, 68, 89, 92, 94, 95, 97, 101, 104, 110. Tirage à part, même* pages. 

2. Cit. Lentheric, Côtes et ports de la France, pp. 77-78. 






LES RIVIÈRES F.T LA ROTATION pE LA TERRE 355 

Le contraire, malgré ces apparences, se présente à Bordeaux. En 
face de Bègles et de la partie amont de Bordeaux, la Garonne coule 
de 800 à 1.000 mètres ou plus au sud des hauteurs de l'observatoire 
de Floirac. Sur cette région de la rive droite (nord) du fleuve est 
établie la tuilerie mécanique de La Souys, qui utilise sur place des 
carrières d'argile tertiaire bleue magnifique. Les extractions se font 
actuellement sur plusieurs points jusqu'à 700 mètres loin du fleuve 
et jusqu'à peu de distance des hauteurs escarpées de l'observatoire. 
Comme altitude, les carrières d'argile en exploitation se trouvent 
bien au-dessous du niveau de basse mer des eaux de la Garonne. Le 
fleuve a donc, selon toutes ces apparences matérielles, coulé et 
déposé, plusieurs kilomètres durant, au pied des berges plus ou 
moins escarpées, et s'est retiré au sud contrairement à la théorie 
mentionnée. 

En aval de Bordeaux, en Queyries, entre la rive droite (nord) du 
fleuve et les hauteurs de Cenon et Lormont, on trouve une seconde 
tuilerie assise et outillée comme celle de La Souys. Et sur la même 
rive droite et nord, en face du centre de Bordeaux, les alluvions 
modernes viennent de finir de combler l'emplacement concave 
(grève) du croissant du port, la partie profonde du fleuve se trou- 
vant en face sur la rive gauche (sud) rongée. Ici se retrouve une 
véritable loi des fleuves et rivières : tout cours d'eau creuse, érode 
et devient profond du côté du coude sortant, et rejette l'alluvion 
du côté opposé (coude rentrant et grève basse). Les eaux descendant 
toujours en serpentant plus ou moins, le coude sortant qui ronge 
est assez vite réfléchi, rejeté sur la rive opposée. C'est ainsi qu'en 
partant de la partie concave et basse signalée comme étant allu- 
vionnée, et en descendant au bas du port de Bordeaux, on trouve 
à Lormont et à Bassens, sur la rive droite (nord), le coude profond 
vu sur la rive gauche (sud) au port de Bordeaux. Cet effet alternant 
ne peut pas avoir pour cause la rotai ion de la terre. 

Vers le bas du fleuve, de Blaye à Mortagne, rive droite (nord), 
la côte est plate sur une quarantaine de kilomètres «et reçoit de 
forts atterrissements de vase, notamment à hauteur de Saint-Ciers 
et de Saint-Bonnet; en regard, 20 kilomètres durant, la rive 
gauche (sud) est en eau profonde de Pauillac à Saint-Christoly-de- 
Médoc. route des pilotes. Là non plus la rotation de la terre 
n'exerce pas d'influence apparente. Enfin, Le Verdon, avant-port en 
eau profonde, se trouve sur la rive sud. 

Le colmatage s'exerce ou peut s'exercer sur les deux rives. 

Un autre témoignage manifeste existe au même sujet à Bordeaux. 
Les Piliers de Tutelle de l'époque romaine arrivaient, sur la rive 



356 



LE LITTORAL GASCON 



gauche (sud), au bord du fleuve, au point où la marée atteindrait 
sans les quais verticaux modernes. La Garonne n'a donc pas, depuis 
près de deux mille ans, appuyé au nord sur la plaine de La Bastide- 
Oueyries, située entre les tuileries de La Souys et de Oueyries, à 
ce qui paraît ressortir de l'emplacement qu'occupaient les Piliers 
de Tutelle. 



CHAPITRE VIII 

La jouissance et la propriété des dunes. 

Le sol portant une hutte, ou entouré d'une clôture, ou défriché, 
a appartenu au premier occupant jusqu'à ce qu'intervînt contre 
celui-ci un adversaire plus fort pour le déloger ou le déposséder, 
a-t-il été dit au chapitre V. Les espaces vagues, comme la chaîne 
des dunes maritimes où nous avons vu, au chapitre premier, il 
y a neuf ou dix mille ans, les tailleurs de silex et les potiers pri- 
mitifs, devaient être occupés par la communauté des habitants 
sans accord ni convention, mais avec plus ou moins d'harmonie. 

A des temps relativement rapprochés, après la succession des 
envahisseurs et des conquérants, toute la zone des dunes et des 
étangs, en tant que biens vagues, finit par être revendiquée plus 
ou moins efficacement par les seigneurs hauts justiciers, suivant le 
droit féodal intervenu, « suivant le droit public, commun et général 
de la France l . » Ces seigneurs s'attribuaient également la propriété 
du rivage maritime et, par suite, des épaves qui s'y échouaient. 
Ils faisaient l'aveu et dénombrement de leurs biens aux « présidents 
trésoriers de France généraux des finances ». 

L'examen du pays, au présent chapitre, va s'effectuer du sud au 
nord, en commençant par la rive droite de l'Adour. 

Il arrivait fréquemment au gouvernement anglais de saisir les 
seigneuries 2 , puis de les rendre aux détenteurs dépossédés ou de 
les passer en d'autres mains. Sous les effets de ce régime, le Marensin, 
par exemple (et pour les seuls droits seigneuriaux, bien entendu), 
changea de mains ou revint aux mêmes familles en 1235, 1261, 
1297, 1309, 1321, 1329, 1334, 1346, 1354, 1355, 1363, 1371, 1372, 
1380, 1389, 1445, 1449 3 . Mais le gouvernement britannique ne 
déclarait nullement les dunes ni le rivage de la mer propriétés de 
la couronne. Sur ces 17 mutations, 14 paraissent avoir eu lieu 
autrement que par transmission d'héritage, ce qui décèle un grave 
état de trouble. 

1. Termes de factums de L'ancien régime. 

2. On les mettait « entre les mains du roi », disait-on pour marquer la confis- 
cation. 

:*. J'en ai donné les détails] avec références, dans V Aperçu féodal du Marensin 
(1910 et 1914). 



358 LE LITTORAL GASCON 

A la fin de la domination anglaise, le sire d'Albret possédait, 
comme seigneur direct ou suzerain, la région des étangs et des dunes 
des pays de Seignanx, de Marensin et de Born. En 1456, cinq ans 
après le retour au régime français, Charles VII écrivait à ses com- 
missaires en Guyenne de ne pas déposséder le sire d'Albret des terres 
de Gosse, Seignanx, Marensin et autres, sans connaissance de cause x . 
Le gouvernement français ne revendiquait donc pas la propriété 
des dunes, lui non plus, dans les domaines en question, tandis que 
les droits des habitants vont nettement paraître, de l'Adour à la 
Gironde. 

« Mémoire sur les droits de quesle el d'aubergade. — Il y a dans le 
siège de Tartas quelques juridictions où le droit de questé ou de 
perprise a lieu : ce droit consiste dans la faculté qu'ont les habi- 
tants de prendre des vacants sans le consentement du seigneur ; il 
leur est même libre d'en prendre autant que bon leur semble sans 
qu'on puisse l'empêcher, que dans un seul cas et qui est lorsque la 
perprise incommode les habitants. Les vacants, dans les juridictions 
de questc ou de perprise, appartiennent aux habitants ; il n'est pas 
permis au seigneur d'en disposer à leur préjudice et il ne lui est 
dû pour tous droits seigneuriaux que le simple droit d'aubergade. 
L'aubergade est une rente uniforme, laquelle se paye par feu, de 
manière qu'un habitant du pays de queste ou de perprise payera 
autant pour trente arpents de terre que celui qui en possède deux 
cents 2 . Les habitants jouissent encore du privilège de reconnaître 
le seigneur en commun, et on ne peut les obliger de passer des recon- 
naissances particulières. Ils sont en outre déchargés du droit de 
lods et ventes 3 . » 

t * 

Seignanx. — Le Boucau-Neuf, Tarnos et Ondres, du Seignanx, 
étaient-ils pays de quête? Le document qui précède, du )> septem- 
bre 1632, porte : « La coutume de Dax, à l'article 5, dit que cela 
n'aura plus lieu en Gesse et. Seignanx. Les habitants prétendent 
avoir protesté, et s'ils ont signé, |c'est| par force. Quoi qu'il en soit, 
ils s'y sont tOUJOura jii.miiI nuis.; on ne voit p&S <pn' léS d' \ll»iri les 

1. Cuzacq, Les Grandes Landes, p. 146; - Léon Cadier, La Sénéchaussée des 
Lannes sous Charles VU (1885); Bibl. Nat., collection Doat, t. •CCXIX, 

lui. 182. 

2. Ce droit, qui paraîtra pp. 365 et 366, était, insignifiant : de quatre h sept 
deniers. 

3. Aivh. nat., R" 96, 3 septembre 1632, fonds de Bouillon, duc d'Albret. 









JOUISSANCE ET PROPRIÉTÉ DES DUNES 359 

aient jamais troublés que par le don que fit le roi [de Navarre] de 
certains vacants, d'où protestation. Le parlement les y maintient K » 
L'autorité anglaise avait confirmé la Coutume du pays de Sei- 
gnanx en 1255 2 . 



Capbreton, ancien domaine royal, dut se résigner à perdre la 
propriété de ses dunes en 1635. Après avoir été séparé de la mer 
en 1310 par la perte de l'embouchure de l'Adour, qui se porta 
16 kilomètres plus au nord, après la perte de l'Adour détourné et 
jeté sous Bayonne en 1578, Capbreton, par une étrange dérision, 
se voyait périr sous les eaux douces d'Orx et de Seignanx privées 
d'écoulement à la mer. A plusieurs reprises l'endroit, pour se sauver, 
travailla à se pratiquer un orifice mark. Mais Bayonne, chaque 
fois, se disant maîtresse des dunes riveraines jusqu'au Vieux- 
Boucau, intervenait d'une façon impitoyable. Anglet, de son côté, 
se prétendait propriétaire des mêmes dunes jusqu'à Gapbreton. 

Le roi de Navarre, notre futur Henri IV, avait tenté de venir au 
secours de Gapbreton. Il annonçait à la ville de Bayonne, le 11 juil- 
let 1583, « que amprès de Capbreton, du cousté des sables, il s'es- 
toict faicte une ouverture en forme d'ung havre nouveau 3 . » Le 
chenal ne se creusa pas seul, mais Bayonne allait vite y mettre ordre 
et ne pas le laisser utiliser. 

En novembre 1588, Capbreton s'ouvre un nouveau chenal débou- 
chant à la mer. Bayonne délibère que les sables appartiennent à la 
ville et qu'il y a lieu d'aller en forc*pour démolir ce qui avait été 
bâti et fait 4 . * 

Pour la même raison de propriété des sables, les Bayonnais, au 
nombre de 500 hommes, vont combler le chenal que les Capbre- 
tonnais avaient de nouveau creusé en 1601 5 . 

7 août 1602. La cour de Bordeaux maintient Bayonne en la pos- 
session des sables qui sont entre le rivage de l'Adour ancien et ta 
mer océane 6 . Cela n'empêche pas les Capbretonnais de creuser 
encore en 1604, au lieu appelé Manguenau, une nouvelle issue que 



1. Arch. nat., noie 3 do la page précédente. 

2. Rôle gascon dn 22 mars 1255, n° 4394; — Fr. Abbadie, Livre Noir de 

DOX, ]). XL. 

3. Arch. mun. de Bayonne, Beg. franc., n° 118, p. 204 du t. 11. 

4. Idem, n° 78, pp. 411-412.. t. II. 

5. Idem, BB 17, p. 60; CG 305, p. 23 (Gabarra, V Ancien porl de Capbreton). 
<i. Bailac, Nouu. chron. de Bayonne, p. 154. — La possession et, non la pro- 
priété, bien entendu. 



360 LE LITTORAL GASCON 

les Bayonnais vinrent « veoir et visiter 1 ». Et cela recommençait 
sans cesse. En 1629 et en 1630, nouvelles défenses de Bayonne de 
toucher aux dunes 2 . 

Le duc de Gramont s'apitoya enfin sur le sort des Capbretonnais 3 , 
et amena Bayonne à leur consentir l'existence du chenal de débou- 
quement à la mer. L'arrangement eut lieu en 1635 ; il fut régularisé 
plus tard aux conditions suivantes, arrêtées le 2 avril 1640, à l'hôtel 
de ville de Bayonne, par-devant M e de Harran, notaire : « Le corps 
de ville de Bayonne a consenti donner en fief à Capbreton les sables 
depuis l'étang de la Pointe jusques à celui de Hossegort, confron- 
tant d'un côté à la mer et de l'autre à l'endroit où passait la rivière; 
la concession des sables est faite au prix de 50 livres de fief à payer 
annuellement 4 . » Alors est né en réalité l'orifice du fleuve côtier 
actuel de Capbreton, à l'emplacement de l'ancienne embouchure de 
l'Adour. * 

La baronnie indépendante de Capbreton s'inféodait donc en 
1635-40 à la ville de Bayonne pour ne pas périr à propos de ses 
dunes. Si "elle courbait ainsi la tête sous le joug, Anglet, par contre, 
ne désarmait pas à l'égard des mêmes dunes, qu'il prétendait être 
une prolongation de son territoire, alors que Bayonne en était 
séparé par le territoire même des paroisses d'Anglet et de Tarnos. 

Bailac dit que les discussions entre Bayonne et Anglet durèrent 
cinq siècles 5 . La pièce officielle qui va suivre, émanant de l'inten- 
dant de la province, permet de dire que cet énorme espace de temps 
n'est nullement exagéré; il paraît même restreint, en tenant compte 
qu'Anglet ne revendiquait les tables que jusqu'au point où l'Adour 
débouchait en principe (Capbreton), et que sa prétention était par 
conséquent antérieure au* déplacement de l'embouchure de ce 
fleuve, qui s'effectua en 1310. 

Las de recourir à des tribunaux divers, Anglet, qui, de même 
que les autres localités intéressées, représentait la lutte du pot de 
terre contre le pot de fer, s'adressa au Conseil d'État. Bayonne et 
Dax relevaient, alors de l'intendance d' Vueh. On va voir le résultat 
de l'a flaire. 

Lettre de l'intendant à Monsieur le Chancelier : 

« A Auch, le 25 août 1740. Monseigneur, j'ai reçu la lettre que vous 
m'avez fait l'honneur de m'éerire le 6 de ce mois et !«• placet ci-joint 



1. Arch. mun. de Bayonne, CG 335, n° 99 (C.abarra, p. précédente, noie 5). 

2. Idem, BB 65, pp. 403-404; — BB 21, fol. 1 12 à 156 (Gabarra). 

:*. Voyez Arch. mun. de Bayonne, FF 574, n° 51, 52 et 56 (Gabarra). 

4. Bartro, Ann. de Capbreton, pp. 80 a 84, d'après les Arch. de Capbreton. 

... \oiw. chron. de Bayonne, p. 64. 






JOUISSANCE ET PROPRIÉTÉ DES DUNES 361 

qui vous a été adressé par les habitants d'Anglet. Pendant mon sé- 
jour à Bayonne, j'ai travaillé, Monseigneur, à acquérir quelques 
connaissances sur un procès qui subsiste depuis des siècles entre la 
ville de Bayonne et la paroisse d'Anglet. Il a été porté en différents 
tribunaux et renvoyé depuis quelques années à l'intendant d'Auch 
pour le juger avec les gradués qu'il voudra choisir. Je n'ai ici ni 
l'arrêt de renvoi, ni les papiers concernant cette affaire. Ils sont 
entre les mains de M. de Hureaux *, qui a travaillé depuis longtemps 
sur les titres et les mémoires respectifs produits par les parties. 
Je ne puis, Monseigneur, dans ces circonstances, vous faire un détail 
exact des procédures; mais je vais essayer de vous donner une idée 
des prétentions de la ville de Bayonne et de la paroisse d'Anglet. 

» Les habitants d'Anglet prétendent que les terres appelées les 
Gauzeirans leur appartiennent; ils conviennent que les sables du 
nord appartiennent à la ville. Ils soutiennent qu'on ne peut appeler 
sables du nord qu'un terrain qui va du vieux Boucault au cap Breton 
et que le terrain qui va de ce cap Breton à Anglet forme les Gau- 
zeirans, et qu'ils en sont propriétaires. 

» La ville de Bayonne soutient au contraire que les sables du nord 
comprennent tout le terrain depuis le vieux Boucault jusqu'à la 
rivière de La Dour et que les Gauzeirans contiennent un terrain 
qui est borné par la rivière et par la mer du côté d'Anglet. 

» Cette affaire, Monseigneur, a beaucoup coûté aux deux parties 
sans qu'elle soit plus éclairée. La décision en est comme impossible 
par la difficulté de retrouver la situation du terrain réclamé par la 
paroisse d'Anglet sous le nom de Gauzeirans. Tout le terrain des 
environs d'Anglet est vague, peu ou point habité. Les habitants ne 
représentent nulle borne ancienne ou nouvelle, ils ne produisent nuls 
titres primordiaux, nul arpentage. D'ailleurs le cours de la rivière de 
La Dour qui pourrait servir de renseignement a changé de lit 
peut-être plusieurs fois, et ces changements ne font qu'augmenter 
le doute sur la situation du terrain contentieux. Telle est, Monsei- 
gneur, l'idée générale de la contestation et le seul compte que je 
puisse avoir l'honneur de vous en rendre quant à présent pour me 
conformer à vos ordres 2 . » 

Le Conseil du roi et, à Auch, ce qui équivaut à notre Conseil de 
préfecture, ne purent, après des années d'examen, qu'ajourner 
l'affaire. 

1. Une pétition des Arch. du Vieux-Boucau (environ 1730) porte an sujet de 
l'ouverture du havre : « A Monsieur de Lespès, seigneur de Hureaux, conseiller 
du roi, lieutenant général civil et criminel au sénéchal de Bayonne. » 

' \rch. du Gers, C 1, p. 51. (Registre de la correspondance.) 



362 LE LITTORAL GASCON 

Nous voilà renseignés par les deux grands tribunaux adminis- 
tratifs. Je demande maintenant s'il peut exister un homme fondé 
à dire que l'État ait jamais eu le moindre droit ou la moindre pré- 
tention sérieuse de propriété sur les 30 ou 32 kilomètres de dunes 
allant d'Anglet au Vieux-Boucau. 

La Révolution mit fin à ces tristes échos de l'époque féodale, 
et chaque commune du littoral eut et garda dès lors paisiblement 
ses dunes pendant une dizaine d'années... jusqu'à ce que des hommes 
au zèle regrettable, ou ignorant le passé, sont venus insinuer à 
l'État que les dunes sont à lui. 

Capbreton fut la première localité à éprouver ce que nous valaient 
sous ce rapport les hommes du nouveau régime politique. Par deux 
lettres en date des 7 et 18 mars 1806, adressées au sous-préfet et 
transcrites aux registres des actes municipaux, Capbreton, qui, 
depuis trois siècles, comme il paraîtra vers la fin de ce chapitre, 
avait plusieurs fois ensemencé de pin ou complanté de gourbet des 
sables littoraux, chercha à s'opposer au semis des dunes par les 
soins de l'État. Il ne fut tenu aucun compte de l'opposition, et les 
équipes de Brémontier prirent possession des sables, dans un pays 
où les dunes sont petites et étaient réellement inofïensives. On 
commençait par la région la plus facile ! 

Le 4 décembre 1835, ensuite d'une délibération du conseil muni- 
cipal, et avant que put être invoqué le prétexte de la prescription 
trentenaire, d'ailleurs inapplicable ici, la mairie s'adressait au roi 
en son Conseil d'État, par un mémoire supérieurement établi et 
documenté, à l'effet de solliciter la restitution à la commune de 
son sol de dunes. « Si Votre Majesté juge que le remboursement des 
frais qu'ont occasionnés les semis est dû, la commune se soumettra 
à ces conditions, » disait la pétition en sa partie finale l . Capbreton 
se conformait et se soumettait ainsi au décret-loi du 14 décem- 
bre 1810 qui régit la matière; les représentants de l'État, non. Et 
la commune n'obtint seulement pas «pi»' sa demande fut mise en 
discussion. 

C'était le début d'un traitement qui s'étendait ou allait s'étendre 
à toute la côte d'entre- l'Adour et la Gironde. Ou dirait que, au len- 
demain de la Hévolutiou réparatrice des abus, de nouveau* enva* 
hisseurs Teutons vinrent B'emparer <l<> notre région maritime et 
s'en déclarer les nouveaux seigneurs féodaux pires que ceux d'avant 
1791. Car ces derniers nous avaient reconnu et conservé la jouis- 

1. J'ai publié in extenso, dans liais et Résineux du \ avril ISfeOj In remar- 
quable pétition du 4 décembre 18 



JOUISSANCE El' PROPRIÉTÉ DES DUNES 363 

sance des dunes pour la chasse et le parcours du bétail, quand ils 
n'étaient pas obligés de nous reconnaître la propriété foncière 
absolue de tous les sables, de tous les vagues et vacants. 



* 
# # 

Maremne. — Le pays de Maremne était un pays de quête dans 
la forme mentionnée au mémoire de la page 358. Les articles 17 
et 19 1 du statut de ce pays le précisent. Moyennant le payement 
de, la quête, les* habitants avaient possession «de toute la terre, 
propriété et franchise », terres labourées et non labourées, cultes, 
incultes, padouens, landes, bois, forêts, pâturages de bétail, ruis- 
seaux, étangs, eaux, chemins, voies, sentiers, servitudes « et autres 
préminences et libertez franchement et entièrement à leur volunté ». 
Le vicomte de Maremne se réserve seulement le droit de bris et 
naufrage de la côte de la mer, quatre moulins et le grenier d'Ardy. 
Il est même spécifié au cours du statut que si le vicomte construit 
pour lui une maison en Maremne, il payera sa part' de quête. — 
L'article 20 répète «que en payant la susdicte rente... le tout est 
et appartient aux voisins et habitants dudit Marempne », sauf le 
droit de justice, qui reste au seigneur. 

Il faut remarquer que le droit de bris et naufrage ne marche 
qu'avec la propriété des dunes, auxquelles l'État n'avait par con- 
séquent aucun droit. 

Un imprimé qui servait aux comptes ou affaires de la vicomte 
fait savoir qu'en 1747 la quête était de 231 livres 18 sols 6 deniers 
de monnaie courante 2 . Par cette date de 1747, on peut dire que le 
statut à quête du pays de Maremne se maintint jusqu'à la fin de 
l'ancien régime, et que Soorts, Seignosse et Soustons ont toujours 
été et doivent rester propriétaires des dunes, comme ils sont restés 
propriétaires des autres terres vagues et vacantes. 

C'est le raisonnement que tenait Seignosse à l'approche des 
ateliers de ternis : « En 1840, la commune de Seignosse demanda à 
fixer elle-même les sables qui envahissaient sa pignada et qu'elle 
revendiqua à ce titre 3 .» — Envahissement prétexté; voir p. 188. 



1. On en trouve le texte vidjmé, en gascon, aux Arch. de Soustons (Voyez 

Iltitl. de Borda, 1911, pp. xxi-xxii), et la copie eu français au tnêirië lînll. île 
Borda, 1883. 

2. Baron d'Olce, Bull, de Borda, 1882, pp. 281 et 283. 

3. Congrès des Sociétés savantes de 1905, p. 209 du Bull, de la Section de 
Géogr. 



364 LE LITTORAL GASCON 

Seignosse fut repoussé, comme le fut précédemment Capbreton 
son proche voisin, alors que Grayan et Vendays obtinrent du pre- 
mier jour de rester propriétaires de leurs dunes jusqu'à la mer. 

Nota. — Le dernier statut de Maremne date de l'an 1300. Dix ans 
après, en 1310, le cours de l'Adour se prolongea de Capbreton au 
Vieux-Boucau. On a vu plus haut comment Bayonne intervint alors 
le long de la mer sur la pointe de dunes appartenant au pays de 
Maremne, pendant quela paroisse d'Anglet, après 1310, maintenait 
seulement ses prétentions jusqu'à Capbreton. 



Marensin. — Avec le. Marensin nous sommes encore, et sans 
conteste possible, en pays de quête. La première réflexion que sug- 
gère le fait, c'est que l'État, en cela mal informé et mal conseillé, 
a aliéné sans droit notre sol, le sol nous appartenant, quand, de 
1861 à 1865, tel le tuteur qui détourne le bien des pupilles, il a vendu 
à son profit les dunes nouvellement boisées de Moliets, Messanges, 
Vieux-Boucau, Soustons, et on continuant jusqu'à l'Adour. Ces bois 
des dunes naguère blanches, les acheteurs les exploitèrent alors et 
les traitent maintenant dans les mêmes conditions que Les forêts 
intérieures, ménageant les pins <>u les résinant à mort à volonté, 
les abattant à volonté. Les sables ont assisté impassibles à ces tra- 
vaux et n'ont pas bougé. Il en serai! de même tout le long de la côte 
Vers le nord, si les forêts y étaient exploitées et enlevées, il n'est 

pas utile d'être grand clerc pour savoir que 1rs sables mobiles n'en- 
vahiraient jamais l'emplacement des forêts abattues si l'on veille à 
l'entretien, par clayonnages, de la dune riveraine et des 200 mètres 
environ de monticules blancs qui se trouvent immédiatement à 
l'est de la grève de la mer. La dune riveraine bien entretenue retient 
les sables d'atterrissement sur la plage et, à la base ouest de cette 
dune; les grosses mers les reprennent pour la majeure partie et les 
engloutissent, sauf à les charrier vers le sud et à les déposer de nou- 
veau quand vient le beau temps. Peu franchissent le clayonnage. 

Il reste bien établi qu'au Marensin nous étions en pays de quête, 
et que la loi du 1 er décembre 17 ( .M>, celle du 28 août 1792 et le décret 
du 10 juin 1793 \ relatifs aux vacants sans maîtres et, aux terres 
vagues de la France entière, ne pouvaient pas met ire en question 
les biens de « queste et de pcrprise », qui étaient la propriété des 

]. Voyez ces textes législatifs page 398 



JOUISSANCE ET PROPRIÉTÉ DES DUNES 365 

habitants et non celle de seigneurs féodaux. Ces lois ne nous sont 
pas applicables. 

« Le Marensin est un pais de queste. L'article XI du titre des 
présentations de notre Coutume permet de perprendre des choses 
communes en payant la queste au seigneur. Sur ce fondement, 
M. de Neurisse, sindic, représentant les habitants du Marensin 
dans le procès pendant au souverain de la Table de Marbre de 
Bordeaux contre M. du Tirac, baron du Marensin, M. L)oro, marquis 
de Pontonx, demandait qu'il fut permis aux habitants du Marensin 
de perprendre le droit de pêche sur les eaux de l'étang [de Léon]; 
et Tarrêt, qui intervint le 9 juillet 1766, permet aux habitants du 
Marensin de construire des nasses et bâtir des moulins sur les ruis- 
seaux et sur l'étang, dans les lieux non occupés par d'autres (c'est- 
à-dire qui avant eux auroient perpris). Par conséquent, il ne seroit 
pas permis d'affermer l'étang que du consentement de tous les habi- 
tants, à cause du droit que chaquun a d'y perprendre le droit de 
nasses et d'user de la pêche en payant la queste au seigneur, qu'on 
appelle lou houecq 1 . 

» Nota. Seroit-il permis de perprendre une nasse devant celle 
de M. de Pontonx? L'on répond que non, parce que l'article XI 
de la Coutume ne permet pas de perprendre des fonds communs 
d'un autre voisin, c'est-à-dire qui est à la bienséance du voisin, 
et qui le generoit s'il étoit perpris. — En 1784, les habitants [de Léon] 
s'opposèrent à la ferme de la pêche, et en 1785, de même que ceux 
de Vielle et d'Escalus. Les oppositions sont chez M e Dorocq, notaire 
à Tosse, du 8 mai 1785 2 . » (Étude Dor\)cq, passée à Soustons.) 

Une transaction passée le 11 juin 1618 entre le vicomte d'Uza 
et les habitants de Lit avait reconnu à ceux-ci le droit de propriété 
sur l'étang 3 . 

Ainsi, tout ce qui était biens vagues (terres, dunes et eaux) appar- 
tenait en propriété à la communauté des habitants, en pays de 
quête, et les perprises devenaient des possessions privées. La faculté 
de perprendre s'exerçait sous la formalité et la garantie d'un acte 
passé devant notaire, suivant les trois exemples authentiques 
suivants, où des bénéficiaires perprennent hors de leur paroisse. 

15 mars 1783. Un bourgeois du Vieux-Boucau et un bourgeois 



1. Le feu (droit par feu). Les pêcheries dites «nasses» s'établissent sur le 
chenal qui déverse à la mer les eaux de l'étang, ce qui signifie, comme le droit 
d'épaves, que les dunes n'appartenaient pas à l'État. 

v!. Arch. de Léon. — Conseil général des Landes, session de 1864, p. 154 
du volume. 

3. Mémoire pour Jean Courtiau, impr. 30 p., xvin c siècle. 



360 LE LITTORAL GASCON 

de Messanges perprennent (à 1 kilomètre et demi de la mer) 
« une pièce de terre commune appelée du Jonca, contenant 60 jour- 
naux, confrontant du levant à ruisseau qui conduit de l'étang appelé 
de Moysan au Vieux-Boucau , du midy à jonca commun, de mer à 
ruisseau nouvellement fait conduisant les eaux de l'étang de Moysan 
au canal de l'étang de Soustons tout près de la mer, et du nord à 
perprise faite par M. de Neurisse, lieutenant général. » Ils évaluent 
ces fonds à 90 livres et s'offrent de payer à la décharge de la com- 
munauté de Messanges, propriétaire, quatre deniers de pied de taille 
au roi et autant de queste au baron du Marensin x . 

Les quatre mots soulignés à l'avant-dernière ligne sont en parfaite 
concordance avec le « Mémoire sur les droits de queste » donné un 
peu plus haut sous la date du 3 septembre 1632, d'après les archives 
du duché d'Albret. La communauté est propriétaire des vacants 
à l'exclusion de la couronne, à l'exclusion aussi du seigneur féodal, 
en dépit de la formule de l'aveu et dénombrement 2 . 

17 mars 1783. Un habitant du Vieux-Boucau et six habitants de 
Messanges perprennent sur cette dernière paroisse, en commun 
et par égales portions, diverses pièces de terre et de pins : marais 
Jonca, à la Loge, Couchasses, Baquerre, la Gase, Arrecouts, la Lon- 
gue, Trois Cors et Coût- Vieil, contenant cent cinquante journaux, 
confrontant du levant auprès du dit Douthe et à étang de la 
Prade, etc. Conformément à la Coutume, ils payeront sept deniers 
de pied de taille au roi et en proportion au seigneur baron du 
Marensin; ils jouironl en toute propriété de l'usufruit 3 . 

En prenant le dernier tel qu'il était au xvm e siècle, on comptait 
douze deniers au sol et vingt sols à la livre. A la fin du règne de. 
Louis XVI, la pièce aux fleurs de lys de douze deniers (un sol) 
pesait, douze grammes. D'après le vicomte d'Avenel (Découvertes 
d'histoire tociale , la livre tournois valait 1 fr. 22 de 1701 à 1725, et 
0,95 de 1726 à 1790. La taille de sept deniers, par conséquent, n'attei- 
gnait pas la valeur de trois centimes de l'époque dont il s'agit. 

20 mars 1783. Plus à l'ouest encore qu'à la citation du 15 mars 
qui précède, Antoine Favars dit Pourgas, habitant Messanges, et 
sieur Jean Damfoureq, habitant Pouillon, perprennent « une pièee 
de terre commune appelée du Jonca, contenant quinze journaux 
on environ, confrontant du levant ;i rouille appelée de Manœuvre, du 



1. Arch. des Landes, E 88. 

2. Le baron du Marensin avait ses propriétés privées sur Lit, Messanges 
et Linxe, d'après son aveu et dénombrement, que j'ai donné dans Y Aperçu 
fiodal du Marensin, l re édition. 

3. Deléon, notaire à Soustons; — Arch. des Lattdef, E 88. 



JOUISSANCE ET PROPRIÉTÉ DES DUNKS 367 

midy au lieu appelé le passage des carpes, de mer aux dunes de 
la mer, et de nord à terre déjà perprise par M. de Neurisse *. » 
Cette perprise arrivait tout près des dunes riveraines de la mer, à 
500 mètres de la mer environ. 

On ignore à quand remontait la Coutume du Marensin, mais on 
sait qu'elle fut confirmée en 1255 par l'autorité anglaise 2 . Elle assura 
aux communautés d'habitants la propriété des dunes et autres 
vagues jusqu'au dernier jour de l'ancien régime, ce qui ressort des 
trois perp lises qui précèdent et du fait suivant : en 1789, le Cahier 
des doléances de Castets en Marensin s'élevait contre la « funeste 
permission que la Coutume donne de pouvoir perprendre des com- 
munaux... Plaise au roi faire rentrer la paroisse dans la possession 
des dits fonds perp ris » 3 . Les détenteurs des perprises sont restés pu- 
rement et simplement propriétaires de ces terres-là, sans avoir été 
inquiétés de ce fait par une autorité quelconque au lendemain de la 
Révolution. Le droit était pour eux. 

Comment, de 5 lors, les communautés de pays de quête, propriétaires 
de plein droit et depuis de longs siècles des terrains vagues sur les- 
quels les habitants prélevaient, de plein droit aussi, des propriétés 
privées non contestées depuis, pourraient -elles être dépossédées? 
Elles ne se trouvent menacées de l'être définitivement, ces commu- 
nautés de pays de quête, qu'en raison de ce que la situation du passé 
n'était plus connue d'abord, et fut cachée ensuite. 

Pour justifier incidemment la prétention du Porge à reprendre 
ses dunes, un rapport officiel produit au procès de Carcans dit : 
a La commune du Porge possédait 1 .782 hectares de lettes, dont 
elle avait toujours eu la jouissance, entourant 2.157 hectares de 
dunes plantées par l'État. > v 

Au Marensin, nous avions non seulement la jouissance du sol 
entier des dunes, mais encore la propriété de tout ce sol en vertu 
de la Coutume de notre pays de quête ; la possession par chaque com- 
munauté d'habitants est simplement interrompue depuis que l'État, 
pour accomplir l'œuvre admirable du boisement, est intervenu sous 
la réserve du décret du 14 décembre 1810. Le sol nous appartient 
donc jusqu'à la limite officielle fixée par l'ordonnance d'août 1681 
sur la Marine, soit « jusqu'au point où s'étend le grand flot de mars ». 
Il reste seulement à l'État, selon l'article 5 du décret précité du 
14 décembre 1810, à recouvrer les frais d'ensemencement et leurs 

1. Arch. des Landes, E 88. 

2. Rôle gascon n° 4396, du 22 mars 1255. Voyez François Abbadie, Le Livre 
Noir de Dax, p. xl, et la Commune de Dax, p. 30 du tirage à pari . 

3. Bull, de Borda, 1905, p. 314. 



368 LE LITTORAL GASCON 

intérêts, qui sont à débattre, et déduction faite des revenus par lui 
réalisés. L'Etat ne peut faire faillite à son décret-loi du 14 décem- 
bre 1810. 

On veut prétendre que ce décret du 14 décembre 1810 ne concerne 
pas les dunes de Gascogne. M. Brutails a fait justice de cet étrange 
argument. Le décret dont il s'agit est visé : dans une ordonnance 
de Louis-Philippe, du 13 octobre 1847, relative à l'ensemencement 
des dunes de Lacanau et du Porge (Gironde) ; dans deux arrêtés 
des 9 mars et 5 avril 1811, par lesquels le préfet de la Gironde 
prescrit des mesures relatives aux dunes ; dans un arrêté pris en 
1854, à propos des dunes, par le préfet des Landes. Il est vrai que 
ces trois arrêtés ne présentent que peu de force dans la question. 

Mais depuis, relativement à la propriété des dunes, j'ai pu, en 
1916, trouver aux minutes manuscrites de la préfecture de la 
Gironde (Archives de v la Gironde, registre de 1834) l'arrêté pré- 
fectoral du 31 juillet 1834, qui porte d'une façon bien précise : 

... Vu que 13 habitants de Lès^e représentés par le sieur Ducamin 
ont déclaré qu'ils voulaient user de cette faculté (d'ensemencer eux- 
mêmes), que les autres ont ou consenti à ce que l'opération fût faite 
par le gouvernement sous bénéfice de l'article 5 du décret du 
14 décembre 1810, ou gardé un silence absolu relativement ;i cette 
opération; 

Considérant que la nécessité, l'urgence même de l'ensemencement 
des dunes ne saurait être mise en doute; 

Considérant que l'article 5 du décret précité peimet d'ailleurs aux 
propriétaires de rentrer dans la jouissance des dunes sous la condition 
de rembourser les frais des travaux et les intérêts; qu'ainsi ils peuvent 
à leur gré reprendre la possession dont, it s'agit, Arrête... 

Contrairement donc au doute soulevé à cet égard par interpré- 
tation erronée de l'article 8 du décret-loi du 14 décembre 1810, 
interprétation déjà combattue par M. Brutails en 1909, ce décret 
a expressément réservé les droits de propriété des communes et des 
particuliers. » 

Quant aux intérêts dus par les intéressés à l'État, et aux dédom- 
magements que l'État doit aux intéressés après sa longue résistance 
injustifiée, c'est affaire aux juges de les déterminer, comme c'est 
affaire à l'État ou au législateur de faire peser ensuite sur les 
communes l'impôt progressif dont les revenus nouveaux pourraient 
être justement passibles. 

Des revendications municipales tendant à reprendre la propriété 
des dunes remontent loin. Le 4 décembre 1835, Capbreton, dans les 
conditions qui viennent d'être exposées, avait demandé de rentrer en 






JOUISSANCE ET PROPRIÉTÉ DES DUNES 369 

possession du sol des dunes qui lui avait été « usurpé ». A La Teste, 
un vote unanime du conseil municipal, en date du 27 février 1863, 
décidait de poursuivre la reprise des dunes dites domaniales 1 . 
Un accord de 1863 (date ancienne aussi) survint entre l'État et les 
communes de Lit-et-Mixe, Bias, Saint-Julien-en-Born, Sainte- 
Eulalie-en-Born, Biscarrosse, Gastes et Mimizan au sujet des 
leiles 2 . D'autres procès anciens paraîtront deux pages plus loin. 

Mal éclairé, pourvu de mauvaise documentation, le Domaine est 
parti de bases fausses, d'appréciations fausses à l'occasion de nos 
revendications, qui ont trop souvent abouti à des conclusions ou 
à des jugements erronés. Les communes, personnalités mineures, 
ne peuvent demeurer victimes de cette situation, même quand leurs 
municipalités ont inconsciemment adhéré, sous la pression admi- 
nistrative, à des désistements qui restent illégaux. 

Il importe d'insister encore sur ce point : l'État n'a jamais eu 
aucun droit de propriété sur les dunes du Marensin. Cette seigneurie 
habitée jusque près de la mer dans ses dunes boisées, a toujours 
été, pour ce qui regarde le littoral, le plus beau fleuron du duché 
d'Albret, lequel s'étendait de l'Adour aux limites sud de La Teste. 
Les titulaires du duché regrettaient de voir le Marensin aux mains 
d'un baron leur vassal et cherchèrent pendant plus d'un siècle à le 
rattacher directement au pouvoir suzerain. Sous la date du 
15 novembre 1654, M. de Chambre, de Tartas, écrivait à la duchesse 
d'Albret qu'il restait important d'acquérir le Marensin avec ses 
seize paroisses, « outre l'antien port qui se pourra remettre sans 
beaucoup de deppence et portera un notable revenu à V. A. 3 . » 
*Par autre lettre du 7 janvier 1657, M. Morin disait : «Les affaires de 
V. A. ne sont pas en état de vous permettre d'acheter le Marensin 
ni Uza 4 . » L'idée du rachat ne s'éteignit pas dans cet empêchement 
passager. 

En 1752, le duc de Bouillon, appuyé par l'inspecteur général du 
domaine de la couronne, revendiquait le Marensin et Meilhan 
comme relevant de la couronne et étant inaliénables. En 1755, le 
duc présentait un nouveau mémoire imprimé, de 87 pages en petits 
caractères, toujours avec l'appui du domaine. Enfin, par arrêt du 
Conseil d'État du 30 avril 1760, le duc et le domaine furent déclarés 



1. Mss. Félix Lacorabe (1902), Académie de Bordeaux. 

2. Conseil général des Landes, volumes: de 1861, p. 156; de 1862, p. 17; 
de 1863, p. 103. 

3. Arch. nat., B 2 524, fonds de Bouillon, duc d'Albret. 

4. Idem. 

24 



370 LE LITTORAL GASCON 

non recevablcs dans leurs prétentions, la vente du Marensin et 
de Meilhan, en 1597, par Catherine, duchesse d'Albret et sœur 
d'Henri IV, étant reconnue valable l . 

On remarquera que l'inspecteur général des domaines de la cou- 
ronne fut débouté, repoussé, par le Conseil d'État, le Conseil du Roi. 
L'État n'avait donc aucun droit de propriété à faire valoir, au temps 
de l'ancien régime, sur une portion quelconque du Marensin, où, sur 
seize localités que l'organisation civile ou judiciaire y comptait, 
treize sont sur les dunes ou les étangs. 

De toutes les localités du littoral, celle de Saint-Girons-cn- 
Marensin (Viellc-Saint-Girons) présente sur la question le cas le 
plus intéressant, le plus frappant de force en fait de droit. 

De 1820 à 1840, il existait à cette localité de Saint-Girons trois 
ou quatre hommes qui, successivement maires et ignorant les 
divisions, s'entr'aidaient pour le bien de la commune. J'avais 
entendu cela maintes fois au foyer paternel. Deux, l'un me touchant 
de près, avaient leurs entrées, au lieu tout proche de Linxe, chez les 
puissants Boulart, dont Thore parle avec grand éloge en 1810 2 . 
L'un des Boulart était inspecteur des semis des dunes et signa 
en cette qualité, le 26 mai 1812, le procès-verbal sur les restes d'une 
église de Mixe dans les dunes } , près de la chapelle que Saint- 
Girons avait dans les mêmes sables. Ces hommes, qui étaient nés 
et avaient grandi sous le régime de la Coutume de quête, qui vivaient 
dans les sables du littoral, connaissaient les dunes et savaient 
bien à qui elles appartenaient. Aussi, qu'advint-il? C'est qu'à la 
confection du cadastre (1838-1839), les 2.608 hectares de vacants 
des dunes de la commune de Vielle-Saint-Girons furent inscrits 
à la matrice cadastrale, n° 71 de la sect'on A, comme propriété* 
communale. Ces sables sont aujourd'hui boisés '. 

Ailleurs, les municipalités, plus jeunes ou ayant perdu de vue le 
passé, s'attachèrent seulement à faire entrer à la matrice cadastrale 
les biens portant impôt, en négligeant les dunes communales, tout 
en continuant à jouir de celles-ci comme par le passé. Et Dieu sait 
si nous en jouissions dans toute leur étendue ! 

Une commune de la Gironde, Carcans, s'est vu opposer, entre 

1. Dossier du Marensin, au château de Marceliui (Lut-et-Garonne), factums 
de 1753, 1755, 1767, dont j'ai été admis à relever copie sur place. 

2. Promenade, p. 93. 

3. J'ai signalé ce procès-verbal dans la Revue Philomathiquc de Bordeaux, 
1906, p. 514, et ci-dessus pp. 177-178. 

4. La Teste est le seul autre endroit où les lcttes (ou lèdes) et les dunes furent 
levées (1809); à Lacanau le géomètre cadastra les lèdes et les mit au nom de la 
commune. (Voyez Buffault, Revue Philomalhique de Bordeaux, 1905, p. 493.) 






JOUISSANCE ET PROPRIÉTÉ DES DUNES 371 

autres arguments sans fondement, que ses dunes ne figurent pas 
au cadastre et sont dès lors propriété de l'État. L'inscription au 
cadastre peut constituer une présomption, mais non un titre de 
propriété 1 . Toutefois, nous prenons les autorités à ce mot qui dé- 
clare Saint-Girons propriétaire de ses dunes selon le cadastre, en 
surcroît de sa propriété selon la Coutume de pays de quêie. Le plein 
droit de propriété ne peut faire ici le moindre doute pour aucun 
homme de gouvernement, pour aucun homme de loi, pour aucun 
magistrat. Ces milliers d'hectares de dunes ont cependant, par 
suite d'actes de zèle injustifié, été passés sur la matrice cadastrale 
au nom de l'État de longues années après les semis ! Des mutations 
de cette nature ne peuvent se faire valablement qu'avec des actes 
authentiques à l'appui. Ici, il n'y a eu sans doute qu'un jeu de pres- 
sion ou de surprise, du zèle administratif. 

Et il ressort de ce fait une injure à la raison et au droit. 

En 1884, la commune de Moliets-et-Maa revendique un vaste 
terrain marécageux situé parmi les dunes d'Uchet, appelé la Douvre. 
Par jugement du 29 décembre 1887, le tribunal de Dax déboute la 
commune de Moliets, qui n'avait pas produit des titres suffisants 
en sa faveur. Lit fut repoussé à peu près dans les mêmes conditions 
en 1856-1858. D'autre part, dans un rapport officiel de 1817 cité 
plusieurs fois et qui reparaîtra page 389, au sujet de Dax, l'ingénieur 
en chef du département des Landes s'était plaint de ce « que le 
tribunal de Dax acquitte la majeure partie des délinquants » pour- 
suivis pour parcours de bétail dans les dunes blanches. 

C'est-à-dire que le tribunal s'immobilisait parce que les parties 
adverses n'éclairaient pas la religion des juges. Effet des longs trou- 
bles de la Révolution, qui laissaient les choses dans le doute et les 
textes entassés et oubliés dans les dépôts d'archives. 

Si elles le désirent, les communes du Marensin sont aujourd'hui 
en mesure de convaincre les juges par des faits nouveaux et des 
preuves matérielles bien établies. 



* 
* # 

Born. — Le pays de Born n'était pas un pays de quêie. Les droits 
des habitants étaient les suivants : 

Le 17 février 1437 (1497 d'après l'Inventaire sommaire des Ar- 
chives des Landes), Louis de Castctja, seigneur du Puy, avait 

1. On verra ci-après, p. 383, Procès de Parenlis, que cette commune se fit 
restituer en 1905 une terre que le cadastre attribuait depuis sa confection 
(1841) à une famille qui l'avait vendue en 1899. 



372 LE LITTORAL GASCON 

acquis d'Allain d'Albret « les herbages, forestages, rivières 1 , étangs, 
eaux courantes, terres vacantes et lettes étant au dedans de la 
prévôté de Born ». 

Voilà donc tous les lieux des terres et eaux vagues passés du 
seigneur suzerain au seigneur vassal. 

En 1544, Gaston de Bourbon, mari de Suzanne du Puy, voulait 
exiger des habitants des paroisses de Saint-Paul, Pontenx, Sainte- 
Eulalie, Parentis et Gastes un droit de pacage pour leur bétail. Les 
habitants répondirent que depuis plus de quarante' ans 2 , au vu et 
au su de Gaston de Bourbon et de sa femme, ils avaient joui sans 
entrave et sans indemnité ou autre devoir du droit de faire paître 
leur bétail sur toutes les terres de la prévôté de Born; que Louis 
de Castetja leur avait concédé ces droits par baillettes; qu'eux- 
mêmes (Louis de Bourbon et sa femme), en 1535, avaient promis 
auxdits habitants de les en laisser jouir avec une latitude plus grande 
encore que du temps du seigneur d'Albret, sans leur réclamer aucun 
devoir et que, par suite, ils ne lui devaient absolument rien. 

Dans ces conditions, Gaston de Bourbon et Suzanne du Puy, sa 
femme, n'insistèrent pas pour assujettir les habitants de ces 
paroisses à d'autres charges ou à de nouveaux impôts. Néanmoins, 
comme les habitants leur offrirent volontairement et gracieusement, 
à titre de bienvenue, 142 écus d'oc, Gaston de Bourbon les accepta 
et déclara maintenir les habitants des paroisses précitées dans 
la possession des droits susénoncés et vouloir qu'ils continuent à 
en jouir sans être tenus d'aucun devoir ni à aucune redevance 3 . 

Un arrêt du parlement d<- Bordeaux, du 8 avril 1596, « faisant 
droit des fins et conclusions des parties, a maintenu et maintient 
lesd. sindiqs de Saint-Paul, Sainte-Eulalie, Aureillan et Gastes, 
Pontenx et Parentis en la possession du droit, uzage ded. lieux 
de landes, bois, padouens, estangs, eaux courantes et non courantes, 
passages, herbages et forestages mentionnés dans led. contrat du 
14 avril 1544 4 , comme aussy lad. cour a maintenu et maintient lesd. 
Bazian et Rolye (Jean de Bourbon et Bertrand de Bourbon) à la 
propriété et droit desd. landes, vacquans, bois, padouentages, 
passages 5 , herbages et forestages, pour les parts et cessions qui leur 

1. Rivière, arribère, arribeirar : pacage, pacager. Voyez page 160, note 3. 

2. Sous l'ancien régime, le « temps immémorial » était de 40 ans, au lieu des 
30 ans de notre code civil. 

3. Transaction faite par M c deBenesse, notaire du pays de Born, 15 avril 1544. 

4. 14 avril au lieu de 15 avril, note précédente. 

5. Doit être sans doute entendu dans le sens de: servitudes. < >n ;i vu dire 
qu'il y avait erreur, et lieu de lire : pacages. Non, cela ferait double, emploi avec 
padouentages. Voyez le terme servitudes à Maremne, page 363. 



JOUISSANCE ET PROPRIÉTÉ DES DUNES ^7^> 

seront obtenues des biens délaissés et partagés entre eux par 
Suzane Dupuy leur mère, et en outre en la faculté de pouvoir 
bailler à fief nouveau lesd. vacquants... Ainsi signé : De Pontac 1 . » 

Plus tard la situation devint encore meilleure pour les habitants. 
Suivant contrat du 24 février 1626 2 , Samuel de Bourbon, demeu- 
rant à Parentis, se démet en faveur des habitants des paroisses de 
Parentis, Saint-Paul et Sainte-Eulalie, pour un prix de 1.800 livres, 
du droit de pouvoir donner à fief nouveau les rivières 3 , landes 
et palus situés dans leurs paroisses... voulant de nouveau, ledit 
seigneur de Bourbon, que tant les habitants des paroisses de 
Parentis, Saint-Paul et Sainte-Eulalie que ceux des paroisses d'Au- 
reillan et Gastes «jouissent en plein droit desdites rivières, landes, 
palus, étangs, alettes, eaux courantes et non courantes qui sont 
es dites paroisses de Parentis,.Saint-Paul et Sainte-Eulalie ». 

M. Vigie, doyen de la Faculté de droit de Montpellier, apprécie 
comme suit la situation : « Nous pensons que l'acte de 1626 indique 
l'intention de conférer aux tenanciers un droit absolu de propriété : 
intention qui se révèle par les mots jouissent de plein droit. Or, si 
l'on réfléchit que les tenanciers avaient de ces droits une possession 
de plus de deux siècles, immémoriale partant, en 1626, on comprend 
que le seigneur constitue un droit absolu de propriété sur les terres 
depuis longtemps sorties de son domaine 4 . » 

On pourra discuter encore sur le point de savoir si dans cette 
première partie du Born les lettes (dunes) étaient réellement la pro- 
priété des habitants, ou si elles faisaient partie d'un domaine 
censitaire, c'est-à-dire non tenu directement par le seigneur suzerain 
ou vassal, avant d'être attribuées aux communes par les lois de 
1792 et 1793; mais ce qui ne peut être contesté, c'est que les habitants 
occupaient les dunes dans toute leur étendue et en jouissaient sans 
interruption depuis bien des siècles au moment du boisement, alors 
qu'il est impossible de trouver sur ces mêmes dunes un droit de 
propriété de l'État. L'acte de vente du 11 novembre 1402, donné 
page 376 ci-après, montre encore l'exclusion de tout droit de la 
couronne. 

Pour Mimizan, une lettre patente d'Edouard I er , du 28 novem- 
bre 1289, assure et confirme à cette localité le don de la Montagne 

1. Ce, jugement «e trouve aux Archives de Poynnne dans un vidimè du 
17 avril 1705. 

2. M e de Souleyreau, notaire royal à Saint-Paul. 

3. Pour rivières, arribeirar, voyez page précédente, en noie, ou page 160, 
note 3. 

4. Procès, Mémoire pour la commune de Parentis (1003), p. 58; môme bro- 
ehure pour les trois pages qui précèdent relativement au pays de Born. 



374 LE LITTORAL GASCON 

(dunes boisées) de Bias dans toute son étendue et ses environs, 
propriétés qui, avant 1275, appartenaient au vicomte de Tartas. 
En conséquence, les fors et coutumes de Mimizan, enregistrés avec 
la lettre patente précitée aux Ordonnances des rois de France, 
tome XV, portent*: 

(§2) Ilem, Que nous avem et tenem totes nostres terres el hostaux 
et nostre montanhe et boze et lanes et arriberras en nostre coste de 
la mar *, et la baignes correns et non correns 2 , estaings et totes las 
casses qui sont dedens los nostres dechs en aiguës et en terres 3 . 

(§3) Item, Mes avem dever et usage toute personne de Memisan que 
pot anar, quand le veulle, costerar et sercar la couste de la mar de Born 
et de Memisan en mes tengud du solelh levant entro au jour enclaus 4 . 

Des phrases et des fantaisies, écloses parfois sous l'effet d'un 
zèle calculé, continuent à prétendre que notre zone de dunes ne 
connaissait que des animaux faméliques clairsemés et sauvages, 
des fantômes de troupeaux. J'ai parfaite souvenance qu'au Maren- 
sin et en Maremne les vaches assez nombreuses admises à parcourir 
les dunes littorales, après des semis de Brémontier, étaient bien 
plus grasses que celles qui étaient privées du droit à ce parcours. 
Je m'en souviens d'autant mieux que, pour me donner l'importance 
d'un petit propriétaire, mes parents, dès que j'eus six ou sept ans 
d'âge, me dotèrent peu après 1850 d'une belle génisse qui fut nommée 
Mignarde. Mais dans ces petits pays du sud, habités près de la mer, 
il s'agissait de bêtes domestiques ordinaires rentrant chaque soir à 
l'étable. Pour exposer ici ce qu'étaient réellement les troupeaux 
des dunes sauvages, je prends comme exemple Mimizan, où j'ai 
recouru à deux de mes contemporains : M. Salis, actuellement 
adjoint au maire, avec qui j'ai servi plusieurs années dans notre 
carrière douanière, et Jean Lescarret, résinier, qui, à partir de 1848, 
dès qu'il eut quatre ans d'âge, partagea la vie de son père pâtre des 
dunes, puis devint paire lui-même. 

Il s'agissait pour ces hommes des sables désertiques d'une existence 
qu'on ne soupçonne pas. Le gardien vivait là à demeure jour et 

1. «Arriberras en nostre coste de la mar», c'est-à-dire les pâturages de la 

bordure de la mer. Voyez page 100, note 3. 

2. lit les eaux courantes et non courantes. 

:?. Et toutes les chasses qui dans les limites {dechs, deexs, droits) ou étendues 
de nos possessions se pratiquent en eaux et en terres. 

4. De même, Plus nous avons droit et usage, toutes personnes de Mimizan, 
de circuler à volonté et de faire des recherches sur la côte de la mer du Born 
et de Mimizan, mais seulement du lever du soleil à la chute du jour. Et tou- 
jours, pas de droits de l'État. 



JOUISSANCE ET PROPRIÉTÉ DES DUNES 375 

nuit au milieu du troupeau, à la belle étoile, ayant pour tout abri 
la voûte du ciel, qu'il en descendit des torrents de chaleur, des frimas 
ou des avalanches de pluie. La nuit, il s'enveloppait de la « cape », 
grand manteau blanc fait de laine qu'il tricotait lui-même et que le 
plus souvent il tissait aussi à l'aide de broches à tricoter. Il fabri- 
quait d'égale manière son linge de corps. Comme vêtement de toute 
saison, le pâtre avait une « prisse », pelisse de trois peaux de mouton 
par lui ajustées. 

Lorsque l'homme antique quitta les abris sous roche à l'apparition 
du néolithique pour devenir berger, on peut entrevoir lui et son 
troupeau à l'abri d'une forêt, d'une hutte, d'une grotte naturelle. 
Le pasteur des dunes n'avait presque rien de cela depuis Léon vers 
le nord; il resta jusqu'en 1860, jusqu'à la dernière heure, en pire 
situation que l'homme des premiers âges. Sur la jument qu'il 
possédait d'habitude, notre pâtre des dunes allait une fois par 
quinzaine chercher des vivres à son village. Dans les sables, à 
chaque étape du parcours (où le gardien avait plus à suivre le trou- 
peau qu'à le conduire), une barre supportée par deux piquets ser- 
vait de garde-manger. Dans chaque déplacement, vivres, supports, 
barre et manteau étaient placés sur le dos de la jument, avec le 
chaudron où se préparait, à l'eau bouillante et à la farine, la 
« miche >\ sorte de bouillie épaisse qui, avec le lait de vache trait à 
l'heure du repas, représentait la principale nourriture du pâtre. Les 
épaves de la mer fournissaient le plus souvent le bois nécessaire 
au foyer du campement. 

Aux enviions de 1850, Mimizan, alors peuplé de 850 habitants, 
comptait dans les dunes neuf troupeaux comme suit : 

M. Texoères avait deux troupeaux gardés par François Ducasse 
et Bernard Lescarret; 

M. Sargos, deux troupeaux gardés par Jean Dugrand et Tannot; 

M. Saint-Jours, un troupeau gardé par Jofîret; 

Simon Berque, Pierre Bonhomme, Bernard Brouste et Noël 
Cazade étaient à la fois le propriétaire et le gardien de leur troupeau. 

Les animaux vivant dans les dunes consistaient en vaches, 
brebis et chèvres, avec un nombre proportionné de sujets mâles des 
trois espèces. Très peu de chevaux. L'espèce bovine était la plus 
nombreuse, ou du moins la plus importante. Dans la belle saison, les 
vaches étaient belles et grasses. Au plus fort de l'hiver, elles maigris- 
saient un peu quand elles quittaient les dunes pour aller vivre 
momentanément sur la lande. Sur le champ de foire de Labouheyre, 
les vaches des dunes sauvages, ces soi-disant animaux faméliques, 



370 LE LITTORAL GASCON 

paraissaient avec succès, jouissaient d'une préférence marquée et 
faisaient prime à l'égard des autres bêtes de l'intérieur du pays. 
Pour capturer les animaux, on avait souvent recours au procédé 
suivant, qui se pratique d'ailleurs dans la République Argentine : 
le pâtre et les propriétaires, à cheval, faisant l'office de traqueurs, 
chassaient et lançaient les bestiaux vers la partie raide, nue et fort 
élevée des dunes bordant à leur partie ouest les vallées dites aujour- 
d'hui lettes. versants qu'on appelait caraous. Des servants à pied 
attendaient les bêtes qui, effarées, grimpant avec peine, enfonçaient 
dans le sable jusqu'au poitrail. A ce moment, les servants à pied 
les appréhendaient par la queue et s'en rendaient maîtres sur la 
pente dos caraous. 

Et les dunes ne se disloquaient pas pour cela ! 

Après l'exposé de la vie du pâtre, il resterait superflu d'expliquer 
que les animaux ne recevaient aucuns soins et ne connaissaient 
d'autre aliment que celui qu'ils broutaient x dans les lieux bas dits 
aujourd'hui lettes et sur les dunes dites de la « zone », où l'herbe et 
les plantes, croissant à l'air salin, étaient succulentes et préférées -. 
Les bêtes pleines vêlaient, mettaient bas en plein air, à ciel découvert. 

Le parcours dans les dunes était libre; il s'étendait pour les 
troupeaux de Mimizan au nord et au sud à volonté, sans distinction 
de territoire des communes; les bêtes, en paissant journellement à 
leur gré plantes et herbes des dunes diverses, descendaient partout 
sur la plage, l'été, dans les conditions où elles y vont encore aujour- 
d'hui par la trouée des petits fleuves entiers de Mimizan, de Contis 
et du Vieux-Boucau. 

On voudra bien convenir que dans le tableau précis ci-dessus 
de la vie pastorale des dunes il y a autre chose que ces sables imagi- 
nairement dangereux et envahisseurs, non utilisés et sans proprié- 
taires que des rapports officiels présentent encore devant les tribu- 
naux. Mimizan resta en possession des dunes jusqu'à l'heure des 
semis, et avait droit d'épaves, avant 1681, sur le rivage maritime. 

Immédiatement au nord de Mimizan, le 11 novembre 1402, le 
seigneur du Puy vendait, ce qui constitue un acte de propriétaire, 
à nobles hommes de Gastetja frères tout le pays ouest de Sainte- 
Eulalie-en-Born, des confins de Mimizan jusqu'à ceux de Biscarrosse, 
« et tenen en ample deu bâtant de la gran mar entro à l'aygue 

1. Cependant, le pâtre alléchait par une pincée de sel la vache qu'il voulait 
traire, ou autrement, détail bien étrange, la captivait en lui faisant sentir une 
peau de veau arrosée d'urine. Diane est poétiquement représentée portant sur 
L'épaule une peau de cerf. Nos rustres pâtres des dunes avaient d'habitude une 
peau de veau jetée sur l'épaule ou placée sur le dos de leur jument. 

2. Cette « zone » spéciale paraîtra plus loin, page 392. 



JOUISSANCE ET PROPRIÉTÉ DES DUNES 377 

apperade la Guillera qui part de l'estanh de Biscarrosse et ba fiert a 
l'estanh de Mimisan *. » Soit tout le rarré des dunes, où l'État n'avait 
rien à voir. 

Enfin, à l'extrémité nord du Born, les droits deBisearrosse étaient 
garantis par le titre suivant du 2 juillet 1277, déjà vu en partie : 
« Regnault Thiébaut, fils du roi d'Angleterre, prince d'Aquitaine, » 
mandait au f sénéchal d'Aquitaine d'assurer aux habitants de Bis- 
carrosse la jouissance paisible de la culture des terres et du droit 
de bâtir, ainsi que du résinage des pins et du pacage du bétail gros 
et menu dans la montagne et les padouens qui s'étendent entre la 
rive de la mer, d'une part, et le cour* d'eau la Leucate, de Vautre, c'est- 
à-dire depuis la lande jusqu'à l'océan Atlantique, et de « la termière 
de Sainte-Ollalie en Born et du Movisan d'autre » 2 . Après le précé- 
dent carré des dunes de Sainte-Eulalie, nous avons ici tout le carré 
voisin des dunes du pays de Biscarrosse, les habitants ayant la 
jouissance de l'un et de l'autre en dehors de toute ingérence de 
l'État 



* * 

Buch. — Gaston de Candale rend hommage au roi de France, 
le 14 avril 1517, pour le captalat de Buch, les droits de naufrage en 
dépendant 3 . 

Une délibération du conseil municipal de La Teste, du 27 fé- 
vrier 1863, nous apprend, par la voie du docteur Auguste Lalesque 
(page 369 ci-dessus), que les sables nus récemment ensemencés par 
l'État étaient la propriété de cette petite ville, comme ayant été 
achetés par la communauté des habitants le 28 mai 1550 4 . Néan- 
moins, les prétentions seigneuriales reparurent après le xvi e siècle. 

En 1787, lorsque Brémontier veut entreprendre ses essais d'ense- 
mencement à La Teste, il écrit à M. d,e Ruât, le 20 février, pour lui 
demander « s'il trouverait mauvais » que l'on établît l'atelier 
d'essai « sur ses possessions » 5 . 

En 1791, M. de Ruât (dernier captai de Buch) déclare qu'il n'a 
sur ces immeubles que des droits féodaux abolis par les nouvelles 
lois. — Après cet aveu de M. de Ruât, la commurie de La Teste devint 

1. Arch. mun. de Bordeaux, Fonds Léo Drouyn, t. X, p. 209, d'après les 
archives du comte de Marcellus. 

2. Arch. de Biscarrosse et Arch. des Landes. 

3. Actes de François I er , VII, n° 23.4G7; Guignard, Hist. de Caslillon, p. 143. 

4. Ms. de Félix Lacombc, vol. III, p. 142 (Académie de Bordeaux). 

5. Buffault, inspecteur des forêts, Revue Philomathique de Bordeaux, 1905, 
p. 445. 



378 LE LITTORAL GASCON 

sans conteste maîtresse absolue, propriétaire indiscutée de cette 
immense étendue de vacants, de lettes, de dunes T . 

Le chapitre de Saint- André de Bordeaux était baron de Lège avec 
droit de naufrage et d'épaves, qu'il conservait non sans heurts 
et conflits avec les officiers du captalat de Buch. Ces questions 
sont mentionnées aux archives de la Gironde, fonds de Saint- André, 
à G 284 (année 1451) et G 286 (années 1527 et 1537), çt à G actes 
capitulaires, années 1470, 1523, 1524. Comment les barons de Lège 
seraient-ils allés relever et disputer les épaves de la mer, si les dunes 
ne leur eussent pas appartenu? Le chapitre de Saint- André était 
baron et propriétaire de Lège depuis l'an 1027 2 . Il le vendit en 1572 
au trésorier de Gourgues, qui par testament de 1574 le léguait à 
un de ses fils 3 . Mais après la mort du trésorier, le duc d'Epernon, 
« auquel cette terre convenait, sollicita le chapitre d'y entrer. » Fait 
peu ordinaire, on fit casser la vente de 1572 par le parlement de 
Toulouse, et d'Epernon eut Lège en 1600 4 . Ainsi finirent les tiraille- 
ments des propriétaires des dunes à propos des épaves échouées 
à la côte de la mer. Par contre, le duc d'Epernon vendit Lacanau 
à de Caupos en 1659; mais, toujours dans les mêmes vues d'avoir 
les dunes blanches et le rivage de la mer à lui seul, il s'était réservé 
une zone littorale d'environ 2.500 mètres de largeur 5 . Cela signifie 
encore que l'État ne possédait aucun droit sur les dunes. 

En 1870, la cour de Bordeaux, en appel, ordonne une enquête 
préalable aux fins d'établir si depuis 1792 la commune du Porge 
a toujours eu (ce sont les termes de l'art. 2229 du code civil) la 
possession paisible, publique, continue et non équivoque des lettes 
et dunes. Et sur le résultat de cette enquête la cour donne raison 
à la commune du Porge. Depuis, les communes sont rudoyées et se 
voient opposer des raisons déplorables, des arguments déplorables. 

Pour justifier incidemment la prétention qu'eut le Porge à 
reprendre ses dunes, un rapport officiel produit au procès de Carcans 
dit : « La commune du Porge possédait 1 .782 hectares de lettes, 
dont elle avait toujours eu la jouissance, entourant 2.157 hectares 
de dunes plantées par l'État. » 

Mais c'était la situation de tout,»- les communes du littoral ! 
Chacune d'elles jouissait dans les siècles passés des dunes blanches 

1. Ms. ci-dessus de F. Lacombe, 3* Vol., p. 138. 

2. Arcli. de la Gironde, G 334. 

3. Idem, G 288, et Arch. hist. de l<i Gironde, XXIV, p. 50. 

4. Idem, G 419, 291, 523, 524. Voyez plus haut pp. 138 et 141. 

5. Arch. de la Gironde, C 3350, fol. 196, et C 4106; Revue Philomalhique de 
Bordeaux, 1905, pp. 402 et 492, d'après les Archives de la conservation des 
forêts de Bordeaux. 



JOUISSANCE ET PROPRIÉTÉ DES DUNES 379 

pour la chasse et le pacage du bétail, ou était propriétaire de ces 
dunes ! Si le Porge gagna son procès et reprit ses dunes, ce n'est pas 
sans avoir subi toute l'opposition possible des représentants de 
l'État. Ainsi un « Mémoire pour le Préfet de la Gironde, représentant 
le domaine de l'État contre la commune du Porge », sans date et 
signé : Moutard-Martin, docteur en droit, avocat à la Cour de cassa- 
tion, dit à sa page 53 : « Dans l'espèce, la commune du Porge ne 
justifiant pas qu'elle possédait, avant l'envahissement des sables, 
le sol aujourd'hui couvert par les dunes litigieuses, et se bornant à 
invoquer leur prétendu caractère de terres vaines et vagues, l'État 
est fondé à conserver ces dunes, soit pour les rendre, en cas de récla- 
mation, aux propriétaires, soit pour les réunir à son domaine dans 
le cas où, en l'absence de toute réclamation faite utilement dans le 
temps prescrit, les dites dunes deviendraient des biens vacants et 
sans maîtres l . » 

C'est plaider en partant d'une base fausse : il n'y avait pas 
«envahissement des sables», et il n'y a pas eu des propriétés 
privées couvertes par «les dunes litigieuses». 

Au même point de vue d? base fau>se, on lit encore au xx e siècle 
dans la Revue philomathique de Bordeaux, 1905, pages 451 et 500, 
en des termes montrant un peu trop de hardiesse : « Il est certain 
que les dunes ont envahi une superficie immense de propriétés 
particulières. » — « Les dunes ont, au témoignage de documents 
historiques, recouvert exclusivement des propriétés particulières. » 

Remarquez ce mot exclusivement. On peut être de bonne foi en 
répétant ou en émettant ces choses-là, mais alors l'Histoire en ques- 
tion se nomme Légende ou Fantaisie. Ces dires restent sans valeur 
devant les preuves matérielles contraires données aux chapitres III 
et IV, pages 95, 126-129, 137-140, 152-154 et 190. 



Médoc. — Pour la sirie de Lesparre, l'inventaire des titres de 
cette seigneurie donne à sa page 301 : Copie de plusieurs titres 
concernant les droits de naufrage appartenant aux seigneurs de 
Lesparre 2 . Or, le droit de naufrage, il faut le répéter, ne marchait 
qu'avec la propriété des dunes; pour aller relever les épaves échouées 
au pied des dunes, il falllait être propriétaire de celles-ci. 

Dans cette sirie se trouvait le prieuré de Soulac. Pendant des 

1. Arch. mun. de Bordeaux, portefeuille Landes. 

2. Arch. de la Gironde, C 3359. 



380 LE LITTORAL GASCON 

siècles, il dut lutter pour conserver le sol de sa paroisse objet de la 
donation du x e siècle, sol circonscrit par une ligne qui, partant du 
débouquement de la Gironde, suivait le rivage de la mer jusqu'au 
lieu dit le Pinada, puis gagnait l'intérieur droit au pont de Talais 
pour revenir, le long de la Gironde, aboutir à l'extrême pointe de 
Grave, lieu de départ. Le prieur de Soulac ne conserva pas la pro- 
priété des dunes envers et contre la Couronne et le Domaine, mais 
envers et contre les sires de Lesparre. Les archives de la Gironde 
possèdent de nombreuses traces des revendications du prieur contre 
le terrible donjon de Lesparre, au fonds de Sainte-Croix de Bordeaux. 
H 496, 504, 505, 506, 511, 1048. 

Les communes de Grayan et de Vensac sont restées propriétaires 
de leurs dunes, qu'elles avaient prétendu boiser elles-mêmes. L'État 
savait donc bien qu'il n'avait pas des droits de propriété à l'est du 
rivage de la mer. Néanmoins il n'avait pas de doctrine bien assise 
là-dessus, puisque (pages 188, 362, 363) il refusa à Seignosse et à 
Capbreton ce qui fut accordé à Grayan et à Vensac* 

Quand, avant l'arrivée des ateliers de semis, le conseil municipal 
de Carcans concédait au service des douanes, par délibération du 
29 janvier 1858 approuvée par le préfet son tuteur, un emplacement 
« sur un truc dont la mer bat le pied dans les fortes marées ». cette 
commune se savait bien propriétaire jusqu'au rivage maritime l . 
Un plan de l'ingénieur en chef Deschamps joint au dossier de cession 
montre que le poste douanier, au lieu d'avoir été éloigné de la côte 
en 1858 pour être mis à l'abri, comme pourrait le faire croire au 
récent procès de Carcans un rapport officiel jeté dans le débat, fui 



1. Sur cette concession de dune, au procès de Carcans, le jugement du tri- 
bunal de Lesparre du 20 décembre 1905 porte : « Mais attendu qu'en matière 
de propriété, l'État ne peut avoir'qu'un représentant autorisé : le Préfet, assisté 
du directeur des domaines. » 

Le Domain»; ne se préoccupe pas des alignements ri des échanges de lopins 
de terre dans les communes. A Carcans il intervint en 1858, mais seulement 
à son heure, dans les conditions suivantes : Un service public est inhabile à 
pu— éder. Quand il a construit un immeuble avec ses propres crédits, il en fait, 
la remise au Domaine. Celui-ci prit possession du nouveau corps de garde 
bâti sur Carcans et l'immatricula, pendant qu'il faisait recette du prix de vente 
du corps de garde abandonné. A défaut de preuves de droits sur les dunes, 
l'État mal informé laissa présenter au tribunal, le 20 décembre 1905, l'échappa- 
toire qui précède et les deux arguments suivants, qui sont dépourvus de réalité, 
par conséquent sans valeur : « Attendu qu'au nom de l'État il a été soutenu 
qu'avant 1789 les dunes étaient considérées comme appartenant au domaine 
public: 

» Que ce sont là, d'ailleurs, des lais de la mer pour la portion livre sur le 
rivage: et en dehors du rivage, des biens vacants et sans maître. » 

Les juge^ furent trompés, et le demandeur débouté en premier et en second 
ressort. La page 396, ci-après, donnera l'appréciation d'un magistrat 



JOUISSANCE ET PROPRIÉTÉ DES DUNES 381 

au contraire rapproché de la mer et placé sur un de ces trucs ou 
tourons à réseaux de gourbet élevés comme des fortins défiant les flots. 

Au point de vue juridique, les opinions et les présomptions ne 
font pas jurisprudence, et aucune loi, aucun texte authentique 
ne peut permettre de supposer un droit de propriété de l'État sur 
les dunes. La propriété de l'État est limitée au rivage de la mer, et 
celui-ci, défini par l'Ordonnance de la Marine de 1681, livre IV, 
titre 7, article 1 er , qui reste en vigueur, ne peut pas avancer en 
deçà du point atteint par le flot de Téquinoxe de mars, quoi qu'il 
survienne. 

Sur les rives d'un fleuve ou d'une rivière, les alluvions ou dépôts 
élevés de sables appartiennent au propriétaire riverain. Rien de sem- 
blable n'a été prévu pour le littoral maritime *. 

Les chemins et les routes à la charge de l'État sont, comme le 
rivage de la mer, et en vertu du même article du Gode civil (art. 538), 
des dépendances du domaine public. Il ne viendrait jamais à l'idée 
de personne de dire que les terres longeant ces voies de circulation, 
du seul fait d'être saupoudrées par les tourbillons de poussière 
partant des routes ou d'être alluvionnées par les caniveaux débordés 
des chaussées, se trouvent annexées au domaine de l'État. 

C'est pourtant ce que des représentants de l'État veulent appli- 
quer aux dunes vieilles de dix mille ans, saupoudrées et recouvertes 
à leur partie ouest de sables survenus le long des siècles, sables dont 
la loi ni le code n'ont tenu aucun compte. Jamais un juge à la reli- 
gion éclairée, jamais un juge renseigné n'admettra pareille préten- 
tion de l'État. Chercher à faire valoir un tel argument non conforme 
à la loi, en opposition avec la loi, c'est montrer qu'on poursuit des 
prétentions précaires ou nullement justifiées. 

Pour posséder et être propriétaire, il faut titre, et c'est nous 
seuls, les habitants, qui possédons des titres. 

Après avoir vu plus haut, page 360, comment l'intendant de la 
généralité d'Auch, parlant au nom de l'État, s'était désintéressé 
de la propriété des dunes s'étendant de Bayonne au Vieux-Boucau, 
on va voir les intendants de Guyenne parler d'une manière très 
positive dans le même sens pour ce qui regarde la partie nord de la 
côte gasconne. 

Au cours du xvm e siècle, lorsqu'il fut longuement question du 
défrichement des landes, des enquêtes répétées eurent lieu. Le 

1. Code civil, art. 556 et 557; — Dalloz, jurispr. gén., t. 38, n° 462, et Pro- 
priété, Sables, n° 564. 



382 LE LITTORAL GASCON 

16 juin 1759, l'intendant de Tourny fils demande à ses subdélégués 
« ce qu'il y a de landes et terres vaines, vagues et incultes apparte- 
nant au roy dans la généralité ». Le subdélégué de Lesparre répond 
sous la date du 2 juillet de la même année : 

Vous voulez être instruit de ce qu'il y a de landes, terres vaines 
et vagues et incultes appartenant au roi dans votre généralité; je puis 
vous certifier que dans ma subdélégation il n'y en a nullement de 
reconnues appartenant au roi depuis la pointe de grave du Verdon 
jusques à La Teste et environs de Bordeaux, objet que j'ai en grande 
partie vérifié. Lorsque le roi en son Conseil accorda à MM. les tré- 
soriers de France au souverain le renouvellement de son papier 
terrier, M. de Commarieu, dans ce temps-là procureur du roi et 
nommé procureur général de la Commission, m'en avait prévenu 
et envoya même des exemplaires pour les faire afficher. C'est ce que 
je fis et eus peu après un entretien avec lui, dont j'eus l'honneur de 
faire rapport à M. de Tourny votre respectable père, à qui j'ins- 
truisis que dans cette partie de pays, il n'était point de terres reconnues 
au roi. Il me dit que cela suffit et qu'il n'était question que des lieux 
où il pouvait en avoir \ 

L'intendant de Tourny père fut nommé à Bordeaux en 1743. Dans 
les seize années qui suivirent, deux fois les autorités placées à la 
tête de la généralité reconnurent qu'il n'existait pas de biens de 
la Couronne dans les dunes relevant de l'intendance. 

Cette situation restait bien connue jusqu'à la fin de l'ancien 
régime, attendu que l'intendant Dupré de Saint-Maur écrivait au 
ministre Necker, le 26 février 1780 : 

Les dunes sont hors de la ligne des terres qui sont baignées par les 
marées et, par conséquent, les seigneurs ou les communautés de 
chaque territoire y ont un droit particulier, sans préjudicier à celui 
qui est réservé au souverain sur les rivages a . 

Les droits de l'État sur le rivage de la mer, mais sur le rivage 
seulement, comme l'intendant le reconnaît à la veille de la Révo- 
lution, datent de l'Ordonnance de la Marine d'août 1681 (voir page 
précédente); ils restent donc limités à la ligne qu'atteint le grand 
flot de mars. 

Il faut enfin noter que les représentants de l'État ont violé 
l'article 5 du décret du 14 décembre 1810, en gardant ou prenant 
les sables en blor sans dresser, publier et aiïich< r les plans des 

1. Arch. de la Gironde, C 3672. 

2. Arch. île la Gironde, C 3603; — Brutails, Revue historique de Bordeaux, 
1909, p. 232. 



PROCÈS DE LA COMMUNE DE PARENTIS 383 

dunes avant de procéder aux ensemencements. Voyez plus loin 
pages 399 et 402. 

# 

* # 

Procès soutenu par la commune de Parentis. — En fait de pres- 
cription impossible à invoquer, quel que soit le grand espace de 
temps qui ait couru depuis l'intervention d'un tiers, le procès gagné 
par Parentis-en-Born, aux environs de 1905, lèvera tout doute aux 
yeux des localités intéressées. 

Une famille de cette commune prétendait posséder déjà en 1806, 
comme provenant de partage, une grande pièce de terre sise au bord 
de l'étang de Parentis. La transmission de cet immeuble se fit aux 
générations suivantes; la matrice cadastrale, lors de la confection 
du cadastre en 1841, enregistra la pièce de terre au nom de la 
famille dont il s'agit, laquelle en fit la vente en 1899. 

La commune, considérant la pièce de terre comme étant sienne, 
provoqua un bornage, puis il y eût enquête en 1900 *, ensuite 
procès. 

La commune de Parentis obtint gain de cause devant le tribunal 
de Mont-de-Marsan; la cour d'appel de Pau confirma purement et 
simplement le jugement de première instance; enfin, le pourvoi en 
cassation de l'adversaire de la commune fut rejeté. Parentis a ainsi 
repris la pièce de terre après un siècle d'occupation par « un tiers » 
intervenu, mais qui ne pouvait pas déposséder la commune. 

Ce terrain, l'étang, les vagues et vacants, tous les terrains dits 
domaine utile 2 tenus par les habitants, furent acquis à la commune 
de Parentis de par les lois de 1792 et 1793, qui traitèrent de même 
toutes les communes de France. L'État, pas plus que la famille dont 
il vient d'être parlé, ne peut déposséder les communes quand, 
depuis 1792 jusqu'à l'arrivée des ateliers de semis, il y a eu conti- 
nuation d'occupation paisible et ininterrompue, cela d'après les 
termes des arrêts de cassation et de la cour de Bordeaux mentionnés 
ci-après pages 398-399, note 3. 



1. Voyez : Procès, Mémoire pour la commune de Parenlis, p. 35 (1903). 

2. Le domaine utile appartenait aux habitants de la terre. Le fief ou le bien 
:i cens impliquait deux propriétaires : le seigneur féodal ou censier, à qui 
était réservé le domaine direct au êminent, et le censitaire ou tenancier à qui 
appartenait tout le domaine utile par lui occupé et non frappé de réserve. Car 
si, par exemple, dans telle forêt, le tenancier n'avait que la faculté du pacage 
sans le droit de prendre du bois, cette forêt restait dans le domaine direct du 
seigneur. Mais pour les dunes dites aujourd'hui domaniales, nous en jouissions 
sans aucune réserve, quand nous n'en avions pas la propriété. 



384 LE LITTORAL GASCON 

Cette occupation, cette possession, nous l'avons eue complète 
depuis la lande jusqu'à la mer. Les dunes appartiennent donc aux 
communes jusqu'à la limite légale et unique, celle que marque 
l'ordonnance d'août 1681 sur la marine : la laisse du flot de l'équi- 
noxe de mars. 



Personnalités mineures et prescription. — C'est une doctrine de 
tous les temps — on vient d'en voir l'application à Parentis — qu'une 
personnalité mineure ne peut pas être atteinte par la prescription. 
Dans une sentence solennelle de 1302, le gouverneur militaire de 
Bayonne, l'évêque de Bayonne et le maire de Bayonne avaient 
reconnu que les Capbretonnais avaient des droits sur les eaux de 
l'Adour et se trouvaient assimilés aux citadins de Bayonne dans 
le trafic ou commerce maritime. Les Bayonnais firent du premier 
jour tout leur possible pour éluder et annuler les effets de la sen- 
tence. Mais les Capbretonnais revenaient sans cesse sur la question. 
Le duc de Gramont, gouverneur de Bayonne, leur ayant réplique 
en 1570 : « Il y a prescription, ^> Capbreton répondit que la commu- 
nauté des habitants est « comme ung yupil contre lequel ne court 
prescription » l . Le colloque se trouve <n entier à la page 309. 

Nous ne pouvons pas, le long des dunes du littoral, répondre 
autrement que Capbreton, ni apprécier autrement que Parentis. 
Mais là ne se borne pas le débat; il doit être approfondi. 

Voir persister à prétendre que l'État a pris possession des dunes 
en tant qu'elles constituaient un bien abandonné et sans maître, 
voir prétendre qu'il a occupé animo domini, c'est-à-dire de son 
autorité de maître, pour le bien de la propriété et pour en assurer 
la bonne tenue, n'est pas chose sérieuse. Il y a pire : c'est là une 
manœuvre. Dans l'occupation d'un bien par simple prise de posses- 
sion, la prescription se trouve acquise au bout de trente ans au 
profit du détenteur, et les zélés veulent, depuis un siècle, placer ici 
l'État dans la situation d'un particulier de mauvaise foi qui a usurpé 
un champ et entend le garder. Si la prétention est peu magnanime, 
la doctrine est simple et commode. Il manque tout de même la 
justification devant les ayants droit. En sus des titres des communes 
signalés plus haut pays par* pays, un obstacle bien connu existe 
contre le domaine de l'État. Il émane de la plume de l'ingénieur 
en chef Le BoulWger, qui laissera voir dans un rapport officiel, 

1. Arcli. de Capbreton, CC 7. 



MINEURS ET PRESCRIPTION 385 

page 389 ci-après, que nous tenions les dunes et en jouissions en 
1817 comme aux siècles précédents. 

Néanmoins on fait la sourde oreille, on feint aussi d'ignorer que 
l'État savait, par ses intendants des provinces de Bordeaux et 
d'Auch, qu'il n'avait aucun droit de propriété sur les dunes. Puis- 
qu'on persiste à dire qu'il en prit quand même possession en maître, 
du jour au lendemain, il faut bien qu'un acte gouvernemental ait 
été produit à cet égard. Où est-il? De temps à autre, l'Officiel publie 
que vont être déclarés acquis au Trésor, par déchéance trente- 
naire, quelques maigres livrets de caisse d'épargne laissés par des 
déshérités de la société morts intestat et sans parents. Quand un 
particulier achète un lopin de terre ou un immeuble quelconque, 
il lui faut, pour faire inscrire la propriété à son nom, remettre au 
contrôleur des contributions directes un titre d'acquisition. On 
voudrait ici, dans le même sens, voir quel titre ou texte a produit 
l'État lors de la prise de possession des dunes soi-disant abandonnées; 
car on ne saurait admettre pour régulier le fait de s'emparer 
par simple action mentale, à la sourdine, de 88.071 hectares de sol 
dont les habitants d'une quarantaine de communes jouissaient sans 
interruption depuis des milliers d'années. Si nous avons évacué 
les dunes au siècle dernier, on a vu que c'était par ordre officiel, 
sous la pression officielle, à l'approche des ateliers de semis accom- 
plissant une grande œuvre d'utilité publique, 

Avec ces dires nous revenons à la réalité. Un acte gouverne- 
mental, un acte légal de prise de possession des dunes parut et 
existe : c'est l'article 5 du décret-loi du 14 décembre 1810 déjà" 
signalé. Ce texte précise que l'État n'entre en possession des dunes 
qu'à titre précaire et à charge de restitution aux ayants droit une 
fois le boisement effectué, sous réserve toutefois que l'État rentrera 
dans ses débours. En cela, mal conseillé, a-t-il été dit, l'État a 
manqué à sa parole, et il reste étrange, il reste extraordinaire de 
voir des services publics ressortissant à trois ministères se liguer, 
au détriment des communes, pour faire échec à un décret-loi, 
pour faire frapper de déchéance un décret-loi ne prêtant pas à 
ambiguïté, pour prétendre que ce décret-loi, spécial aux dunes, ne 
concerne pas les dunes de Gascogne. On voit répandre tout cela 
dans des écrits publics et de propagande. Qu'il me soit permis de 
présenter comme une preuve de modération le fait de ne pas étaler 
plus amplement ces écrits à la présente place. Il y en a de fort criti- 
quables, en ce qu'ils travaillent l'opinion publique pour l'induire 
en erreur. 

Pour ce qui regarde la prescription, elle ne saurait jouer ici. Le 

25 



386 LE LITTORAL GASCON 

décret-loi du 14 décembre 1810 ne fut pas élaboré pour avoir son 
effet pendant une durée limitée ; il est en vigueur, il restera en vigueur 
tant qu'il ne sera pas rapporté par un autre texte législatif, et il 
aurait dû être exécuté dans sa teneur à l'égard des communes qui 
en réclamaient le bénéfice. Car il ne pouvait pas y avoir d'erreur 
possible, toutes les communes jouissaient de leurs dunes pour la 
dépaissance et la chasse, sans interruption, en vertu des droits, 
baillettes et convent'ons énumérés plus haut et qui restaient en 
vigueur à la Révolution. Depuis, nous avions simplement continué 
de posséder les sables et d'en jouir jusqu'aux travaux de Brémontier. 



La Commission des dunes. — Dans un rapport aux consuls, du 
9 frimaire an IX (30 nov. 1800), Chaptal, ministre de l'Intérieur, 
disait : « Les dunes, en roulant sur elles-mêmes, avancent dans les 
terres et envahissent tout ce qu'elles rencontrent à leur passage, 
les forêts, les maisons et les campagnes cultivées. Elles menacent 
les campagnes en refoulant les eaux des ruisseaux qu'elles obstruent, 
et forment près de quarante lieues de lacs et de marais pestilentiels, 
qui jettent la dévastation et la mort parmi les habitants 1 . » 

On voit dans quel état d'esprit on envisageait la situation du 
pays. C'était la panique duo à l'ignorance du régime des eaux et des 
sables du littoral, où le pays ne se modifiait nullement depuis des 
milliers d'années, à ce qui a été démontré aux chapitre! précédents. 

Conformément aux conclusions du rapport de Chaptal, les 
consuls rendirent, le 13 messidor an IX (2 juillet 1801), un arrêté 
inséré au Uni/clin des lois prescrivant de planter en bois les dunes 
de Gascogne» « Les travaux Berqnt surveillés et dirigés sous l'autorité 
et sauf l'approbation du préfet de la Gironde, par une commission 
composée de l'ingénieur en chef, d'un administrateur forestier et 
de trois membres de l'Académie de Bordeaux nommés par le préfet. » 

Un arrêté du préfet de la Gironde, du 22 nivôse an IX (12 jan- 
vier 1802), nous renseigne sur les aoms des membres <!<• la Commission 
des dunes : « Vu : 1° le mémoire du citoyen Brémontier...; 2° l'arrêté 
des consuls du 13 messidor an IX; 3° notre arrêté du 17 thermidor 2 , 
qui nomme les citoyens Brémontier, ingénieur en chef; Guyet- 
Laprade, conservateur dé la 11 e division des forêts; Bergeron, 
Labadie de Haux et Catros, membres de la Société des sciences, arts 

1. Voyez Buffuult, La rôle el les dunes du Médoc, p. 120. 

2. Probabtemenl 5 noiU 1801. 



COMMISSION DES DUNES 387 

et belles-lettres de Bordeaux, section de l'Agriculture, pour com- 
poser ladite Commission l . » 

La première Commission des dunes doit ainsi dater du 5 août 
1801. Née au sein d'un concert d'erreurs, elle allait dans son fonc- 
tionnement, malheureusement pour les communes, se ressentir de 
son origine. 

« Le gouvernement prit, d'une façon générale, en 1801, posses>ion 
effective de toute la région des dunes, de la Gironde à l'Adour, et 
y ordonna les travaux sans aucune espèce d'enquête ni de formalités 
préalables... Les travaux furent commencés en l'an X, et poursuivis 
jusqu'en 1862, et les terrains occupés par l'administration. « La 
» propriété du sol sur lequel ces plantations doivent être assises est 
» incontestablement à la République, » dit la Commission des dunes 
dans sa délibération du 17 brumaire an XII 2 . » (9 novembre 1803.) 
Autrement dit, elle le répétait. — A la République? En vertu de quoi? 

Il faut vite rappeler (voyez ci-dessus page 381) que l'intendant de 
la généralité d'Auch et trois intendants de Guyenne avaient pro- 
noncé le contraire de cette assertion funeste de la Commission des 
dunes, d'ailleurs répudiée par le décret du 14 décembre 1810. 

Une seconde Commission des dunes fut créée à Mont-de-Marsan, 
en 1808, pour les dunes du département des Landes, qui furent 
distraites de Bordeaux. Elle était demandée depuis 1802 par le 
rapport imprimé de Tassin, secrétaire général de la préfecture des 
Landes, rapport où trouvent leur reflet toutes les exagérations et 
erreurs du temps sur les sables et les eaux. Les deux Commissions 
ont fini d'ex'ster en 1817, et leurs attributions passèrent au Service 
des dunes, dirigé par des ingénieurs spéciaux. On trouve dans 
V Annuaire des Landes pour 1845, page 136, que le service confié 
à ces ingénieurs spéciaux fut rattaché en 1842 à l'administration 
des ponts et chaussées. Ceux-ci, enfin, ont remis tout le service à 
l'administration des forêts en 1862. 

En 1802, un conflit survenu entre le service des forêts et la Com- 
mission des dunes fit suspendre les travaux pendant un an environ 
(Rapport de Tassin). 

A Bordeaux, la Commission des dunes ne s'amendait guère, 
d'après le procès-verbal de la séance du 9 avril 1810 : « Il paraît, 
dit ce texte, que les dunes en général n'appartiennent au gou- 
vernement que comme lais et relais de la mer, ou par l'abandon 



1. Arch. mun. de Bordeaux, portefeuille Landes. Imprimé. 

2. Buffault, inspecteur des forêts, d'après les archives de ce service, Revue 
Philomathique de Bordeaux, 1905, pp. 450-451. 



388 LE LITTORAL GASCON 

que sont censés en avoir fait les propriétaires 1 . » Ces deux mots 
« sont censés » montrent combien est insensée la supposition. 

La preuve géologique est faite dans le présent travail : il n'y eut 
pas de lais et relais de la mer, la ligne du rivage maritime ne s'étant 
pas modifiée depuis le quaternaire ancien. On nous chassait — avec 
raison — pour faire les semis, mais il ne faut pas dire que nous 
étions censés abandonner le sol. Nous l'occupions sur toute son 
étendue, étant bien établi que ce sont les herbes venant sous l'air 
salin, et dont il sera parlé tout à l'heure, qui alléchaient et attirent 
toujours »le bétail. 

Dans le décret-loi du 14 décembre 1810, suivant le texte qui en 
sera donné plus loin, le gouvernement montra plus de sagesse qu'il 
ne lui en était conseillé. Il réserva les droits sur la propriété des 
dunes dans les conditions déjà expliquées. Seulement, quand il s'agit 
d'appliquer le décret de 1810, on se heurte à pire que la Commission 
des dunes de 1801. Les prétentions qu'on entend être celles de l'État, 
condensées dans les neuf lignes suivantes, ont été présentées à un 
récent Congrès des Sociétés savantes : « Mais l'État a soutenu que 
les dunes lui appartiennent parce que, somme toute, elles sont un 
apport de la mer. Quant aux lettes, d'après lui, elles « ne sont que 
» des modalités créées par la marche progressive et variable de ces 
» montagnes mouvantes, sous le souffle des tempêtes qui tantôt com- 
» blent ces vallons, tantôt en ouvrent de nouveaux », et, par consé- 
quent, un particulier ou une commune « ne peut établir aucune 
» possession ni aucune jouissance utiles pour prescrire ces propriétés 
» errantes au gré des vents 2 . 1 

Après plus de vingt ans d'investigations ayant pour simple mobile 
la recherche de la vérité sur le passé très mal connu de notre région, 
je me crois autorisé à ne voir que des prétentions erronées et non 
fondées dans les dires de tous ceux qui attribuent à l'État la pro- 
priété du sol des dunes. Et au sujet de l'alinéa qui précède, je prie le 
lecteur de revoir, page 74, la citation rapportée sur la mobilité 
restreinte des sables. 

Les dunes « errantes » dont on npus parle tant encore n'existaient 
pas ! Des biens abandonnés et sans maître appartenant à la Nation, 
ce fut au sein de la Commission des dunes, c'est, chez ceux qui le 
répètent encore avec ou sans conviction, un propos ne s'appliquant 
pas à une chose ayant existé ! Nos dunes étaient un pays d'élevage, 
et l'on vient de voir plus haut, au § Born, comment vers 1850 encore 

1. Texte eité pur Bufiault, Les côtes cl les dune» du Médœ, p. L23. 

2. La lixation des dunes de (iaseogne, Bull, de lu Section de Géoyr., 1914, 
p. 219; tirage à part, p. 43. 






COMMISSION DES DUNES 389 

les sables sauvages de Mimizan étaient peuplés de neuf troupeaux 
surveillés par autant de pâtres et dont les produits faisaient prime 
à Labouheyre. A l'époque où le semis des dunes était entré en assez 
grande activité, M. Le Boullenger, ingénieur en chef des Landes, 
dans son rapport officiel du 6 décembre 1817 sur sa tournée du 
mois précédent dans les dunes, parle des ravages des bestiaux 
dans les sables blancs et les semis, à ses pages 10, 17, 18, 21, 22 et 
23 *. Il se plaint que le tribunal de Dax acquitte la majeure partie 
des délinquants (page 17); pour Saint-Julien-en-Born (page 23), 
il veut proposer au préfet de prendre un arrêté de défense de 
parcours. L'arrêté du préfet des Landes prescrivant de cesser la 
dépaissance sur les dunes à gourbet de Messanges et du Vieux-Boucau 
était de la même époque (août 1817). Le bétail couvrait donc les 
dunes sur toute leur étendue. Or, pour le répéter, tout droit féodal 
ayant été aboli à la Révolution et les propriétés tenues à cens ou 
au titre de domaine dit utile étant alors devenues des propriétés 
communales, nous avions continué à jouir des dunes sans interrup- 
tion, seule formalité exigée par la loi et la cour de cassation pour 
nous rendre propriétaires définitifs. Les communes ont pleine faculté, 
si elles le désirent, de reprendre leurs dunes dans les conditions 
indiquées, à propos de l'arrêté préfectoral du 31 juillet 1834, à la 
page 368 ci-dessus 2 . On a pesé jusqu'ici sur les communes dans des 
tractations ou des temporisations qui devraient être reprises sur 
le pied des droits aujourd'hui bien connus, c'est-à-dire sur faits 
nouveaux jusqu'ici tenus secrets ou restés dans l'ombre. 

L'arrêté d'interdiction de parcours pris en août 1817 par le 
préfet des Landes, « afin que le jonc marin qui croît spontanément sur 
ces dunes et qui atteint en partie le but désiré puisse être protégé, » 
fut une réponse aux communes de Messanges et du Vieux-Boucau 
qui, comme Lège et Sart, avaient demandé d'être protégées contre 
les sables de la mer. Le public croyait partout, près ou loin de 
l'océan, au péril des sables dénoncé à grands renforts d'alarmes, 
dans les conditions où, à l'approche de l'an 1000, il crut à la fin du 
monde annoncée par les graves astrologues de l'époque. La caste 
de ces inspirés des planètes vit encore dans dé nombreux observa- 
teurs qui, relativement à l'existence et à la propriété des dunes, 
lorgnent notre côte gasconne. 

1. Une tournée de V ingénieur en chef Le Boullenger dans les dunes entre Cap- 
breton el Cazaux, ouvrage publié par M. Edouard Marié (1014), aux Actes 
de l'Académie de Bordeaux. 

2. La commune du Porge a repris ses dunes: une partie des dunes de Contis 
fut restituée au marquis de Lur-Saluees: à Biscurros.se. partie des dune> est ren- 
due aux descendants de la famille de Caupos, vicomte de Biscarrossr. 



390 LE LITTORAL GASCON 

On a vu à Mimizan que le droit de chasse était garanti, par le 
2 e § des fors et coutumes, sur toute l'étendue des terres et des eaux 
de cette communauté. Par baillette à nouveaux fief et inféodation 
du 29 novembre 1628 et par acte des 12-13 décembre suivant, le 
duc d'Épernon renouvelait et réglementait en faveur des habitants 
de Lège le droit de « chasse aux oiseaux de rivière qui se prennent 
et peuvent se prendre tant en lettes et monts que autres lieux et 
tachs » 1 . Il fallait à Lège un règlement spécial parce que ses habitants 
chassaient entre le bassin d'Arcachon et la mer, où La Teste 
cherchait à mettre opposition. Ailleurs, il est à peine besoin de le 
dire, chassait qui voulait dans les dunes, ce que la Commission des 
dunes n'aurait pas dû ignorer. 



# # 

Aujourd'hui, le Domaine, pour repousser les prétentions des 
communes, en est venu à jouer sur le mot letle ou lède, ce dernier 
représentant la prononciation du Médoc 2 . On fait aussi intervenir 
des distinctions ou spéculations sur les lais el relais de la mer pour 
apprécier les droits de l'État. Ce sont là des mots sans portée, eu 
égard à l'état des lieux et à la loi physique qui régit la côte. La mer 
n'avançait pas ! les dunes n'empiétaient pas ! 

Pour désigner la vaine pâture, le peuple du littoral n'a pas accepté 
dans son langage courant le mot à origine latine padouen (de paduen- 
lia, paluenlia), ni celui de gauzcirans ou gausserans usité à Bayonne 
et à Anglet. Il a conservé le mot lelle; mais il est arrivé que, depuis 
le boisement surtout, l'application de ce vocable lelle se trouve 
restreinte à la dénomination des vallées des dunes, ce qui est iinc 
erreur ayant entraîné des conséquences défavorables au pays. 
Lelle désignait d'une manière générale les vagues et vacants, soit 
en terres, soit en eaux. En voici huit exemples : 

1° 1376, 24 novembre. L'abbé de Sainte-Croix baille à cens à 
Jean Duverger, bourgeois de Sou lac, une pièce de terre et lèdê qui 
est entre l'artigue de Pierre | raucem, d'une part, et le chemin public, 
d'autre part :î . — En langage du pays, artigue signifie terre défrichée 
on cultivée. Il ne s'agit point i<i d'une Vallée de dune. 

1. Arch. (le la Gironde, terrier 488 pour la baillette, notaire Justian, de 
Bordeaux, et E dossier ^\^• Caupoa pour l'acte suivant, notaire Labezard. 

2. On y dit aussi leyle. Sans BOrtir de ces anciens pâturages, voici un exem- 
ple «lit changement de / en '/. Un veau, vers le Sud, se dit : bttd (bentet); H. en 
Médoc : bédet. 

■A. Arch. de la Gironde, il 732 h 782. 



LETTES, LÈDES 391 

2° 1396, 23 mai. Bail à fief fait par le prieur de Soulac à Pierre 
Arnaud du Buch d'un « trens » ou morceau de terre et lède qui se 
trouve (autant qu'on peut le dire) entre le chemin public et maison 
de Jean de Mirambo. — Au dos fut mise plus tard en français la 
mention : « Bailh de terre lande de Solac 1 . » En 1615, au budget 
H 763, fol. 148, la maison Mirambo « confronte du levant à la rue 
publique », au bourg de Soulac. Soit l'opposé d'une vallée sauvage. 

3° 1402, 11 novembre. Le seigneur du Puy vend toute la partie 
ouest de Sainte-Eulalie jusqu'à la mer, depuis les lettes de Mimizan 
jusqu'au termi de Biscarosse 2 . — Il ne peut s'agir là que des com- 
munaux et non de vallées qui ne peuvent pas faire confrontation, 
puisque la vente comprenait la zone des dunes dans toute sa pro- 
fondeur ouest-est. 

4° 1408, 10 février. Bernard de Lesparre donne à fief une maison 
en la ville de Soulac, qui confronte par côté à d'autres maisons, par 
devant à la rue publique et par derrière à la lède 3 . Voilà donc un lieu 
banal ou de pâturage commun séparé de la rue par une seule maison. 
Une vallée de dunes n'existe pas à cet endroit. 

5° 1628, 13 décembre. Chasse concédée par le duc d'Epernon 
aux habitants de Lège : « Ce fait, iront aux lettes auxquelles aucuns 
desd. habitants ne tendront aucun retz sans avoir au préalable la 
permission et adresse du syndic. » Le texte dit : « Chasse aux oiseaux 
de rivière 4 . » Il s'agissait donc de gibier d'eau et de filets tendus 
à la manière qui se pratiquait récemment encore aux bords du 
bassin d'Arcachon 5 . Mais la chasse s'exerçait surtout dans les lagunes 
des dunes de Lège, « en lettes et monts, » dit le texte de notaire, 
page précédente. 

6° 1809. Contis. « En suivant de l'œil le canal tortueux qui con- 
duit à la mer, on verra qu'il arrose une magnifique plaine, connue 
sous le nom de lèle du courant, qui offre 800 hectares, où toutes les 
plantes étalent le luxe d'une belle végétation et semblent dire à 
l'homme : « Cultive-moi. » Le sable ne couvre jamais cette plaine 6 . » 
Cela ne ressemble guère à une vallée dans les dunes. 

7° Cartes cl'état-major et du conseil général. Lèdes de la Canil- 



1. Arch. de la Gironde, II 506. 

2. Arch. mun. de Bordeaux, Fonds Léo Drouyn, X, p. 200 (Arch. de Mar- 

ccllus). 

3. Baure-in, Var. horde/.. I. p. 44. 

4. Arch. de la Gironde, dossier famille GaupOS, et série E, terrier n° 488, 
notaire Labezard. 

• r >. La seigneurie de Lège jouissait du droit de pêche dans le bassin d'Arca- 
chon (Baurein, III, p. 124). 
6. Thore, Promenade, p. 81. 



392 LE LITTORAL GASCON 

house, du Gurp et du Lilhan. Elles forment d'un seul tenant une 
vaste plaine d'environ 25 kilomètres carrés. On l'appellerait sim- 
plement lande si au lieu d'être au bord ouest des marais elle en 
côtoyait le bord oriental. Et de fait, pour ce même sol, M. Brutails 
(Revue hist. de Bordeaux, 1909, p. 239) cite un procès-verbal d'esti- 
mation des « lèdes ou landes communales » de Grayan ; il y est dit que 
« les landes de Grayan connues ici sous le nom de lèdes... confrontent 
du couchant à l'océan ». M. Brutails cite en même temps une lettre 
du sous-préfet de Lesparre du 30 mai 1824, suivant laquelle la 
famille de Gramont réclame toutes les landes jusqu'à la mer. 

8° En 1904, un rapport officiel d'inspecteur des forêts fait valoir 
qu'en 1842 l'ingénieur Poirier disait dans un projet d'ensemence- 
ment des dunes de Carcans : « Elles (ces dunes) se lient les unes aux 
autres et présentent une seule masse de sable non interrompue qui 
s'appuie à l'ouest sur les vastes lédes de la dune littorale, et à l'est 
sur l'étang et la forêt de Carcans l . » Qu'on remarque bien ces cinq 
mots soulignés, qui mettent en contradiction les dires divers du 
domaine et des forêts, sur la valeur du mot telle. 

Lande, lette, sol de communauté, pâturage, dune banale, c'est 
donc, sur terre et sur eau, tout un dans ces exemples, depuis la 
lande jusqu'à la mer. Mais le Domaine, se cantonnant dans le sens 
restreint actuellement attribué au mot telle, entend que les communes 
n'avaient le pacage que dans ces lettes au sens restreint, attendu 
que, dans son opinion, le bétail n'en sortait pas et n'avait que faire 
sur les dunes dépourvues, à ses yeux, de végétation. 

Il faut répéter d'une manière ferme que c'est inexact, que le bétail 
parcourait tout le rayon des dunes, descendait au bord de la mer 
dans les conditions dites page 376, et que « la zone » l'attirait et 
l'alléchait par ses herbes savoureuses ou aromatiques. M. l'inspecteur 
des forêts Grandjean va nous expliquer ce qu'est cette lisière 
voisine de la mer : 

En juillet 1862, Lorsque l'administration forestière pril le service 

des dunes, elle trouva, dans le département des Laudes et celui de la 
Gironde, une étendue de : 

55. 584 hectares de dunes ensemencées; 

7.543 de dunes restant à ensemencer; 

21.944 — de lèdes non ensemencées, et enfin 
3.000 — de dunes formant une zone dite de protection 
entre les semis et la mer; en tout 88.071 hectares. 

... La zone littorale est appelée aussi zone de protection... 

1. Petot, Droits de la commune de Carcans, p. 12. Impr. Luc, Bordeaux, 1905. 



JOUISSANCE ET PROPRIÉTÉ DES DUNES 393 

La zone littorale n'a pas une largeur uniforme; il a fallu se laisser 
guider par les circonstances locales. Sur certains points, elle n'atleinl 
pas 400 mètres \ 

Les 3.000 hectares de zone de protection ne sont présentés à cette 
place que comme un chiffre approximatif, car il ne donnerait que 
la moyenne trop faible de 127 mètres ouest-est. Le public prononce 
tout court « zone ». 

Parmi les herbes ou plantes de la partie centrale et orientale de la 
« zone », c'est-à-dire celles qui croissent immédiatement, à l'est des 
dunes à gourbet, domine presque partout le serpolet. Il n'est guère 
brouté par le gros bétail, mais il est recherché par les brebis et les 
chèvres comme un condiment qui leur est très favorable. Quinze 
jours de parcours y suffisent pour assurer aux brebis un bon com- 
mencement d'embonpoint et de fine qualité, disent les bergers. Le 
juge de Capbreton le savait bien en juin 1518 quand, après avoir 
offert la « bonne chère » à des bourgeois de Bayonne revenant du 
Vieux'-Boucau, il se fit autoriser par cette ville à faire pacager 
cinquante brebis dans la zone maritime pendant un mois et demi 2 . 
Les Bayonnais savaient aussi devoir y trouver leur compte, ce 
troupeau étant destiné à paraître en presque totalité sur leur 
marché, bien en graisse et fin de goût. 

Le public payait pour pouvoir conduire le bétail vers ces sables 
de la mer : « Auquel fut respondu que lesdictz habitans de Bénesse 
missent hardiment ledict bestail ausdictz sables en paiant les droitz 
accoustumés à la ville, et que s'ilz y estiont empes